‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 113 sur 335 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Onzième preuve , tirée des divers événements du treizième siècle, et principalement de la prise de Constantinople par les Latins.

Quand les choses seraient demeurées dans l'état où nous les avons vues au douzième siècle , il était impossible que la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation demeurât inconnue aux Grecs, comme il faut que M. Claude le prétende pour soutenir qu'ils ne la croient point par voie de négation, comme n'en ayant jamais oui parler. Car nous avons montré que les Grecs y ayant été soumis aux Latins à Antioclie , à Tripoli , dans la Palestine , et en plusieurs autres lieux de fOrient ; et que les Latins ayant toujours été en très-grand nombre à Conslantinople jusqu'à l'empire d'Andronic qui les en chassa (après la mort duquel néanmoins ils ne laissèrent pas de s'y rétablir par la nécessité du commerce), celle soumission et ce mélange attiraient par nécessité une infinité de conférences , de communications , de recherches , d'unions et d'alliances entre les Grecs et les Latins , qui rendaient absolument impossible cette ignorance mutuelle (pi'il faut (|ue M. Claude suppose dans les uns et dans les autres touchant leurs scnlimenls sur

l'Eucharistie. Mais les événements du treizième siècle sont si considérables sur ce sujet, qu'il semble qu'ils aient été disposés par la Providence pour détruire l'hypothèse de M. Claude.

Car ce qui restait à souhaiter pour en faire voir encore davantage l'absurdité, est que Conslantinople fût réduite au même état que les autres villes d'Orient ; que les Latins s'en rendissent les maîtres ; qu'ils y fissent dominer leur religion ; qu'ils y exposassent aux yeux des Grecs les cérémonies qui marquent davantage leur doctrine sur l'Eucharistie ; qu'ils remplissent toute la Grèce de ces mêmes inquisiteurs, qui s'étaient signalés en France et en d'autres lieux de l'Occident jarlos supplices des Albigeois; qu'ils exerçassent cette même rigueur sur les Grecs , et qu'avec tout cela ils ne découvrissent en eux aucune erreur sur le mystère de l'Eucharistie ; qu'on proposât la transsubstantiation aux Grecs , non comme une chose dont ils doutassent, mais comme un dogme certain et non contesté ; qu'ils rajjprouvasscnt et la signassent en celte manière, sans résistance et sans coiiiradiciinn. Et c'est ce que nous verrons être effectivement arrivé durant le treizième siècle.

Innocent 111 ayant élé élevé au pontificat, s'appliqua peu de temps après à porter les prince:; cluëiieiis à

*25 LIV. m. ACCORD DES ÉGLISES GRECQUE entreprendre une croisade pour le secours de la Terre- S.iinie ; ei il lil laiil, par le moyen doji doux lésais , doiil II envoya l'un à Venise cl l'aulie en France, qne qnanllé de princes ei de seigneurs piiicni h croix Cl s'cngagcrcnl à celle enlre|irisc. Les principaux élaicnl Ijimirncc. nianpiis de Monlferral ; l'cvèque de Crémone; Thilaui, Cinnle de Clianipigne, qui mourut avani (pie de parlir ; Louis, conile de Bar ; Baudouin, comte d« Flandie el de Ilainaui ; le comte de S. Paul ; les éxêipies de Soissons el de Troyes, el quel pies abbés de l'ordre de Cileaux.

Le tiessein du pape ciaii cpie ces princes allassent secourir la Tt-rre-Sainle, cl (pi'ils abordassent en Egypte, pour ruiner rempire du sullan, le principal ennemi des cliiéîiens de la Palestine. Mais eux, mêlant lein'S iniéréls el leurs passions avec rintcnlion Saillie de secourir les chré.iens d'Orient, iéM)linenl entre eux de naviguer di oit à Ctnstanlinople p )ur y rétablir le je:nie Alexis, dnnt le | ère, nonnué Isaac , avait été dépouillé de l'empire, et privé de la vue par Alexis Angélus s;in frère.

Ils abordèrent donc à Conslanlinnple ; et qnoiqti'il y eût ded:ins plus de soixante mille hommes de guerre pour la défendre, ils ne laissèrent pas de la prendre après huit jours de siège, el d'y rétablir le jeune Alexis.

