PRÉSENCE OU DE L'ABSENCE RÉELLE. G
consistent à dire qu'il y avait des gens dans ce siècle qui, étant frappés de toutes les expressions les plus fortes en apparence pour la transsubslanliation et la présence réelle, allaient tout d'un coup à leur vrai sens , c'est-à-dire au sens de figure et de vertu , sans y en apercevoir aucun aulre , et sans songer h l'incompalihilité des termes; sans avoir aucmie idée de la présence réelle ni de l'existence de Jésus-Christ au sacrement. C'est sur ce fondement qu'il soutient (p. 279) que quand ces expressions et mille semblables auraient été tous les jours dans la bouche des Pères , elles n'eussent jamais formé dans l'esprit des peuples l'idée d'une transsubstantiation ou d'une présence rielle; et dans la page 262 il dit que si on ôte de l'esprit des hommes les préjugés, ils ne trouvent rien dans les passages des Pères qui les fasse songer à une présence réelle.
Mais parce que cette prétention eût pu paraître fort élrangc, il l'appuie de certains principes de philosophie qui lui sont assez particuliers. Il prétend que dans les expressions des Pères les plus formelles pvnv la réalité, le sens littéral étant incompatible, et n'étant pas un sens , le sens métaphorique est le naturel et l'unique que l'esprit conçoit; que ce sens métaphorique était le premier qui se présentait, et qu'au contraire l'idée de présence réelle ne se préscniait jamais. Et afin que l'on n'en doute poinl, il s'allègue lui-même pour témoin d'une manière assez plaisante. Je ne sais, dit-il, si fai l'oreille dure, mais je n'entends rien de ce tintamarre et de ce grand bruit , que la présence réelle fait à la porte. Assurément c'est une vision ; car quand je mets la tête à la fenêtre je ne vois rien.
C'est par une suite de celte prétention, qu'il rejette bien loin ce que l'atiieur de la Perpétuité avait avancé, que sitôt que le son des mots frappe l'oreille , l'idée qui est ordinairement jointe au mot se présente incontinent à l'esprit ; et que cette idée ne manque jummis d'y être reçue, à moins que les opinions dont l'esprit est prévenu, ou les autres circonstances qui accompagnent cette idée, n'obligent de la bannir, pour y en substituer une aulre. Car il prétend, au contraire, que quand lous les mots des Pères par lesquels les catholiques établissent la présence réelle frappaient les oreilles des chrétiens de ce temps-là, ils ne voyaient (pic la simple et unique idée métaphorique , et ne voyaient point du tout le sens littéral.
En un mot, ses prétentions se réduisent à soutenir que les fidèles de ce cinquième ordre ne concevaient rien autre chose dans toutes les expressions de l'Église et des Pères, sinon que le Sacrement est la figure de Jésus-Christ, et qu'il en contient la vertu ; qu'ils n'avaient point d'autre idée que celle-là; cl que c'était la se(dc et unique impression qu'ils recevaient de toutes les paroles des Pères.
Or il faut bien remarquer qu'il ne s'agit pas ici si les fidèles, eiitendant les expressions des Pères, com ■ prenaient que le sens métaphorique était le véritable; mais qu'il s'agit de savoir s'ils ne comiircnaienl du tout que ce sens mét;tphoriq«e , et s'ils ne s'aper-
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cevaient point que les paroles d'elles-mêmes faisaient joindre ce que M. Claude trouvera dans son esprit, un auire sens, et donnaienl une autre idée. 11 ne s'agit comme je crois, et qui estcerlainement dans celui des pas aussi d'une seule expression , à laquelle ils au- autres, que la différence des expressions simples et raient pu êire lelîemenl accoutumés, qu'elle serait des expressions métaphoriques consiste en ce que les devenue simple à leur égard ; mais i! s'agit de toutes expressions simples n'ont qu'une idée, et que les mê-
les différentes expressions , dans lesquelles les SS. Pères oui renfermé ce mystère. Enfin il ne s'agit pas de quelque moment et de quelque heure de la vie de ces gens là, mais de toute leur vie, M. Claude soutenant généralement que l'idée de la présence réelle ne Icin- est jamais venue dans l'esprit, et qu'elle n'y peut jamiiis tomber, à moins qu'elle n'y vienne d'ailleurs.
Tout cela supposé , pour témoigner à notre tour çuehjue sorte de coiiîiance, mais avec plus de raison que M. Claude, il nous permettra de lui soutenir qu'il n'y a point d'apj;arence qu'il comprenne lui-même, ou qu'il croie ce qu'il avance; et qu'assurément, lors- (ju'il y aura fait réfiexion , il reconnaîira qu'il n'y a pas assez pensé.
