LUI QUI EST A LA DUOITE DU PÈRE SE TROUVE DANS
LES MAixs DES PÉCHEURS. » Et en wi autre lieu : i Jésus Clirisl est un Irnit qui a comme fleuri dans la loi, qui s'est grossi dans les proplièles, qui s'est mûri sur la croix, et <jui est mangé après sa résurrection. »
doutes sur la nature des mystères immaculés ; les uns Et ensuite : i Ce n'est pas un autre corps que celui
soutenant que r Eucharistie est incorruptible, puisqtCclle communique la vie éternelle; et les autres disant qu'elle est corruptible, puisqu'un la mjtnge, et qu'on la brise avec les dents. Mais qne votre esprit ne se porte pas à s'attacher à l'une de ces opinions, en rejetant l'autre comme impie : car en les examinant, vous trouverez qu'on peut soutenir l'une et l'autre dans un sens catholique. Le pain qu'on offre dans les mystères est cette
CHAIR MÊME DE JÉSUS-ChRIST, QUI FUT SACRIFIÉE AU
TEMPS DE LA PASSION, et ensevelie dans le sépulcre. Et c'est ce qui paraît manifestement par ce que te Seigneur dit à ses apôtres, lorsqu'il institua tes mystères du nouveau Testament ; car en les leur donnant il leur dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps, brisé pour vous pour la rémission des péchés. Considérez donc l'état où était alors cette chair. Car si elle n'était pas corruptible, elle n'a donc pas été sujette à la corruption de la mort ; car une chair incorruptible est incapable de toute sorte de corruption. C'est en cette manière que le paix qu'on
OFFRE, ÉTANT VRAIMENT LA CHAIR DE JÉSUSClIRlST ,
est sujet à corruption, est brisé, est coupé parles dents; car s'il était incorruptible, il ne pourrait être ni coupé, ni mangé. Mais ne vous scandalisez pas de cette parole , et qu'elle ne vous paraisse pas dure ; puisqu'encore qu'on vous parle de corruption dans cette communion si divine et si terrible, néanmoins elle est bientôt suivie d'incorruptibilité. Car comme la chair du Seigneur, après qu'elle eut succombé à la mort, et qu'elle eut été mise dans le sépulcre, n'a point été corrompue , selon ce que le prophète dit : Vous ne permettrez point que votre Saint éprouve la corruption ; et qu'étant conservée par la divinité, elle est demeurée incorruptible : de même te pain qu'on offre, après qu'il a été brisé par les dents, et qu'il est descendu dans l'estomac comme dans un sépulcre, revient à l'état d'incorruptibilité, étant uni, comme dit S. Jean de Damas, à l'essence de l'âme. Et c'est pourquoi ceux qui sortent de cette vie après avoir participé avec une conscience pure aux SS. mystères de Christ, sont enlevés par les anges à cause de l'Eucharistie qu'ils ont reçue, comme dit S. CImjsoslôme.
Le passage deNi(élas Choniate est encore plus précis. Étant question , dit-il , si te saint corps de Jésus- Christ, qu'on reçoit dans ta communion, est incorruptible, comme il était après sa résurrection ; ou corruptible , comme il était avant sa passion, les uns disaient qu'il était incorruptible , parce que la participation des divins mystères est une confession et une commémoration que le Setgneur est mort et ressuscité pour nous, comme le grand théologien Cyrille l'enseigne; et qu'ainsi, quelque partie qu'on en reçoive, on reçoit tout entier le corps de Jésus-Christ, que S. T'ufntas a manie, puisqu'on le
qui a été plus fort que la mort, et qui est la soiirce de notre vie : car comme un peu de levain rend toute la masse de la pâte sem])Ld)lc à soi, de même ce corp>, que Dieu a rendu immortel, étant dans notre corps, le change et le convertit tout entier en sa nature, j Quelques-uns alléguaient aussi ces paroles cTEu' tyciv.us, ce grand flambeau de l'Église : t L'homme reçoit le sacré corps du Seigneur tout entier, et son précieux sang tout entier, quoiqu'il ne reçoive qu'une partie des mystères ; car il est divisé indivisiblement à toutes les personnes, i Ceux-ci donc alléguant ces passages et plusieurs autres preuves de la doctrine de l'Église, les autres disaient, au contraire, que le mystère qui s'cccomplit sur l'autel n'est pas ta confession de la résurrection, mais que c'est seulement un sacrifice, et que par conséquent il est corruptible, sans âme, sans mouvement : qu'ainsi celui qui y participe ne reçoit point Jésus-Christ tout entier, mais seulement une partie, ne participant qu'à une partie. Car s'il était incorruptible, disaient-ils, il aurait un esprit, il serait animé, il ne pourrait être ni touché, ni vu, ni coupé et brisé des dents, et il n'en souffrirait aucune douleur.