Ce prince é anl ainsi remis dans l'empire, promit de reconnaître ie p:ipe, coumie ses prédécesseurs avaient fait avant le scbisnie, el de ramener tous ses sujets à l'obéissance de rÉglise romaine.

Mais l'nicoiistance naturelle aux Grecs, ou les mauvais c<uiseils de son père Isaac, l'ayant porté à manquer de par(dc aux Latins cpii s'étaii-nt logés proche de Consiantinople, «' même à leur faire la guerre , il en fut puni par le soulèvement d'im de ses parents, qui le mil en [irison, le lil étrangler et se saisit de IVinpire. Ainsi les priiices croisés aya il un juste sujet de guerre contre cet usurpateur, assiégcreiu de nouveau Constanliiiopl(>, el s'en retidirciit les maîtres avec une valeur incomparable.

Mcéias Chtmiale, qui était présenta celle prise, la décrit fort parliculièremeiil, et exagère les cruautés (pie les Latins y exercèrent. 11 dit qu'ils traitèrent beaucoup plus cruellement les Grecs, (pie les Sarrasins ne firent le- chrétiens à la prise de Jérusalem. El en efl'et, si ce qu'en rapporte cet historien est véritable, on ne put s'y conduire d'une manière |)lus violente et plus imprudente Unit ensemble : car ils iirenl tout ce (pii élail ( apalile d aniinir les Grecs contre eux , el de se les cendre irréconciliables. Ils joignircni la nicquerie à r(q)pi'ession ; et en li s (lép(uiil'aiil de leurs biens, ils leur Iirenl toutes les indignités dont ils se pureni aviser.

Aussi, depuis ce temps-Ih, les Grecs n'eurent point de plus ordiniiires reproches à faire aux Latins que celui des impiétés el des criiaulé>ï qu'ils avaient commises à la prise de Consiantinople : leur aversion coiiire eux en devint beaucoup plus aigre et plus viole, te, et on en peut juger par los épiihèlc? que

?. DU LA F l

ET LATl^E AUX SIECLES XIIl ET XIV. iîh

Nicéias donne à toute la nation : Difficile est Latinum, avaro ingeuio, oculo impuden'.i, ventre insaliabili, animo iracundo, manu perpétua ensem ({uœrenle, lenire obsequiis.

Je représente tonle celte suite pour montrer (pie la haine des Latins contre les Grecs, cl de> Giees contre les Latins étant si ardente, ni les uns ni Us auires n'élaicnt en disposition de dissimuler les reiiroches qu'ils eussent pu se faire avec quelque sorte d'apparence.

Après celle prise de Constanlinople, les Latins se , saisirent de toutes les églises : ils y é':iblirent un patriarche latin; ils remplirent Cnnstantimqde de prêtres latins ; ils créèrent un empereur latin, qui fui Baudouin, comte de Flandre : et étend:ini ensuite leur con(piéie dans la Grèce, ils réduisirent .sous leur obéissance presque tout ce qui avait apparicnu dans l'Europe aux empereurs de Coiistantinoi le, l'empereur grec, (|ui s'était réfugié en Asie, n'y ayant conservé que trois ou (pialre villes, qui furent assez longtemps les seules qui demeurèrent sous l'obéis^aïKe des Grecs.

Voilà donc toute la Grèce réduite non seulement sous rautoriié temporelle des Latins, mais aussi sous rauloiilé spirituelle des pape-, ei les prêtres lalinsen une pleine liberté de s'informer de to;ites les erreurs des Grecs : cl il est impossible ipie s'il y cùi en quelques traces de TLérésie de Béreiiger en ce pays-là , elle eût pu se cacher aux recherches de tant d'ennemis passionnés, et qui avaient tant d'intérêt de les dé» couvrir.

Car les princes mêmes eussent été bien aises de trouver ce prétexte pour jusiifier leur enlrepri e auprès d'Iimocenl 111, ipii eu é;ail assez mé<^'ontent, et qui 11 ur en (il divers reproches. El le nouvel empereur Baudouin, lequel, dans la lettre (pi'il écrivit à ce pape sur la prise de Constaiirmople, charge les Grecs de tous les reproches dont il se peut aviser , n'eût pas sans doute oublié celui-là, s'il eût en quelque sorte d'aiparence. 11 exagère leur perfidie, leur malice, leur haine contre l'Église romaine. Il rapporte les abus qui s'étaient introduits parmi eux ; mais il ne dit pas un seul mol de la présense réelle, ni de la transsubstantiation, quoiqu'il n'y eût rien de plus capable de faire voir au pape que la prise de (Consiantinople était utile à l'Église, cl qu'elle n'éiait point contraire à l'engagement où ils étaient entrés, do faire servir leurs armes à la défense de la foi.

