‹ Peril en la demeure comedie en deux actes, en proseChapitre 54 sur 59 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

MADAME DE VITRÉ

Eh bien , je plaisantais !

LA ROSERAIE

Non, vous ne plaisantiez pas 1 Supposez à une femme toutes les vertus et tous les principes qu’il vous plaira... Si cette femme ne trouve pas chez elle , dans sa maison , les distractiocs , les émotions, les intérêts dont sa vie et son cœnr peuvent avoir besoin, elle ira les demander tôt ou tard à l’infidélité! Puisque vous cher» chez le vraisemblable, le voilà.

MADAME DE VITRÉ, qui l'a (écoute eti souriant du coin de l'œil*

Laissez donc ! Est-ce que votre femme a jamais pu s’ennuyer à ce point-là? Mon Dieu, vous étiez très-occupé sans doute, vous n’étiez pas toujours à ses côtés...

LA ROSERAIE

Toujours!... Je n’y étais jamais.

MADAME DE VITRÉ

Bah 1 ne vous calomniez donc pas 1 Vous n’étiez pas sans passer quelques soirées auprès d’elle?

LA ROSERAIE, areo Impatleno*.

Aucune 1

MADAME DE VITRÉ

Sans la mener quelquefois au bal, au spectacle?

Jamais! jamais ! j’étais toujours absent ; elle était toujours seule. Vous savez aussi bien que moi que la solitude, l’ennui, les prétextes enfin , ne lui ont pas manqué , et vous ne fermerez pas mes yeux à l’évidence.

MADAME DE VITRÉ

Eh bien, soit! Vous néj^ligiez incroyablement cette enfant! vous lui fournissiez toutes les raisons et toutes les occasions qui peuvent expliquer et au besoin justifier rinfidclité d’une femme I

LA ROSERAIE

Mais permettez!...

MADAME DE VITRÉ

Vous me le dites , — je suis bien forcée de vous croire 1 mais rassurez-vous : une femme comme la vôtre n’est pas à la merci de ces tentations vulgaires! Un cœur fait comme le sien , entendez-vous, paidonne tout à qui l’aime Joyeux ou triste, U

68 rf'RlL EN LA DEMEURE.

no trahit jamais, tant qu’il so sont aimé et vous l’aimiez J

LA ROSERAIE

Je l’aitcais! je l’aimais!... Eh! qu’importe, si tout len faisait douter! si mon absence continuelle, si la distraction de mon langage, la préoccupation sans trêve de mon esprit, lui disaient

à toute heure qu’elle n’était pas aimée! que sa grâce, son

charme, sa bonté, trouvaient en moi seul au monde un juge indifférent, glacé, sans yeux et sans âme! Entre cette foule insouciante et banale qui lui prodiguait ses adorations, et ce cœur plus sincère qu’elle remplissait peut-être de bonheur et do fierté... mais qui se taisait enfin... cette enfant s’est troublée... elle a douté!... Oui, cela devait être... je le reconnais.

MADAME DE VITRÉ

'Vous le reconnaissez?

LA ROSERAIE

Je le reconnais! Ne me parlez pas de mes torts... cela serait inutile et cruel. Votre voix n’ajouterait rien à la lumière qui m’accable, (u t'uiied lur le canapé à droits.) Aussi, ne craignez rien pour elle ! Si nous devons être séparés , — et nous devons l’être à jamais, — ce sera de ma part sans colère, sans reproche... je lui pardonne.

MADAME DE VITRÉ.'

Mon ami!...

LA ROSERAIE, amérsmsnt et stso foras.

Mais il est un autre coupable... que rien n’excuse... l’auteur de ce billet... Et celui-là, je le connaîtrai... je lui ferai expier, si je puis, tout ce qu’il me fait souffrir! (u pane à gauchs.)

MADAME DE VITRÉ, souriant et chaDgeant de ton.

Vraiment?... Eh bien, mon ami, soit!... vous pouvez, sans aller bien loin, vous en passer la fantaisie.

LA ROSERAIE, étonné, la regardant.

Quoi ! que dites-vous?

MADAME DE VITRÉ, sonriant.

Comment! vous ne devinez pas? vous no devinez pas que cet autre coupabie que rien n’excuse... est directementsous vos yeux?

LA ROSERAIE

' Vous?... Eslrce possible?

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