‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 73 sur 323 · LIV. II. ACCORD DÉS ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

LIV. II. ACCORD DÉS ORIENTAUX AVEC L'ÉGLISE ROMAINE

religion chrétienne a ét(?misen évidence, et prouvé d'une manière incontestable, on peut dire que c'est celui de la présence réelle du corps et du sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucliarislie , comme un dogme reçu généralement , autant dans les communions orientales que dans FÉglise catholique. On a remarqué ailleurs que les premiers auteurs de la réforme ne firent d'abord aucune allenlion à ce qui était enseigné et pratiqué dans l'église grecque, ni dans toutes les autres séparées de la romaine par le schisme ou par l'hérésie. S'ils l'avaient fait, et qu'ils eussent réfléchi sur ce grand principe, que ce qui se trouvait dans toutes les églises ne pouvait être regardé comme une erreur, ils auraient peut-être été plus réservés à retrancher, comme des abus et des corruptions du papisme, ce qui était cru et pratiqué dans des églises Irès-nombreuses qui avaient rompu toute communion avec les papes. Si l'autorilé de la tradition conservée hors de la communion romaine ne les avait pas touchés, ils auraient eu honte de prendre pour prétexte de leurs innovations, des suppositions aussi grossières que celles qui se trouvent dans la plupart de leurs écrivains, touchant l'origine des dogmes et des rites que la réforme a réjelés comme des erreurs et des abominations de Rome , puisqu'ils étaient partout ailleurs.

Mais ils ont cru tout voir dans la parole de Dieu ; et ce ne fut que longtemps après avoir établi la réformalion, chacun selon son système, que les théologiens de Wiitemberg consultèrent les Grecs , plutôt à dessein de les convertir que de profiler de leurs lumières, en reconnaissant les fondements ruineux sur lesquels était établie lu nouvelle religion. Car lorsqu'ils écrivirent au patriarche de Constantinople Jérémie, leurs différentes confessions de foi étaient réglées il y avait déjà longtemps, aussi bien que la manière d'administrer les sacrements et la forme entière de la discipline ecclésiastique de toutes les sociétés prétendues réformées.

Les théologiens de Wittembcrg ayant reconnu de bonne foi que Jérémie était fort éloigné de leurs sentiments, ne contestèrent plus : ils donnèrent les actes de cette dispute en grec et en latin, et ils n'entreprirent pas de persuader au public que les Grecs étaient luthériens, et que s'ils parlaient autrement il ne fallait pas les croire. Cela était réservé à M. Claude qui a cru trouver des preuves démonstratives pour montrer que les Grecs, même lorsqu'ils emploient le mot de iranssubslantialion, ne la croient pas; au lieu que les luthériens convinrent que Jérémie la croyait, quoiqu'il ne se servît pas du mot, mais d'autres équivalents.

Le ministre Aubertin avait entrepris d'expliquer, non pas ce que les Grecs croyaient, mais ce qu'ils devaient croire ; puisque son grand ouvrage dans lequel il examine tous les passages des Pères, pour les

proposito dirisque paratis in eos qui tam apertas insidias neglexissenl. {Papadapoii, epi$t. ad Clirysantlium Nolar.f p. 4.) . .

tourner au sens des calvinistes, était inutile s'il ne se f trouvait pas un seul Grec de quelque autorité qui les eût entendus comme lui, et certainement il ne s'en trouvait aucun. C'est pourquoi il soutint avec tuute la chaleur possible la Confession de Cyrille Lucar qui avait paru quelques années avant qu'il écrivît, mais avec quelque modestie; et il en reconnut la nouveaulé, en disant que routeur était revenu à l'ancienne doctrine {{). M. Claude et ses disciples l'ont soutenue de même contre le jugement qu'en ont fait les luthériens; et c'est là le seul fondement sur lequel les calvinistes ont imputé aux Grecs des opinions qu'ils détestent, et qui ont été plusieurs fois frappées d'anathème par leurs synodes et par leurs patriarches.

