‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistie (volume 2)Chapitre 74 sur 323 · LIV. II. ACCORD DES OUIENTAUX AVEC i/ÉGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

LIV. II. ACCORD DES OUIENTAUX AVEC i/ÉGLISE ROMAINE

Christ assura très clairement à ses apôtres qu'il leur aonnait sa chair et son sang dans la cène où .1 institua le sacrement (le l'Eucharistie, avaient été précédées d'une instruction contenue dans le sixième chapitre de S. Jean, par laquelle il les préparait à ce grand mystère, et leur en découvrait les premières vérités. Ce discours scandalisa plusieurs de ses disciples qui le trouvèrent insupportable, de sorte qu'ils abandonnèrent leur divin Maître. Il dit à ses apôtres et aux autres qui demeurèrent fermes dans la soumission à sa doctrine : Cela vous scmidatise, voiilezvous aussi me quitter? S. Pierre répond au nom de tous : Seigneur, à qui nous adresserons-nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle; et nous avons cru, et nous savons que vous êtes le Christ Fils de Dieu.

Ce qui arriva dans la naissance de l'Église était la figure de ce qu'elle a vu dans les derniers temps. Les paroles de Jésus-Christ ont paru dures et incroyables à Bérenger et à ceux qui l'ont imité dans la suite ; ils se sont séparés de l'Église, comme ces premiers disciples se séparèrent de Jésus-Christ et cessèrent de Fccouter et de le croire. S. Pierre, au nom de tous les fidèles, dont il devait éire le chef et le maître, croit et demeure ferme dans la foi ; non pas que ce qui paraissait incomiiréhensible aux autres n'eût pas pour lui les mêmes difficultés, mais parce qu'ayant une fois cru que Jésus-Christ était fils de Dieu, et qu'il avait les paroles de la vie éternelle, c'est-à-dire qu'il était la vérité même, qui ne pouvait se tromper ni tromper les autres, il captivait ses sens et sa raison pour les soumettre à la foi. Tout ce que nous venons de dire est répandu dans les écrits des théologiens orientaux, aussi bien que dans ceux des Grecs modernes. C'est aussi ce que l'Église catholique a pratiqué à l'imitation de S. Pierre et des autres apôtres; toutes les difficultés qui ont servi de prétexte aux protestants pour abandonner l'Église étaient connues aux anciens chrétiens et aux saints Pères; et les Orientaux les connaissent de même; mais parce qu'ils avaient une lois cru que Jésus-Christ avait les paroles de la vie éternelle, et que l'Église, son épouse, en était lalidèle dépositaire, ils n'ont pas moins cru ce mystère que tant d'autres qui sont également incompréhensibles. Les protestants ont bien mauvaise opinion de la capacité des anciens Pères, s'ils croient que tous les passages de l'Ecriture sainte, dont on se sert dans la réforme pour exclure le sens littéral des paroles de Jésus-Christ, ne leur aient pas été connus. 11 a dit qu'il était la porte, qu'il était la vigne ; personne n'a jamais été scandalisé de ces expressions. Pourquoi donc lorsqu'il dit qu'il était le pain descendu du ciel, et qui donnait la vie au monde , que sa chair était une véritable nourriture, et que son sang était véritablement une boisson, quelques disciples furent scandalisés jusqu'à l'abandonner, sinon parce qu'ils comprenaient qu'il parlait à la lettre, et non pas selon un sens figuré? Aucun protestant n'aurait été frappé de ces termes durs, et il n'aurait pas dit comme S. Pierre :

Seigneur, je demeure, non pas parce que je crois que vous êtes le Fils de Dieu, et par conséquent que rien ne vous est impossible, mais parce que je sais bien que vous parlez dans uu sens figuré, et que je comprends bien que le pain est votre corps dans le nouveau Testament, comme la victime pascale l'avait été dans l'ancien ; car c'est ainsi que Lightfoot a osé expliquer les paroles de Jésus-Christ.

