‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 13 sur 335 · DIVISÉE EN TROIS PARTIES · texte numérisé non relu

DIVISÉE EN TROIS PARTIES

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CONTENANT UNE RÉPONSE GÉNÉRALE AUX DIFFICULTÉS CONTRE l'eucharistie, RAMASSÉES PAR CE MLMS- TRE AU MILIEU DE SON ÉCRIT.

Le traité de la Perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'Eucharistie, étant tout renfermé dans ce point particulier, que le changement que les ministres prétendent être arrivé dans la créance de ce mystère est chimérique et impossible, celui qui a entrepris de le réfuter n'a pas cru se devoir resserrer dans des bornes si étroites, et il a jugé au contraire qu'il aurait plus d'avantage de se mettre au large, en embrassant une plus grande diversité de matières. C'est dans ce dessein qu'au milieu de sa réponse il fait un abrégé des principaux passages et des principales difficultés qu'Auberiin propose contre la créance de l'Église catholique, espérant , d'une part que cet amas de difficultés serait capable d'éblouir les yeux des simples, et que, de l'autre, il étoufferait en quelque sorte la dispute particulière touchant ce changement prétendu , en obligeant ceux qui entreprendraient de répondre à son écrit de s'engager dans une infinité d'autres matières qui n'ont rien de commun avec le dessein de ce traité. Certainement il réussirait dans cette dernière fin qu'il a eue de confondre et d'embarrasser cette dispute , si l'on était obligé de l'imiter et de le suivre dans ce procédé. Car il n'y a rien de plus facile que d'amasser en quatre ou cin(| pages sur le sujet de l'Eucharistie , ou sur quelque autre mystère que ce soit, un nombre de difficultés et d'objections que l'on ne puisse bien résoudre qu'en traitant à fond toute la matière. Mais il est facile aussi de lui faire voir que cette voie qu'il prend n'est pas une voie qui puisse conduire à la vérité; mais que c'est au contraire une voie d'égarement et d'illusion , et qu'ainsi il est plus raisonnable de l'en retirer lui-même que de s'y engager après lui. Car peut- on choisir pour moyen de trouver et d'éclaircir la vérité un moyen propre à combattre et à obscurcir toute vérité? Or quel est le mystère que l'on ne puisse attaquer en la m:inière qu'il attaaue celui

de l'Eucharistie dans son écrit? Yen a-t-il aucim contre lequel on ne puisse proposer un aussi grand nombre de difficultés qu'il en propose contre ce point de h créance de l'Église catholique? Les sociniens ne ferontils pas de même sans peine de petits amas de passages difficiles ou de raisons qui ont quelque chose de surprenant contre la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption de Jésus- Christ, le péché originel, la grâce, et l'éternité des supplices de l'enfer? En vérité ils ne cèdent point en subtilité aux calvinistes, et les mystères qu'ils combattent ne souffrent pas de moindres difficultés que ceux que les calvinistes attaquent. Mais on a raison de dire aux uns et aux autres que ce procédé n'est pas raisonnable , parce qu'il est contraire aux premières lumières et aux fondements mêmes de la religion chrétienne. Si cette religion disait aux hommes qu'elle leur propose une foi exempte du toutes sortes de difficultés, que l'on ne peut rien alléguer contre ses mystères qui ait quelque sorte d'apparence, et que les preuves sur lesquelles elle établit les vérités qu'elle enseigne sont si claires qu'elles forcent l'incrédulité et la résistance de toutes sortes d'esprits, quelque préoccupés qu'ils soient, ou aurait raison de prétendre détruire ses dogmes, Cii amassant ainsi des difficultés vraisemblables coniro ce qu'elle nous voudrait faire croire. Mais elle est bien éloignée de leur tenir ce langage. Non seulement elle ne leur dit pas que les vérités qu'elle enseigne ne peuvent être combattues par aucunes raisons apparentes, mais elle leur dit qu'il est nécessaire qu'elles le soient, et que c'est une suite infaillible du dessein que Dieu a eu en se découvrant aux hommes par la véritable religion. Car il est impossible qu'on fasse réflexion sur la conduite que Dieu a tenue dans l'Ancien et dans le Nouveau-Testament, et sur la manière dont il a voulu parler aux hommes par les prophètes qui ont annoncé son Fils; par son Fils même qui est venu dans la plénitude des temps accomplir les prophéties ; et par les apôtres qui nous ont annoncé ce qu'ils avaient appris de ce Fils unique ; il est impossible, dis-je, qu'on fasf;e réflexion sur toutes ces choses, qu'on n'y reconnaisse clairement

RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE

que Dieu n'a point voulu que les vcrilés de la foi voulu exercer que sa bonté sur ses élus ; mais il a fussent proposées aux hommes avec tasii d'évidence voulu en même temps exercer sa scvcrilé sur les méqu'il n'y restât un grand nombre de nu ges propres à aveugler les esprits superbes, à servir de pièges aux esprits impurs, et à humilier sous ces ténèbres salutaires ceux mèii.es qui le cherchent sincèrement.

N'élaii-il pas facile à Dieu de faire marquer si clairement par les proplièies ce Rédempteur attendu par tout un peuple, qu'd fût impossible de le méconnaître? Pourquoi ne leur a-t-il pas fait écrire le jour et l'heure de sa naissance et toute la suite de ses actions en des termes si précis et si intelligibles, qu'on

chants. S'il veut découvrir aux uns ses mystères par miséricorde, il veut les cacher aux autres par justice. Et conime sa justice ne fait pas moins partie de sa providence que sa miséricorde, on peut dire que les ténèbres qui couvrent les mystères sont autant dans l'ordre de Dieu que les lumières qui les découvrent, et qu'ainsi l'on a dû voir partout des marques de ce double dessein de Dieu de se couvrir aux uns, el de se faire connaître aux autres.