C'est de ces passages que M. Chiude lire celte étrange conclusion : que les Grecs ne croyaient point la transsubstantiation. Je n'examine pas, dit-il, lequel de ces deux partis était le plus raisonnable, lime suffit de faire remarquer qu'il n'est pas possible qu'une semblable question naisse dans une église qui croit la transsubstantiation , et que cette dispute suppose nécessairement que ni les uns ni les autres ne la tenaient.
Voilà une conclusion bien surprenante ! Et ce qui en doit donner un fort mauvais préjugé, c'est qn'Auberlin , qui est un des plus hardis hommes du monde à lirer des conséquences à l'avantage de son parti, en a tiré une toute contraire : car il reconnaît formellement (pie ceux qui disaient que le corps de Jésus- Christ était incorruptible dans les mystères étaient de l'opinion des Latins ; c'est-à-dire, qu'ils croyaient la présence réelle et la transsubstantiation. Il avoue que, selon Nicélas, ceux qui disaient qu'il élait corruptible la croyaient aussi en leur manière : et il ne trouve point d'autre moyen de se sauver de ce passage qu'en prétendant que Nicélas n'a pas bien représenté l'opinion de ceux qui disaient que le corps de Jésus-Christ était corruptible , et qu'ils n'ont jamais cru ce qu'il leur attribue. Je réponds, dit-il, qu'il est sans apparence que l'état de la question fût tel que Nicétas le propose, et qu'il paraît qu'il l'a inventé faussement, (kr à qui pourra-l-on persuader que le patriarche Jean Camntère et les autres qui étaient de soU sentiment, et qui n'ignoraient pas ce qi:e l'Apôtre a cent.
que Jésus-Chrîsl ne vent plus souffrir, aient pu croire qu'il était corruptible dans l'Eucharistie, qu'il était biisé et coupé par les dents , et qu'il y souffrait de la
douleur?
Après avoir accusé Nicétas d'avoir forgé l'éial de In question qu'il représcrile, Auberlin en forme un aulre à sa f;«nlaisie, cl il le propose avec sa confiance ordinaire. Sans doute, dit-il, que Célal de la question était : si ce que l'on reçoit dans la communion était le
ne
cl qui voulaient que l'Eucliarislie fût Cdrruplible, admellaicnt la transsubslaiitiation d'une aulre manière, en enseignant que l'on ne recevait qu'une parlie de la cliair de Jésus-Christ. Celait donc toujours la cliair de Jésus-Clirist ; et ainsi c'élait enseigner une vraie transsubslanlialion. Il esl vrai qu'Auberlin prétend que Nicétas impute à ces derniers ce qu'ils n'ont point cru, cl qu'il en veut faire des calvinistes par ses conjectures. Mais lequel esl le plus croyable , on
corps même incorruptible de Jésus-Christ assis à la deNicélas qui parle d'un différend excité de son temps, droite de son Père, ou si c'était de vrai pain uni à la -' '' ' ' '"" " " — ' - • divinité, comme Jean de Damas l'a enseigné, et joint par elle au corps de Jésus-Christ. Ceux qui disaient que l'Eucharistie était corruptible , étaient de cette dernière opinion , et ils le prouvaient par des arguments que Nicétas corrompt et change à sa mode.
Il avoue ensuite que Nicétas et l'empereur étaient de la première opinion, c'est-à-dire, de celle de la présence réelle et de la transsubst;nnialion ; et il de-
el dont il était informé par lui même, ou d'Auberlin qui en parle cinq cents ans après, et qui n'en a point d'autre lumière que celle qu'il peut liror de ce passage même de Nicétas? Qui ne voit qu'il esl ridicule d'opposer de vaines conjectures au témoignage positif d'un auteur contemporain, qui parle de ce qu'il a vu et entendu , et qui décrit une conleslalion arrivée de son temps, à laquelle même il a eu part?
