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LE DIAMANT

La quatrième classe ne renferme que deux genres; les espèces dont se compose le premier, sont : le soufre, le diamant et le mellite, qu'on appelait autrefois pierre de miel.

Le soufre, dont on connaît vingt variétés, est très abondant dans la nature ; non seulement il est associé à une foule d'autres corps, mais il abonde à l'état pur dans les terrains volcaniques et dans les roches gypseuses.

Et maintenant dépouillons-nous de la robe de professeur, et tâchons de nous faire poète ; c'est du diamant que nous avons à faire l'histoire.

Le diamant ! A ce seul nom que de jeunes cœurs battent plus vivement! que de charmants visages s'animent, que de beaux yeux étincellent ! Eh quel cœur féminin pourrait, en effet, se soustraire aux émotions du désir en présence de cette merveille de la nature ?

Le diamant est le plus dur des corps ; il les raie tous et il coupe le verre. Il jouit de la réfraction simple ; sa forme primitive est l'octaèdre régulier, et sa pesanteur spécifique est de 3,55. Il s'électrise vitreusement par le frottement. Si on laisse un diamant exposé pendant quelque temps à la lumière du soleil, et qu'on le transporte brusquement dans un lieu sombre, il répand une lumière assez vive dont l'intensité diminue graduellement.

Soumis à une très forte chaleur, le diamant brûle, se volatilise, et il n'en reste rien , ce qui démontre jusqu'à l'évidence que cette substance si précieuse, si resplendissante, n'est autre chose que du charbon pur. Hélas! oui, du charbon, rien que cela. Quel exemple du néant des grandeurs de ce monde !

Les principales variétés de diamant sont le diamant incolore , le rose, l'orange, le jaune, le vert, le bleu, le bistré, le noirâtre, le transparent. Le diamant incolore est le plus estimé de tous ; la teinte des autres est toujours fort légère.

Pendant longtemps on n'a connu que les diamants des grandes Indes, où on les trouvait en assez grande quantité dans les royaumes de Visapour, de Golconde, auMogol, et dans l'île de Bornéo ; mais depuis la découverte du Nouveau-Monde, on en a trouvé dans plusieurs parties du Brésil, et notamment dans le district de Serrodo-l'rio, qu'on appelle aussi maintenant district des Diamants.

Ce n'est qu'en 145G qu'on est parvenu à tailler le diamant, en employant pour cela sa propre poussière, procédé découvert par un nommé Louis de Berquen, natif de Bruges. Avant cette époque on portait le diamant brut; ce fut Charles-le-Téméraire , duc de Bourgogne, qui posséda le premier diamant poli, objet d'un prix inestimable alors , et qu'il perdit avec tous ses autres joyaux , à la bataille de Morat.

A poids égal , le diamant l'emporte en valeur sur toutes les pierres connues ; sa valeur augmente avec son volume dans une proportion très rapide, et il arrive un terme où le tarif ne peut plus être applicable.

Au nombre des diamants d'un prix inestimable, sont celui de

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la couronne de Portugal, qui pèse près de trente et un grammes; celui appelé Régent, qui fait partie des diamants de la couronne de France : il pèse trente grammes , et il était estimé autrefois plus de six millions; et celui qui appartient aujourd'hui à l'empereur de Russie. Ce dernier pèse cent quatre-vingt-treize carats ; selon le tarif, il vaudrait quatre-vingt-douze millions cinq cent quatre-vingt-deux mille neuf cent un francs.

La manière dont ce diamant est arrivé aux mains de l'impératrice Catherine mérite d'être rapportée.

En 1748, un soldat français nommé Brémand, étant en garnison à Pondichéry, déserta, parcourut une partie de l'Inde, et parvint à dérober, dans un temple, l'un des yeux de la statue du dieu Brama. Cet œil précieux n'était autre chose que le diamant dont nous venons de parler.

Après de nombreuses tribulations, F ex-soldat parvient à passer en Angleterre; il cherche h vendre son diamant, et tombe aux mains d'un juif qui le lui paie cinquante mille francs , et qui le revend presque aussitôt quatre mille cinq cent livres sterling (112,500 francs).

Le diamant resta longtemps entre les mains de ce troisième voleur qui en connaissait tout le prix. Enfin il se rendit en Russie, et alla montrer cette merveille à l'impératrice Catherine qui en fut enthousiasmée ; mais, malgré sa toute puissance, cette souveraine n'étant pas assez riche pour consacrer plus de quatre-vingtdouze millions à une fantaisie , elle négocia pour obtenir ce bijou sans en payer le prix. Enfin le marché fut conclu : en échange du diamant, le troisième voleur reçut treize millions, des

titres de noblesse, et il lui fut assigné, en outre, une pension viagère de cent mille francs.

Là s'arrêtèrent les pérégrinations de l'œil du dieu Brama, qui fut cause qu'une des plus puissantes souveraines du monde se rendit complice de vol par recel.... Voyez pourtant, Mesdames, jusqu'où peut entraîner l'amour de ces belles choses!

Cet œil du dieu indien, qui aujourd'hui supporte l'aigle au bout du sceptre russe, est bien inférieur encore au diamant appelé Koh-i-Noor, c'est-à-dire Montagne de lumière, apporté tout récemment de l'Inde en Angleterre (juin 1850). Cette merveilleuse pierre, destinée à la reine Victoria, fut extraite des mines de Golgonde en 1550. Tant que les royaumes du Deccan furent absorbés par le pouvoir envahissant des Mogols, le Koh-i-Noor resta dans le trésor du Delhi impérial , où , le 2 novembre 1 655 , il fut vu par le voyageur français Tavernier, qui, par une faveur extraordinaire d'Aurungzeb, eut la permission de le toucher, de l'examiner, de le peser, et qui, jusqu'à aujourd'hui, a été probablement le premier et le dernier étranger qui ait joui d'un pareil privilège.