Les Grecs anciens et modernes se sont assez expliqués sur le sens de ces paroles, en sorte qu'il n'est pas nécessaire de rapporter un grand nombre de passages cités par nos théologiens, et que les auteurs de /aPcrpé/MJ/érfe/a/'oionlmis à couvert de toutes les fausses interprétations d'Aubertin et de M. Claude. On reconnaît par la simple lecture de ces passages que les Pères combattaient tout ce que les protestants font valoir comme la clé de toute la théologie sur l'Eucharistie. L'opposition des sens et de la raison et rimpossibililéd'un tel changement sont autant d'objections contre lesquelles ils fortifient la foi des chrétiens, sans autre raisonnement, sinon qu'il faut croire ce que Jésus-Christ a dit, quoiqu'on ne puisse le comprendre, et qu'il n'appartient pas à l'homme de mesurer la toute-puissance de Dieu à la faiblesse de nos courtes lumières. C'est aussi ce que Gennadius dit dans son homélie.

On ne trouvera pas que les Pères se servent des passages parallèles de l'Écriture-Sainte pour établir le sens figuré, puisqu'ils l'excluent par les termes les plus significatifs et les moins sujets à équivoque. Enfin ce qui est raison dans la théologie des protestants, est objection dans celle des Pères et dans celle des catholiques ; et on sait assez que si on excepte un fort petit nombre de passages écartés, qui ont rapport à des questions fort did'érentes de celle de l'Eucharistie, tous les autres tirés des catéchèses, des homélies, des commentaires sur l'Écriture, et des traités faits pour l'instruction commune des fidèles, conduisent si naturellement au sens littéral, que ce sont autant d'objections pour les protestants ou plutôt pour les calvinistes ; car les théologiens de la Confession d'Augsbourg ne reçoivent pas plus les commentaires d'Aubertin sur la plupart de ces passages que les catholiques.

Les Orientaux, particulièrement les Syriens, par l'analogie de leurs langues très-conformes à l'hébraïque, étaient capables de mieux connaître la distinction des expressions figurées et des littérales, que n'ont pu faire des hébraïsants de Suisse et de Genève, avec le secours des dictionnaires et des concordan(îes. On ne trouvera pas néanmoins qu'aucun Syrien ait entendu les paroles de Jésus-Christ autrement que dans le sens littéral, de même que les passages des Pères qui le confirmaient, à l'exclusion du sens figuré. C'est ce que nous allons faire voir par les passages de plusieurs auteurs.

Un des plus anciens est Vincent, évéque de Keft ou de Coptos, ville de Thébaïde, qu'on croit avoir vécu avant la conquête de l'Egypte, et dont la mémoire se

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE

trouve dans les calenàriers de l'église cophte et dans celui des Éthiopiens. On trouve un opuscule de lui qui a pour titre : Testament, et dans lequel il renferme une confession de foi suivant la créance des jacobites. En parlant de l'EucIiarislie, il dit qu'e//e est te corps et le sang de Jésus-Christ, selon qu'il l'a lui-même assuré. Celui qui osera dire que le pain et le vin qui sont offerts sur l'autel ne sont pas le corps et le sang du Verbe de Dieu, qu'il a pris de la Vierge Marie, que cet homme soit en ce monde rejeté de la communion des chrétiens, comme dans l'autre il ne trouvera aucun repos, étant précipité dans l'enfer à toute éternité.

Denis Barsalibi , métropolitain d'Amid : Puisque Jésus-Christ a appelé le pain de l'Eucharistie son carps, qui est-ce qui ne le croira pas fermement, aussi bien que du vin qu'il a appelé son sang ? Dans son commentaire sur les Évangiles, il explique tous les passages du chapitre 6 de S. Jean selon le sens de la présence réelle; et la substance de ce qu'il enseigne fort au long se réduit à ceci : que Jésus-Christ est le pain véritable, parce que dans la communion il est la nourriture de nos âmes, et qu'il sanctifie même nos corps; que quand il a dit : t Je suis le pain qui est descendu du ciel, t il a signifié sa nature divine, qui, s'élant unie intimement à la nature humaine prise de la sainte Vierge, est devenue ce pain céleste qui donne la vie au monde. Cest pourquoi, ajoute-t-il, on doit entendre que le Fils de l'homme, dont nous mangeons le corps, est le Fils de Dieu fait homme , et non pas le Fils de l'homme dans lequel Dieu a habité , ou qui soit devenu Fils de Dieu par grâce. La nature, comme on sait, ne nous porte pas, et l'Écriture ne nous exhorte pas à manger ta cliair ou à boire le sang d'un homme pur et simple. Car comment pourrait-il donner la vie qu'il n'a pas lui-même? C'est donc celui de Dieu même qui s'est fait homme.