Les auteurs de la Perpétuité, et le P. Paris, chanoine régulier, ont prouvé si solidement que les Grecs jusqu'aux derniers temps ont cru la présence réelle et la transsubstantiation, et que les passages des anciens doivent être pris selon le sens littéral, puisque les Grecs ne les ont jamais entendus autrement, qu'il serait inutile de vouloir entrer dans une nouvelle discussion. Mais la question étant réduite à des points de fait, c'est sur cela qu'elle roule entièrement. Si donc les anciens Pères ont parlé quelquefois un peu obscurément, s'ils ne sont pas entrés dans tout le détail auquel les nouvelles hérésies ont engagé les théologiens qui avaient à les combattre, on en a rendu des raisons sans réplique. Et une preuve bien sensible que l'église grecque n'a pas eu des sentiments opposés à ceux que l'église d'Occident soutient, au moins depuis le temps de Rérenger, c'est que les Grecs qui ont écrit de nos jours n'ont jamais entendu ces passages autrement que nous les entendons, et qu'on ne peut mar(|uer qu'il y ait eu parmi eux depuis plus de six cents ans aucune variété d'interprétations, ni aucunes disputes sur l'intelligence de la doctrine de leurs Pères et de leurs maîtres. Enfin on ne trouvera pas qu'il y ait eu deux ou plusieurs partis dans l'église grecque qui se soient combattus, môme en dispute amiable; encore moins qu'il y ait eu des formes entièrement opposées pour célébrer les saints mystères, dont les unes aient été regardées comme des abominations, etlesautres comme l'acte le plus sacré de la religion chrétienne. Il faudrait pourtant que cela eût été, ou quelque chose de semblable ; car la tolérance qu'on voit présentement parmi les protestants sur un dogme fondamental tel que celui de l'Eucharistie, a; été inconnue de tout temps excepté parmi eux. On? ne doit pas non plus supposer qu'il y ait eu un nombre' de chrétiens grecs capables de faire un corps d'église, qui, comme Cyrille Lucar, condamnassent les pratiques religieuses de leur église dans le cœur, et qui les observassent extérieurement.

Mais pour nous restreindre à ces derniers temps, les Grecs, depuis les synodes où fut condamnée la Confession de ce malheureux, se sont expliqués si

(1) Verùm nostris temporibus novissimus patriarcha Cyrillus Constantinopolilanus, ad primitivam rc^ diens de Eucharistià lidem. (Auberl., l, 5, p, ull.)

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE

clairement, que M. Claude est présentenient abandonné sur cet article. La transsubstantiation est enseignée très-nettement dans la Confession ortliodoxe, et de même dans le synode de Jérusalem do 1G72; dans celui de 1691, sous le palriarclie Callinique, par Dosithée et Nectarius, palriarcbcs de Jérusalem, en plusieurs écrits, par les théologiens Coressius, Syrigus, Grégoire protosyncelle et plusieurs autres. Toutes les chicanes qu'on a employées pour attaquer l'autorité de ces écrits, des attestations et d'autres actes publics; sont détruites par l'impression que les Grecs ont faite eux-mêmes eu Moldavie de la plupart de ces pièces, et ce qui a été dit sur ce sujet dans la Défense de la Perpétuité fait voir qu'on ne les peut attaquer que par des faussetés qui sont réfutées par des faits incontestables.

Les Grecs du synode de Jérusalem, après avoir cilé plusieurs de leurs auteurs qui avaient expliqué trèsclairement la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation dans leurs écrits, dont l'aulorité était reconnue dans toute l'église grecque, y ajoutent l'argument tiré du consentement des hérétiques mêmes sur le mystère de l'Eucharistie. Car, disentils, les nestoriens, les Arméniens, les Copliles, les Syriens, et même les Éthiopiens qui ont des hérésies particulières, sont néanmoins d'accord sur la fin et sur le nombre des sacrements, ainsi que sur toutes les autres ihoses qui ont été expliquées ci-devant, avec l'Église catholique, comme nous le voyons tous les jours de nos yeux, et que nous l'apprenons d'eux-mêmes en cette ville de Jérusalem où. i! en vient de tout l'univers. Ce qu'ils témoignent touchant la conforiiiilé de créance de tous ces chrétiens sur la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Clirisl dans l'Eucharistie, est un fait de notoriété publique dont on convient dans toutes les sectes.