Le pajie Innocent III ayant reçu ces lettres, écrivit à l'cmperenr Baudouin , et quelque temps après il adressa une lettre aux évêques, abbés et autres ecclésiastiques, qui étaient à Consiantinople dans l'armée des princes, pour leur recommander la réunion de l'église grecque. C'était là le lien el le temps do les avertir que les Grecs n'étaient pas d'accord avec rÉglise romaine sur la présence réelle el la Iran.*»* snbjtanlialion. Il était tout-puissant sur les chefs de celle armée , cl par eux sur tous les Grecs : muii il ne Ice.r parle 'loii.l (!.• ceît:^ erreur, parce qu'il nr U

[Quatorze, )

connaissait point dans les Grecs ; et il s'arrête seulement à prouver la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, comme le principal point dont il les fallait instruire.

Dans une antre lettre qu'il écrivit en ce même temps à l'archevêque de Reims, son légat en France , et à ses suffraganls, il réduit encore les erreurs des Grecs au seul point de la procession du Saint-Esprit : Parce, dit-il, que le peuple des Grecs s'esl séparé de l'unité et a rompu le lien de la paix, il est aussi devenu malade touchant la foi, eu refusant de confesser que le Saint-Esprit, qui est le lien de l'unité et de l'égalité, procède du Fils aussi bien que du Père. Ainsi, n'ayant pas voulu se réduire à l'unité d'une même foi touchant la procession du Saint-Esprit, il est tombé justement dans les ténèbres de la mort; parce que c'est le Saint-Esprit qui nous enseigne toute vérité, comme le Fils nous en assure dans son Évangile. Il a donc été privé de l'inleilicjence spirituelle, parce qu'il a péché contre l'Esprit. Il n'a pas banni le levain de sa maison , selon l'ordonnance de l'Ecriture, vour manger les azymes de ta vérité et de la sincérité ; mais retenant son vieux levain, il mange autant qu'il est en lui le corps de Jésus-Christ avant le levain.

Il lie leur reproche pas de croire qu'ils ne mangeaient que ia figure du corps de Jésus-Chrisl, comme il aurait fait s'il les cûl soupçonnés de cette erreur; mais il leur reproche de le manger avec le levain , parce qu'ils sacrifiaient avec le pain levé et qu'ils condamnaient les azymes.

Y eul-il donc jamais de prétention plus hors d'apparence que de vouloir que les Grecs aient clé d'un senlimenl dont le pape Innocent, qui avait autant d'inquisiteurs en Grèce qu'il y avait de prêtres, d'ecclésiasiiiines et de religieux latins, ne les a pas même soupçonnés?

M. Claude nous dira peut-être que les Grecs dissimulaient alors leur opinion par la crainte des Latins; qu'ils ne découvraient pas ce qu'ils croy;;icnt de l'Eucharistie, et que leur làchclé les portait à trahir leur foi, aussi hien ({u'ellc leur avait fait trahir leur ville et leur empire. Mais outre qu'il n'y a point de lâcheté si générale qu'on la puisse attribuer avec vraiscm- Llance à tout un peuple et à tout un empire, il est clair encore que c'est un préiexie qui ne peut avoir aucuf* lieu dans le sujet dont il s'agit. s

Premièrement, parce (ju'il y eut une infinité de Grecs qui se retirèrent de temps en temps de Conslantinople et des autres villes de la Grèce, pour se réunir à leurs empereurs, qui recueillireni en Asie les débris de leur naufrage, et se remirent quelque temps après ca un état qui les rendit formidables aux Latins. Or, toutes ces personnes, qui, après avoir vécu longtemps parmi les Latins, quiltaienl leur parti par la haine qu'ils leur portaient, no pouvant pas manquer à reconnaître qu'ils croyaient la présence réelle cl la transsubstanliaiion , n'auraient pas aussi manqué de les décrier sur ce sujet par tout l'Orient, s'ils n'avaient hé dans le même sentiment.

