‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 276 sur 323 · LI\. VII. DE L · texte numérisé non relu

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les p!us énormes crimes. Aussi, lorsque les théologiens de Willenberg lâchaient à donner au patriarche Jéréinie une idée avanlngeuse de la réforme , ils se g.irdèrent bien de parler de ces excès, qui lui auraient f.iit horreur. Ils ne louchèrent uième que très-légèrement dans leurs écrits ce qui avait rapport à celle matière, sur laquelle il n'est pas nécessaire de faire de grandes reciierches, puisque s'il y a quelque chose de constant et de prouvé par le témoignage des anciens, et par la pratique de toutes les églises , c'est la vénération des reliques des saints, dont les corps ont été regardés par tous les fidèles comme les temples du Saint-Esprit.

On voit dès les premiers siècles que les chrétiens de l'église de Sinyme, témoins du martyre de S. Polycarpe , leur évêque, n'ayant pu enlever son corps entier, parce que les persécuteurs les en empêclicrent , emportèrent ce qu'ils en purent sauver, et qu'ils les appellent ses os plus précieux que les pierres de grand prix, et plus que Cor. On voit la même attenlioiî marquée dans les anciens actes de S. Ignace, et presque dans tous ceux des autres martyrs. Eusèbe ( I. 4, ch. 13; Prép. év. , 1. 13, c 11) dit que nous devons respecter les châsses des martyrs , et que la coutume est de faire les prières auprès de leurs reliques. S. Jean Chrysoslôme (t. 5), parlant de celles de S. Ignace marlyr, dit qu'elles sont comme un trésor de grâces pour ceux qui en approchent, que la ville de Consiantinople était fortiliée de tous côtés par les reliques des saints, et qu'elles chassent les démons. Il écrit à un prêtre qu'il lui fera avoir des reliques. S.Basile, S. Grégoire deNysse ( p. 565, 504 , hom. 8, ad Pop. Ant., epist. 126), S. Grégoire de Naziauzc, S. Isidore de Damielte (Pel. ep. 53 et 189), Théodorct (quœsl. 83 in German., p. 150), enfin tous les Pères grecs parlent de la même manière. Les reliques de S. André et de S. Luc, des quarante martyrs , d'Elisée , de Zacliarie, de S. Etienne et de plusieurs autres, étaient en vénération à Constantinople. Philoslorgc (1. 7 ), qiioi(iue arien , reiuarque que les païens en haine des chiétiens tirèrent de leurs châsses et profanèrent les ossements sacrés d'Éliïée et de S. Jean-Baptiste. Les miracles de celles de S. Gervais et de S. Protais sont attestés par S. Ambroise et par S. Augustin, qui en rapporte plusieurs autres de celles de S. Etienne , comme étant connus dans tout l'Occident. Les Grecs et les Latins plus modernes ont souienu la même doctrine, et la pratique s'en est conservée jusqu'à nous dans toute l'Église C'est donc à ce sujet , autant qu'à aucun autre point de discipline, qu'on peut appliquer cette règle certaine de S. Augustin et de tous les SS. Pères , que lorsqu'une pratique religieuse se trouve établie par toute l'Église dès le commencement du christianisme, on ne la peut soupçonner d'erreur, mais on doit être assuré qu'elle vient de tradition apostolique.

C'est aussi ce qu'ont cru tous les chrétiens dans JC5 siècles les plus norissanls de l'Église , ce que les Orientaux n'ont pas moins cru et pratiqué que les Oc-

TRADITION

cidentaux, et ceux qui ont enseigné le contraire ont été regardés comme liéréliques , particulièrement Vigilance. Les anciens Grecs ne l'ont pas connu , mais les derniers, entre autre Mélcce Syrigus , n'en ont pas parlé avec moins de zèle et de force que S. Jérôme. On trouve dans le Ménologe diverses fêles générales pour la translation des reliques de plusieurs saints, outre les fêtes particulières à chaque église. Les historiens et autres auteurs du Bas-Empire en niarquent un grand nombre qui étaient honorées eu divers lieux, et il n'y avait point d'église où il n'y en eût. Les mêmes auteurs témoignent qu'il s'y faisait souvent des miracles, et les Grecs en sont tellement l>ersuadés, que dans les homélies de ces derniers siècles, il y en a beaucoup qui en rapportent un grand nombre. Une preuve bien certaine qu'ils ne les oui pas pris de l'Église latine , c'est qu'ils en attribuent de semblables à ceux qu'elle ne peut reconnaître comme des saints , puisqu'ils ont vécu et qu'ils .sont morts dans le schisme. Nous n'entrons point dans Ui détail, ni dans l'examen de ces miracles ; Dieu, comme chacun sait, n'en fait point qui servent à confirmer dans l'erreur ; mais quand ils seraient faux , ceux (|ui les croient véritables croient certainement qu'il s'en p.^ul faire par les reli(iues des saints, et sont orthodoxes sur cet article. Enfin cette opinion généralement reçue louchant les miracles qui se font aux tombeaux des saints et par leurs reliques , est une démonstration certaine de la créance ancienne , indépendamment de la vérité ou de la fausseté des miracles.

