‹ Perles et paruresChapitre 25 sur 49 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La femme est, humainement parlant, auteur de toutes choses ; c'est là une vérité incontestable et vieille comme le monde : connaissance du bien et du mal, instincts, passions, puissance, développement de l'intelligence, génie ; tout cela, Mesdames, c'est à vous que nous le devons.

C'est pour vous plaire que nous recherchons la gloire ; pour faire battre votre cœur, que nous bravons le danger ; pour être aimés de vous que nous nous efforçons d'être bons, humains, gé-

néreux. C'est pour vous servir et vous défendre , que nous avons appris à forger le fer ; pour vous parer, que nous arrachons aux entrailles de la terre l'or et les pierres précieuses : sciences, arts, grandeur, perfection ; tout ce qui est noble et beau, voilà votre ouvrage.

Certes, ce nous serait chose douce et facile de développer ici plus longuement et victorieusement cette proposition, qui justifie si bien nos efforts pour vous entraîner dans les sentiers de la science ; mais nous ferions ainsi de la philosophie transcendante, et c'est de minéralogie que nous avons à vous entretenir aujourd'hui. Après avoir exploré avec vous les merveilles des cieux (1), et admiré les prodiges de la végétation (2) ; après vous avoir dit l'histoire des fleurs de la terre, et l'histoire des étoiles, ces fleurs du ciel, c'est aux mystères de l'intérieur de notre globe que nous allons tenter de vous initier.

Bien que cette science, comme toutes les autres, soit certainement due au désir de vous servir et de vous plaire, il est certain que jusqu'ici les savants qui s'en sont occupés, n'ont rien fait pour vous en rendre l'étude agréable et facile ; ce qu'ils n'ont pu ou su faire, nous tentons de l'accomplir en nous efforçant de cacher nos oreilles de docteur.

Cette nouvelle tâche que nous nous imposons peut paraître, au premier aspect, longue et aride ; longue, car le règne minéral est beaucoup plus étendu que les deux autres : la masse des animaux et végétaux, vivants et fossiles , ne forme qu'une très

(1) Les Etoiles, par Srandville. — astronomie des dames.

(â) Les Fleurs animées, par Grandville. — botanique des dames .

petite partie de notre globe ; aride, car nous n'avons à nous occuper que des corps appelés, par les physiciens, inorganiques, c'est-à-dire privés de vie.

Mais l'étendue ne saurait nous effrayer : qu'est-ce, en effet, que ce pauvre petit globe de neuf mille lieues de circonférence pour des gens qui ont fait six cent soixante-deux millions de lieues afin de visiter Lîranus, et qui, en passant, ont parcouru les anneaux de Saturne, après avoir fait halte sur les territoires de Mars, de Jupiter, etc. !

Quant à l'aridité, nous la nions hardiment. Qu'importe qu'on ait appelé les minéraux corps inorganiques ou privés de vie? Ce n'est là qu'une opinion ne reposant sur rien : les gens de science n'ont nié la vie dans les minéraux , que parce qu'ils n'ont pas su ou voulu l'y voir. Quoi ! de ces deux pierres qui se heurtent jaillissent des étincelles ; cette autre pierre recèle le fluide électrique, dont la puissance est surhumaine ; à l'aide d'acides et de métaux vous formez des piles galvaniques assez puissantes pour faire que les morts se soulèvent, que leurs yeux s'ouvrent, que leur poitrine se gonfle, et vous osez dire que les

minéraux sont privés de vie ! Aveugles ! qui ne voyez pas que

tout vit et se transforme, et que la mort n'est qu'un mot !

Le grand argument des physiciens pour démontrer que les minéraux ne vivent point, c'est que les animaux et les végétaux croissent par intus susception, c'est-à-dire que leur croissance s'opère de l'intérieur à l'extérieur, d'après des lois encore inconnues, tandis que la croissance des minéraux ne s'opère que par juxla-posilion, c'est-à-dire par agrégation extérieure.

Cela, chers maîtres, qu'il nous soit permis de vous le dire, ne prouve qu'une chose, c'est que les minéraux vivent autrement que les végétaux et les animaux. 11 serait même permis de croire qu'ils vivent mieux, puisque leur longévité est infiniment plus grande. A la vérité leurs mœurs échappent à l'observation, et nul jusqu'ici n'a surpris le secret de leurs chastes et éternelles amours; cependant le célèbre botaniste Tournefort affirme avoir acquis la preuve complète de la végétation des pierres ; malheureusement on a mieux aimé rire de cette prétendue découverte que de travailler à la compléter.

Mais , fussent-ils privés de vie , les minéraux n'en offriraient pas moins une étude des plus intéressantes : leur histoire ne comprend-elle pas celle du fer, qui changea tant de fois la face du monde, et qui, de nos jours encore, décide si souvent du sort des empires ? L'histoire de l'or n'est-elle pas en quelque sorte celle du monde entier ? Puis viennent les diamants , les pierreries de toutes sortes, auxquels se rattachent tant de souvenirs doux ou terribles, et toujours magnifiques.

