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DE LA CRISTALLISATION

Pour que la cristallisation soit complète, c'est-à-dire pour que les molécules intégrantes d'un minéral, dissoutes dans un acide, se réunissent, il faut que le dissolvant demeure dans le repos le plus complet, et que le vase qui le contient soit assez vaste pour 'qu'il s'évapore rapidement. Alors, à mesure que le dissolvant se vaporise, les molécules se réunissent de manière à former des cristaux réguliers qui varient selon les espèces, et qui affectent des formes secondaires très variées , mais qu'il est facile de ramener au noyau ou forme primitive, par l'enlèvement des lames déposées sur ses traces.

Les formes primitives des cristaux sont au nombre de six, savoir :

L'octaèdre régulier ; le rhomboèdre ou rhomboïde; l'octaèdre à base carrée ; l'octaèdre à base rectangulaire ; le prisme oblique, rhomboïdal ou symétrique ; le prisme oblique non symétrique.

La connaissance des formes qu'affectent les minéraux, et qui peuvent se déduire les unes des autres, se nomme cristallographie ; l'opération qui consiste à diviser une substance minérale

en lames juxta-posées parallèlement, s'appelle clivage. C'est le plus communément par le clivage qu'on arrive à la forme primitive ; mais cette règle n'est pas générale, attendu que certains minéraux ne peuvent se diviser de cette manière.

Il arrive souvent aussi que la cristallisation est incomplète ou confuse ; la confusion a surtout pour cause l'agitation et la précipitation. Dans ces cas les cristaux sont imparfaits, Jeurs faces sont raboteuses, leurs angles émoussés, leurs lames entrelacées ; parfois même ils ne résulte de ces cristallisations imparfaites que des masses fibreuses ou saccaroïdes, telles que celles qu'offrent les marbres blancs , les albâtres, les stalactites et stalagmites qui se forment dans certaines grottes et cavernes, en concrétions si merveilleuses, que les savants eux-mêmes les ont rangées parmi les merveilles de la nature.

Outre les stalactites et les stalagmites qui croissent incessamment, tendant à remplir les cavités où elles se produisent, et qui appartiennent à la formation des concrétions il y a encore les pseudomorplw ses , les incrustations et les minéraux de sédiment.

Le genre de cristallisation appelé pseudomorphose est celui qui a rempli les moules creux de certains cristaux qui ont disparu, et qui ont été remplacés par une substance qui a pris leurs formes en se moulant dans les vides laissés. Jusqu'à ce jour, la science a été impuissante à découvrir la cause de cette disparition de ces cristaux, et elle a dû se borner à constater l'effet. Cela d'ailleurs n'arrive pas seulement à des cristaux , mais même à certains corps organisés, tels que des os, des coquilles et certains bois,

dont les empreintes, en creux et en relief, sont si parfaites, qu'elles p ermcttent de reconnaître les espèces et les variétés des animaux ou des végétaux dont elles ont la forme. Il arrive aussi quelquefois que ces corps organisés n'ont été que recouverts par la nouvelle substance sous laquelle ils restent enveloppés, et c'est là ce qui constitue les fossiles et les pétrifications. Les animaux et les végétaux ainsi enveloppés subissent avec le temps une transformation complète ; tant qu'ils sont à l'état calcaire, on les appelle fossiles ; lorsqu'ils sont changés en silice ce sont des pétrifications.

On trouve , dans l'intérieur de la terre, une grande quantité d'ossements fossiles dont beaucoup ont appartenu à des races d'animaux qui, depuis la plus haute antiquité, ont disparu de la surface du globe ; tels sont les mastodontes et d'autres mammifères dont le savant naturaliste Cuvier est parvenu à reconstruire les squelettes avec des ossements fossiles. Les dents d'éléphants fossiles ne sont pas plus rares que les ossements d'un grand nombre d'autres animaux arrivés à cet état de transformation ; mais nulle part, malgré les plus laborieuses recherches, on n'a trouvé d'ossements humains qui eussent subi cette métamorphose , particularité qui vient à l'appui de la Genèse, d'après laquelle l'apparition de l'espèce humaine sur la terre ne remonterait pas à plus de six mille ans.