Car il faut reniai quer i^ue le parii de l'ompcreur

grec était rempli de gens savants, d'historiens, d'écrivains qui onl déchiré les Latins en tout ce qu'ils osit pu , et qui ne les auraient pas épargnés en un poii:t si plausible et si capable d'irriter contre eux les Grecs d'Asie, qu'ils avaient intérêt de retenir, cl de f lire soulever les Grecs d'Europe, si l'iinirormiié de leur sentiment sur l'Eucharisiie ne leur eût ôlé le moven des faire ce reproche aux Latins.

2" On ne doit pas aussi douter que parmi les Grecs qui demeurèrent à Constanlinople et dans les autresvilles de la Grèce, il ny en eût un Irès-grand nombre qui embrassaient sincèrement l'union avec le pape , et qui se réconciliaieut avec l'Église romaine, non seulement par intérêt et par crainte, mais par un véritable changemenl d'opinion Sïir les points qui étaient en différend Et par conséquent, si la transsubstanliaiion en eût fait partie, il aurait fallu que ces Grecs convertis eussent aussi changé de senlinient sur cet article. II leur eût donc été imp!)ssib!e de ne pas voir qu'on croyait, dans la communion à laipiclle ils s'étaient joints, ce qu'ils n'avaient pas cru jus([u'a!ors touchant le inysière de l'Enciiaiislic : et rélonnenient où celle découverle lus aurait mis, n'aurait pas manqué de les porter à avertir leurs pasteurs de rignoranco et de l'erreur où étaient les autres, et à tâcher de coiiimuni(iuer la vérité ([u'ils aur.iienl nouvcih'meni apprise à leurs amis, à leurs femmes, à leurs enfants : ce qui aurait par nécessité fait édalcr le dilTérend des Grecs et des Latins sur ce point, s'il y en eût eu (juelipi'un. 5° Il n'est nullement véritable que les Grecs, en ce lemps-Ià, fussent on faciles à changer de senlimonl, ou assez lâches pour dissimuler celui qu'ils avaient; et on peut dire an contraire (ju'aulant iju'ils ténioignèrent de faiblesse à défendre leur empire, autant firent-ils paraître d'opiniàireté à défendre leur religion.

Car les Latins, quolcjne tout-puissaiilsetvicloiieux, ne purent jamais en réduire la plupart à communiquer avec le pape, eiicoie que les léga;s du pape, selon le style de ce temps-là, usassent de voies si dures et si rigoureuses pour les y contraindre , qu'enfin lempereur Hem i, successeur do Baudouin, fui obligé de les faire cesser nial^'ré le légil Pelage, comme le témoigne Georges Acropoliie, par ces paroles : Sous le règne de Henri, dil-il , le pape envoya à Constantinople un légat nommé Pelage, qui avait toutes les prérO' gatives du pape même , car il portait des souliers rouges, il avait des habits de diverses couleurs , et son citeval avait une housse de la métne couleur que celui du pape. Et comme il était d'un naturel farouche, plein de faste et d'insolence , il exerça de grandes cruautés sur ceux de Constanlinople , en contraignant tout le monde de se soumettre à l'ancientie Rome. On mettait en prison et les religieux et les prêtres , et l'on ne leur donnait que le choix de ces deux choses : ou de reconnaitre le pape pour le chef de tous les évoques, et d'en faire mention dans la messe; ou d'être punis de mort. Tous les habitanls de Constantinople , et particulièrenient les princi» paux d'entre kUX, voyant ce traitement, en furent ex

m LIV. III. ACCOUD DES ÉGLlSEs" GRECQUE ET LATiiNE AUX SIÈCLES XI!1 ET XIV.

Iraordinairement affligés , el fdvU allés liouver l'empereur Henri, ils lui linrcnl ce discours : Sire , nomi nous tommes soumis à votre empire, quoique nous soyons d'une autre nation que vous et que nous eussions un autre patriarche ; mais nous n'avons prétendu vous assujélir que }ws corps, et non pas nos ùmes. Nous sommes prêts de prendre les armes pour voire défense, si la nécessité de quelque guerre le demande ; mais nous ne pouvons pas abandonner nos cérémonies et nos coutumes. C'est pourquoi , ou délivrez-nous de ce danger qui )ious presse, ou permettez-nous , comme à des personnes libres, de nous retirer avec ceux de notre nation. Après que Henri les eut entendus parler de la sorte, ne voulant pas être privé de tant de bons citoyens, il fit ouvrir les temples malgré le légat , et mettre en liberté les prêtres et les religieux qui étaient détenus dans les prisons.

