‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 156 sur 335 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Examen de la créance des Arméniens depuis le concile

de Florence jusqu'à notre temps.

Quoique les Arméniens, comme nous avons vu, aient été souvent unis avec l'Église romaine, il est certain néanmoins que celle union n'était pas entière, et qu'il restait toujours dans celle nation une inclination au schisme : qu'il y en avait toujours plusieurs qui demeuraient dans leurs anciennes erreurs, qui, devenant souvent les plus forts, précipitaient dans le schisme le coips de la n.ilion. Mais on ne laisse pas de distinguer aisément les opinions qu'ils embrassaient par nécessité lorsqu'ils se voulaient unir avec l'Église romaine, el qu'ils quittaient ensuite lorsqu'ils renouvelaient leur schisme , de celles dans lesquelles ils ont toujours constamment persévéré , el qui n'ont jamais fait partie de leurs différends avec l'Église romaine.

Car les opinions auxquelles ils ont été également attachés el dans le schisme, et dans l'union , doivent élre mises au rang de leurs dogmes fixes et perpétuels : ce que l'on ne peut pas dire des opinions que l'on ne remarque en eux que lorsqu'ils ont été unis avec l'Église.

La doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation est absolument du premier genre ; cai elle paraît également dans les Arméniens catholique* et schismaliques : de sorte qu'elle n'a jamais appoilé aucun obstacle à la réunion.

La première preuve que nous en pouvons rapporter à l'égard de ce dernier temps , que nous examinons maintenant , est ce qui se passa sur leur sujet dans le concile de Florence, l'an 14.39.

Le pape Eugène avait eu soin de les y faire appeler. Et en effet le patriarche des Arméniens, nommé Versagabat, y envoya deux évêques pour tenir sa [)laoe dans le synode, et accepter l'iuiion. Us arrivèrent à Florence après la coi'.clusion de l'accord fait avec les Grecs, peu de temps avant le départ de l'empereur de Constanlinoplc et des évêques grecs.

On examina avec eux les points sur lesquels ils étaient en différend avec l'Église romaine; et ayant été persuadés de la vérité de sa doctrine , ils reçurent solennellement tout ce qu'elle enseignait touchant la foi, qui leur fut amplement déclarée dans Tinstruction que le pape Eugène leur donna , laquelle ils reçurent, et approuvèrent dans une session publique le 4 décembre de celte année-là.

Or, encore que, dans celle instruction, les points controversés avec les Arméniens ne soient pas expressément distingués, il paraît néanmoins clairement quels sont les articles qui n'étaient pas reçus universellement par eux. Car on leur fait recevoir les conciles qui les ont définis; on s'y arrête, on les établit, on les prouve, on les explique ; au lieu que l'on passe légèrement sur les articles non controversés.

Ainsi on leur ftfit expressément recevoir le Symbole du concile de Constanlinoplc avec l'addition du mot F'ilioque.

On leur fait nîcevoir la définition du concile de Calcédoine sur les deux natures.

La définition du sixième concile sur les deux volontés de Jésus-Christ. Et p;irce qu'ils avaient aussi quelques erreurs sur le baptême, que quelques Arméniens réitéraient; sur le sacrement de Confirmation, qu'ils faisaient administrer par des prêtres ; sur la matière de l'Eucharistie, en ne mêlant point d'eau dans le calice ; le pape leur donna des instructions abrégé(.'S sur tous les sacrements, où l'on voit dans ce qui est dit de l'Eucharistie qu'il s'étend beaucoup pour montrer qu'il faut mêler de l'eau dans le calice : qu'il explique les raisons mystérieuses de ce mélange; qu'il oblige les Arméniens de l'observer par un décret ex-, près. Nous ordonnons, dit-il, que les Arméniens se conformeront avec tous les autres chrétiens, et que leurs prêtres mêleront dans le vin un peu d'eau dans l'oblation du calice.

Mais pour les dogmes de la transsubstantiation et de la présence réelle, qu'il aurait sans doute établis et expliqués avec encore plus de soin s'il avait cru que •es Arméniens en eussent douté, il se contente de les marquer en passant, et plutôt pour satisfaire à l'ordre qu'il s'était proposé de donner une insiruciion abrégée

sur tous les sacrcinenls, que dans la vue qu'il fùl nécessaire d'iiislniire les Arméniens sur ces points.