Cette pierre inappréciable resta à Delhi jusqu'en 1739, époque où l'empire reçut le coup mortel par l'invasion de Madir-Shah. Elle passa alors de Delhi à Musbed, puis successivement, par suite de révolutions, de Musbed à Caboul, et de Caboul à Lahore.

Le Koh-i-Noor est le plus gros des diamants connus. Quand il était encore brut, il pesait 800 carats, qui, par la maladresse de l'artiste chargé de le tailler, furent réduits à 279, son poids actuel.

La Montagne de lumière ressemble assez, pour la forme et la

grosseur, à un demi petit œuf de poule. Quant à sa valeur, il est difficile de l'apprécier. On dit qu'à calculer sur les prix courants du commerce, il vautdeux millions sterling (50 millions de francs).

Tel est le diamant extraordinaire qui, habilement sauvé des débris du trésor de Lahore, au commencement de la dernière insurrection, vient d'ajouter aux prodigieuses richesses de la couronne d'Angleterre. Puisse la souveraine au front de laquelle il brillera désormais, oublier tout le sang qu'il a fait répandre!

11 nous reste à dire un mot du mellite appelé autrefois pierre de miel. C'est un minéral fort peu important, qu'il n'est bon de connaître que pour le distinguer du succin, dont nous parlerons tout à l'heure.

Au premier rang des cinq espèces du second genre, figure le bitume, substance essentiellement combustible , qui donne , en brûlant, une fumée très épaisse et une très forte odeur qui lui est particulière.

11 n'y a entre les variétés de cette substance qu'une différence apparente, car le bitume liquide peut devenir glutineux, le glutineux devient solide, le solide devient élastique, etc. La couleur du bitume varie du noir au blanc jaunâtre; on le trouve dans presque tous les pays du monde. En Asie les sources ou fontaines bitumineuses sont très nombreuses.

Après le bitume vient l'anthracite, substance qui a passé longtemps pour être absolument infusible ; mais que, tout récemment, le célèbre professeur, M. Despretz, est parvenu à l'aire entrer en fusion, sous la triple action du chalumeau, du miroir ardent et de la pile voltaïque.

Les trois autres espèces de ce genre sont : la houille , les lignites et le succin.

La houille, qu'on nomme vulgairement charbon de terre, a eu une influence prodigieuse depuis un demi-siècle sur le commerce et l'industrie ; c'est à l'exploitation des belles et nombreuses mines de houille qu'elle possède, que l'Angleterre doit sa richesse et sa puissance. On peut dire que la houille et la vapeur sont aujourd'hui les maîtresses du monde : grâce à elles l'espace ne sera bientôt qu'un mot; ce sont elles qui font voler les vaisseaux sur toutes les mers avec la rapidité de la flèche, et qui donnent des ailes à ces longs convois lancés sur des réseaux de fer qui n'auront quelque jour d'autres limites que celles de notre globe.

Les houilles sont incontestablement d'origine végétale ; il n'est pas rare de trouver dans les houillères des arbres entiers dont le tronc, les branches, les feuilles, ont conservé leurs formes primitives. Mais comment se sont formés ces immenses dépôts dont l'étendue, en Angleterre seulement, est à la superficie totale de la Grande-Bretagne dans le rapport de un à vingt? Sur ce point, les savants ne sont pas d'accord, chose fort peu surprenante d'ailleurs, la contestation, la dispute, et toutes les aménités qui peuvent en résulter, constituant l'état normal de cette variété de bipèdes munis de plumes rarement élégantes, souvent fort peu correctes, mais toujours très acérées.

Leslignites ne sont autre chose que des houilles dont la formation ou la transformation n'est pas complète ; c'est une sorte de bois fossile qui contient environ 72 pour 100 de carbone. C'est à cette espèce qu'appartient le jayet , vulgairement nommé jais ,

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dont les cristaux, pouvant recevoir un assez beau poli, servent à faire des colliers noirs et d'autres objets de parure.

Quant au succin ou ambre jaune, substance éminemment électrique, ce n'est, selon toutes les apparences, qu'une sorte de résine fossile qui se rapproche beaucoup de la gomme copale.

Cette substance a beaucoup exercé l'imagination des anciens : les poètes de l'antiquité racontent que les larmes d'Aréthuse, sœur de Phaéton , se changèrent en ambre jaune en tombant dans l'Eridan. Les dames romaines qui recherchaient l'odeur suave que répand cette substance , en faisaient faire le bout supérieur de leurs fuseaux. Enfin les philosophes qui avaient remarqué la propriété électrique du succin, crurent que l'ambre jaune était animé par la chaleur, et qu'il donnait signe de vie. Oui, Mesdames, ils croyaient cela, mais ce n'est pas à dire que l'on ait aujourd'hui le droit de se moquer de cette croyance ; nous qui sommes venus deux ou trois mille ans plus tard, savons-nous seulement ce que c'est que le fluide vital ? Savons-nous comment la vie s'empare d'un corps, et comment elle le quitte ? Que sais-je ? disait Montaigne , et où sont les gens qui , après s'être fait cette question , aient le droit d'y répondre autrement que par ce mot : rien?

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