Dcïi gens préls de renoncer à leurs maisons el à leur \ilie, philôl que d'abandonner leurs cérémonies, iréi:iienl pas dans la disposition de diss-iiniiit r leur foi [lar nue lâclielé criminelle. Ainsi on né peut désirer une conviction plusévidenle de la parfaite union dos senlimenls qui était en ce lemps-ià entre les Grecs et 1<'S Latins sur le mystère de l'Eucliarisiic,

el ensuiie elle lut doiuiée parce prince au roi de Jerusak;m, afin qu'elle lui servit de retraite apics la prise de Jérusalem par Salailiii.

Il ne manqua pis de remplir inconlinenl loultî riic de prêtres et d'évéqucs latins ; el l'exlréme rigueur donl il usa contre les Grecs a donné sujet à divers auteurs Grecs d'en faire de grandes plaintes , el de représenter d'une manièie fort odieuse les cruautés qu'ils prétendaient qu'on exerçait sur les prêtres ci sur les religieux de leur nation : et même Germain, patriarche de Conslanlinople , résidant en Asie, s'en plaignit au pape Grégoire IX, en des termes capables de donner boaucouj> d'Iiorreur de cette conduite.

Les Grecs n'étaient guère plus favorables aux Latins quand ils étaient les maîtres , comme on le peut juger par le traiienient qui fut fait au légat du pape et aux autres Latins qui étaient .à ConslaMlinnplo , sous Andronic : et comme la passion des uns el des autres ne pouvait être plus violente , ni se porter à de plus grands excès que ceux où ils se porlcrentcn ce tempslà, on ne doit point douter qu'ils n'aient tâché de les justifier , en s'accusant niuluollemeul de toutes les erreurs qu'ils ont pu se reprocher avec quelque sorte d'apparence. Ou aime naturellemenl à rendre ceux

que de voir (lue tous ces Grecs, assujélis aux Laiins que l'on punit si rigoureusement les plus coupables

dans toute la Grèce, ne leur oni pas donné le nuiindre prétexte de les soupçonner de ne croire pas'la présence réelle , (pioiqu'ils lissent une profession si publique dt! leur foi.

Celle raison est d'autant plus con?idéral)le, que cet assu]étissemenl des Grecs aux Latins n'a pas été de peu de durée : il a duré près de cent soixante ans en Palestine, à A mioche et à Tripoli de Syrie ; et à Conslanlinople près de soixante; Conslantinople ayant élé prise par Baudouin el les princes croisés l'an l'iOi, et reprise sous un autre Baudouin par Michel Paléologue l'an 1261.

Penilaui tout ce temps , les plus graiulcs villes de la Grèce changèrent plusieurs lois de maîtres, selon les différents succès dos guerres continuelles qu'il y eut entre les empereurs grecs et les eir.pcrem's lalins. Les Grecs qui étaient dans les villes reprises par les Grecs furent souvent en liberté de dire toul ce qu'ils voulaient conli e les Latins , et de leur reprocher toutes les erreurs donl ils les auraient reconnus coupables : leurs écrivains n'ont pas aussi manqué de le faire. i\Iais connue les Latins n'ont jamais soupçonné les Grecs d'élre d'une autre créance qu'eux louchanl ce mystère , jamais aussi ce soupçon n'est tombé dans l'esprit d'aucun des Grecs ; et quelque animosité que la guerre el les mauvais tiailements aient produit dans l'esprit des uns el dos autres , ils ne se sont jan>ais portés à se faire aucun reproche sur ce sujet.

Ce ne fui pas seulement en Grèce où les Grecs furent traites durement jiar les Latins sur le sujet de la religion, ils furent encore traités plus rigonreusemeut en Chypre. Celle île avait élé prise par Richard, roi 'i'AngleterrCjSur l'empereur Isaac, l'an H91,

qu'on peul; et ainsi il est certain, par exemple, que si les papes el les évcijucs latins de l'île de Chypre avaient eu lieu de faire pisser les Grecs pour convaincus de riiércsie des bércngariens et dos Albigeois , ils auraient bien mieux aimé rejeter sur ces erreurs les causes de ce Irailcmeut , que non pas sur la contestation de la priîuaulé du pope el de la procession du Saint Esprit; cl le pape Gréi;oire IX n'aurait pas élé obligé , en répond;inl à Germain, de passer sous silence, comme il fait, les reproches qu'il lui avait faits de ses cruautés.

