LIV. II. ACCORD DES ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE
que dans la discipline- C'était un fait dont on n'avait inmais oui parler ; on savait, et très-certainement , que la discipline extérieure était toujours la même , fl que des changements entiers ne se sont jamais faits sans contestations et sans tumulte, surtout pour in- Iroduire la religion calviniste. On la trouvait si bien expliquée par un Grec, que les moins pénétrants ne pouvaient s'empêcher de reconnaître que Cyrille avait formé sa Confession sur celle de Genève. Il n'y avait donc pas de difficulté à comprendre qu'elle ne contenait pas la créance de l'église grecque ; et ce fut aussi le jugement qu'en firent comme Grolius les théologiens de la Confession d'Augsbourg. Ce qui no pari issait pas si aisé à éclaircir, mais qui importait pou, était si on devait croire qu'un patriarche de Cmstaiitinople en fût l'auteur. Les Genevois qui le publièrent prétendaient le prouver par les lettres écrites à Diodati, à Antoine Léger, et à d'autres. Mais cel;i no sufiisait pas pour établir que ce fût la foi commune de l'église grecque, d'autant plus que selon le lémoignage des Grecs Cyrille avait toujours nié avec serment que cette Confession fût de lui, nonobstant ce que les Genevois assurèrent dans leur préface, qu'il l'avait reconnue publiquement devant son église. Il le disait et il l'écrivait, mais pour établir des faits de cette nature, quand ils sont non seulement contestés, mais déclarés faux par un grand nombre de témoins irréprochables, il faut une autre auiorilé que celle d'un homme convaincu d'autant de fourberies que l'était Cyrille. Enfin le temps a confirmé qu'on ne se trompait pas sur son sujet, et il n'y avait que M. Claude, M. Smith et ce Jean Hockston , qui pussent encore contester que la créance exposée dans celle Confession n'était pas celle de l'église grecque. C'est aussi ce que les attestations, et particulièreuunt le synode de Jérusalem, ont mis dans une telle évidence, que les protestants mêmes, comme nous l'avons marqué ci-dessus, ont commencé à l'avouer. Il n'y avait pas si longtemps que cette fausse Confession paraissait lorsqu'elle fut rejctce par toute la Grèce , qu'il y en a que les actes et les livres dont on s'est servi dans la Perpéhàlé ont été exposés à l'examen du public, et que la plupart des originaux ent été mis dans la Bibliothèque du roi, et dans celle de S.-Germaindes-Prés. Les Grecs n'ont pas ignoré l'usage qu'on en avait fait contre les calvinistes, et Dosithée le marque dans sa préface sur l'ouvrage de Syrigus. Ces actes ont été donnes en forme authentique, et avec toutes les formalités qu'eux-mêmes nous ont apprises. Aucun des patriarches et des évèques ne s est rétracté de ce qu'il avait signe touchant la présence réelle et la transsubstantiation. Nectarius qui avait été patriarche de Jérusalem, a survécu près de dix ans ; Dosithée qui lui succéda et qui présida au synode de 1672, a vécu ensuite plus de trente-cinq ans, et ils ne se sont rétractés ni l'un ni l'autre. Ils n'ont pas été censurés, ni anathéinatisés comme Cyrille Lucar, Corydale et Caryophille. La Confession orllioiloxc a été imprimée deux lois pour les Grecs de-
puis 1642, et jamais elle n'a été flétrie. Au contraire elle a été approuvée par tous les patriarches, et elle est encore entre les mains des Grecs comme la règle certaine de leur créance.
Ces arguments négatifs pourraient suffire pour fermer la bouche à des adversaires qui dans toute la suite de celte dispute n'ont attaqué les catholiques que par des conjectures la plupart fausses et vaines, ou par des témoins très-récusables. et qui n'ont rien dit qui ne fût détruit par la notoriété publique, ou par des preuves de fait incontestables. Mais nous avons, grâces à Dieu , de» preuves positives , et en assez grand nombre , pour montrer que tout ce qui est contenu dans les actes venus du Levant, produits par les auteurs de ta Perpétuité de la foi, est tellement conforme à la créance de l'église grecque, qu'elle a renouvelé plusieurs fois les témoignages publics qu'elle rendit alors à la vérité, et qu'elle l'a fait, sans que les ambassadeurs de France, ni le clergé, ni la cour de Rome y aient eu la moindre part.
