‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 105 sur 335 · LIY. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE · texte numérisé non relu

LIY. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE

qu'à (lire : Je doute ii le pain contient la vertu du corps de Jésus Christ : Je doute si c'est la figure du corps de Jésus Christ ' ou, en joignant l'un el Taulre ensemble : Je doute si le pain est une figure du corps de Jésus- Cltrist pleine d\fficaceel de vertu : ou, en cniprnntaist ies expressions magninqnes de M. Clauile : Je doute si le pain est inondé de la vertu du corps de Jésus- Christ.

M. ClauJe nous faii-il donc voir que ces gens aient cx|iriinc ce doule en qucl(|u'une de ces manières ? Nullement. Ceux doni parle Nicolas de Méllione ne disaient autre chose , sinon qiCils doutaient si le pain consacré était le corps de Jésus-Christ, ou s'il était changé au corps de Jésus-Christ : et ainsi, afin di; les réduire au sens de M. Claude, il faut qu'il nous oblige de SMpposer que comme ils pensaient d'une manière extravagante, ils s'exprimaient aussi d'une manièie extravagante, et qu'ils s'opiniâtraient à ne parler jamais raisonnablement.

Mais ce qui est admirable , c'est que M. Claude , faisant penser et parler les gens d'une manière si contraire au sens commun, fait en même temps que ceux à qui ils parlent n'ont pas la moindie difficulié à entendre ces paroles; qu'ils ne les prennent jamais dans le sens littéral, el qu'ils pénètrent tout d'un coup les intentions cachées sous des termes si éloignés de ce qu'il veut qu'ils signifient.

11 est certain que si présentement un homme allait trouver M. Claude, el qu'il lui dît : Monsieur, je doute si le pain consacré est le corps de Jésus-Christ, ou : Je doute si le pain est changé au corps de .lésus- Christ, M. Claude lui dirait qu'il fait très-bien d'en douter, ou plutôt qu'il doit croire que le pain consacré n'est point du tout le corps de Jésus-Chiist, mais qu'il en contient seulement la vertu et l'efficace. Il lèverait donc ce doute, non en le combattant, et en montrant que cette personne n'a pas raison de douter; mais en le fortifiant, et en montrant que non seulement il a raison de douler, mais qu'il a raison même de ne pas croire absolument que le pain soit changé au corps de Jésus-Christ. Enfin, il prendrait cette personne pour un catholique ébranlé, et non pour un c;>lvinisle tenté.

Nicolas, évêque de Méihone, était à peu près dans la même conjoncture que M. Claude. Il était en un temps où les ministres mêmes ne peuvent nier que la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation ne fût prèclîée sur les toits, comme parle

D'oii vensez-vous, dit il, que lire son origine ce tacrifice mystique el non sanglant, dans lequel nous croyons que le pain et le calice, étant consacrés, sont changé* au corps et au sang de Jésus-Christ? N'est ce pas de notre Dieu et de Notre -Seigneur Jésus-Christ, comme nous l'apprennent les saints Évangiles? Oui sens doute. C'est fort mal commencer pour un calviniste : car au lieu de dire à ces gens qu'ils ne doivent point croire que le pain soit changé au corps de Jésus-Christ, il leur enseigne au contraire que l'Église le croit.

Ensuite, après avoir expliqué la manière de la consécration, les causes et la fin de ce mystère, il en explique la nature en ces termes : Ce qui s'opère, dit-il, dans ce mystère, est le corps et le sang de Jésus-

Christ, aûixa. xa! af/zK XpiJToO tk T£/S'j/Ji£va.

Cela n'est encore guère salisfaisiini pour M. Claude, et la suite le sera encore moins : car il exagère d'une manière terrible l'iuipiélé de ceux qui doutent que le pain feoil changé au cor[)S de Jésus-Christ, et il fait bien voir ainsi qu'il n'en doutait pas lui-même.