Mais il est certain que ni le pape ni les évoques la^ tins n'ont pas cru avoir le moindre sujet de leur faire ce reproche : et c'est pourquoi le même pape Grégoire IX, écrivanl à l'arclievcquo de Nicosie, en Chypre, n'accuse les Grecs sur l'Eucharistie que de ce qu'ils disaienl qu'on ne pouvait célébrer avec du vain sans levain. Et le pape Innocent IV, écrivant à l'évêque de Tivoli de ce qii'on devait exiger des Grecs, et descendanl jusqu'au détail des cérémonies, ne fait non plus aucune mention de la transsubstantiation.

On ne peut aussi raisonnablement douter qtie s'il y avait eu quelque diversité de senlimenls sur le sujet de la présence réelle el de la iianssubsianliaiion, elle n'eût servi d'un grand obstacle à ceux qui passaient d'une communion à l'autre, el qu'elle ne se fût fait paraître dans ceux qui auraient été sur le point de faire ce changement, par les diflicuités qu'ils auraient faites siu' cet article , el les éclaircissements qu'ils auraient demandés. Cependant on ne voit aucun exemple que, pour réduire les Grecs à l'union, on se. soit mis en peine de les instruire sur ces deux points, ni qu'ils aient désiré aucun éclaircissement sur ce sujet. Mailhieu Paris Tapporic eu l'année 123-4 que

PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCIIARÎSTiE. 452

seigneurs grées clanl vernis à Rome se réuni- biles, cl de toutes les antres sectes qui él'Jont en ce l avec le pape après (iii'iîs eurent été inslruiis : temps-là en grand nombre dans le patriarcal d'An-

lioclic. El coiiinie l'on ne dnii p( int douter rpie l'on

des

ren

mais celte instruction ne regardait, comme le témoigne le même anlcnr, (pic la procession dn S.-Esprit, dont ils disimicrenl Icgtemps , et sur la(pielle on les

satisfit.

On a vu même en ce siècle-là des provinces entières, et des princes considéraliles, se réunir avec l'Eglise romaine, sans qu'il ait été besoin de leur donner aucune instruction sur ces articles.

Les Bulgares , qui suivaient la foi cl les coutumes des Grecs, se remirent sous l'obéissance du p:«pe, l'an 1204, avec tous les évèqucs de ce royaume-là.

Théodore Comnéne , prince d'Épire , abjura le schi^nle l'an 1218, sous le ponlilical d'IIoîioré lil.

Daniel, duc de Mo:,covie, désirant d'obtenir du pape le liire de roi , l'romii de se soumettre avec tout son royaume à TÉglise romaine, l'an l2iG; cl il renonça en cftel au scbisme l'annéi.' d'après.

L'an I2ù0, trois provinces entières de la Grèce reconnurent le pape.

On ne voit point dans toutes ces conversions qu'il ail éié besoin d'instruire ces princes el ces peuples sur la présence réelle el la transsubstanliaiion , ni de leur demander aucune abjuration de leurs erreurs sur l'Eucbaristie.

Enfin, pour conclure celte preuve négative par quelques remarques générales, qui font voir combien il est certain que la doctrine de la présence réelle était universellement reçue par toute la terre, sans aucune oontradiclion, à l'exception de quelques liérélirjues albigeois, que quelques autours accusent de l'avoir niée, il ne faut que considérer : 1" qu'elle ne lut jamais publiée avec plus d'éi lat , puisijue ce fut en ce siècle que le pape Innocent III exprima , dans le grand concile de Lalran , tenu Tan 1215, le cliangenicîil du p lin au corps de Jésus-Cbrisi , par le terme de traussubstnnriniion, dont on se servait déjà ordinairement dans les écoles;2''que Tadoraiion de l'Eucharisiie fut , non pas éiablie , comme les calvinistes le prétendent faussement, mais parlicidièrenienl recommandée par le pape Honoré III , l'an 1219, aux évoques du j)atriarcai d'Antiocbe, dans une lettre où il ordonne aux prêtres dlnsiruire soiivent Ions les fidèles que, lorsqu'on élèvera flioslie salutaire dans la céUbratien de la messe, ils aient à sluctiner avec révérence, et qulls fassent le même lorsqu'on la portera aux malades {l).

