‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 106 sur 335 · LIV. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE · texte numérisé non relu

LIV. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE

nouveaux. On verra dans tous ces lieux le même doute, la même expression du doute, les mêmes fondements du doute, les mêmes raisons pour combattre ce doute, les mêmes réponses aux fondements de ce doute; et, pour donner lieu aux personnes sincères de prévenir,

qui lui est contraire dans un auteur ; de n'y faire au • cune attention , et même, la plupart du temps, de no le rapporter pas. C'est par cette règle que , quoiqu'il cite dans son livre Nicolas de Méihone pour prouver que les Grecs ne croient pas la transsubstantiation, il

par leur lumière, ce qu'on peut leur représenter sur n'a pas jugé à propos de rapporter aucun des passa-

ce sujet, on peut dire généralement, qu'en expliquant ce doute à la manière des catholiques, on trouvera : 1 qu'il est naturel et simple, et que non seulement il n'est pas étonnant qu'il s'élève, mais qu'il serait étonnant qu'il ne s'élevât pas; 2° que toutes les expressions dont les Pères se sont servis pour le faire entendre, sont simples et naturelles ; 3° que toutes les raisons sur lesquelles ils ont dit qu'il était fondé, sont simples et naturelles; -4° que toutes les raisons par lesquelles ils l'ont combattu sont les plus naturelles et les plus fortes qu'il était possible d'alléguer ; 5° que toutes les réponses qu'ils ont faites au fondement du doute sont raisonnables et justes; mais que, pour expliquer ce doute au sens des calvinistes, il faut faire un assemblage de toutes les suppositions suivantes : 1° qu'une grande partie des Pères et des auteurs ecclésiastiques aient formé ou rapporté un doute déraisonnable et ridicule sur l'Eucharistie; 2° qu'aucun auteur ecclési;»siique n'ait remarqué que ce doute était ridicule et extravagant; 3" que tous les auteurs ecclésiastiques se soient accordés à exprimer ce dojite d'une manière ridicule; 4° qu'ils se soient accordés à ne l'exprimer jamais d'une manière raisonnable ; 5" qu'ils l'aient tous fondé sur une raison contraire manifestement au sens commun ; 6° qu'aucun n'ait remarqué que cette raison était contraire au sens commun, et qu'ils l'aient tous traitée sérieusement; 7° qu'ils soient tous convenus, pour réfuter ce doute, de se servir de raisons extravagantes ; 8° qu'ils aient tous omis les raisons naturelles et simples, qui viennent dans l'esprit de tout le monde; 9° qu'à l'égard du fondement de ce doute, aucun d'eux, pour le renverser, n'ait allégué la plus claire, la plus simple, la plus naturelle de toutes les raisons ; 10° que, d'un commun accord, ils aient eu recours à la plus extraordinaire et à la moins raisonnable de toutes les conjectures ; 11° enfin, qu'ils aient pensé, raisonné, parlé d'une manière dont aucun calviniste n'a jamais ni pensé, ni raisonné, ni parlé.

Sans cet amas d'absurdités jointes ensemble, il est impossible d'expliquer au sens des calvinistes ce doute connu, expliqué, et refuté par les Pères, ni de désavouer qu'il ne prouve clairement et invinciblement la présence réelle et la transsubstantiation.

Je laisse à M. Claude à méditer sur cela, en attendant qu'on lui puisse développer toutes ces propositions. Mais pour revenir à Nicolas de Méthone, je trouve M. Claude assez mal partagé jusqu'ici dans cet auteur : il espère néanmoins trouver mieux son compte dans la suite. Et pour comprendre de quelle manière il y réussit, il faut savoir les maximes qu'il suit dans l'examen des auteurs. On les peut réduire à deux.

La preniiète est de n'avoir aucun égard à tout ce

ges que nous avons cités ci-dessus, et que nous citerons plus bas.

La seconde est que s'il se trouve quelque petit mot dans un auteur, qui, étant détaché de la suite, ail, non une difficulté réelle, mais quelque petite ombre de difficulté, qui serait étouffée si l'on considérait toute la suite, il croit avoir droit de détacher ce petit mot, de le regarder séparément , d'en tirer une conclusion nette et précise à son avantage , et de n'attribuer à cet auteur que le sens auquel il lui plaît de prendre cette parole détachée. C'est par cotte adresse qu'il met Nicolas de Méthone au nombre de ses partisans avec sa confiance ordinaire, par le moyen d'un petit passage qu'il en rapporte.

Nicolas de Méthone, ce sont les termes de M. Claude, dit que Jésus-Christ nous communique sa chair et sort saiig pcN- des choses qui sont familières à la nature , en leur joignant sa divinité, et disant : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Ce qui veut dire, dit M. Claude, que le pain et le vin, qui sont ces choses familières à la nature, demeurent au sacrement.