La forme de ce sacrement, dil-il , consiste dans les paroles du Sauveur par lesqnetlrs il a accompli ce sacrement. Le prêtre, parlant en la personne de Jésus- Christ, l'opère : car, par la vertu de ce^ paroles, la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ, et la substance du vin en son sang : de sorte que Jésus- Christ tout entier est contenu sous l'espèce du pain et sous Pesj.cce du vin, et qu'il est tout entier sous chaque partie, soit de l'hostie consacrée, soit du vin consacré.

Ce n'est pas de celte manière que l'on propose des points capitaux qui sont coiilostés. Ou no les met point à la qnene d'un autre article ; on ne les passe pas si légèrement ; on s'y arrête, on les établit, on les forlilie.

Les Arméniens reçurent ce décret de même manière qu'il leur avait été proposé. Ils firent en plein synode le dénombrement des articles qu'ils recevaient : et comme il n'était point question de la transsubstantiation, ils ne l'exprimèrent que généralement, en disant qu'ils recevaient la formule sur les sept sacrements , qui contenait leur matière, leur forme, leur ministre. Mais parce que le mélange de l'eau avec le vin faisait un des points du diflérend, ils l'expriment aussi particulièrement, en disant qu'il était porté par l'insiruction qu'ils recevaient que, dans le sacrifice de l'autel, il fallait mettre un peu d'eau avec le vin dans le calice (lue l'on offrait : In sacrificio altnris diim sacrificiuni offertur, v:no paululiim aquœ admiscere débet.

On ne sait pas bien combien cette union des Arméniens avec l'Église romaine continua, ni si elle fut même reçue par les évêques de l'Arménie : mais ce qui est certain, c'est que la transsubstantiation et la présence réelle qu'ils y approuvèrent n'ont donné aucun sujet à leur désunion, puisque les Arméniens scliismaliques ont toujours persévéré constamment dans la profession de cette doctrine.

On n'en peut pas désirer un témoignage moins suspect que celui que Crusius nous fournit dans une Il tire de Gerlac, qu'il rapporte dans sa Germano- Graecie, page 227.

Ce Gerlac était, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, un luthérien, aun)ônier de l'ambassadeur de l'empereur à Constantinople, fort curieux de s'informer de l'état des religions d'Orient, qui écrivait ensuite tout ce qu'il en apprenait à Crusius, professeur en l'Académie de Tubinge des langues grecque et latine. 11 décrit donc dans cette lettre une conférence qu'il eut avec le patriarche des Arméniens en ces termes:

Le dernier jour de mai, auquel on célébr(nt la fête de {'Ascension, ^assistai dans l'église de S.-Ceorges à Conslantinople, que l'on appelait autrefois le monastère de Studes, à la messe des Arméniens. Ils prononcent tout d'un ton fort haut, mais en une langue qui nest pas également intelligible à tous les Arméniens. Ils ont de même toute la Bible traduite en une langue qui n'est entendue que par les doctes. ISéanmoins l'oraison Dominicale, le

Symbole, le Décalogue , les paroles du baptême et de h cène sont entendus de tout le monde. Us ont un extrême respect pour le livre de l'Évangile , aussi bien que les Grecs ; et ils ne manquent jamais de le baiser, soit en le recevant, soit en le quittant. Ils relèvent dans la messe peu à peu, et avec beaucoup de respect au son des cloches, comme ils font ensuite le calice et le pain consacré. Pendant l'élévation le peuple frappe sa poitrine , fait te signe de la croix et baise trois fois la terre , qui est une action d'humilité dont le patriarche même ne s'exempte pas; et ils font la même chose trois ou quatre fois durant la messe. Après l'élévation ils se donnent l'un à l'autre le baiser; et pour nous ils nous baisèrent les mains. Ils chantèrent divers cantiques en Chonneur de l'Ascension.

Il dit que le patriarche le mena après la messe dans sa maison, et que, les ayant civilement traités, il prit la liberté de l'inlerrogcr sur les principaux articles de notre religion. Et sur l'article de la cène voici de quelle sorte il exprime le sentiment des Arméniens : In cœnâ Domini venim et substanliale corpus et sanguinem Domini adesse dicunt ; sed videntur Iranssubstantialioncm probare. C'est-à-dire : Ils disent que le vrai corps du Seigneur est présent dans la cène en sa propre substance; mais, ce qui m'en déplaît {cav c'est le sens de ce sed), il parait qu'ils admettent la transsubstantiation.

M. Oléarius, aussi luthérien de religion, déclare de même positivement, dans la lettre que j'ai déjà rapportée, que les Arméniens croient la transsubstantiation, et qu'il l'a appris de leur patriarche même à Scamachie, ville de Médie : Qubd Armeni eliani credunt transsubstantiationcm cognovi ex patriarchâ qui nos invisebat Scamachiœ in Media ; et quia hœ naliones credunt transsubslanlialionem, hoc estf transmutationempaniset vini, dubium non est quinveram prœsenliam credanl .

