‹ Perles et paruresChapitre 35 sur 49 · ACTION DES ACIDES · texte numérisé non relu

ACTION DES ACIDES

Un grand nombre de minéraux se dissolvent dans l'acide nitrique ou dans l'acide sulfurique, les seuls qui soient ordinairement employés en minéralogie. Pour faire cette expérience, on verse quelques gouttes d'acide dans un petit vase de cristal ayant la forme d'un verre de montre, puis on jette dans ce verre le minéral que l'on veut éprouver, après l'avoir concassé ou réduit en poussière.

L'emploi de ces acides n'est pas sans danger, car leur puissance est telle qu'une goutte qui tomberait sur la peau causerait les plus vives souffrances, et qu'il en résulterait en outre une cicatrice ineffaçable. Se servir de ces terribles agents , c'est jouer avec la foudre.

ACTION DIl CHALUMEAU.

Le chalumeau dont on se sert pour faire des épreuves en minéralogie, n'est autre chose qu'un tube d'argent ou de verre, dont l'extrémité est courbée et percée d'un très petit trou ; si, avec ce tube, on souffle modérément sur la flamme d'une bougie, on obtient un petit jet de flamme en l'orme de lance, que l'on peut diriger sur un corps quelconque , et dont la chaleur est si vive qu'elle suffît pour fondre tous les métaux et un grand nombre d'autres minéraux.

Pour essayer les minéraux au chalumeau, on fait une sorte de petit creuset avec un morceau de charbon en le creusant à l'aide d'un couteau ; le minéral que l'on veut essayer étant placé dans ce creuset, on le tient avec de petites pinces et l'on dirige sur le minéral la petite lance de flamme que le chalumeau fait jaillir de la bougie. Il ne faut pas trop engager la pointe du chalumeau dans la flamme, et il faut, autant que possible, souffler avec régularité. 11 importe aussi que la pièce que l'on veut essayer ne soit pas d'une dimension trop forte et qu'elle soit pointue ou anguleuse ; c'est sur la pointe ou sur l'angle le plus aigu que la flamme doit être dirigée. En général, une pièce d'essai ne doit pas avoir plus d'une ligne de diamètre.

On peut faire au chalumeau des expériences très intéressantes, et qui ont le mérite d'être sans danger. Les résultats qu'on obtient par ce procédé sont quelquefois surprenants à ce point que des esprits simples les ont attribués à la magie. C'est ce qui

est arrivé à M. de L..., un des plus riches propriétaires et des plus savants minéralogistes de France.

Depuis quinze jours , M. de L... voyageait à pied, selon sa coutume, portant à la main son marteau , et dans un sac de cuir une foule d'échantillons de minéraux qu'il avait recueillis. Ainsi lesté, notre savant traversait un village lorsqu'il fut surpris par une pluie violente qui l'obligea à chercher un asile dans la boutique d'un maréchal. La forge étant allumée, M. de L... s'en servit pour essayer quelques argiles, quelques pierres à chaux ; puis le mauvais temps continuant, comme il ne savait que faire, il pria la maréchal de lui donner une chandelle, et tirant de son sac de cuir un chalumeau , des creusets en charbon et quelques minerais assez riches, il se mit à expérimenter.

Surpris d'abord que son hôte lui eût demandé une chandelle allumée en plein jour, le maréchal le fut bien autrement lorsqu'il vit qu'en soufflant sur certaines pierres un dard de flamme brillante, la pierre disparaissait et laissait à sa place un culot de métal blanc ou jaune.

— Monsieur, dit-il en montrant du doigt une des parcelles de ce métal ainsi obtenues, est-ce que ceci n'est pas de l'argent?

— Vous l'avez dit, mon ami, répondit le savant ; c'est de l'argent, et du plus pur qui se puisse voir.

— Mais tout à l'heure ce n'était qu'une pierre?

— C'est parfaitement vrai.

— Et il vous a suffi de souffler dessus pour en faire de l'argent?

— Comme vous dites , répliqua en riant M. de L... ; j'ai soufflé sur cette pierre, et j'en ai fait de l'argent.

Le maréchal n'était pas tranquille , et son trouble se décélait dans ses mouvements, dans son regard, dans ses questions heurtées, entrecoupées; il fit pourtant un sublime effort, au moment où son hôte jetait de nouveau une petite pierre dans un creuset :

— Et celles-ci, dit-il, en quoi allez-vous la changer?

— J'espère, mon ami, en obtenir une belle parcelle d'or.

— En soufflant dessus ?

— Mais oui , en soufflant dessus, comme vous l'allez voir.

M. de L souffla, et le prodige s'opéra. Le brave villageois

pâlit quand le voyageur lui présenta le grain d'or qu'il venait d'obtenir ; il s'éloigna à reculons, comme s'il eût redouté le contact du savant et de ses œuvres. Quelques minutes après, il était chez le maire de la commune, auquel il racontait qu'un sorcier s'était emparé de sa boutique, au milieu de laquelle il s'amusait à changer des pierres en or et en argent. Heureusement pour

M. de L , le maire était un homme instruit , qui rassura le

maréchal et le renvoya à sa forge.

Faisons comme lui , et revenons, s'il vous plaît, aux effets du chalumeau.

Tout corps minéral qui résiste au feu du chalumeau ; qui , au lieu d'entrer en fusion , se volatilise ou se réduit en scorie, ou bien encore se fond en verre ou en émail , est appelé réfraclaire; le diamant, par exemple, est éminemment réfractaire. Cependant il paraît résulter des expériences faites au mois d'octobre 18A9. par le savant M. Despretz, dans l'ampnithéâtre de la Sorbonne,

qu'il n'est pas un corps métallique qui soit absolument infusible. Ainsi , en réunissant la triple action de la pile voltaïque , de la lentille et du chalumeau, ce professeur est parvenu à fondre de l'anthracite, espèce de charbon minéral qui avait été regardé jusqu'alors comme absolument infusible.

Page 1