ONDES
allait travailler à la journée. L’enflure, limitée d'äbord aux membres inférieurs, s’étendit peu à peu au ventre, et c’est le gonflement croissant de ce dernier qui l’a décidée à venir à l'hôpital. :
Au moment de l'admission, état apyrétique, figure amaigrie, air souffreteux, sans teint cachectique pourtant. La malade se plaint d’une douleur sourde, diffuse, continue dans le ventre, avec exabertion périodique ; le péritoine contient une notable quantité de liquide ; la pression exaspère la douleur, mais ne révèle rien d’insolite ; les dimensions du foie et de la rate sont normales. Les organes thoraciques paraissent sains. Les urines ne contiennent pas d’albumine. La malade mange, digère bien et n’a pas de diarrhée.
Au bout de quelques jours de séjour à l'hôpital, l’épanchement ascitique a fait de notables progrès, et rend la ponction nécessaire. Elle donne issue à sept litres d’un liquide sérosanguinolent ; les dernières portions étaient formées par du sang presque pur. Après l'évacuation du liquide, on perçoit dans le bas-ventre une intumescence diffuse, molle, pâteuse, qui ne se déplace pas dans les changements de position, et donne un son mat à la percussion, sans sensation de flot.
A partir de ce moment, la malade décline rapidement. Les douleurs abdominales deviennent plus vives et plus continues, l’ædème des jambes augmente, l’amaigrissement fait de rapides progrès, la cachexie survient, et peu à peu, la malade tombe dans un état de prostration, avec délire calme, au milieu duquel elle succomba, le 2 octobre 1880.
Autopsie, vingt-quatre heures après la mort. — Le cerveau est mou, diffluent, mais sans lésion superficielle ou profonde.
Les deux poumons sont libres, exempts de tout vestige de tuberculose ; ils crépitent partout, sauf dans les parties postéroiuférieures qui sont un peu engouées.
D eee
Le cœur est petit, flasque ; ses valvules et ses orifices sont sains, Ses cavités contiennent des caillots fibrineux à droite, cruoriques'à gauche.
Abdomen. — Le péritoine contient environ 200 oranmes de liquide citrin, quelque peu louche. Mais, ce qui frappe avant tout, c'est une production néoplasique colossale de la séreuse abdominale. Le petit bassin et la partie inférieure de la cavité abdominale sont remplis par une masse diffluente, d’un gris blanchâtre ou rosé, d'apparence médullaire, qui adhère par des tractus fibro-vasculaires au péritoine pelvien, à la face inférieure du mésentère, au méso-rectum. La mollesse, la diffluence de cette production sont telles, qu'elle prend J'empreinte des par-
ties sur lesquelles elle repose; saisie entre les mains, elle se résout, par la moindre pression, en une pulpe fluide qui ressemble à du lait cancéreux. Placée sous un filet d'eau, elle se désagrège rapidement et laisse un stroma fibro-vasculaire excessi-
vement grêle, qui procède du péritoine. En dehors du foyer néoplasique, la membrane séreuse est dépolie, mais sansexsudation, sans caractères phlegmasiques à proprement parler. En écartant les masses molles qui végètent sur le péritoine, on met tout à
coup à découvert trois grosses tumeurs qui émergent au-dessus détroit supérieur, et qui contrastent par leur dureté avec les productions diffluentes du péritoine. Ce sont des fibro-myômes volumineux de l’utécus, dont l’un, de la grosseur d’un œuf de poule, est enchâssé dans le fond de l'organe, vers l'angle droit, et dessine en même temps une légère saillie dans la cavité utérine ; il est nettement séparé du parenchyme par un kyste fibreux ; l’autre, du volume d’un œufd'oie, emprisonné dans une coque calcaire presque complète, qui se brise sous la pression des doigts, repose sur le bord gauche de la matrice, et se
confond par sa base avec le tissu utérin même ; le troisième, le
plus volumineux, aux dimensions, d'une tête de fœtus à
terme, adhère, par un pédicule mince, fibreux. à la partie infé-
rieure du bord gauche de l'utérus, au point où celui-ci se continue avec le col. Le corps et le col de l'utérus sont hypertro-
phiés et sensiblement allongés (0,13 pour le corps et le col réu-
nis). L'orifice externe est normal, le vagin ne présente rien de
particulier.
La rate est très petite, comme flétrie. Le foie est quelque peu atrophié (1,390 gr.) et légèrement graisseux. A part la pâleur de la muqueuse, ni l'estomac, ni l'intestin, n’ont rien présenté de particulier. Le tissu cellulaire du bassin est intact.
Les reins, les urélères et la vessie sont normaux.
Après l'examen histologique on voit, en résumé qu'il s’agit d’un sarcôme mou, globe-cellulaire du péritoine, ayant revêtu sur une partie de son étendue la forme papillaire.