Une fois pourtant on crut avoir trouvé un homme fossile , et il n'y a pas de cela un bien longtemps. C'était en 182Ù ; on trouva, près de Moret, dans l'arrondissement de Fontainebleau, à une médiocre profondeur, un bloc de grès ayant la forme d'un

homme à cheval ; le cavalier et sa monture étaient couchés sur le côté droit et étroitement unis , comme s'ils eussent été renversés d'un même coup. Les lignes étaientparfaitement arrêtées; l'homme était coiffé d'un casque dont on distinguait aisément le cimier et la visière ; le bras gauche était cassé un peu au-dessous du coude ; et dans l'intérieur de ce qui figurait l'os principal de ce membre on pouvait faire aisément pénétrer une paille longue de quatre ou cinq pouces. Tout cela , au premier aspect , était vraiment saisissant ; aussi ne fut-il bientôt question que de l'homme fossile. Il fut , à grands frais , apporté à Paris, et exposé dans une maison du boulevart des Italiens , où tout le monde était admis à le visiter moyennant trois francs par personne. Tout Paris s'y porta ; ce fut, pour les spéculateurs qui s'étaient emparés de cette grosse pierre , une affaire d'or, un coup de fortune.

Dire ce que les savants noircirent de papier, les uns pour soutenir que c'étaient bien là un homme et un cheval fossiles , les autres pour démontrer le contraire; énumérer les cris, les injures, les aménités scientifiques de toutes sortes qui furent échangées à ce sujet, serait impossible. Les quatre classes de l'Institut étaient sur les dents , les archéologues et les géologues particulièrement. Enfin il résulta d'une analyse solennelle, faite par un jury scientifique, que l'homme et le cheval n'étaient qu'un seul et même morceau de grès auquel un caprice de la nature avait donné certaines formes d'homme et de cheval, ce qui n'empêchait pas qu'on pût en faire d'excellents pavés.

Ainsi finit l'aventure qui fut pour beaucoup une terrible mysti-

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fication ; et personne depuis ne s'est avisé de trouver des fossiles humains.

Les incrustations ne sont autre chose que de simples moulages extérieurs ; elles sont le résultat de substances pierreuses déposées par les eaux à la surface de corps organisés. Il existe en France plusieurs sources et cours d'eau dans lesquels des incrustations de toutes sortes se forment avec une rapidité singulière. Telle est la source ferrugineuse dite fontaine de Sainte-Alice, qui coule dans un des faubourgs de Clermont-Ferrand. Les eaux de cette source sont d'une transparence égale au cristal le plus pur, et cependant elles sont chargées d'une quantité considérable de carbonate de chaux. On dirige ces eaux par de petits canaux, dans des cabanes d'où, à l'aide d'un appareil fort simple, elles retombent en pluie fine sur une foule d'objets disposés pour les recevoir, tels que fleurs, fruits, nids d'oiseaux, animaux empaillés de toutes sortes, et les recouvrent d'un sédiment calcaire d'une finesse si grande, que les formes de ces objets n'en souffrent pas la moindre altération, de sorte qu'au bout de quelque temps, fleurs, fruits, animaux, etc., semblent être parfaitement pétrifiés. Les gens du pays font un assez grand commerce de ces espèces de pétrifications.

Quant aux minéraux de sédiment, ils se composent de substances finement broyées dont les molécules, suspendues dans l'eau pendant un certain temps, se sont ensuite déposées sur un fond solide en obéissant aux lois de la gravitation ; c'est ainsi que se sont formées les ardoises, les marnes, les argiles, etc.

Peut-être, Mesdames, tout ce que nous venons de dire sur la

cristallisation n'est-il pas d'une clarté telle que la théorie puisse complètement dispenser de la pratique ; mais vous nous pardonnerez, nous l'espérons, en vous rappelant qu'en toutes choses les commencements sont pénibles, et le sentier vous paraîtra moins épineux, si vous considérez qu'il mène aux ruines de Golconde.

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