L'amour des choses rares et précieuses est inné au cœur de la femme ; cela soit dit à votre louange, Mesdames ; car aux nobles cœurs il n'y a point de place pour les choses vulgaires : le grand et le beau seuls y trouvent accès , et cela justifie complètement votre goût pour ces riches parures qui ajoutent à l'éclat de la beauté.

Cependant l'importance et l'abondance des pierreries sont bien loin d'être, de nos jours, ce qu'elles étaient dans l'antiquité. Ainsi Pompée, après avoir triomphé de Mitridate, plaça au Capitole

l'écrin qui avait appartenu à ce roi, le plus riche et le plus magnifique des princes vaincus et soumis par les armes romaines. Cetécrin, au rapport de Varron, était le plus somptueux que l'on eût vu jusqu'alors : indépendamment d'un nombre prodigieux de diamants , rubis , topazes , émeraudes , opales , onyx, et de tant d'autres pierres précieuses , d'un éclat et d'une grosseur extraordinaires, il renfermait une multitude d'anneaux , de bagues, cachets, chaînes d'or d'un travail exquis.

Pline rapporte avoir vu, non pas dans une cérémonie publique, où s'étalent d'ordinaire le faste et l'opulence , mais dans un souper de fiançailles très ordinaire, Lollia Paulîna toute couverte d'émeraudes et de perles dont le mélange des couleurs augmentait encore l'éclat. Sa tête, ses cheveux , ses oreilles, sa gorge, son cou , ses bras , ses doigts , en étaient tellement surchargés qu'elle avait peine à se mouvoir. Le tout valait quarante millions de sesterces, ou environ huit millions de francs.

Au rapport d'un autre historien, Néron offrit à Jupiter Capitolin les prémices de sa barbe dans un vase d'or, entouré de perles plus grosses que toutes celles qu'on avait vues jusqu'alors. César fit présent à Servilie, mère de Junius Brutus, d'une perle qu'il avait achetée, lors de son premier consulat (cinquante-neuf ans avant Jésus-Christ) , six millions de sesterces, ou environ un million deux cent mille francs. Héliogabale faisait mettre à sa chaussure des pierres précieuses d'une valeur inestimable , et il en changeait chaque jour.

Mais toute cette magnificence est encore surpassée par celle que montra Cléopâtre lorsque Antoine aborda en Egypte. A la

fin d'un dîner qu'elle donna à ce prince, elle fit dissoudre dans sa coupe, remplie de vin, une perle estimée cent vingt-cinq mille francs, puis elle vida cette coupe d'un seul trait en couvrant Antoine du feu de ses regards. Le repas terminé, elle fit présent à ce prince de tout le service en or massif qui avait figuré sur la table, et parmi lequel se trouvait un nombre immense de vases d'un travail admirable, incrustés de pierreries les plus éclatantes et les plus précieuses.

Et c'est le champ où se trouvent toutes ces choses qu'on oserait accuser d'aridité! Sans doute les avenues n'en sont pas toutes faciles; mais pour qu'elles le deviennent, Mesdames, il vous suffira , comme dans nos précédentes explorations scientifiques, de nous accepter pour guide: sous vos pas, dès lors, disparaîtront les aspérités du chemin, et peut-être, en arrivant au but, aurons-nous été assez heureux pour ajouter quelque chose au charme de votre esprit, sans qu'il vous en ait trop coûté pour l'acquérir.

LA

HRJLOGIE m DIMES.

CONNAI SSANC ES PRÉL1 MINAI R ES.

On donne le nom de minéraux aux corps faisant partie de la masse du globe qui sont ou qui paraissent être dépourvus d'organisation, et celui de minéralogie h l'ensemble des connaissances acquises sur ces corps.

La science de la minéralogie mérite d'autant plus l'attention des esprits élevés, qu'elle présente un ensemble de faits étroitement liés entre eux, et qu'elle permet de savantes combinaisons. Par malheur, elle ne marche qu'escortée de deux satellites rébarbatifs, la chimie et la géométrie ; la chimie qui permet de les reconnaître et de les classer ; la géométrie qui sert à en déterminer les formes.

Toutefois, Mesdames, que cela tout d'abord ne vous effraie pas outre mesure ; nous saurons tenir à distance respectueuse ces deux épouvantails.

Les minéraux, ainsi que nous l'avons dit dans notre Introduction, ne croissent que par la juxta-position des molécules qui, en se réunissant, obéissent à la loi de l'affinité.

A vrai dire, cette loi de l'affinité nous paraît avoir un air de famille très remarquable avec la loi de l'assimilation qui fait que les végélaux et les animaux croissent en s' alimentant de corps pour lesquels ils ont de l'affinité ou de l'appétit ; mais c'est là une vieille querelle que nous ne voulons point raviver. Nous nous contenterons donc de prendre la science où elle en est, et nous passerons sans plus de digression à l'exposé des connaissances préliminaires indispensables, qui sont: la division des molécules, la cristallisation et les caractères minéralogiques.

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