IV' REMARQUE
L'argument du livre de la Perpétuité n'est pas changé depuis qu'il a été proposé la première fois , et je pense qu'on avouera sans pcnie que le dernier ouvrage ne l'a ni affaibli ni obscurci. Cependant le changement qui est arrivé non dans les choses, mais dans l'esprit de M. Claude, a tellement troublé et renversé ses idées , qu'il en fait présentement nn jugement directement opposé à celui ([u'il en faisait alors.
Voici de quelle sorte il en a jugé dans le traité par lequel il est entré dans ce différend. // faul avouer de bonne foi, dit-il, et sans se laisser préoccuper pur un faux intérêt de parti , qu'on ne saurait prendre un tour plus adroit sur la matière de l' lincharistic que celui que cet auteur a pris; cl si lu vérité lui manque, comme elle lui manque assurément, au moins n'esl-il pas possible de donner ni plus de force à ses raisonnements, 7ii plus de jour à ses vraisemblances , ni plus de cuulcMr qu'il a fait à une mauvaise cause. Tout persuadé que je suis que ce ne sont que des apparences, je reconnais pourtant qu'elles éblouissent. C'est ainsi que M. Claude en jugeait au commencement, lors(|u'il n'y était pas encore intéressé personnellement : mais les choses ayant changé de face , ce traité et ceux qu'on a faits pour le soutenir, qui sont incomparablement plus forts , sont devenus les derniers des livres.
On a vu paraître , d'il M. Claude, depuis quelque temps trois différentes méthodes sur cette matière. El portant ensuite un jugement de toutes les trois (I) ; il dit de l'une , qu'elle est la moins injuste el ta moins oblique; de l'autre, qu'elle est beaucoup plus adroite et mieux concertée que celle de M . Arnauld.
Mais le jugement qu'il fait de la troisième, c'est-à dire de celle du livre de la Pei péiuiié , est qu'il sevi' ble que ce nouveau chemin n'a été ouvert , que pour donner aux calvinistes de nouveaux avantages contre l'E'glise romaine el ses doctrines : ce qui serait la marque du plus mauvais livre qu'on saurait faire. Il ne se contente pas de rabaisser cet ouvrage en le mettant au-dessous de ceux qui ont suivi une autre méthode; il le met même au dessous de ceux qui ont proposé le même argument, et qui l'ont renfermé en dix lignes comme le cardinal Bellarmin. Car si on en vent croire M. Claude , ces dix lignes de Bellarmin ont plus de force que tout ce qu'on a écrit sur ce sujet. De sorte qu'il faut par nécessité, comme je l'ai déjà dit, que ce soit le plus méprisable de tous les livres, puisque par un. travail de plus d'une année on n'y a pu égaler la force de dix lignes de Bellarmin.
C'est ainsi que l'on est élevé ou rabaissé selon les lifférentes humeurs de M. Claude. Mais ces vicissiudes de jugement doivent servir à consoler ceux qui éprouvent les effets de sa disgrâce ; p;irce qu'ils peuvent espérer que leurs livres redeviendraient bons s'ils étaient assez heureux pour apaiser sa colère , qui est la seule chose qui les rend mauvais.
y REMARQUE.
Une autre remarque que nous ferons sur celle préface, est louchant ce qui y est dit de Rainaidns, que l'on a allégué plusieurs fois dans le livre de la Perpétuité. M. Claude le trouve mauvais, parce qu'il a lu , à ce qu'il dit , dans un certain écrit un jugement fort désavantageux da l'esprit et de la sincérité de cet auteur, el sur cela il s'écrie : Qui s'inuujinerail que des gens qui en croiraient ce que je viens de dire , et qui voudraient bien que tout le monde en fît le même jugement, voulussent l'emplotjer dans une dispute aussi importante que celle-ci , et en tirer la plupart de leur.i /»stoires ?
Je ne sais ce que le monde aura jugé de cet endroit de .M. Claude; mais il est vrai qu'il m'a donné sujet de le plaindre de se mêler d'écrire d'une matière si importante dans une disposition aussi peu sincère que celle qu'il y fait paraître.
Je n'examine pas ici qui est l'auteur de ces remarques qu'il cite , ni si lejugementfpie l'on y laitdoUainaldus est juste ou injuste. Jedis seulemenl(|u'il esl contre lesens connnnn de se servir de ce jugement, en le supposant véritable, pour affaiblir les faits rapportés par Rainaldus, et cités dans le livre de la Perpétuité. Car chacun sait (in'un historien fait ordinal.rement deux choses , qu'il rapporte les laits et qu'il en juge, et qu'entre les faits mêmes qu'il rapporte, il y en a auxquels il n'a aucun iiuérêl et qui n'entrent point dans ses passions, et d'autres qui y entrent. Enlin, il y en a qu'il rapporte de lui-même, et d'aulres où il ne fait que suivre d'aulres historiens.
Or, 1* il est certain que ce jugement désavantageux de Rainaidns , que M. Claude rapporte , ne regarde que ces réflexions sur les faits , ou qu'entre les faits il ne peut regarder tout au plus (pie ceux où il s'agit de la puissance du Pape ; mais il est sans apparence de le rapporter aux faits particuliers où il n'est point question des droits du Saint-Sièi;e , tels quti sont ceux allégués dans le livre de la Perpétuité.
2° Il y a peu d'auteurs qu'on puisse moins sonjiçoimer d'iulidélitc dans les faits que Rainaidns ,
(1) La première, du p. Mannbourg , oppose les décisions des conciles comme des prescriptions. l.a seconde, du P. Kouet, ado| te la discussion de l'Ecriture et des l'ères. U troisième, des auteurs de la Perpétuité, joint l'argument de pre&criplion à celui de discu»sioa.
LIVRR SFXOWD.
XOVIW
I»:in:c (pi'il iniiporlc ordiiiaircnu'iil les paroles nièiiics
dis .luleius (|iril cilc à la ninigc De sorte (nie c'esl
I f liiiôl une coinpilaiioii de divers liisloricns ei de di-
i vers acles qu'un corps d'iiisloire qui lui rppar-
' lieiine.
i 5° Tous CCS faits dont on s'est servi sont tellement 'certains, que M. Claude ne s'est inscrit en faux contre aucun; et il en emploie lui-même la plupart en les l reconnaissant véritables.
^ 4° Kjifin, il est vraiipril n'y a aucune conséquence à tirer du jugement contenu dans les remarques ciiécs par M. Claude contre les faits allégués du même Ftaiiinldns , que l'on peut dire avec assurance qu'il allie lui-même ces deux choses , car il croit tous ces f;iits vcritaliles , et il n'oserait dire qu'il ne juge pas deRiinildus à peu pr<^s comme l'aulenr de ces remar<|ues en a ju?;é. De sorle qu'il unit dans son cs- 4)rii ce qu'd tâche de reiwésenier dans ses écrits conioie opposé et coiilradieloire. Il fait lui-même ce qu'd reproche aux autres ; et il se sert, pour éblouir le monde, d'un argument dont il est impossible qu'il ne <;onn:iisse pas lui-même la fausseté. C'est un procédé x\\\\ p;iraîi SKMdienx, qu'aftn de n'être pas obligé de le qindilier d'nflc manière (pii pût blesser M. (Jlaïuh-, j'aime mieux passer à une autre matière, qui est Cidie des deux premiers chapitres de son premier livre. ClIAPlTIlE IV.
Remarques sur te premier livre de M. Claude.