Qu'on lise loules les relations de ceux qui s'emploient dans l'Orient à la conversion des schismati(]ues, et l'on verra (pie lorsqu'ils confèrent avec les Arméniens, jamais l'Euchaiistie n'est le sujet de leur dispute, ni le prétexte que les Arméniens allèguenl do leur division; ei que l'on n'est point obligé de leo, porter à condamner Rérenger et Calvin, mais Dioscore, Barsumas, Jac(pies et les autres culychiens.

Aussi ils sont si éloignés d'être en différend avec les catholiques sur la créance de la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie, que, quoiqu'ils soient niélés avec eux dans la Terre Saijilc, non seulement dans une même ville, mai» aussi dans une même église , celle du S. -Sépulcre étant conunune à toutes les sociétés chrétiennes de l'Orient, bien loii» d'être scandalisés des respects que les catholiques rendent au S. -Sacrement, ou de considérer ce culte comme imc idolâtrie, ih rendent eux-mênies le même culte, non seulement au S.- Sacrement qui est consacré par leurs prêtres , mais même à celui qui est consacré par les catholiques romains ; ceux qui ont écrit des relations de la Terre- Sainte remarquent expressément que les religieux Arméniens qui sont au S. -Sépulcre ne manquent jamais tous les jours, à l'heure de compile et à minuit

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de venir offrir de rencens au S.-Sacremenl dans la cliapelle des calholiqucs.

II ne servirait de rien de dire que ces respecis ne marquent pas précisénienl i'adoralion ni la présence de Jésus-Cln-ist dans le S.-Sacromeni, puisqu'on encense li.cn le livre de TÉvangile et les prêtres : car encore que cela soit vrai en général, il est certain néanmoins que des personnes qui ne croiraient pas que Jésus- Chi Jst fût présent dans le S. -Sacrement, sachant que les callioliques l'y adorent, ne pourraient regarder qu'avec horreur le pain consacré par les catlioliiues.

Enfin, pour ôter toute sorte de doute sur ce sujet, j'ai eu soin de faire consulter des évêques d'Arménie. Il y en a maintenant un à Rome, nommé monseigneur llacciadour, qui a embrassé l'union avec l'Église romaine. On l'a prié de déclarer, non son propre sentiment, mais celui de sa nation et de tous les Arméniens, tant catholiques que schismatiqiics; et voici l'altestaiion qu'il en a envoyée scellée de son sceau.

« Nous avons appris que quelques-uns disent que tous les chrétiens d'Orient, excepté les caihtdiques romains, ne croient pas que le S. -Sacrement de TEucharistie soit le vrai corps de Jésus-Christ, et nous nous étonnons de la folie et de la hardiesse de ces gens qui osent ainsi dire ce qu'ils ignorent. Car tous les chrétiens d'Orient croient d'une foi ferme et inébranlable que dans le sacrifice de la messe le pain est vraiment changé au corps de Notre-Srigncur Jésus- Clirist, et le vin en son sang. Ils n'ont jamais eu aucun doute sur ce point : ils ne sdul jamais tombés dans celte infidélité, où nous avons ouï dire que sont engagées des personnes qui ne sont chrétiennes que de nom. Et c'est pourquoi nous cerlifiijns qm nous Arméniens avons reçu de nos anciens pairiaiches, depuis le temps du concile de Nicée jusqu'à présent, cet article de foi ; et nous avons dans notre Liturgie, outre les paroles de la consécration, celles-ci : Père toutpuissant, envoyez votre S. -Esprit, et par la coopération du même S.-Esprit changez ce pain au corps, et ce \iN AU SANG DE Jésus-Chuist Notrc-Seigneur, notre Dieu, et notre Sauveur. Voilà ce que nous croyons. Nous n'avons point d'autre doctrine que celle de TÉglise romaine sur ce sujet, et nous n'en sommes diflerents qu'en quelques cérémonies. »

ïIacciadour, patriarche des Arméniens.

Basile, docteur arménien.

J'ai écrit ceci de ma propre main.