Qui sera, dit il, assez insolent el assez téméraire, pour avancer des nouveautés contre celte sainte tradition, pour accuser le mystère de fausseté, pour détruire ainsi celui qui en csl l'auteur et rinstitiilcur? Si quelqu'un, dit l'Apôtre, viole la loi de Moïse, on le fuit nivurir sans miséricorde sur la déposition de deux ou trois témoins. Or combien celui là mcrite-t-il un plus grand supplice, qui foule aux pieds le Fils de Dieu, qui traite de profane le sang du Testament, et qui fait injure à l'Esprit de grâce ! Mais qui est celui qui foule aux pieds le Fils de Dieu, el qui se rend coupable de tous ces crimes, sinon celui qtn, par une extrême ingratitude, abolit (dans ce mystère) le sang de Jésus-Christ, et ne le veut pas confesser; qui méprise ce qui nous a été enseigné par cette bouche divine qui ne peut mentir? C'est elle qui nous dit : C'est mon corps, c'est mon sang. C'est elle qui dit : Si vous ne mangez lu chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Pourquoi donc vous laissez-vous aller à ce doute ?

On peut assurer sans témérité que M. Claude ne parlera jamais de celle sorte, à moins qu'il ne devienne catholique, et qu'il ajoutera encore moins les raisons suivantes, pour montrer simplenienl que Dieu a |!u communiquer moralement au pain la vertu de son corps.

Pourquoi, dit Nicolas de Méihone, ctlribuez-vou» l'impuissance à celui qui est tout- puissant? N'est-ce

l'Écriture, et ne fût tenue par tous les Latins lépan- pas lui qui a fait toutes choses de rien? N'est ce pas

dus en si grand nombre dans l'Orient. Pourquoi donc n'aurait-il pas entendu ces paroles par lesquelles ce doule serait exprimé, dans le sens ordinaire et qui était le plus commun eu ce temps-là même? Des personnes s'adressent à lui, et lui disent qu'elles doutent si le pain consacré est le corps de Jésus-Christ. S'il élait bérengarien, il devait fortifier le doute : s'il était dans l'opinion des catholiques, il le devait combattre. Voyons donc de quelle manière il y réptndra.

une des trois personnes de la Divinité qui s''est incarnée dans les derniers temps, qui a commandé que le pain fût changé en son corps? Pourquoi cherchez-vous les causes et l'ordre de ta nature dans le changement du pain au corps de Jésus-Christ, et du vin mêlé d'eau en son sang ; puisque ce corps même est né d'une vierge d'une manière qui surpasse la natnr^, et qui tst au-dessus des pensées, de ta raison et de t'inlelligence des hommes? Vous ne croirez donc pas aussi, ni sa résurrection d'entre tes morts, ni son ascension au ciel, ni les

autres merveilles de Jésus-Christ; puisqu'elles swrpflstent de même, et la nature, et les pensées, et l'intelligeuce?La cause de cette tncrédulilé est que vous ne confessez pas que Jésus-Christ est le Dieu véritable, et qu'il est le Fils de Dieu ; mais que vous êtes ou Juif, ou arien dans votre cœur.

Quelle étrange manière de réfuter des gens qui douteraient si le pain est la figure de Jésus-Christ, ou s'il en contient la vertu ! Qiielies étranges expressions pour un homme qui n'aurait que cela dans la pensé.'! Mais qu'elles sont justes, naturelles, simples, propres pour un évêque bien persuadé de la transsubslaniiation, qui réfute des personnes qui ne la

bres où on lit son livre, c'est qu'il n'y est pas effectivement. La solution est courte, facile, naturelle, décisive : elle ne laisse aucun doute dans l'esprit; mais on ne s'avisera jamais de répondre à celte extravagante question, que la raison pourquoi on ne le voit pas, c'est que cela étonnerait fort les gens de voir tout d'un coup paraître un spectre et un fantôme devant soi; et que c'est pour épargner aux hommes cet éîonnement que Dieu ne veut pas faire ce miracle de faire paraître M. Claude à tous ceux qui lisent son livre.

M. Claude nous dira sans doute que cet exemple est ridicule: aussi je le propose comme ridicule; mais, tout ridicule qu'il est, il est entièrement semblable au

croient pas, et qui allèguent, pour la combattre, de doute que M. Claude suppose dans ces gens contre prétendues impossibilités, comme les ministres font qui Nicolas de Méthone écrit, au raisonnement qu'il

si souvent.

Nicolas de Méihone poursuit encore la même matière, et il rapporte une autre cause de ce doute qu'il combat : Peut être, dit-il, que vous doutez de ce mystère, et que vous ne le croyez pas, parce que vous ne voyez pas de la chair et du sang.