Celte nuée, qui sépara les enfants d'israc! des Égyp-

ne pût pas s'y tromper? Pourquoi a-t-il voulu que le ije{,s qui les poursuivaient, n'aurait pas été propre

règne de sou fils, tout intérieur et tout invisible, fût p^up ja fin à laquelle Dieu la destinait, si elle eûl éié

caclié sous le voile de la promesse d'un règne cxté- toute lumineuse. Il fallait qu'elle fût aussi en partie

rieur et visible ; que ces ennemis spirituels qu'il de- fénébreusc (1), pour obscurcir le camp des Égyptiens,

vait assujétir fussent représentés par des ennemis 3,1 même temps qu'elle éclairait celui des Israélites,

temporels, el que les promesses des biens du ciel Ainsi les vérités de la foi, dont elle était la figure, ne

qu'il devait donner fussent couver'.es sous celles des biens de la terre qu'il n'a point donnés ? Pourquoi a-t-il voulu que la plupart des proi)héties pussent recevoir un double sens, et s'appliquer litléralemeut ou à David, ou à Salomon, ou à quelque autre personne différente du Messie? Pourquoi la Trinité, l'immortalité de l'âme, la béatitude éternelle, sontelles si cachées, et, pour le dire ainsi, si ensevelies dans les livres de l'Ancien-Testament, qui sont reçus da)is le canon des Juifs? Pourquoi Jésus-Christ, ayant présentes toutes les hérésies (jui devaient arriver dans son Église, ne les a-t-il pas éioufl'ées par avance par des décisions formelles? Pourquoi n'a-l-il pas évité tant d'expressions dont il prévoyait que les hérétiques devaient abuser? Pourquoi n a-t-il pas fait connaître sa divinité en des termes si clairs et si précis, qu'il fût impossible de les éluder? Pourquoi ne s'est il fait voir après sa résurrection qu'à un petit nombre de témoins, non omni populo, scd leslibus prœordinatis à Deo ? Pourquoi les apôtres ont-ils si peu recueilli de ses divines paroles et de ses actions, qui étaient suffisantes de remplir une infinité de livres, comme saint Jean nous en assure ? Pourquoi a t-il permis cette contrariété apparente entre ses évangélistes? Pourquoi les apôtres ont-ils parlé si obscurément de plusieurs points? Pounp.ioi n'ont-ils pas prévenu, par des décisions précises, tant de ques-

seraient pas assez proportionnées aux conseils de Dieu sur les hommes el à l'état où il veut qu'ils soient dans cette vie pour hunûlier leur esprit, si l'on y voyait une lumière toute pure, sans mélange de ténèbres et d'obscurités. Il faut reconnaître , dit Origène, que l'csprii de Dieu qni a parlé par les prophètes , et la parole de Jésus-Christ qui était dans les apôlres, ont eu pour but de cacher el de ne découvrir pas clairement la doctrine de la vérité. Et celle obscurité, dit S. Basile, dont l'Écriture couvre l'iiilelligence de ses dogmes , est une espèce de silence que Dieu a voulu encore garder lors même qu'il nous parle par son Écriture. Tant s'en faut donc qu'on doive s'étonner que l'on puis-e former des diflicullés considérables contre les vérités que l'Église nous propose, qu'on doit supposer au contraire qu'il est nécessaire que l'on m puisse former. De sorte qu'au lieu d'être des marques de fausseté qui nous obligent de rejeter ces vérités, on peut dire, au contraire, qu'elles sont une partie des marques qui nous doivent porter à les reconnaître.

C'est pourquoi l'examen des matières de la foi ne doit pas s'arrêter aux seules difficultés qui y paraissent contraires, ni prétendre même les éclaircir toutes. C'est une voie trop longue , Irop pénible, et souvent même impossible ; mais elle doit consister uniquement à reconnaître ce qui doit passer pour diincullé, et ce lions importantes sur lesquelles ils devaient assez qui doit passer pour lumière. L'unique différence qui

prévoir qu'il s'exciterail des troubles après leur mort ? Que ne nous laissaient ils un symbole de notre foi aussi clair sur la Trinité el sur rincarr.ation, qu'est celui que l'on appelle de saint Athanase? Que de millions d'hommes auraient été retenus dans le sein de l'Église, si Dieu eût voulu décider les articles de la foi aussi clairement par l'Écriture qu'ils l'ont éié Jepuis par les conciles !

Toutes ces choses étaient très faciles à Dieu. I! a pu prévenir tous ces maux el étouffer tous nos doutes; mais il ne l'a pas voulu, parce (pie la 'iiauleur infinie de ses pensées est bien éloignée de la bassesse d(9 nôtres. Il eût peui-êlre agi de la sorte s'il n'eût

se rencontre entre ceux qui suivent l'erreur el ceux qui défendent la foi , consistant en ce que les uns et les autres étant frappés par les mêmes raisons tant apparentes que véritables, les uns forment leur créance sur les raisons véritables , et considèrent celles qui y sont contraires comme des difficultés ; et les autres , au contraire, forment leur créance sur les difiicullés el sur les ténèbres des mystères, et transforment les lumières solides en difficultés el en objections.

Ainsi on n'a presque besoin que d'un changement pour trouver dans le livre d'Auberlin un excclîeni

(1) Tcnebrosa et illuminans noctcm.

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