‹ Perles et paruresChapitre 10 sur 49 · LA PERLE · texte numérisé non relu

LA PERLE

me faites injure ! Est-ce que ce Sander a oublié la rose de sa Zémire?

— Mais Zémire, — dit la femme avec une légère ironie, — Zémire n'était pas la femme de Sander, c'était sa tille. Un père n'oublie jamais sa fille, mais quelquefois un mari....

— Je vous défends de continuer, — interrompit le mari avec une douceur de ton qui corrigeait Pâpreté de la défense.

La femme s'inclina et on parla d'autre chose ; il ne fut plus question de la perle de Ceylan.

Le lendemain, V Adamoslor partit avec un bon vent, selon l'usage des vaisseaux qui partent à cinq heures du matin.

Tl n'est pas de notre devoir d'historien de suivre V Àdamaslor à travers toutes les vicissitudes d'un voyage de long cours. Nous nous arrêterons seulement avec lui, un seul jour, à Ceylan, où il se ravitailla.

M. de Samt-Saulieux avait essuyé plusieurs tempêtes ; il avait perdu un mât, deux ancres et cinq matelots. Son relâche à Ceylan lui donna de graves soucis ; il lui fallut réparer ses pertes, et songer avant tout au salut de son équipage et de son vaisseau. Une femme, à sa place, aurait d'abord songé à la perle, mais les hommes sont ainsi faits; prenons-les comme ils sont, puisque nous en sommes.

Le voyage de Y Adamaslor dura dix-sept mois et douze jours. M. de Saint-Saulieux revit sa femme adorée avec une joie fort

naturelle ; il aurait revu ses enfants avec la même joie, mais il n'en avait pas.

Selon l'usage des voyageurs, le mari raconta toutes les tempêtes qu'il avait essuyées, et tous les calmes plats qu'il avait subis. Sa femme F écouta tranquillement jusqu'à la fin, et prenant sa plus douce voix, elle dit : — Et ma perle de Ceylan ?

A cette demande, le mari bondit, comme si la sainte-barbe de son navire eût éclaté.

11 regarda le plafond, il regarda sa femme, il se regarda, et chercha une phrase honnête pour répondre ; la phrase demeura toujours absente, et madame de Saint-Saulieux agita sa tête d'un air de reproche à fendre le cœur d'un mari.

L'infortuné marin, assis sur un fauteuil, comme un criminel devant son juge, frappait son genou droit avec son poing, et le parquet avec son pied, ce qui donne toujours une contenance lorsqu'on n'a rien à dire pour une justification.

— Mais à quoi donc pensiez -vous à Ceylan? — demanda la femme, avec un ton musical qu'on aurait pu noter.

— Je pensais.... ; je pensais...., — dit le mari, sans savoir ce qu'il allait dire ; — je pensais à mon vaisseau. . . . , à mes matelots

perdus en mer , à une foule de choses Ma chère amie, un

commandant a toujours une grave responsabilité dans une expédition si longue ! Un vaisseau, mais c'est comme un

royaume à gouverner....

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