LIV. II. CROYANCE UMVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE
chisme , où il fait mention de ce dogme, où, il raconte. de quelle manière on en avait disputé, et déclare son sentiment , sans rapporter ce que disaient ses adversaires ; comme s'il eût craint qu'on le contredît , leur attribuant même des opinions qui ne leur étaient jamais venues dans l'esprit. C'esl tout ce que Nicélas dit sur ce sujet, dont ou ne peut conclure niisonnablemcnt autre chose, sinon que cet auteur blâme Cainatère de n'avoir pas eu assez de force à réprimer ces hérétiques, et d'avoir suivi , en les léfulanl, une métliode philosophique , en s'éloignnnt de hi manière d écrire des SS. Pères. Aussi c'est la conclusion qu'on a tiré le calviniste Wolphius , traducteur de Nicélas ; car sur ce que cet auteur dit que Canuiière s'était servi d'arguments de dialectique , il met à la marge : Non verbis sed verberibus seditiosi nebulones coercendi. Et un peu plus haut : Qui seditiosos in Ecclesiâ ferunt, Us similes sunt qui oleo gangrenas curant.
Enfin cette erreur, toute déraisonnable qu'elle est, ne l'est nullement en un tel excès , que les hommes ne soient capables d'y trouver de la vraisemblance ; el l'impossibilité n'en est point si évidente, qu'elle ne puisse être cachée par le voile d'une obscuriié mystérieuse , dont la raison se couvre elle même dans les choses qu'elle regarde comme de foi. Il y avait bien des raisons qui combattaient cette opinion ; mais elle avait aussi certaines facilités qui la pouvaient faire recevoir. Car , par le moyen de cette doctrine, on n'était plus obligé d'admettre de pénétration , parce qu'ils croyaient qu'on ne recevait qu'une partie de la chair de Jésus-Christ , égale à la partie des symboles que l'on recevait. Et ainsi la vue de ces facilités a pu leur ôter celle des inconvénients où ils s'engageaient. Mais nous ne sommes pas obligés , comme j'ai dit, de montrer que leur opinion n'était pas sans apparence. Il suffit de faire voir qu'ils l'ont eue en effet ; et c'est ce (jui jiaraît manifestement parle témoignage de Nicélas.
On peut donc conclure de ce passage que la transsubstantiation et la présence réelle étaient crues généralement dans l'église grecque , au douzième siècle et au commencement du treizième, tant par le corps de cette église , qui tenait que la chair de Jésus- Christ était incorruptible dans l'Eucharistie, que par un petit nombre d'héréiiques , qui avaient commencé, sous le palriarchat de Georges Xiphilin , à semer secrètement celle erreur , qu'elle y était corruptible , et qu'on ne l'y recevait que par parties.
Cependant M. Claude en lire une conséquence toute contraire , el réglant ses opinions sur son seul intérêt, il suit et abandonne Aubertin selon qu'il lui est utile. Il embrasse sa vision sur Camatère , et il prétend, comme lui, qu'il était pour ceux qui enseignaient que le corps de Jésus Christ était corruptible dans rEucharislie ; en quoi il est démenti par Wolphius, traducteur de Nicélas; mais il abandonne Aubertin sur tout le reste , et il soutient contre lui que ceux qui ten.^ient que le corps de Jésus-Christ était incorruptible , el ceux qui le tenaient corrup-
tible, n'avaieiit point la transsubstantiation dans l'esprit.
H suffirait bien de le réfuter en l'un et en l'autre point |)ar l'autorité do ses confrères, et de lui opposer Wolphius sur Camaière, et Aubertin sur le reste. Afin néanmoins qu'il ne so plaigne pis qu'on le cou damne sans l'enlendre, je veux bien examiner ses raisons.
Cette dispute, dit- il, suppose nécessairement que ni les uns ni les autres ne tenaient point la transsubstantiation. C'est ce qu'il prétend prouver : et voici la preuve ([u'il en ajiporle. A l'égard, dit-il, de ceux qui voulaient que les mystères fussent incorruptibles, pourquoi alléguaientils cette raison : que l'Eucliarislie est une confession de la résurrection de Jésus-Christ ! Vit- on jamais une plus étrange conclusion ?
Il est bien aisé de le satisfaire; car il n'y a qu'à lui dire qu'ils l'aliéguaieiit parce qu'elle était fort bonne, et qu'elle détruisait l'unique fondement de ces hérétiques, qui était que l'Euciiaristie no représentait Jésus- Christ qu'en état de mort : d'oi} ils concluaient qu'il la'y élait qu'en état de mort, en prenant pour principe qu'il y élait tel qu'il est représcnlé. El c'esl ce que les cnllioliqnes renversaient parle passage de S. Cyrille, où ce saint dit que l'Eucharistie est la confession de Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous. D'où ils concluaient fort bien qu'il y était donc dans un état de ressuscité, et par conséquent dans un état incorruptible. On voit bien qu'il est assez aisé de conclure que, selon ces catholiques, Jésus-Christ y élait donc réellement présent; mais on ne devine pas bien par quel moyen M. Claude a conclu qu'il n'y élait pas.
A cette raison, tirée de ce qu'ils ont dit, M. Claude en :ij(inle une autre, tirée de ce qu'ils n'ont pas dit. Que ne disaient-ils, c'est M. Claude qui parle, que c'est le corps même qui est assis à la dextre de Dieu, ressuscité, et par conséquent impassible! Il n'y a rien de plus faible de soi-même que ce genre de raisomiement. Car comment est-ce que M. Claude peut savoir ce qu'ils ont dit ou n'ont pas dit? Est-ce qu'il prétend que tous les raisonnements de ces personnes sont renfermés dans le récit abrégé que cet historien a fait en passant de cette contestation? Mais celui-ci est non seulement faible, mais ridicule; parce que ces Grecs dont il s'agit, ont dit expressémenl ce que M. Claude leur reproche de n'avoir pas dit : car n'esl-ce pas ce qu'ils ont exprimé clairement dans ces paroles , que , quelque partie qu'on reçoive de l'Eucharistie, on reçoit tout entier Jésus-Christ même que Thomas a touché , parce qu'on le mange après la résurrection ? ce qu'ils confirmaient par divers passages des Pères, et enlr'autres par celui-ci de S. Chrysostôme : 0 merveille ! Celui qui est assis à la droite du Père se trouve entre les mains des pécheurs.
M. Claude rapporte encore quelques autres petites raisons , dont il dit que ces gens ne se sont pas servis, parce que Nicélas n'en parle point. Comme si cet auieur était obligé de rapporter dans une histoire louies leurs raisons, au lieu qu'il dit expressément