Il y a un autre évéque d'Arménie en Hollande, qui y fait imprimer des livres à l'usage de l'église arménienne pour son patriarche, qui est encore schismalique. Des personnes illustres, qui savaient que Ton avait dessein de travailler sur cette matière, lui demandèrent de même une attestation de la foi des Arméniens, tant catholiques que schismatiques, sur le mystère de l'Eucharistie ; et il la donna en ces termes, tant en arménien qu'en latin :

«Les chrétiens arméniens, tant ceux qui sont joints de comnmnion avec l'Église latine que ceux qui en Sont séparés, croient que le corps et le sang de Jésus-

Christ sofit véritablement reçus par ceux qui communient sous les espèces du pain et du vin, et que la substance du pain et du vin est changée par la consécration du prêtre au corps et au sang de Jésns-Christ; en sorte qu'après la consécration ce n'est plus du pain et du vin, mais le corps et le sang de Jésus Christ sons les espèces ou les signes du pain et du vin. Je certifie que c'est-là la créance générale de tous les Arméniens. C'est ce que j'atteste. >

Moi Uscanus, évêque arménien , le M ocl. IGG6, à Amsterdam.

Je certifie le même, moi Carabied- Vaiitabied, prêtre.

Je certifie le même, moi Jean Léon, diacre.

11 parait par la signature d'un extrait des Liturgies que cet évêque a donné, qu'il est évéque de Saint- Serge dans la grande Arménie, qui s'appelle vulgairement Usci. Il est né, comme il le dit lui-même, à a Ispahan, capitale de Perse, quoique sa famille soit ! d'une autre ville nommée Erevan. 11 s'appelle Uscanus Vardapct, et il est nonce du patriarche d'Égniacimdans l'Europe. 11 fait présentement imprimer dans Amsterdam les livres ecc'ésiasliijuos pour l'usage des églises de son pays. Il n'est pas difilcile à M. Claude de s'en informer.

Cette attestation m'ayanl été envoyé)^, je crus devoir encore consulter le même évêque sur d';iulres points : el, pour prévenir toute sorte de cliicane, j'exprimai la foi des catholi(pies sur le mystère de l'Eucharistie et la condamnation de l'hérésie des calvinistes de la manière la plus précise qu'il me fut pos- j sible, comme on le verra par les questions proposées, en le priant de mettre sur chaque question le sentiment de l'église d'Arménie.

Il satisfit à toutes ces questions, ainsi que l'on verra à la fin de ce volume. Et pour celles qui regardent l'Eucharistie, voici de quelle sorte il y répondit.

La prijmière question était conçue en ces termes :

€ L'on demande si ce n'est (as là la foi, le sentiment, la doctrine dont les chrétiens arméniens font profession :

« Que le corps et le sang de Jésus-Christ sont, après la consécration, véritablement, réellement et substantiellement présents, d'une ma:iière invisible et incompréhensible, mais qui est néanmoins et véritable et réelle, sous les espèces du pain et du vin.

« Réponse. C'est leur foi ; c'est leur sentiment ; c'est la doctrine dont ils font profession.

« II. Question. On deniandes'ils ne croient pas que, par les paroles de la consécration, le pain et le vin sont véritablement et substantiellement convertis, changés, transsubstanliésau corps et au sang de Jésus-Christ; en sorte qu'après la consécration les substances du pain et du vin ne demeurent plus dans le sacrement ; mais que le corps et le sang de Jésus- Christ sont substitués en leur place par la vertu et l'opération divine, quoique les sens extérieurs n'aperçoivent rien de ce changement intérieur.

i Réponse. C'est leur foi ; c'est leur sentiment ; c'est la doctrine dont ils font profession.

< ni. Question. On dt^niaiidc s'ils ne croient pas que le corps de Jésus-CInist doit être adoré dans I F.ucliari.-lle du culte de latrie, tant intérieur qu'exléri «r.

i liéponse. C'est leur foi ; c'est leur sentinnent; c'est la doi iiine dont ils font profession.

< IV. OiJî'sriox. Oiidoniandc s'ils ne croient pas que Ti blitti «i de rEucliarislie est le vrai et proprenient dit sacrifice de la loi nouvcllp, et qu'il est propitiatoire pour K'S vivants et pour les morts.

€ Réponse. C'cs-t leur foi ; c'est leur sentiment; c'est la doctrine dont ils 'ont profession.

< V. Question. On demande s'ils ne condamnent pas comme ime liérésie l'opinion de ceux qui enseignent que le corps de Jésus-Christ n'est pas vérilablement, réellemi-nt et suiislantiel emeni jtrésent dans l'Eiicliaristie; mais qu'il n'y est présent qu'en signe et en symbole, o;i par la foi, ou par une certaine conimuiiicalion d'une vertu qui découle moralement du corps de Jésus - Clirist, et qui donne certaines grâces à ceux qui reçoivent riiucliarislie.