Ebnassal, théologien jacobitecophte, dans un traite qu'il a fait des Fondements de la foi, rapporte les passages de deux auteurs, l'un mclchile ou orthodoxe. Natif, fils d'Yémen ; l'autre nestoricn, Ebneltaïb, qui disent que k-s chrétiens se devraient accorder sur les questions touchant le mystèie de l'Incarnation qui les divisent, puisqu'ils sont d'accord sur plusieurs autres points de la religion qui ne sont pas moins difficiles à croire. Parmi ceux sur lesquels il dit qu'il y a un consentement général entre les chrétiens, il marque celui de Y Eucharistie que tous croient être le corps et le sang de Jésus-Christ. Pierre, évêque de Melickha, dans la Thébaïde, jacobite ; Paul, évêque de Saïd, melchile; le même Ebnassal dont nous venons de parler, ont fait le dénombrement des erreurs de toutes les sectes, même des articles particuliers sur ce qui regarde les Grecs, qu'ils appellent Roum, et le* Francs, qui sont les Latins. Ils n'en marquent auc ine sur la créance de l'Eucharistie ; quoiqu'ils condamnent dans ceux-ci l'usage des azymes et des pratiques beaucoup plus indiflërenlcs, que la seule passion pouvait faire remarquer : car, par exemple, ils reprochent aux Latins qu'ils célèbrent la Liturgie

avec du pain qui n'a pas été préparé la veille ou le même jour ; qu'ils se lavent la bouche avec de l'eau avant que de célébrer, ce qui peut rompre le jeûne ; qu'ils célèbrent sans diacre, et qu'en un même jour ils célèbrent plusieurs messes sur un même autel, et ainsi du reste. On demande à toute personne raisonnable si ceux qui sont tellement exacts à relever des pratiques si peu importantes, auraient omis l'article fondamental, qui est de croire ou de ne pas croire que l'Eucharistie fût le corps et le sang de Jésus- Christ. L'ancienne Église, non plus que toutes celles qui se sont séparées par le schisme et par l'hérésie, n'ont jamais connu de tempérament sur ce sujet. Cette condescendance ne s'est jamais trouvée que parmi les protestants, et on sait assez que les lulhériens rigides ne l'approuvent pas.

Tout ce qu'on pourrait objecter contre ce que nous venons de dire touchant le consentement général de tous les Orientaux et Grecs, orthodoxes, schismatiques ou hérétiques, sur la doctrine de la présence réelle, est que quelques auteurs catholiques les ont accusés de ne la pas croire; et c'est un argument qu'emploie M. AUix, non pas pour prouver qu'ils ne la croient pas, car il avoue le contraire, mais pour lâcher de persuader qu'ils ne la croient pas ainsi qu'elle est reçue parmi nous. Mais quels sont ces auteurs, sinon des hommes qui n'avaient pas la moindre connaissance de l'antiquité ecclésiastique, ni de l'église grecque, encore moins des églises orientales ; qui ont témérairement condamné ce ([u'ils n'entendaient point, et qui ont été copiés par d'autres qui n'en savaient pas plus qu'eux ? 11 n'y a présentement aucun théologien qui voulût attribuer aux Grecs tout ce que Ratramne , Énée, évêque de Paris, Anselme d'Aversberg, Ilumbert et d'autres qui ont écrit contre eux depuis le commencement des schismes, leur ont reproché, comme on reconnaît aisément la fausseté de plusieurs accusations contre les Latins , dont les livres des Grecs sont remplis depuis le temps de Pholius.

Ceux qui ont fait des dénombrements d'hérésies sont encore moins recevables, comme Alfonse de Castro, Pratéolus, Guy-le-Carme , Caucus, même Sixte de Sienne, et Possevin. Ou voit qu'ils sont tous les jours réfutés par nos théologiens, et indépendamment de ce jugement qui néanmoins est d'un grand poids, la fausseté de la plupart des articles dont ils accusent les Orientaux dans la foi ou dans la discipline, se reconnaît assez par les Liturgies, par les Rituels, et par tous les autres livres autorisés par l'usage de toutes les églises, par la discipline et par les témoignages de leurs théologiens, comme nous espérons le faire voir dans la suite.

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