‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 157 sur 335 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Réponse aux objections de M. Claude à l'égard de et

dernier temps.

Il est difficile qu'il se trouve des personnes assez déraisonnables pour mettre en comparaison avec ces preuves convaincantes celles que M. Claude allègue au contraire, qui se rédui-ent à deux à l'égard de ce dernier temps que nous examinons maintenant.

La première preuveest que Lazicius, polonais, assure que les Arméniens ne croient point la transsubstantiation. M. Claude, de plus, voudrait bien faire croire, qu'ils rejettent aussi la présence réelle, et qu'ils n'ad-

r>?9 PERPÉTUITÉ DE LA FOI

de venir offrir de Tenccns au S.-Sacrement dans la cliapelie des catholiques.

Jl ne servirait de rien de dire que ces respects ne marquent pas précisément radoralion ni la présence de Jcsus-Cin-ist dans le S. -Sacrement, puisqu'on encense ïi.cn le livre de l'Évangile et les prêtres : car encore que cela soit vrai en général, il est certain néanmoins que des personnes qui ne croiraient pas que Jésus- Chi jst fût présent dans le S. -Sacrement, sachant que les catholiques l'y adorent, ne pourraient regarder qu'avec horreur le pain consacré par les calholiiues. Enfin, pour ôter toute sorte de doute sur ce sujet, j'ai eu soin de faire consulter des évéques d'Arménie. Il y en a maintenant un à Rome, nommé monseigneur llacciadour, qui a embrassé l'union avec l'Église romaine. On l'a prié de déclarer, non son propre sentiment, mais celui de sa nation et de tons les Arméjiiens, tant catholiques que schismatiques ; et voici l'attestation qu'il en a envoyée scellée de son sceau. < Nous avons appris que quelques-uns disent que tous les chrétiens d'Orient, excepté les catholiques romains, ne croient pas que le S.-Sacrement de l'Eucharistie sou le vrai corps de Jésus-Christ, et nous nous étonnons de la folie et de la hardiesse de ces gens qui osent ainsi dire ce qu'ils ignorent. Car tous les chrétiens d'Orient croient d'mie foi ferme et iné- Lrnnlable que dans le sacrifice de la messe le pain est vraiment changé au corps de Nolre-S rigueur Jésiis- Clirisl, et le vin en son sang. Ils n'ont jamais eu aucun doute sur ce point : ils ne scini jamais tombés dans celte infidélité, où nous avons ouï dire que sont engagées des personnes qui ne sont chrétiennes que de nom. Et c'est pourquoi nous certifions qu(i nous Arméniens avons reçu de nos anciens patriarches, depuis le temps du concile de Nicée jusqu'à présent, cet article de foi ; et nous avons dans notre Liturgie, outre les paroles de la consécration, celles-ci : Père toutpuissant, envoyez votre S.-Esprit, cl par la coopération du même S.-Espril changez ce pain au corps, et ce VIN AU SANG de Jésus-Chuist Notre -Seigneur, notre Dieu, et notre Sauveur. Voilà ce que nous croyons. Nous n'avons point d'autre doctrine que celle de l'Église romaine sur ce sujet, et nous n'en sommes différents qu'en quelques cérémonies. »

Hacciadour, patriarche des Arméniens.

Basile, docteur arménien.

J'ai écrit ceci de ma propre main.

Il y a un autre évéque d'Arménie en Hollande, qui y fait imprimer des livres à l'usage de l'église arménienne pour son patriarche, qui est encore schismalique. Des personnes illustres, qui savaient que l'on avait dessein de Iravailier sur celte matière, lui den)andcrent de même uiie attestation de la foi des Arméniens, tant catholiques que schismatiques, sur le mystère de l'Eucharistie ; et il la donna eu ces termes, tant en arménien qu'en latin :

c Les chrétiens arméniens, tant ceux qui sont joints de communion avec l'îlglise latine que ceux qui en synt àéjoarés, croient que te corps et te sang de Jésus-

Christ sont véritablement reçus par ceux qui communient sons les espèces du pain et du vin, et que la substance du pain et du vin est changée par la consécration du prêtre au corps et au sang de Jésus-Christ; en sorte qu'après la consécration ce n'est plus du pain et du vin, mais le corps et le sang de Jésus Christ sons les espèces ou les signes du pain et du vin. Je certifie que c'esl-là la créance générale de tous les Arméniens. C'est ce que j'atteste, i

Moi Uscanus, évêque arménien , le \^ oct. 1666, à Amsterdam.

