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PERLES. CORAIL

Le savant minéralogiste Haùy et ses continuateurs ont relégué dans un appendice, placé à la fin de la quatrième classe, certaines substances dont la nature n'est pas encore assez connue pour qu'il

soit possible de leur assigner une place ; ce sont : Fallophane, de couleur bleu ciel, qui semble un composé de plusieurs autres substances ; la bergmanite, labreslackite, le feldspath bleu et la turquoise.

En admettant ces substances dans une classe complémentaire, nous prendrons la liberté d'y ajouter les perles et le corail....

Eh ! chers maîtres , ne vous mettez pas en colère , et ne nous montrez pas au doigt : nous savons parfaitement que la perle n'est qu'une sorte de concrétion qui se forme à l'intérieur de quelques mollusques, dans certaines huîtres par exemple. Quand, à la suite de quelque maladie ou de quelque accident, la matière nacrée n'a pu bien se coller à la face interne de la coquille de ces mollusques, le suc s'épanche et forme des globules ; ces globules sont des perles, et ces perles sont d'autant plus parfaites que la maladie de l'animal a été plus intense. Les plus belles se trouvent dans le genre de mollusques appelés mityles margaratifères.

Les perles appartiennent donc, par leur origine, au règne animal ; mais est-ce qu'un grand nombre de substances minérales ne sont point dans le même cas ? La chaux carbonatée, par exemple, qui est la substance minérale la plus répandue dans la nature , n'a-t-elle pas la même origine ?

A Dieu ne plaise que nous ayons la pensée de nous insurger contre la toute puissance des faiseurs de méthodes ; mais nous les prions de considérer que l'action de la nature n'est autre chose qu'une lente et perpétuelle métamorphose, et de vouloir bien accepter , en tout état de cause , le titre de notre traité comme une excuse suffisante.

11 est donc bien entendu, Mesdames, que c'est de notre auto-

rite privée que nous introduisons dans le règne minéral les perles dont nous venons de vous dire l'origine. C'est sur les côtes de l'Inde, et près des îles Bahreïn , dans le golfe Persique , qu'ont lieu les pêches aux perles les plus productives.

La durée de la beauté des perles est très bornée ; elles se dissolvent très facilement dans les acides, même les plus faibles, et elles perdent, avec le temps, beaucoup de leur valeur.

Tout cela n'empêche pas qu'un bandeau de perles sur un front blanc et pur, soit la parure la plus virginale, la plus séduisante, et cela est bien suffisant pour faire oublier l'origine de ces précieuses concrétions qui, depuis plus de deux mille ans, jouissent du privilège d'ajouter aux charmes de la beauté.

Ce que nous avons dit, quant à l'origine des perles, est parfaitement applicable au corail. Cette substance est le produit du travail de certains insectes de l'ordre des zoophy tes, qui sont attachés à un tronc ou à une demeure commune qu'on nomme polypier. Quand cette demeure est flexible, cartilagineuse, on l'appelle cératophyte; lorsqu'elle est solide et pierreuse, elle prend le nomdelithophyte.

Le corail est donc un lithophyte, car il est entièrement pierreux. Lorsqu'il est dépouillé d'une croûte qui le revêt, il ressemble à un arbuste privé de ses feuilles. La matière du corail est très dure, d'une couleur rouge plus ou moins foncée ; elle prend un beau poli, aussi en fait-on des bijoux de toutes sortes qui, indépendamment du travail, ont une valeur intrinsèque assez élevée.

Il nous reste à dire un mot des turquoises. On a donné ce nom à deux substances très différentes; l'une est la turquoise calaïte, l'autre est la turquoise odontolithe.

31 h LES JOYAUX.

La turquoise calaïte, qu'on nomme aussi turquoise orientale ou de vieille roche, est d'un bleu céleste clair ; elle est opaque, et sa pesanteur spécifique est de 3,86. On trouve cette substance en Perse, dans un terrain d'alluvion, aux environs de Nichabour. Les turquoises orientales ou de vieille roche sont très estimées en bijouterie.

Quant aux turquoises odontolithes, elles ne sont autre chose que les dents fossiles de certains animaux carnassiers dont la race a disparu, dents qui ont été colorées en bleu par le contact du phosphate de fer. Elles sont, comme les perles, solubles dans les acides les plus faibles.

Et maintenant nous sera-t-il permis de demander aux faiseurs de systèmes pourquoi ils ont rangé les perles et les coraux dans le règne animal, et les turquoises odontolithes dans le règne minéral ? Maisà quoicelanous servirait-il ? Les trois règnes de la nature, leurs classes, leurs ordres, leurs genres, leurs espèces et leurs variétés, ne sont évidemment que les anneaux d'une même chaîne dont nous ne connaîtrons jamais ni le commencement ni la fin.

Et pourtant Dieu a voulu que nous ayons, sinon la connaissance, au moins le sentiment de la perfection ; c'est pour cela, Mesdames, qu'il vous a jetées sur cette terre comme une sorte de transition entre la défectuosité de notre nature et la pureté de l'essence divine.

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