LIVRE SECOND
Florence; qu'Us attaquassent l'union en toutes les manières possibles; qu'il marquassent tout ce qu'ils y trouvaient à redire; qu'ils chargeassent de reproches et de calomnies les Latins , avec qui ils avaient traité, et les Grecs qui avaient consenti à Cunion ; que leur haine et leur raye se produisît tout entière sans déquisemenl et sans contrainte (\). D'où l'on conclut que n'ayant jamais après la ruplurc fait aucun reproche ni aux Laliiis ni aux Grecs qui s'éloient unis à eux sur la présence réelle et la iranssubsianlialion , et ayant au contraire autorisé l'un et l'autre dogme par des écrits laits dans la plus grande violence de leur passion , on ne pouvait apporter une preuve plus évidente de leur union parfaite avec les Latins dans l'un et dans l'autre de ces dogmes.
il y a bien des gens qui prendraient cet argument pour une de ces démonstrations morales qui n'ont pas moins de force pour persuader que les preuves malliématiques; mais il était difficile de croire qu'il s'en put trouver qui la irnilassent de ridicule. Cependant c'est en cette manière que M. Claude a cru s'en devoir défaire. Admirez, dit-il ("2) , je vous prie , cette pénétration d'esprit , et celle vaste étendue de pensées : les biens et les maux qui arrivent au monde chrétien, il y a près de deux cents ans, paraissent à M. Arnauld destinés pour lu qloire de son livre, avec cette différence seule :ent, que les maux y contribuent encore beaucoup plus que les biens. Car c'est le schisme, la passion, la haine , et la mge des Grecs qui lui donnent une pleine victoire. Il était utile, dit-il, quils entrassent dans cette fureur , c'est-à-dire , qu'il était bon que la moitié du monde fût damnée selon lui, que Dieu fût déshonoré pur mille crimes , et son Eglise déchirée par une division funeste, et pourquoi ? Pour fournir à M. Arnauld un argument, et pour lui donner moyen d'ajouter un chapitre à son livre. Et plus bas : M. Arnauld a un secret que je ne comprends pus. Car des plus grandes choses il en lire de fort petites, et des plus petites il en tire de fort grandes. Le mal est qu'en tout cela il n'y a pas une élinccile de bon raisonnement. Pourquoi veut-il que le nouveau schisme des Grecs soit arrivé pour lui fournir im argument ? on ne savait pas encore en ce temps-là qu'il dût faire un livre.
Ce sont là les fondements des raisonnements et des railleries de M. Claude. Celle-ci est fondée d'une part sur une erreur contraire à la parole de Dieu , et de l'autre sur une équivoque. L'erreur est qu'il ne soit pas permis de dire que les schismes et les hérésies soient bous à (|nelque chose, au lieu que Dieu ne les permet que parce qu'il les veut rendre utiles à l"établiss«ment de sa vérité, selon ce que dit S. Paul, qu'il faut qu'il y ait des hérésies, afin, dit-il, que l'on découvre par là ceux d'entre vous qui sont solidement à Dieu.
L'équivoque qui en est le principal fondement, est qu'il lui plaît de confondre la vériié tr.iiiée dans un livre avec le livre môme. Car l'utililé de ce schisme des Grecs regarde non le livre de M. Arnauld , mais la preuve et la manifestalion de la doctrine de l'Eglise sur l'Eucharisilie, qui est traitée dans le livre. De sorte que la pensée de M. Claude est à peu près aussi raisonnable que si quelqu'un concluait de ce que l'Eglise appelle le péché d'Adam une heureuse fauie qui a mérité d'avoir un rédempteur t«l que Jésus-Christ, que l'Eglise prétend que le péché d'Adam est arrivé afin qu'elle pût embellir un de ses cantiques de cette pensée. 11 dira de même , quand il lui |»laira , que saint Augustin , qui remarque l'utilité que Dieu a procurée à
(1) Perpétuité, tom. 1,
(2) 2«héi..,p.«3.
son Eglise par diverses hérésies , et entre auirfg par l'hérésie arienne , a prétendu qu'elles n'élaie'arrivées que piun- lui fournir une rélli-xinu. '<} voit combien tout cela est contraire au bon sen^ aussi bien (|u'à riionnèleié. Ceiiendant M. Cl-nide s'y connaît si peu qu'il répète encore cette fausse raillerie en deux ou trois autres endroits, ivn: il en a été charmé.
Iir REMARQUE.