Comme la Grèce n'a été que dans les derniers temps conquise par les Mahométans , la dévotion etivers les tombeaux et les reliques des saints s'y est conservée plus longtemps que dans la Syrie, dans l'Egypte et en d'autres provinces d'Orient , qui furent les premières soumises au joug de ces infidèles. La ruine des principales églises, le pillage de leurs trésors, la nécessité de vendre le peu de châsses et de reliquaires qui en avaient été sauvés, à laquelle on se trouvait obligé pour racheter des captiis, ou pour secourir des chrétiens dans leurs misères pressantes, rendit encore les reliques plus rares en Orient, d'autant plus qu'il y en eut une grande quantité transportée en Europe. Cependant on voit par l'Histoire de l'église d'Alexandrie , (pie non seulement dans les premiers temps , mais (|ue depuis et sous l'empire mabomélan les reliques de S. Marc y étaient en vénération , et que les nouveaux patriarches étaient obligés d'aller révérer son chef, qui était conservé dans Alexandrie; quoique, comme marque un historien , quelques-uns crussent que c'était celui de S. Pierre-le-Marlyr. On lit dans les mêmes histoires des jacobites, que celui-ci avant sou martyre alla faire sa dernière prière au lieu où S. Marc avait con- S(uumé le sien, et celte dévotion a duré plusieurs siècles, même sous le mahométisme , et subsiste encore présentement. Or celle visite et vénération des reliques se faisait avec toutes les cérémonies que les ci'

!05!> PERPÉTUlTIi: DE LA FOI

tlioliqiies priuiqueiil en pareilles occasions, comme le lénioigiicnt lesauleurs qui ont écril tout ce qui s'observe dans l'ordinalion des patriarches avec le plus grand détail. Ils marquent qu'après qu'elle a été céléhréc selon les formes prescrites dans le Pontilied, on célèbre trois jours de lète avec la Litisigie solennelle. Le premier jour dans l'église appelée Aiigélion, le second dans celle de S-Micliel archange, cl le troisième dans celle de S.-Marc, où, après la lin de la Liturgie, le nouveau patriarche prend le chef de ce saint cl le lient devant lui. Ebnassal ajoute que ce même jour, après la Liturgie, le patriarche, accompagné du clergé et du peuple, se rend à une maison iippclée des-EitfaïUs-d'Elsokari , où est le chef de S. Marc évangélistc; qu'après avoir fait quchiues prières on tire la châsse; qu'on l'expose sur une table de pierre, où on l'encense; qu'ensuite la châsse cstt;uverte, et qu'ajirès que le patriarche en a tiré le chef du saint et l'a baisé , on la renferme, et que le peuple la baise. C'est ce que témoignent les auteurs égyptiens jacobites les plus considérables, et on n'en peut citer aucun qui les contredise.

Le ravage des Mahomctans a diminue le noml're des reliques, et on ne trouve pas dans les historiens qu'il soit fait mention de la pratique, ordinaire ailleurs, de les porter dans les processions publiques , ou de les exposer à la vénération des chrétiens, parce que les reliquaires d'or et d'argent les auraient mises en péril d'être profanées par les infidèles; mais on renuirque l'usage constant de prier aux tombeaux d("S haiiits, ou de ceux qui étaient réputés pour tels. Ainsi le concours a été toujours très-grand en Égyple au iiicnasière de S.-Macaire et à son tombeau, comme à celui de plusieurs saints anachorètes qui avaient vécu avant que l'Église fût divisée par les jacobites. Ceuxci avaient une dévotion particulière au tombeau de Sévère, patriarche d'Anlioche, un des grands dcienseurs de leur 5ecte. On y allumait des lampes , et l'huile qui brûlait devant son tombeau était employée à faire des onctions , ainsi qu'en plusieurs autres églises.

