‹ Perles et paruresChapitre 11 sur 49 · LA PERLE · texte numérisé non relu

LA PERLE

— Mon ami, dit la femme, cela suffit; ne parlons plus de la perle oubliée, et oublions-la toujours.

En effet, contre l'usage de ces entretiens où il est convenu de ne plus parler d'une chose qui est sans cesse remise sur le tapis, on ne parla plus de la perle promise, et le mari redoubla, dès ce moment, d'affection pour sa femme qui avait été si généreuse envers un homme si oublieux.

Cette faute inspira une idée singulière à M. de Saint-Saulieux, il donna sa démission et renonça pour toujours à la mer, afin de ne plus se séparer si longtemps de sa femme. — Je suis marié depuis cinq ans, dit-il ; je n'ai point d'enfants à établir ; ma petite fortune est suffisante pour ma femme et moi, à quoi bon travailler encore au profit de quelques neveux !

On ne peut qu'approuver un pareil raisonnement. Madame de Saint-Saulieux inclina la tête en signe d'adhésion, et comme elle aimait son mari, elle fut ravie en songeant qu'elle ne subirait plus ces angoisses mortelles qui, dans le cœur d'une femme, suivent le départ d'un vaisseau et ne finissent qu'au retour.

M. de Saint-Saulieux vint s'établir avec sa femme à Paris , et acheta, pour sa résidence, une petite maison enclavée dans un grand jardin, au boulevart du Temple, du côté du pavillon Beaumarchais. Un marin, après avoir renoncé aux voyages, ne saurait se plaire au milieu du fracas d'une capitale ; ce qu'il aime, c'est un réduit tranquille, le calme de la retraite, l'ombre des arbres, le charme des fleurs. M. de Saint-Saulieux, ainsi établi sur les

limites du tumulte parisien, dans un jardin délicieux, avec une femme jeune et belle, ressemblait à un homme heureux; et à coup sûr, il eût été ce qu'il avait l'air d'être, sans ce maudit souvenir de la perle oubliée qui le poursuivait toujours ; car dès que sa femme donnait à sa figure une expression de rêverie, — Elle songe à la perle ! elle y songe ! disait-il, et cette idée troublait son bonheur.

Un incident inattendu, quoique fort naturel, aurait pu faire regretter une détermination prise trop légèrement peut-être ; mais M. de Saint-Saulieux remercia le ciel de cet incident et ne regretta rien. Sa femme venait de lui annoncer une de ces nouvelles qui donnent la joie aux familles, la nouvelle d'une future et prochaine paternité.

Au terme prescrit, une jeune fille fut donnée à l'heureux mari ; on célébra le baptême avec une certaine pompe, et la marraine, qui se nommait par hasard Marguerite, transmit son nom à l'enfant.

D'après un calcul infaillible, la jeune fille était venue au monde tout juste neuf mois après l'arrivée de l'Adamastor des Indes. Ces sortes de dates, qui composent les chronologies domestiques, ne s'oublient jamais ; on dirait qu'elles sont écrites sur tous les murs d'une maison, et aucune mémoire n'hésite lorsqu'il s'agit de les citer.

Ce chiffre, qui coupe le récit en deux, représente un espace de

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