On a dit que Nectarius , patriarche de Jérusalem , qui signa les décrets du synode en second, parce qu'il avait abdiqué, était ua des plus grands ennemis que l'Église latine ait jamais eus. Cela parait assez par le traité contre la primauté du pape, qu'il fit à l'occasion d'une dispute à laquelle un cordelier de la Terre-Sainte l'engagea. Sur l'objection que ce religieux lui avait faite , de ce qu'il n'y avait plus de miracles parmi les Grecs , il en rapporte plusieurs , et entre autres deux sur l'Eucharistie ; à cette occasion il s'explique sur la transsubstantiation d'une manière qui ne peut souffrir aucun commentaire, pas même ceux de M. Claude. Dosithée, son neveu, qui lui succéda, a fait imprimer cet ouvrage à Jassi en Moldavie en 1682, dix ans après le synode de Jérusalem. 11 croyait doue la transsubstantiation dans ce temps-là, aussi bien que ([uand il le déclara à la tête de son synode.
Le même Dosithée fit imprimer l'année suivante, au même lieu, les oeuvres ihéologiques de Siméon de Thessalonique, qui vivait avant le concile de Florence. On ne trouve pas à la vérité qu'il se serve du mot de iranssubstantialion, et il n'était pas nécessaire qu'il le fit ; mais il exidique l'Eucharistie d'une manière entièrement opposée à la Confession de Cyrille ; il enseigne sept sacrements ; Cyrille n'en veut reconnaître que deux , et ainsi du reste. On peut juger si on peut regarder Siméon de Thessalonique comme un docteur orthodoxe, quand on croit ce que contient la Confession de Cyrille.
Le synode de Jérusalem est rejeté par M. Claude, par M. Smitb, M. Splinheim, et beaucoup d'autres calvinistes, comme faux et suspect. Us insinuent que les sollicitations de l'ambassadeur de France engj^gèrent les Grecs à ne garder aucunes mesures pour élablir les dogmes de l'Église romaine. Ces ministres ont bien fait de se mettre sur le pied de tout dire et de ne rien prouver; car ils auraient été bien embarrassés s'ils avaient été obligés de donner la moindre preuve d'une telle suite de faussetés. Dosithée les a rélulées lui-
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE
même, en faisant imprimer à Bucharest en Valachie , sous le titre de Manuel ou Èvx«'P'Stov, contre les lulhé- ;iens et les calvinistes, les actes de ce même concile en ' 1690. El comme les synodes de Cyrille de Beroée et de Parthciiius-le-Vieux y sont insérés tout au long , il donne par celle impression une nouvelle confirmation à la créance qu'il avait exposée dans son synode ide Jérusalem.
Théophile Corydale et Je^m Cariophylle avaient répandu quelques écrits qui sentaient le calvinisme. Dosilhée les a réfutés, et il a fait imprimer son ouvrage à Jassi en 1694.
11 a inséré dans ce même livre une sentence synodale qui fut rendue à Constantinople sous le palriarclie Callinique, et dans laquelle ces erreurs sont de nouveau condamnées, et la iranssubslanlialion établie comme la foi de toute l'Église, et comme ayant élé enseignée par Gennadius , patriarche de Constantinople, Maximus Margunius, évêque de Cérigo, Meletius Piga, patriarche d'Alexandrie, Gabriel de Philadelphie, Georges Coresslus, Neclarius, patriarche de Jérusalem; particulièrement Mélétius Syrigus, dont l'ouvrage contre les chapitres de Cyrille est extrêmement loué. C'est précisément ce que les Grecs disaient en 1672, ou, pour parler juste, ce qu'ils ont toujours dit. Les ambassadeurs de France ne leur avaient point demandé celle sentence synodale ; elle n'a donc point eu d'aulre motif que la défense de la vérité.
Nectarius avait reçu d'Egypte et de Constantinople des extraits de ce que M. Claude avait dit dans ses livres louchant les Grecs. 11 en fut si scandalisé qu'il composa sur ce sujet un écrit que nous avons depuis peu donné au public, sur une copie qui fut envoyée quatre ans après du Mont-Sina à M. de Noinlel. Dans cet écrit il élaltlit fortement la transsubstantiation, quoiqu'il n'eût été fait que pour les religieux du Mont- Sina, du nombre desquels il avait élé.
