Chapitre H
Des railleries de M. Claude. Qu'elles sont toutes
fausses et malignes.
M. Claude prétend, en un endroit de son nouveau livre, nous prouver qu'on a tort de s'offenser de ses railleries, el toute la raison qu'il en donne est qu'il n'est |)as absolument défendu de s'en servir, et(pi'on ne s'en est pas abstenu en écrivant contre lui. On a, dit-il, employé quelques termes de raillerie, et c'est peut-être ce qui a le plus fâché M. Arnauld. Mais qui lui a dit que la raillerie dût être absolument bannie de la dispute ? Sans en rechercher des exemples ailleurs, on sait que ces messieurs s'en sont très-souvent servis..., et que M. Arnatild lui-même ne s'en est pas abstenu dans ce dernier livre qu'il a fait contre tnoi. Je ne l'ai pas trouvé mauvais : j'aime bien mieux son humeur enjouée que sa colère {\).
On pouvait sur cela demander à M. Claude qui lui a dit qu'on ne puisse, sans être enjoué, représenter comme ridicule ce qui l'est effectivement, el qualifier, sans être en colère, de véritables excès du nom qu'ils méritent? Qui lui a dit qu'il était le seul en qui se puisse allier ce qui lui parait incompatible dans les autres? Car pour lui il ne se trouve ni en colère quand il se sert des termes les plus durs, ni d'une humeur enjouée quand il emploie la raillerie.
Mais ce (jui mérite h- plus d'être remarqué dans ces paroles, c'est le peu de justesse du raisonnement qu'elles contiennent. La raillerie, dit-il, ne doit pas être absolument bannie de la dispute, et mes adversaires s'en sont quelquefois servis. Ils auraient donc tort de se blesser des miennes. Ce serait fort bien conclure, si toutes les railleries étaient de même genre, et qu'elles fussent toutes lionnèles et bien fondées. Aiais y en ayant ({ui ne le sont pas, el dont on a droit de s'offenser, afin que M. Claude pût conclure raisonnablement qu'on aurait tort de trouver à redire aux siennes, il fallait qu'il eût satisfait aux raisons par lesquelles on a fait voir en cet endroit-là même, auquel il tâche de répondre, que les railleries dont il se vante, et qui lui ont paru si ingénieuses, sont du plus mauvais genre du monde.
Il ne faut donc ni défendre en général la raillerie, ni l'accuser en général ; mais il en faut revenir au principe d'équité dont nous avons déjà parlé, par lequel on doit juger les unes bonnes el les autres mauvaises, qui est qu'on ne les doit employer que par quelque sorte de nécessité, el en ne traitant (je ridicule que ce i|ui l'est eireclivemenl; mais qu'il est contre la sincérité, la justice el l'iionnêleté, de représenter comme ridicules des choses qui ne le sont pas. Or c'est néanmoins ce que M. Claude à le mallicur de faire toujours lorsqu'il veut riiillerlc monde, et c'est là ce qu'on lui impute sur ce point.
Il* REMARQUE.
Y a-l-il par exemple rien de ridicule dans la réflexion que l'on fait sur le renouvellem(>nl du schisme des Grecs après le concile de Florence, et dans co que l'on dit, qu'afln que Ton ne pût pas prétendre que ce fut par une poliiiqiie làclie et timide que les Grecs no fiieiit pas le nioindie reproche aux Latins sur la doctrine de la piésencc réelle el de la transsubstantiation durant le coin i le de Florence, (luoiqu'ils eussent été deux fois spectateurs de la procession du S.-Sacremcni , il était bon que cet accord fût troublé ; que Lut passion fût en liberté d'agir el d'éclater; qu'ils tachassent de ruiner tout ce qu'ils avaiml signé à
(i) 3« Rép., p. 917,