I liéponse. Ils la condamnent.

c VI. Question On demande s'ils ne condamnent pas comnie une hérésie l'opinion de ceux qui enseignent que le pain n'est point réellement changé, mais qu'il demeure dans l'Eucharistie avec le corps de Jésus- Christ.

« Réponse. Ils la condamnent.

t VU. Question. On deniaiid s'ils ne condamncnl pas comme mie hérésie l'opuiion de ceux qui enseignent qu'on ne doit pas adorer le corps de Jésus-Christ dans l'Ench irisiie.

f Réponse. Ils la coiuiomnent.

< VIII. Question. On demande s'ils ne condamnent pas comme une hérésie l'opiiiiou de ceux qui enseignent qu'il n'y a point dans l'Église de sacrilice véritable et proprement dit.

« Réponse. lis la condaiiineiit. >

Le même évèque arménien en étant prié par les mêmes personnes, leur donna de plus un exirail de la Liturgie arménienne , qu'on verra à la fin de ce volume. Il suffit de rapjtorter ici que l'on y lit en termes exprès cette prière :

Nous vous adorons, nous vous prions , nous vous demandons, ô Dieu plein de boiUé , d'envoyer sur nous et sur les dons proposés l'Esprit suint, éternel comme vous, et de même essence que vous, par lequel ce pain sacré A été fait le coups de Notke-Seigneuu, et ce calice

SACUÉ A ÉTÉ FAIT VÉRITABLEMENT LE SANG de NotVe-

Seiqneur Jésus-Christ. Ame7i.

11 remarque seulement qu'il y a diverses manières de lire cet article dans leur Liturgie , les uns disant : Que panis is'e benedictus corpus verè (actuin est Doniini noslri Jesu Chrisli, et cnlix iste benedictus factus fuit sanguis verè Domini noslri Jesu Christi, qui est ce que j'ai traduit.

Les autres lismt : Quo panis et vinuni benedicta facta verè corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi. Amen,

Et les autres : Quo panem islum benedtcens, corpux faciès Domini nostri; et calicem istum bencdicens, verè faciès sanguinem Domini nostri Jesu Christi.

Cette diversité d'expressions, dans lesquelles on voit que l'eTet de la consécration e.st tantôt marqué comme fait après les paroles de l:i consécration, cl tantôt comme n'étant pas encore fait, vient apparemment de la diversité d'opinions qu'il y a sur ce point entre les Grecs et les Lalins ; les uns paraissant conformes à l'opinion de l'Ei-lise latine qui attribue la consécration aux seules paroles do Jésus-Christ ; et l'autre à celle des Grecs (lui l'attribuent conjointement et aux paroles et aux prières (pie l'on faitajirès : et elles donnent peut être lieu de joindre ensemble ces deux opinions, comme n'éiant pas contraires lorsqu'elles sont bien eniendues. Car il est vrai d'une part que ce sont les seules paroles de Jésus Christ qui produisent l'effet de la consécration par manière de cause opérante, comme l'Église latine le croit; et il est vrai de l'autre que Jésus-Christ accorde cet effet aux prières de l'Église, ei qu'ainsi elles y coopèrent comme une cause 'mpélranle. Ces prières sont formellement exprimées par les Grecs, par les Latins, et par toutes les autres églises, avec celte seule diflerence que les unes, co.iime les Latins, les placi;nl plus naturellement avant la consécration. Mais (|ii(»ique dans la Liiurgie grecque et dans quelques autres elles soient aj)rês la consécration, cela néanmoins n'en change pas le mhis, comme le P. Goar, savant dominicain , l'a judicieusement remarqué. ( ar il faut supposer que ces vœux et ces désirs intérieurs de l'Église, auxquels Jé^us Christ accmde l'effet de la con-éeralion, préeèdeiit réellement l'accomplissemenl du mysière, quoique la nécessité de la p;irole humaine, qui est successive et qui ne peut exprimer eu un insiant ce qui est conçu en un instant, (dilige de séparer l'expression de ces prières des paroles mêmes de Jésus-Ciirisl. Et cela l.tii voir que soit que l'on dise factum est, soit que l'on dise faciès, soit que les prières précèdent la consécration, soit qu'elles la suivent, tout cela revient toujours au même sens, l'Eglise n'ayant dessein que d'y exprimer les prières intérieures de tout le corps de l'Église, auxquelles, selon S. Augustin. Jésns Christ accorde tous les effets des sacîcmenls, et par conséiiuenl celui de la coiiiécralion.

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