On peut voir de plus dans Allalius des vers d'an
v;iit avouer de plus que c'était l'opinion commune de auteur de ce temps-là , qui décrit celle contestation
l'église grecque , Nicétas faisant voir que l'autre opi- de la même manière que Nicétas Choniale , et qui ne
nion n'avait commencé que sous le patriarche Xiplii- donne pas plus de lieu de faire des calvinistes de
lin, prédécesseur «le Camatère, et qu'elle devait sa cciix qui soutenaient que le corps de Jésus-Christ
naissance à un moine hérésiarque.
Voilà donc M. Claude commis avec Auberlin ; c'està-dire , le disciple avec le maître. M. Claude soutient que Nicétas et ceux qui tenaient que l'Eucharislie était incorruptible ne croyaient pas la transsubstantiation : Aubertin avoue qu'ils la croyaient. M. Cbiude, supposant pour vrai le rapport de Nicétas, juge que les autres qui disaient que l'Eucharistie était corruptible ne croyaient pas non plus la transsubstantiation : Aubertin a trouvé que le récit que fait cel auteur prouve si nettement le contraire, qu'il n'a point su d'autre secret pour s'en défendre que de s'inscrire en faux contre lui.
On ne peut pas raisonner sur un passage d'une manière plus contradictoire. Mais dans cette contrariété, le préjugé est tout entier pour Auberlin : car étant si peu porté à demeurer d'accord de ce qui est avantageux aux catholiques , il faut que ce qu'il n'a pas osé nier soit bien évident. Or il n'a pas eu la hardiesse de désavouer que ce passage de Nicétas , tel qu'd est, ne fît voir invinciblement que les uns et les autres de ceux dont il parle croyaient la transsubslanlialion : il l'avoue des uns, il le conteste des autres. Mais ce n'est pas en se fondant sur le passage de Nicétas ; c'est en le combattant par ses conjectures.
Ainsi ce n'est point faire tort à M. Claude que de dire que le jugement d'Auberlin en celte rencontre devait être un arrêt souverain pour lui , et que c'est témoigner une opiniâtreté déraisonnable que de vouloir contester une chose que le plus hardi de tous les ministres n'a pas osé conlredire.
Il esl donc déjà certain par l'aveu d'Auberlin que l'opinion conmiune de l'église grecque, et qui était suivie par l'empereur et par Nicétas, était celle de la iranssub- Blantiaiion. Il esl encore certain qu'en s'en rapportant àNicéte , ceux qui n'étaient pas même de ce sentiment.
était corruptible. Ce passage se trouve dans ses e.\erci la lions contre Creiglon, page 640.
H n'est pas vraisemblable , dit Auberlin , qu'un patriarche ait embrassé un sentiment contraire à l'Écri' ture. Est-ce donc la première fois que les hommes se laissent aller à des imaginations contraires et à l'Écriture et au sens commun? 3Iais qui lui a dit que le patriarche Camatère fût de l'opinion de ceux qui tenaient que l'Eucharistie était corruptible? C'est une pure vision d'Auberlin , ou une conséquence sans apparence qu'il tire des paroles de Nicétas. Cet auteur n'attribue ce sentiment qu'à un moine qu'il a|ipelle hérésiarque. Il dit qu'on avait commencé à en parler en cachette sous le patriarche Xiphilin , mais il n'accuse précisément le patriarche Camatère que de n'avoir pas excommunié cet hérésiarque, et d'avoir eu recours à des raisonnements de dialectique : ce qui ne marque en aucune sorte qu'il fût en effet de ce sentiment , mais seulement qu'il n'avait pas eu assez de vigueur pour l'étouffer par les voies ecclésiastiques.
Yoici les paroles de Nicétas : En ce temps-là, dit- il, on publia parmi les chrétiens un dogme sur les divins mystères , qui les sépara en deux factions opposées. Car après Georges Xiphilin , qui a été patriarche de Constantinople durant sept ans, Jean Camatère étant monté sur le trône de cette église , au lien qu'il devait arracher jusqu'aux moindres racines de ce dogme , dont on avait commencé de parler obscurément sous Xiphilin, et anathématiser ce faux moine Sicidite , qui en était auteur, comme un hérésiarque , et comme introduisant dans l'Église de nouvelles opinions , afin de réduire les tiulres au silence par son exemple , il commença de se servir d'arguments et de démonstrations de dialectique , dans des mystères surnaturels , pour convaincre ses adversaires. Il fit aussi des oraisons en forme de cuté-