Isa, fils de Zaraa, fameux théologien jacobitc, dit que le corps de Jésus-Christ uni à la personne du Verbe divin et à l'âme raisonnable de l'homme, est celui qu'on reçoit dans la sainte Eucharistie, et duquel on doit entendre ces paroles : c Je suis le pain vivant descendu du ciel, et qui donne la vie au monde. »

Sévère, évêque d'Aschmonin, dans ses Questions et Réponses théologiques : Quelqu'un, dit-il, en nous Jnterroyeant sur l'Eucharistie , nous demandera pourquoi et comment on croit parmi les chrétiens que le pain et le vin sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ. Il faut répondre que les chrétiens en sont assurés , à cause des paroles par lesquelles il a témoigné que c'était son corps et son sang ; et ils reçoivent ces paroles avec autant de raison que taules les autres par lesquelles il a enseigné, ordonné ou défendu quelque chose Leur foi est confirmée par ce que le Père dit de son Fils du haut du ciel : I Écoutez-le. > Celui donc duquel les paroles sont très-véritables, en sorte qu'il n'est pas permis d'en douter, la nuit qu'il fut livré aux Juifs, prit du pain, le rompit , le bénit et le donna à ses disciples , disant : « Ctci EST MON COHPS qui est donné pour vous, » etc. Enfin il nous a assuré plusieurs fois que ce pain et ce Vin étaient son corpu et son sang, iVe dites donc pas que

c'est une parabole, une histoire ou une métaphore.

Michel, patriarche jacobile d'Antioche, dans son traité de la préparation à la communion , qui est par manière de dialogue entre le maître et le disciple , propose cette question : Dans l'Évangile, Jésus-Christ dit : i Je suis le pain de vie descendu du ciel ; > et ailleurs : « Ce pain est mon corps , i comment cela peut-H se faire? Voici la réponse : Ce pain ayant été proposé sur le saint autel, est fait véritablement un pain célestt et le corps de Jésus-Christ ; c'est-à-dire , le corps vivi' fiant du Verbe de Dieu , par la descente du S .-Esprit sur lui. Car, à cause de l'union du Verbe divin avec un corps animé d'une âme raisonnable et intelligente , il est appelé le t pain descendu du ciel ; » quoique , selon sa nature, il ne descende pas du ciel, étant un corps consubslantiel à nous autres hommes, qu'il a pris de la Vierge Marie. Mais il est aussi appelé corps céleste à cause du Verbe divin descendu du ciel qui se t'est uni personnellement.

C'est ainsi que tous les théologiens orientaux orthodoxes ou melchiles , jacobites et nestoriens , expliquent les paroles de Jésus-Christ qui ont rapport à l'Eucharistie ; et non seulement celles du chapitre 6 de S. Jean, mais toutes les autres qui regardent l'institution du sacrement, excluant toutes sortes d'explications figurées et métaphoriques pour s'attacher uniquement au sens littéral. Ils disent pour toute preuve que nous le devons croire , parce que Jésus- Christ qui est la vérité même l'a dit; qu'il faut soumettre nos sens et notre raison à sa divine autorité en ce mystère, de même qu'en tous les autres; et ils ne veulent pas qu'on aille plus loin. Mais comme on trouvera dans les passages de leuj-s théologiens une explication plus étendue de leur créance sur ce mystère, nous ne nous étendrons pas davantage sur cet article , puisqu'il sera assez éclaircl par tout ce qui sera rapporté dans la suite.

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