La manière dont parle le pape fait assez voir que ce n'est point une coutume nouvelle qu'il établit, mais une pratique sainte, dont il recommande l'observation : elle suffit pour montrer que l'adoration que les Latins rendaient à lEucbariitie était la cliose du monde la plus publique dans tout l'Orient ; c'està-dire, à l'égard des Grecs, des Arméniens, des jaco-

(1) Sacerdos vcrô quilibet fréquenter doceal plebeni, ul, cinn iii cokbralione missarinn eievalur liostias:ilutaiis,<ii!ili!HH rcvercnîvr inciiii i,i<!(;u! faciciis ci.i;) iii,,ai!i 1 riia! p^o :,y!er ad iiiiinnum. IJouor., ypibl. (j52.

ne praliipiâl le même dans la Grèce el da^is Co:isiantinople, avec une entière liberlé, il est aussi impossible qu'ancnn Grrc ait pu ignorer le culte pnbbc et l'adoration qiui les Latins rondaienl à rKuchariï^lie, comme il est impossible qu'aucun calv uisie l'ignore, en voyant tout le monde se mettre à genoux à Paris devant le S. -Sacrement.

5° Ce fut encore en ce siècle q-i'Urbain IV insiiua la fêle du Saini-Sacrement, et (pie saint Thomas composa les hynnies et proses qui s'y (liant ni.

A" Il faut de plus considéier(pii' jamais la puissance des papes ne parut plus grande ipTcn Ci; teiiip/,-là, el qu'ils ireurent jamais plus de dillen iids avec les princes tcmp II els; puisqu'on n'y voit antre chose qu'excommunications d ; rois el de priuci-s , que royaumes mis en interdit, (jue princes dépouillés de leurs étals.

5" Que cette puissance ne s'exerçait pas seulement sur les princes d'Occident , m.^is aussi sur les piimes d'Orient. Car Pierre, cardinal-légat du pa|;e, mit le royaiiuu; d'Arménie, quoique nouvellement réuni avec le Sainl-Siége , en interdit, l'an 1205, sous préiextc que le roi avait usurpé les biens des templiers , qu'il prétendait s'être unis avec ses eimemis ; et Innocent III excommunia ce roi même l'an 1211.

Théodore Coinnène , ipii avait pris le litre d'empereur de Constaulinople , après s'èUe rendu mailre du royaume de Tbessalonique, fut excommunié par Grégoire IX, l'an 1229.

L'empereur Michel Paléologuc, après s'être réuni à l'Église romaine, el avoir c uilraint par toiilessor;cs de rigueurs les évêcpiiss et les religieux grec» de r<;connailre K; pape, ne laissa pas d être evconimnjié pr le |vape Martin II, l'an 1281, en fiveur de t'Iiarles, roi de Sicile, comme le témoigne Riyniddus, (pii, s'étanl comme obligé de justifier pr(;s(pie toutes les aclions des papes, devine (pi'il fallait bien qu'il eu eût donné sujet, (|uoi(iu'il n'en ail aucune preuve. Mais Allalius en parle un peu plus frnnchoimîiit ; car après avoir raj)porlé celte cxcummnnicalion de M.chcl Paléologne jiar le pape Mailiii II, il ajoute i\vi'il est étrange que Con ait imputé à cet empereur de favoriser le schisme, lui qui, pour le bien ou de son empiie ou de rÉqlise, avait fait tout ce qull avait pu par adresse, et avait pris des peines qui allaient presque au-delà de son pouvoir, pour établir celte timon des deux églises ; assemblant pour cela des synodes, invitant les ecclésiastiques par présents , les y contraignant par les supplices.

G° Il faut considérer qu'il n*y a point de temps où les Latins se soient rendus |)lus odieux aux Grecs par leur domination , par leurs insultes, par leurs cruautés.

7" On sait qu'il n'y a point de doclrinc qui fournisse plus de rei'.roclies pour animer les peuples contre ceux que l'on veut décrier, (pic celle de la transsubstantiation et de la présence réelle ; et qu'i)

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