LIV. II. CilOYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE
mitteret seclionem; cVst-à-dirc, s'il était incorniplible en loiile manière, tant intérieurement qu'extérieure, inenl. Les cliangomenls qui arrivent aux espèces étant donc pris par Zonare pour une espèce do corruption du corps de Jésus-Cîirist, il dit qu'il est corruptible au coinniencement. Mais lorsque Jésus Christ n'existe plus sous les espèces , il dit que le corps de Jésus-Christ retourne à son inrorruplibilité ; et que, par ces deux étais de corruptibilité et d'incorruptil)ilité, il représente les deux étals de sa vie mortelle et ressusciiée. Ce sont les spéculations de ce religieux. Il ne m'importe nullement qu'elles soient solides, ou qu'elles ne le soient pas. Il me suffit que sa foi et 'celle de l'église grecque qu'il représente est que le pain qu'on offre est la chair même de Jésus-Christ , qni a été anlrcfois mise à mort , et ensevelie pour nous. Panis proposilionis ipsa est itla caro Christi quœ maclala, tum et sepulcro viandata fuit. Et c'e t tout ce que l'on doit conclure de son témoignage.
S'il a entendu les paroles de sa lettre dans le sens favorable que je viens de marquer, il a cru la transsubstantiation. S'il les a entendues à la lettre, et dans le sens qu'elles offrent à l'esprit, il a encore cru la transsu.^stantialion , avec le niélaage d'une erreur dont les calvinistes ne peuvent lircr aucun avantage. Et ainsi, de quelque manière qu'on le prenne, il détruit les prétentions de M. Claude, et fournil une preuve convaincante du consentement de l'église grecque avec l'Église hiiine sur le sujet de la présence réelle el de la transsubstantiation.
CHAPITfîE XV.
Dixième preuve de la foi des Grecs sur la présence réelle et la transsubstantiation, tirée d'une confession de foi que l'on faisait faire,' au douzième siècle , aux Sarrasins qui se convertissaient à la foi chrétienne.
Il est diificile de faire la comparaison des preuves que nous avons rapportées, pour montrer le consentement des Grecs avec les Latins sur le mystère de l'Eucharistie : car, étant toutes dans un très-grand degré d'évidence, l'avantage des unes au-dessus des autres ne peut pas être fort sensible. Il semble né:inmoins que celle que nous allons employer a je ne sais quoi de particulier , qui laisse encore moins de lieu aux défaites et aux artifices des nii<.isires.
11 est sans doule que le meilleur moyen de faire voir la créance d'un siècle sur quelque article, est de montrer qu'il est contenu dans la profession de foi qu'on faisait en ce siècle-là; comme le meilleur moyen de prouver que l'Église catholique d'à-présent croit quelque point, est de le faire voir dans la profession de foi du concile de Trente, que l'on fait jurer aux hérétiques qui se convertissent.
On ne peut pas conclure à la vérité négaiivemenl que tout ce qui n'est pas contenu dans les professions de loi n'a pas été cru dans un siècle, parce qu'on n'y met pas tout, mais seulement les points les plus opposés aux erreurs de ceux qui se convertissent: mais on peut 1res bien conclure que tout ce qui se trouve
dans la profession de foi d'un siècle a été cru universellement parles fidèles de ce siècle-là.
Ces sortes d'écrits ont encore cel:j de particulier, qu'on est assuré qu'on a dessein d'y repré.'^eMler les scnlimenls généraux, publics el universels de l'Église, et non les senlinicnls parliciilicrs des auteurs : qu'on y parle précisément, exaclenient, .sans figure , sa: s métaphore ; et que l'éloquence n'y ayant point de lieu, on n'y cherche qu'à l';Hre connaître simplement el exactement la loi.
11 n'y aurait donc point de voie plus courte, plus sûre, plus décisive, pour faire connaître les senlinients do l'église grecque sur rEucliaristie au douzième siècle, ([ne de produire, si on pouvait, (|uclque profession de foi où il en fût parlé ; et si M. Claude a qucbine dé>ir de trouver la vériié, il doit souhaiter qu'il s'en rencontre quelqu'une p(/ur terminer par-!à noire différend.
Or, s'il le désire, je l'avertis que son désir est accompli. Il en reste une, et fort aullienli<|ue, (jui ne lui peut être suspecte , puisqu'elle est tirée non de la bibliothèque du Vatican , mais de celle d'un prince calviniste; el que c'est, non un catholique , mais un protestant d'Allemagne qui l'a donnée au public.