Il faut avouer que les gens de ce temps-là raison-

leur fait faire, et à la réponse qu'il attribue à cet évê que. Il est tout aussi raisonnable de dire, comme on fait dans l'exemple que j'ai rapporté : Si le livre de M Claude contenait la vertu et le génie de M. Claude, pourquoi donc ne voit-on pas M. Claude dans toutes les chambres où on Ut son livre, que de dire, comme M. Claude suppose que ces gens ont fait : Si le pain e\

raient d'une étrange manière, si l'on prend M. Claude le vin consacrés contenaient la vertu du corps et du sang

pour l'inlerprèle de leurs paroles. Car Nicolas de Méihone aura voulu dire, selon liii : Peut-être ne croyezvous pas que le pain et le vin contiemienl la vertu du corvs et du sang de Jésus-Christ, parce que vous ne voyez pas de la chair et du sang. Comme s'il fallait qu'il parût de la chair et du sang afin qu'on croie que le pain et le vin en contiennent la vertu. Ainsi le raisonnement de ces gens consistera, selon M. Claude, dans ce plaisant argument : Si le pain et le vin contenaient la vertu du corps de Jésus-Christ, il paraîtrait de la chair et du sang dans l'Eucharistie : or il n'y paraît ni chair ni sang ; donc ils n'en contiennent pas la vertu.

Je veux néanmoins encore que ce fût la coutume de ce temps-là d'avoir des doutes ridicules, de les expriiver d'une manière ridicule, de les appuyer sur des raisonnements ridicules ; mais faut-il encore que M. Claude nous oblige de supposer que des évêques n'y fassent que des réponses impertinentes, et qu'ils ne s'avisent pas d'y en faire les plus simples et 1rs plus naturelles du monde? Peut-être qu'im petit exemple lui fera comprendre cette absurdité d'une manière plus vive et plus sensible.

Il n'y a pas grand lieu de douter que le livre de M. Claude ne contienne moralement la vertu de M. Claude : il s'y est épuibé, et il y a parfaitement représenté tous les caractères de son esprit. Mais supposé qu'il y eût quelqu'un qui en doutât, et qui, ensuite de ce doute, raisonnât de cette impertinente manière : Si le livre de M. Claude contenait moralement .A vertu de M. Cl.uide, pourquoi ne verrait-on pas la personne de M. Claude dans toutes les chambres où on lit son livre? Tout le monde sans doute se moqueniit d'abord de celle étrange question, et ensuite la déciderait de la même sorte, en disant que la raison pourquoi on ne voit pas M. Claude on toutes les chain-

de Jésus-Christ, pourquoi donc ne voyons-nous point de la chair et du sang? L'un et l'autre est également impertinent.

Comme la réponse naturelle de la première question serait de dire que l'on ne voit point M. Claude en tous ks lieux où on lit son livre, parce qu'il n'y est pas, la réponse naturelle qu'on devrait faire à ceux qui, supposant que le pain ne contiendrait que la vertu de la chair de Jésus-Christ, demanderaient pourquoi donc ne voit-on pas de la chair, serait de dire qu'on ne la voit pas, parce que ce pain n'est pas effectivement de la ciiair.

Et comme il serait ridicule, en omettant cette réponse naturelle et simple, de dire que la raison pourquoi on ne voit pas M. Claude lorsqu'on lit son livre, est que Dieu ne veut pas faire ce miracle, de le f;iire paraître en divers lieux, de peur d'étonner le monde, il est ridicule aussi, supposé que la chair de Jésus-Christ ne fût pas vraiment présente dans TEucharislie, de répondre que la raison pour laquelle on ne la voit pas, c'est que Dieu, s'accoamodanlà notre infirmité, ne nous a pas voulu frapper par l'image d'une chair humaine qui nous causerait de l'horreur. C'est néanmoins en celte manière que M. Claude fait répondre Nicolas de Méihone; et ainsi il ne doit pas trouver mauvais qu'ayant à h\re voir combiei: cette réponse est ridicule, on lui ait proposé un exemple ridicule, qu'il ne peut nier être entièrement semblable à celte réponse.

Je réserve à la seconde partie à pousser plus loin ce raisonnement; car il faut savoir que Nicolas de Méihone n'est pas le seul qui parle de ce doute sur l'Eucharistie, et qu'il n'est pas aussi le seul qui y réponde en cette manière. Nous l'avons vu déjà dans Théophylacte, et nous le verrons dans plusieurs Pérès cl dans divers auteurs ecclésiastiques, tant anciens que

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