Il parait donc par ce que nous venons de rapporter, que si les actes et les auteurs dont les catholiques se sont servis contre les calvinistes, pour prouver que leur doctrine exposée dans la Confession de Cyrille Lucar était rejetée et condamnée par toute l'église grecque, avaient pu être rendus suspccls par quelqu'une des mauvaises objections de M. Claude et de ses disciples, ce soupçon cesserait entièrement, puisqu'un patriarche qui a fait pendant plusieurs années une grande ligure parmi les Grecs, les a fait imprimer longiem|)S après , sous les yeux et aux dépens des vayvodes de Moldavie el de Valachie, qu'on sait avoir toujours été très-zélés pour la religion grecque.
Le principal du collège dit Glocester-llall, à Oxford, zélé pour la religion protestante, et la voulant ins- . pirer aux Grecs , employa les revenus des bourses à j entretenir de jeunes Grecs, afin de les faire instruire de bonne heure dans cette religion , et la répandre ainsi peu à peu dans le pays; et c'est là l'origine du collège grec à Oxford. Si les Grecs croienl ce que contient la Confession de Cyrille, ou celle de l'église anglicane qui a été traduite en grec el même en arabe,
mais avec aussi peu de succès que celle des église» belges en grec vulgaire, imprimée magnifiquement par les Elzévirs, il n'y avait pas d'occasion plus favo rable pour éclaircir celte conformité, sans qu'il en pi!il rester aucun doute. Car les patriarches n'auraient pas manqué d'exhorter les Grecs à envoyer leurs enfanls à Oxford i)lulôl qu'à Venise, à Padoue ou à Rome. Cependant le même Dosilhée a écrit des lettres circulaires pour détourner les Grecs d'envoyer leurs enfants, ou d'aller en Angleterre étudier dans ce collège, menaçant même d'excommunication ceux qui mépriseraient ses avis. On a ouï dire à quelques personnes venues du Levant que les patriarches de Constantinople avaient fait les mêmes défenses; mais nous ne l'assurons pas, la chose n'élant pas assez éclaircie. Nous parlerons seulement d'un fait tout récent qui a rapport à celte matière (1).
Parmi les jeunes Grecs qui ont été ainsi envoyés h Oxford, il s'en est trouvé un natif de Corfou, nommé François Prossalenlo, qui passa à Paris il y a deux ou trois ans, revenant d'Angleterre, pour retourner en son pays. Il dit à diverses personnes, que le principal sujet de son retour était l'avis qu'il avait reçu que le patriarche de Constantinople Gabriel était favorablement disposé pour lui ; mais que le séjour d'Oxford serait un grand obstacle à son avancement, s'il ne se retirait proaiplenieni d'un pays d'hérétiques. Il avait eu pour maître à Oxford ce même M. Benjamin Woodrof, dont M. Claude a parlé dans ses écrits comme ayant reçu de lui une attestation d'un Grec dont il a tâché de se servir. M. Woodrof avait fait un traité contre la doctrine commune aux calholiques, aussi bien qu'aux Grecs, touchant l'autorilé de la tradition , et il avait voulu engager Prossalenlo à certifier que les Grecs croyaient ce qui était exposé dans ce livre, ce que l'autre avait refusé de faire. Ensuite pressé par les lettres de ses parents et de ses amis, il sortit d'Angleterre et vint en Hollande, Il y lit imprimer en grec littéral un petit ouvrage intitulé : ô alpe-
rixo; AiêàT/Mlo; vnh opOo^o^ou /j.Kd^TOÛ è\v/xày.evoç * Le
Maître hérétique, convaincu par le disciple orthodoxe ; afin d'ôtcr tout le soupçon que son séjour en Angleterre aurait pu donner sur sa religion. Quoique la malière qu'il traite regarde uniquement le livre qu'il réfute, il ne laisse pas de marquer dans l'épîtrc dédicatoire adressée au patriarche Gabriel, et dans la préface , que les véritables Grecs ont en horreur tout ce que les protestants croient et pratiquent. On ne dira pas que les calholiques aient aucune part à cet ouvrage, qui est imprimé à Amsterdam en 1706.