De plus le calendrier de l'église coplile marque divci'sos fêtes qui ont rapport à la véuéralioii des reliques des saints. Le IG du mois de loih, qui est le premier de leur année, ils célèbrent l'invention des ossements de S. Jcan-Bupliste; le 18, celle des reliques de S. Thomas à Alexandrie; le 23, la déposition de celles des trois enfants, c'est ainsi qu'ils apj)clleut ceux qui furent jetés dans la fournaise; leur translation le 17 de pao;)hi ; le 19 du même mois, celle des ossements de S. Ignace ; le 29, la déposition du chef de S. Jean ; le 5 d'alhyr, la translation de S. Théodore à Chétab; .c premier de tybi, l'invention des Ossements de S. Etienne; le 5 de méchir, celle des corps de quarante neuf martyrs à Scété, cl le 30 du même mois celle du chef de S. Jean-naptisie ; le 40 de p'.iameiiot ou barmahat, l'invention de la sainte M'oix à Jérusalem ; le 2 de bayni, celle des osseirieiits de S. Jean-Baptiste ; le 21, la dépositioii dos reliques

SUR LES S-\CREMEiNTS. lOôG

de S. Etienne ; le troisième jour d'épiphi» l'invention des corps de S. Cyr et de S. Jean ; le 19 de niésoii, la translation «lu corps de S. Macaire dans le désert. On trouve qneli|iie.-uiies de ces fêtes dans le calendrier que Selden a fait imjirimer, cl sur lequel M. Ludolf a en partie composé le sien. Mais il est si défectueux, qu'il ne faut pas s'étonner que quelques-UMes ne s'y trouvent pas, outre que ceux qui ne le liront que dans la version n'y pourront rien comprendre. Car personne ne devinera ce que veut dire le mot de planctus 1). Murlœ , quoique le mot arabe signifie la même chose que le grec xoi///j!7i.; ; et M. Ludolf l'a traduit d'une manière encore moins supportable, par celui de polliiiclura. 11 a eu partout une affectation singulière d'ensploycr des mots bizarres et éloignés du style ecclésiastique , parliculièreraent de celui qui est en usage parmi les catholiques , non seulement dans son Histoire d'Ethiopie, mais jusque dans son Dictionnaire, comme si ce même usage, assez connu d'ailleurs, n'en déterminait pas !e sens. Si quelqu'un trouvant le mol de xst/x/jrriptsv le traduisait par celui de dortoir, il ne s'éloignerait pas de l'étymologie , mais il se rendrait ridicule ; et il en est de même de traduire les mots consacrés, comme celui de Liturgie, d'oblation et d'autres semblables, de la manière dont il les a traduits; en sorte que ceux qui ne savent pas la langue originale ne les peuvent entendre , si co n'est dans un Hiux sens qu'il donne aux nu)ts les plus connus, pour ne pas parler de plusieurs sur lesquels il se trompe. Car, par exemple, le mot liubis, qui est souvent employé dans les livres des chrétiens, signifte certainement un religieux reclus, que les Grecs appellent ty/.).si7T0i , et cet usage est très-commun. H veut qu'on le traduise Deo dévolus , comme s'il n'y avait que les reclus qui fussent consacrés à Dieu. If prétend que kir, qui se trouve dans le calendrier de Selden, signifie le supérieur d'un monastère ; et rien n'est plus faux. Il était doi:c à propos d'avenir les lecteurs qui ont quelque connaissance des livres de Selden, et qui sont frappés de la vaste érudition de M. Ludolf, que le calendrier qu'ils ont suivi étant très-défectueux dans son origine, parce que Selden, ne sachant pas la matière, ne l'a souvent pu lire, et que les corrections do M. Ludolf ne valent guère mieux, si on en cxccpie quelques-unes, on ne s'y doit point arrêter. On aurait perdu trop de tenqis à le réformer, cl on en pourra domicr un entier dans quelque antre ouvrage.

Nous ajouterons à ce qui a été dit ci-dessus que h plujiart des homélies anciennes des Pères sur les plus fameux martyrs des premiers siècles, comme celles de S. Basile, de S. Grégoire de Nysse et d'autres , sur les (|uarante martyrs ; les histoires dos translations; les récits de plusieurs miracles faits par les ruliqucs des saints, sont traduites en syriaque , en arabe et en arménien et en presque toutes les langues, l)0ur être lues dans les églises, et que les Orientaux, au lieu de les regarder comme des fables, y joigneat I>lusieurs autres miracles , tant ils ; ont persuadés

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