11 n'y a rien de même de plus permis que de faii e revoir à ses amis ses prourcs ouvrages, et de reconnaître ensuite par un mouvement de sincérité la part qu'ils y ont bien voulu prendre. C'est dans cet esprit qu'après avoir lapporlé une conjecture sur un plissage de Nicétas Pecloratus, on avait ajouté qu'elle était d'un fort savant homme qui avait pris la peine de relir« ce tiailé, c'est à-dire le traité de la Perpéiuilé, et non celui de Nicélas. Cependant M. Claude a cru que cela lui donnait une occasion fivorable de divertir Iss lecteurs aux dépens de son adversaire, et il s'efforce de le faire en celte manière : M. Arnauld, dit-il, est-il si accablé ou rebuté de son travail qu'il n'ait pu se résoudre à faire lui-même cette lecture, qui ne saurait être de plus de demi-heure. Les savants hommes anonymes nous trompent souvent avec leurs conjectures ; et quand on a fait un livre qu'on a dessein de rendre célèbre par toute l'Europe, en l'envoyant dans toutes les cours , il est bon au moins de ne s'en fier pat à toutes sortes de gens. Il dit dans la lettre au Pape que ses amis y o)il travaillé avec lia. Dans le douzième livre il nous donne deux dissertations d'un religieux de Sainte-Geneviève sur le sujet de Jean Scot et de Bertram. Ailleurs il dit qu'il a prié quelques personnes de lui traduire ce passage de Thomas Herbert dont on a tant parlé. Ici il nous débite la conjecture d'un anonyme. Je crains que (juelque indiscret ne juge sur cela que le livre de M. Arnauld n'est composé que de pièces rapportées, et par conséquent mal liées. Pour moi, je n'en fais pas ce jugement. Mais je voudrais bien que M. Arnauld eût dirigé et rectifié ce que les autres lui ont fourni , et qu'il n'eût pas fait comme la mer, qui recevant dans son sein toutes les eaux des fleuves , ne leur communique que son amertume.
Si l'on demande ce que c'est que cette raillerie de M, Claude, on |)eut dire en un nml que c'est un amas de faussetés dont on tire une conclusion contraire au bon sens. Ce livre, (|u'un savant homme a pris la peine de relire, n'est pas celui de Nicélas ; c'est celui de la Perpétuité même. El ainsi ce reproche que M. Claude fait sur ce faux fondement qu'on est accablé et rebuté du travail, et qu'on ne saurait faire une lecture de demi- heure , est une surprise qu'il aurait évitée, s'il ne se lût point anmsé à cetie b:'galelle.
On ne sait pas bien quel est le sens de cette pointe, que les savants anonymes nous trompent souvent. Car la qualité de savant anonyme, tel que celui dont on parlait, ne peut contribuer à tromper persoime, puisque ceux qui sont anonymes et inconnus aux autres sont très-connus à ceux <|ui se servent de leurs conjectures, comme celui-là l'était.
C'est une témérité blâmable d'attribuer à l'auteur de la Perpétuité le dessein chimérique de tendre son livre célèbre dans tome rEuro|»e. M. Claude n'en a point de preuves , non plus que de ce qu'il avance ensuite qu'il l'a envoyé dans toutes les cours. Ui homme sage doit toujours éviter d'alléguer des Auis de celte nature, qu'il sinTit que l'on ni*; pour convaincre celui qui les avance de témérité et d'iinpiu dence.
11 est faux aussi qu'on ail fait imprimer dans 1 12' livre deux dissertations d'un religieux de Sauiie- Geneviève. La seconde esl de l'auteur même, connue il est marqué dans le 8" livre; et il esl étrange f|ue M. Claude s'abuse dans les choses dont il est si ai.-é de s'éclaircir.
11 esl difficile de deviner ce qu'il peut trouver à
RÉPONSE GÉNÉRALE AU NOUVEAU LIVRE DE M. CLAUDE
redire dans ce que l'ou a. fait vérifier «ne Iradnclion sur lin original écrit en anglais, comme si l'aulenr de la Perpétuité était obligé d'entendre toutes les langues vulgaires de l'Europe.
Et eniin il est peut-êire le seul qui pût tirer de ces f;iils faux et frivoles celle étrange conclusion, que le livre de M. Arnauld n'est composé que de pièces rappoilées, et par conséquent mal liées. Il est vrai qu'il la (lésiivoue par ces paroles qu'il ajoute ensuite : l'oiir moi je n'en fais pas ce jugement. Mais cette manière de désavouer par une leinte grossière des soupçons qu'on a làclié d'exciter autant qu'on a pu , e>t d'un caractère si contraire à rhonnètelé , ([u'on peut croire que M. Claude s'en abstiendra , quand il saura combien cette fausse rhétorique lui fait tort.
J'ai voulu rapporter ces deux exemples dos railleries de M. Claude, pour faire connaître de quel genre elles sont. Cliacun pourra faire l'application de ce que nous avons dit à toutes les autres ; car elles sont toules de même nature. Pour moi, je ne prétends pas employer mon temps à les réfuter ; ci il pourrait désormais en remplir plusieurs volumes, que je n'y ferais plus aucune réflexion, à moins (pfelles se rencontrassent dans l'examen de quelques autres points. On eu a vu qiiel(|ues-unes rapportées par occasion dans le premier livre, et Ton en verra aussi quelques autres dans la suite de ces remarques.