Voilà proprement le génie de M. Claude. Nicolas de Méthone dit, répèle, prouve que Jésus -Christ change le pain en son corps, au commencement, au milieu, à la fin de son traité. Il remue le ciel et la terre pour empêcher qu'on en doute: mais il dit en un endroit qu'il joint sa divinité à des choses familières à la nature : donc , dit M. Claude, le pain demeure. Quelle conséquence! Dieu joint sa divinité au pain et au vin, qui sont des choses familières, il est vrai; mais il la joint comme cause efficace du changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, si souvent répété par Nicolas de Méthone ; mais non comme moyen d'union entre le pain et le vin et le corps de Jésus-Christ. 11 la joint, non pour le conserver dans l'être du pain , mais pour le transformer intérieurement en son corps. Il la joint, afin que le pain devienne son corps parfait et entier, aS>/j.a. xiluo-t, ce corps vivant, ce corps dont les os n'ont voint été brisés aans la passion, et qui est inséparable de la divinité, comme il dit lui-même.

Voilà le sens de celte expression, dont M. Claude prétend abuser. Et ce sens paraît assez de lui-même. Car celte divinité, jointe au pain, c'est l'Esprit de Jésus-Christ; et l'effet que Nicolas de Méthone attribue au S.-Esprit , est de changer le pain au corps de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il rapporte ces paroles de la Liturgie de S. Clément : Daignez envoyer sur ce sacrifice votre S.-Esprit, qui est témoin des souffrances de Jésus-Christ , afin qu'il fasse ce pain le corps de votre Christ , et ce calice le sang de votre Christ.

Aussi cette expression est-elle commune à ceux qui sont les plus déclarés pour la transsubstantiation.

Ijl PEUPÉTUITÉ DE LA FOI T

el il iiV-n faut peint d'aulres preuves qu'un (railé qui suit foltii de Nico'as de Méllione dans la Bibliothèque (les Pères, et qui est altribué à Saninnns, évcqiic de Cazo. Cet auteur est si loimel pour la iranssubsianlialion , qu'Aubertiti n'y a point trouvé d'aiilre so!uti:)n que de soutenir qu'il fallait que ce traité fût l'ouvrage d'un imposteur de ces derniers temps. Nous examinerons en son lien les raisons de cette censure. 11 me suflit qu'elle contienne un aveu, que cet auteur, quel qu'il soit, est un trnnssubstanlialeur , et qu'Aubirlin veut faire croire qu'il est fait à plaisir pour l'ciablir. Cependant ce Iranssubstanlialeur se sert de la niême expression que Nicolas, et de ses mêmes paroles. Il dit que Dieu, joignant sa divinité, suÇsùÇkî tô-j 6eirr,Tcc, au pain et au vin qui nous sont familiers , par la vertu de sa parole, qui a créé toutes choses de rien , les change en son propre corps et en son propre sang. Il dit encore que le pain et le vin assnmuntur et apparent; qui est encore une autre expression dont les ministres ont accoutumé de tirer la même conséquence.

M. Claude conclura-t il de là que le pain demeure, et que le corps de Jésus-C^hrist n'y est pas présent? Et nous voudra-t-il persuader, sur celle union de la divinité avec le pain , et cette assompiion du paiii , que cet auteur ne croyait pas la présence réelle et la Iranssubslantialiou ?

Tant s'en faut donc qu'on puisse prouver par ces paroles, que Dieu conjoint sa divinité au pain, dont se servent ces auteurs, qu'ils n'ont point cru la transsubslaniialion, que les preuves claires et indubitables qu'ils nous donnent de leur créance sur ce point font voir démonstrativement que celle expression n'est point contraire à la Iranssubslantialiou , et qu'elle ne marque autre cbose que l'union de la divinité au i)ain; non pour le laisser pain , mais pour le cbauger, le transformer et le transsubstanlier au corps même de Jésus-Cl:rist ; de sorte que tous ceux qui s'en seront servis ne peuvent point, par celte seule raison, être suspects de ne pas croire la transsubslaiitiaiion.

Je prie M. Claude de se souvenir de celle remarque, parce qu'elle sera nécessaire pour remédier à l'abus qu'il fait de ces mêmes termes dtns quelques autres •passages.

II ne me reste plus, pour conclure l'examen de ce trailé de Nicolas de Méihoue, q*ue de rapporter les paroles terribles dont cei évcque se sert pour représenter le crime de ceux qui ne croient pas que le pain et le vin soient le corps et le sang de Jésus-Christ. Si ceux, dit-il, qui communient indignement sont si rigoureusement condamnés , combien celui qui pèche contre le sacrifice même, qui outrage et qui nie immédiatement le corps du Seigneur, qui abolit ce qui nous a été laissé par tradition, qui foule aux pieds l'autorité de celui qui en est auteur, est-il coupable d'un plus grand crime, et mérilet-il un plus grand supplice .'Je tremble dliorreur de ce que je dis. Mais que peut-on ajouter à la hardiesse insolente de cette erreur nouvelle, de ce violement des lois de Dieu , et de cette impiété ? Seigneur, délivrez par votre miséricorde tous ceux qui necon-

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fessent pas selon la véritable doctrine que le pam et .« vin que nous consacrons sont te corps parfait et le sang précieux de Jésus-Christ , de celli illusion frénétique qui les possède.

Que M. Claude fasse réflexion sur ces iiaroles : qu'il y entende la voix de l'église grectpie, qui s'accorde avec celle de l'Église romaine; qu'il appréhende séri:'usenrient que ce ne soit un arrêt piouoncé contre lui-même, et qu'il tâche de s'en garantir d'une autre manière que par ses vaincs distinctions, qui ne le mettront pas à couvei l de la colère de Dieu, quand même elles lui serviraient à tromper les hommes.

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