Je certifie le même, moi Carabicd- Vanlabied, prêtre.

Je certifie le même, moi Jean Léon, diacre.

Il paraît par la signature d'un extrait des Liturgies que cet évêque a donné, qu'il est évêque de Saint- Serge dans la grande Arménie, qui s'appelle vulgairement Usci. il est né, comme il le dit lui-même, à Ispahan, capitale de Perse, quoique sa famille soit d'une autre ville nommée Erevan. 11 s'appelle Uscanus Vardapet, et il est nonce du patriarche d'Égniacimdans l'Emope. 11 fait présentement imprimer dans Amsterdam les livres ecclésiastiques pour l'usage des églises de son pays. Il n'est pas difiicile à M. Claude de s'en informer.

Cette attestation m'ayant été envoyée, je crus devoir Ciicore consulter le même évêque sur d'autres points : el, pour prévenir toute sorte de chicane, j'exprimai la foi des caiholi(]ues sur le mystère de l'Eucharistie el la condamnation de l'hérésie des calvinistes do la manière la plus précise qu'il me fui possible, comme on le verra par les questions proposées, en le priant de mettre sur chaque question le sentiment de l'église d'Arménie.

Il satisfit à toutes ces questions, ainsi que l'on verra à la fin de ce volume. Et pour celles qui regardent l'Eucharistie, voici de quelle sorte il y répondit.

La prii^mière question était conçue en ces termes :

« L'on demande si ce n'est pas là la foi, le sentiment, la doctrine dont les chrétiens arméniens font profession :

« Que le corps et le sang de Jésus-Christ sont, après la consécration, véritablement, réellement et substantiellement présents, d'une manière invisible et incompréhensible, mais qui est néamnoins et véritable et réelle, sous les espèces du pain et du vin.

f Réponse. C'est lem- foi ; c'est leur senliment ; c'est la doctrine dont ils font profession.

« II. Question. On demande s'ils ne croient pas que, par les paroles de la consécration, le pain et le vin sont véritablement et substantiellement convertis, changés, iranssubstanliés au corps et au sang de Jésus-Christ; en sorte qu'après la consécration les substances du pain et du vin ne demeurent plus dans le sacrement ; mais que le corps et le sang de Jésus- Christ sont substitués en leur place par la vertu et l'opération divine, quoique les sens extérieurs n'aperçoivent rien de ce changement intérieur.

t Réponse. C'est leur foi ; c'est leur sentiment ; c'est la doctrine dont ils font profession.

80! LÎV. y. CPxÉANCE DES ORIENTAUX

< ni. Question. On demande s'ils ne croient pas que le corps de Jésus-Christ doit être adoré dans 1 Eucl!ari>lie du culte de latrie, tant intérieur qu'exléri ur.

< liéponse. C'est leur foi ; c'est leur sentiment; c'est la doririne dont ils font profession.

« IV. Otîi's noN, Oii domandi' s'ils ne croient pas que !'( bl;"ti «i de rEucliarislie est le vrai et proprement dit sacrifice de la loi nouvelle, et qu'il est propitiatoire pour Ks vivants et |)Our les morts.

€ Réponse. C'e^t leur foi ; c'est leur sentiment; c'est Ja doctrine dont ils lont profession.

< V. Question. On demande s'ils ne condamnent pas comme mie hérésie l'opinion de ceux qui enseignent que le curps de Jésus-Christ n'est pas vérilableinent, rëellemrnt et substantiel emenl |>résent dans l'Eucharlstie; mais qu'il n'y est présent qu'en signe et en symbole, o;i par la foi, ou par une cerlaiiie communication d'une vertu qui découle moralement du corps de Jésus - Christ, et qui donne certaines grâces à ceux qui reçoivent l'Eucharistie.

i Béyonse. Ils la condamnent.

«\1. Question On demande s'ils nexondamnenl pas comme une liérésie l'opinion de ceux qui enseignent que le pain n'est point réellement changé, mais qu'il demeure dans l'Eucharistie avec le corps de Jésus- Christ.

