‹ Peril en la demeure comedie en deux actes, en proseChapitre 53 sur 59 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

« peut se faire complice des hasards funestes qui me l'ont en- « levée... Vous daignerez me la rendre. Je pourrai encore une « fois recueillir à genoux vos pleurs adorés. Demain... demain... « de grâce! » — Il y a là... quelque méprise... assurément.

LA ROSERAIE) souri&oi et reprenant la lettre.

Oui... assurément. (La regardant.) Et vous ne connaissez pas cette écriture?

MADAME DE VITné.

Non. (eUc le regarde dans les ^eox,) Et TOUS?

LA ROSERAIE, areo dclal.

Si je la connaissais, serais-je ici ?

MADAME DE VITRé, chancelante et respirant longuement.

Ahl '

LA ROSERAIE

Mais je la connaîtrai ! car cette écriture, évidemment déguisée, ne m’est pas étrangère... Je la connaîtrai; et, cette tache à mon nom, sera lavée, comme elle doit l’être, je vous l’attaste ! (n passe

i droite.)

MADAME DE VITRÉ

Mon ami , un peu de sang-froid , je vous en conjure. Ceci est trop surprenant, trop étrange... Avant de rien faire d’irréparable, raisonnons, examinons. D’abord, d’où vient ce billet? comment est-il tombé entre vos mains?

LA ROSERAIE

Quelque méprise, comme vous disiez... Un huissier du ministère me l’a remis, il y a dix minutes, parmi d’autres lettres. J’ai déjà essayé, chemin faisant, de rassembler mes idées, d’arrêter mes soupçons ; mais je suis troublé , je vous l’avoue , je le suis profondément. D’ailleurs, je suis si étranger à ce qui se passe dans le monde... Mais, vous, vous pouvez m’éclairer...

MADAME DE VITRÉ.-

Mon ami !

LA ROSERAIE

Vous le devez 1 . . . Je vous en prie !... Vous avez lu ce billet ; eh bien , ils avaient un reiidez-vous pour ce soir. Ce hasard funeste dont parle le billet et qui a empêché leur réunion, ce ne peut être que mon arrivée imprévue ici , avec votre fils... Je l’ai trouvée justement tout interdite, toute bouleversée; mais j’étais si loin

de... et puis eiie était habillée comme pour une fête... Elle s’était parée pour son amant I

MADAME DE VITRÉ

Son amant!... La Roseraie, il n’est pas digne de vous d’exalter votre colère par des phrases... Je ne vois pas ici d’amant, quant à moi... Ce billet est d’un amoureux, tout au plus.

LA ROSERAIE

La femme qui s’expose à recevoir un billet comme celui-ci, est une femme coupable. Pour vous comme pour moi, \x)ur toute âmo délicate , ces fautes n’ont point de degrés : dès que le cœur a trahi, la trahison est accomplie, l’abime est creusé... tout est dit!

MADAME DE VITRÉ , n'cchauffant.

Cela est boni... Mais, avant tout, il faudrait croire à cebUlet; et, quant à moi, tout bien réfléchi, je n’y crois pas.

LA ROSERAIE

Gomment 1 vous n’y croyez pas?

MADAME DE VITRÉ

Non , je n’y crois pas.

LA ROSERAIE

Qu’est-ce que cela veut dire?

MADAME DE VITRÉ

Cela veut dire que ce billet anonyme , qui vous arrive par je ne sais quelle voie ténébreuse , ressemble fort à une calomnie , a une vengeance, à une odieuse mystification. Jamais, non, jamais sur une preuve aussi suspecte , je ne croirai à une chose aussi parfaitement invraisemblable que le serait, à mes yeux, une trahison de Caroline.

' LA ROSERAIE

Invraisemblable! Ne me disiez-vous pas vous-mémo, tantôt, que vous ne me répondiez plus de sa vertu?

‘ MADAME DE VITRÉ

Moil j*ai dit cela?

LA ROSERAIE

Vous ras l’avez dit.

MADAME DE VITRlk

Pas du tout!

LA ROSERAIE

En propres termes.

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