Elle porte pour lilre iiailiculier : L'ordre qui s'observe à l'égard des Sarrasins qui se convertissent à la vraie et pure foi des chrétiens. Silburge, qui la (il imprimer en 1595 , avec quelques ai:lres ouvrages, sous le titre général : Sarracenica, sive Mahunieiica, déclare, page 127, qu'il Ta tirée d'un manuscrit assez ancien de la bibliotliè(iue Palatine; et il remarque judicieusement qu'il faut qu'elle soit plus ancienne que le règne de Manuel Comnène, puisqu'on y voit encore l'anathème conire le Dieu solide de Mahomet : Prœler hœc omnia anathcmatizo Deuin Moamcdis, de quo dicit eum esse unum Deum solidum, qui nec gcnuerit, nec genitus sit, nec quempiam ei simile extilisse. Or cet anathème fut retranché des calécliismes el des professions de foi sous le règne de Manuel, par un accord fait entre cet empereur et les evêques. D'où il s'ensuit que les nouvelles professions de foi faites depuis cet empereur ne contenant plus cet anathème , celle ci, qui le contient, doit èlre plus ancienne.
Elle se trouve aussi imprimée dans la Bibliothèque des Pères, sous le nom de Nicétas Choniate, comme tirée du vingtième livre de son traité intitulé : Le trésor : ce qui ne marque nullement qu'elle soit de lui, mais seulement qu'il l'y avait insérée, comme il insère un grand nombre d'autres passages de divers auteurs.
On peut donc l'alléguer au moins pour montrer ce que l'on croyait au douzième siècle sur l'Eucharistie ; el M. Claude considérera, s'il lui plaît , si ce serait en cette manière qu'il instruirait un Turc de la créance des calvinistes.
Je suis persuadé , c'est ce que l'on ftiisait dire au Sarrasin converti, je crois , je confesse que le vain et le vin mystiquement consacrés parmi les chrétiens, et auxquels ils participent dans la célébration des saints mtjslè-
PERrETLITE DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 424
VÉRITÉ, le corps et le sang de Notre- faisant parler des gens, qu'il nous représeiUe comme
res, SONT, SELON LA
Seigneur Jésus-Christ ; étant changés par sa vertu divine d'une manière que les tjeux ne découvrent point, qui n'est connue que par l'esprit, mais qui surpasse toutes les pensées des hommes, et qui n'est comprise que de Lieu seul. Et ainsi je promets que j'y participerai avec les antres fidèles, comme étant, dans la vérité, sa chair et son sang.
M. C'auilc nous viendra-l-il dire que l'on voulait faire entendre p;ir-là à ces Sarrasins que ce pain et ce vin n'élaient point vénlal>lemenl!e corps et le sang de Jésus-Clnisl; mais que c'était seulement sa figure, remplie de sa vertu? Osera-t-il dire que ces Sarrasins entendaient ces paroles dans ce sens calviniste , que les clnéiiens grecs avaient assez peu de jugement pour s'exprimer de la sorte, et que les Sarrasins avaient assez de subtilité pour deviner ce sens bizarre dans des paroles qui le signifient si peu? Mais s'il en est réduit là, je lui conseille de se délivrer de tous ces importuns raisonnements , en soutenant tout d'un coup une bonne (ois que tous les Grecs étaient insensés en ce temps-là, et (juc tous ceux à qui Ton parlait ce langage étaient prophètes. Ce sera plus tôt l'ail, et au moins il nechoiiuera le sens commun qu'une fois par cette ridicule hypothèse, sans être obligé de se faire à chaque moment de si extrêmes violences, en
raisonnables, d'une manière si insensée.
Je crois pouvoir terminer par cette confession do foi , si authentique et si décisive , les preuves que j'avais à produire de la foi des Grecs sur l'Eucharistie dans les onzième et douzième siècles. M. Claude sera difficile à coitenlcr s'il en demande davantage : mais de quelque humeur qu'il soit , je ne puis douter que toutes les personnes judicieuses na demeurent persuadées que le consentement des Grecs avec l'Église romaine sur ce mystère y est prouvé d'une manière Jrès-claire ; que toutes choses conspirent à l'établir , et que, pour réduire en abrégé ce que nous avons étendu dans tout ce livre , on peut dire avec vérité que les paroles, les écrits, le silence et les actions des Grecs et des Latins de ces deux siècles ; la modération des uns, l'emportement des autres , leurs divisions , leurs alliances , leur commerce continuel , leur mélange , leurs séditions, leurs guerres , leurs traités , fournissent des preuves convaincantes de l'union de ces deux églises dans la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation , et que ces preuves étant très-fortes séparément ont une force invincible étant jointes ensemble , et n'étant balancées par aucune difficulté considérable.