« Réponse. Ils la condamnent.

I VU. Question. On deinand s'ilsne condamneni pas comme une hérésie l'opinion de ceux qui enseignent qti'on ne doit pas adorer le corps de Jésus-Christ dans l'Eîich irislie.

i Réponse. Ils la condamnent.

€ VIII. Question. On domaiide s'ils ne condamnent pas comme une hérésie l'opinion de ceux qui enseigneiil qu'il n'y a point dans l'Église de sacrilice véritable et proprement dit.

t Réponse, lis la condamnent. >

Le même évè<iue arménien eu étant prié par les inêm(>s persounos , leur donna de pins un exirait de la Liturgie arménienne , qu'on verra à la fin de ce volume. Il suffit de rapporter ici que l'on y lit en termes exprès celle prière :

Nous vous adorons, nous vous prions , nous vous demandons, à Dieu plein de boulé , d\'nvoijer sur nous et sur les dons proposes l'Esprit saint, éternel comme vous, et de même essence que vous, par lequel ce pain sacré

A été fait le corps de NorUE-SEIGNEUR, ET CE CALICE SACKÉ A ÉTÉ FAIT VÉRITABLEMENT LE SANG de Noire-

Seigneur Jésus-Christ. Amen.

II remarque seulement qu'il y a diverses manières de lire cet article dans leur Liturgie , les uns disant : Que panis is'e benedictus corpus verc (ncluin est Domini noslri J esu Cliristi , et cnlix iste benedictus factus fuit sanguis verè Domini noslri Jesu Christi, qui est ce que j'ai traduit.

Les autres lisint : Quo panis et vintim benedicta facta verè corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi. Amen.

Et les autres : Quo panem istum benedicens, eorpu» faciès Domini noslri; et caticem i-^tum benedicens, verè faciès sanguinem Domini noslri Jesu Christi.

Cette diversité d'expressions, dans lesquelles on voit que TeiTel de la consécration e.st taniôt marqué comme fait après les paroles de la consécration, cl tantôt comme n'étant pas encore fait, vient apparemment de la diversilé d'opinions qu'il y a sur ce point entre les Grecs et les Lalins ; les uns paraissant con* formes à l'opinion de l'E-lise latine qui attribue la consécration aux seules paroles de Jésus-Christ; et l'autre à celle des Grecs qui l'attribuent conjointement et aux paroles et aux prières ipie l'on fait après : et elles donnent peut être lieu de joindre ensemble ces deux opinions, comme n'élant pas contraires lorsqu'elles sont bien eniendues. Car il est vrai d'une part que ce sont les seules paroles de Jésus Christ qui produisent l'effet de la consécration par manière de cause opérante, comme l'Église latine le croit; et il est vrai de l'autre que Jésus- Christ accorde cet effet aux prières de i'Égli.se, el qu'ainsi elles y coopérenl comme une cause impétrante. Ces prières sont formellement exprimées par ies Grecs, par les Latins, el par toutes les autres églises, avec celte seule diflereiice que les nues, co.iime les Latins, les placenl plus naturellement avant la consécratifui. Mais (pioique dans la Liiurgie grecque et dans quelques autres elles soient après la consécraiion, cela néaimioiiis n'en change pas le ^ens, comme le P. Goar, savant dominicain , l'a judicieusement remarqué. ( ar il faut sujiposer que ces vœux et ces désirs intérieurs de l'Église, auxquels Jé>us Christ accorde l'cflet de la con-éeralion, précèdent réellement l'accomplissement du mysîère , quoique la nécessité de l.i parole humaine, qui est successive et qui ne peut exprimer eu un instant ce qui esi conçu en un insiant, oblige de séparer l'expression de ces prières des paroles mêmes de Jésus-Clirisl. Et cela fait voir que soit que l'on dise fdclum est, soit que l'on dise faciès, soit que les prières précèdent la consécration, soit qu'elles la suiveni, toul cela revient toujours au même sens, l'Église n'ayant dessein que d'y exprimer les prières intérieures de tout le corps de l'Église, aux(iuelles, selon S. Augustin. Jésus Christ accorde tous les effets des saciemenls, et par coiisé(iuenl celui de la consécration.

Page 1