J’évacuation d’un liquide sanglant par la ponction avait, comme il à été dit plus haut, suggéré l’idée d’un processus spécifique du péritoine.
Mais quel était ce processus? Etait-il primitifou secondaire ?
Une tuberculose péritonéale était la supposition la plus naturelle, et pourtant ne pouvait être mise sérieusement en avant, eu égard à l'absence de tout signe de tuberculose pulmonaire ou autre. Admettre une tuberculose péritonéale primitive nous paraissait assez téméraire, bien que, d’après les remarques de Klebs (ÆZandbuch der Path. Anal. P. 336) le fait n’eùt pas été absolument sans précédents. On inclinait, en fin de compte, en faveur d'un carcinôme du péritoine. La carcinose péritonéale primitive est, il est vrai, presque aussi rare que la tuberculose primitive. Néanmoins. sur 40 cas réunis par Pétrina (Ueber Carcinoma Peri, Prager. Viertelj. 1872. II. 41), 14 fois la lésion était primitive. L'état général, la rapidité de la marche de la maladie imposaient dans tous les cas, ici, l'idée d'une tumeur maligne. La tumeur était assurément maligne, mais
V autopsie a démontré qu'il s'agissait, non d’ une tumeur épithéliale, mais d'une production conjonctive. Les tumeurs de substance conjonctive sont assurément très rares dans le péritoine, bien entendu, si on élimine les petites productions tibreuses, sessiles ou pédiculées et les transformations myxomateuses assez communes du tissu adipeux de cette membrane.
À Ritter a décrit dans les Archives de Virchow (36 p. 591) un cas de myxôme primitif observé dans la clinique de Hasse, et Wal-
deyer relate (ibid. 39. 545) un fait de lipo-myxo-sarcôme, qui pesait 65 livres et qui avait eu pour point de départ le mésentère. Nous n’avons pas trouvé dans la littérature médicale d'autre mention de sarcôme péritonéal, et nous pensons que
des faits semblables à celui que nous venons de citer sont au
moins rares. [Il convient, néanmoins, de leur ouvrir une place dans lPhistoire pathologique du péritoine, et de ne pas les oublier dans les problèmes de diagnostic que la clinique soulève à propos des maladies idiopathiques de cette séreuse.
OBSERVATION XVII. — (Chuquet).
(Bulletin Société anatomique, nov. 1866) Tumeur cancéreuse Simulant une grossesse double. —
M. Théophile Auger présente les viscères d’une femme de 95 ans morte dans le service de M. Nélaton, à la clinique, où elle
était entrée depuis un mois et demi. Cette femme qui venait d’accoucher, accusait dans le ventre la présence d’une tumeur,
pouvant faire croire un instant qu’elle avait eu une grossesse oémellaire.
Le ventre était le siège d’une ascite notable, et, en déprimant le liquide, on parvenait sur unetumeur solide s'étendant jusque dans le petit bass:n; mais le toucher fit voir que l’utérus était
fon ne libre. L'idée de la présence d’un second fœtus fut écartée et malgré la rareté de l’ascite en pareil cas, on crut à l'existence d'une tumeur fibreuse.
L’ascite augmentant rapidement, il fallut recourir le 23 novembre à une ponction. Celle-ci amena un soulagement marqué, et l’on put mieux apprécier, par la dépression de la paroi abdominale, les caractères de la tumeur qui parut jouir d’une certaine mobilité et donner lieu au frottement péritonéal.
Le liquide se reproduisit et le 23 novembre on dut recourir à une seconde ponction. La malade mourut 8 jours après.
A l’autopsie on trouva une tumeur énorme formé par l’épiploon, comme lardacée, donnant à la pression un suc Séro-lactescent ; au centre de l’épiploon sé trouvait un kyste énorme; une quantité innombrable de petites tumeurs lardacées, jaunâtres, variant depuis le volume d’un grain de millet jusqu’à celui d’une noisette, couvraient la surface péritonéale de tous les viscères abdominaux, depuis la surface inférieure du diaphragme jusqu’au plancher du petit bassin; et, chose remarquable, tous les viscères en question étaient exempts de cette altération, car en relevant avec une pince le péritoine qui les recouvrait, on enlevait en même temps toutes les petites tumeurs, sans qu’une seule pénétrât dans la substance même des organes. M. Auger à bien cherché, désirant trouver un viscère atteint de la même altération, mais en dehors des viscères abdominaux qui tous ont subi la même dégénérescence que l’épiploon, il n’a rien trouvé.
L'examen au microscope a révélé Ia présence d’éléments nucléaires avec nucléoles brillantset granulations graisseux, mais pas d’autres éléments.
En conséquence, M. Auger croit devoir présenter ces pièces comme un bel exemple de cancer nucléaire du péritoine.