On lui pourrait alléguer , pour l'en convaincre par luie expérience sensible , ce nombre infini de chrétiens (jui se trouvèrent au coinmencemeni du onzième eiècle dans la créance de la présence réelle , et qui n'y étaient entrés que par les mêmes expressions des Pères et de l'Église , qui avaient toujours retenti aux oreilles dûs fidèles des huit premiers siècles. D'où il s'ensuit sans doute plus que probablement, qi'.e ces expressions qui ois!, persuadé toute la terre de la présence réelle, en poiivaicnlbien donner l'idée à ceux qui les avaient précéués. Il est vrai, comme on l'a déjà vu par expérience , «pie ce qui passera toujours pour une démonstration à l'égard de ceux qui s'y connaisi^cnt , ne fait pas la moindre impression sur l'esprit (ie M. Claude; il s'en moque, el croit s'en être défait "u disant hiîrdimenl qu'assurément il n'y avait que C ombre el l'oisiveté du couvent de Corbiequi aient été capables de produire un si grand détour d'imagination. Et, poussant la chose plus avant, el autant qu'il en a besoin , il veut ([ne ce détour d'imagiii.atiou ait , en l'espace de deux cents ans, occupé toute la terre , et persuadé tous ks esprits, sans qu'ils s'en soient aperç is, et sans qu'ils en aieist été choqués.
Mais si celle raison n'est pas bonne pour lui, elle ne laisse pas d'élre bonne pour les autres, cl je pense qu'il y aura peu de personnes judicieuses qui ne le condamnent en ce point, d'une opiniâtreté Irès-déraisonnable.
Néanmoins, comme je lâche aussi de le guérir, si je puis, il faul faire effort pour trouver quelque principe qui lui soit plus sensible, et l'on n'en peut supposer qu'il puisse moins refuser avec honneur que cel;!i-ià : (picBI- Claude a l'esprit fait conmie les autres; ('su'il n'a pas une manière de concevoir les choses qui lui soit particulière ; qu'il entend ce que les autres miliislres eniendenl sans difliculié, sans peine, sans effort; cl enfin qu'il eniend ce qu'il croit lui-mcu\e, el ce (ju'il lénioigne d'entendre eu d'autres endroits.
Ce principe si équitable nous conduira bien loin, et il sr.liil pour décider notre dilTcrcnd : car il n'y a qu'à
taphoriques en ont deux, et en présentent deux à l'esprit : car elles présentent à l'esprit la chose qu'on veut lui faire entendre, et elles lui font voir en même temps Pimage par laquelle on la lui représente.
L'une de ces idées esl naturelle à l'égard de la chose, el étrangère à l'égard du mot; et l'autre idée est naturelle à l'égard du mol , et étrangère à l'égard de la chose. Je ne conçois pas à la vérité par celte expression : Yicit leo de tribu Juda, que Jésus-Christ soit un lion ; mais je conçois qu'il est comparé à un lion à cause de sa force. Ainsi le mot de lion forme en même temps dans mon esprit l'idée de la force de Jésus Christ, qui est l'idée naturelle de la chose conçue comme véritable, el que l'Écriiure a voulu sigiiilier; et l'idée de lion, qui est l'idée naturelle du mot, mais qui n'est que l'image de la vérité que l'Écriture me veut faire concevoir.
Si je ne concevais, dans celte expression qu'un lion, sans passer jusqu'à comprendre que l'Écriture a voulu marquer la force de Jésus-Christ, je n'entrerais point dans le sens de l'Écriture; et si je concevais la seule force de Jésus-Christ, sans la concevoir sous l'image de celle d'un lion, je n'entrerais pas dans le langage de rÉcrilure; je n'en entendrais pas la force, el il ne conliendrait plus à mon égard qu'une expression toula simple, qui n'aurait pas la grâce et la beauté de l'expression métaphorique.
C'est pourquoi Cicéron dit en quelque endroit que les mélaplioros enferment une comparaison secrète, el que le plaisir qu'elles dorment à l'esprit consiste dans celle double idée qu'elles lui représentent en même temps : l'une, de la chose coiiçue comme vraie; l'autre, de l'image de celte chose, l'esprit se plaisar.l dans celte comparaison de la vérité et de l'image, et aimant à passer de l'une à l'autre.
Or il ne faut pas s'imaginer que ce passage se fasse par des réflexions expresses, sensibles et disiincles ; tout cela se passe dans l'esprit par une simple vue, qui lui fait considérer certaines idées comme véritables, et regarder les autres comme des images des vraies idées, parce qu'il sait qu'elles seraient fausses on elles-mêmes. Et c'est sans doiile ce qui a trompé M. Claude, et qui lui a fait rebuter dédaigneusement une maxime Irès-vérilable, que l'auteur de la Perpétuité lui avait proposée, qui est, que l'idée qui est ordinairement jointe au son, c'est-à dire l'idée naturelU du m;)t, ne manque jamais de se présenter, et d'être reçue dans Cesprit, à moins que les opinions dont il est pré venu, el les diverses circonstances n'obligent de la bannir, pour yen substituer une autre. Car il s'est imaginé que ce bannissement d'idées avait besoin de beaucoup de mystère, el qu'il fallait pour cela des réflexions formelles; et c'csl pounpioi il dil qu'il peut bien arrivet que relie idée commune se présente rt/'('s;»n7 d'un homtui
697 LIV. VI. CRÉANCE DISTINCTE DE LA PRESENCE OU DE L'ABSENCE RÉELLE, G9S
et fasse quelque effort pour être reçue; mais cela passe qu'elles représentent sans avoir celle image par la
aussi d'abord pour une impertinence et une simplicité digne de risée. De sorte qu'il suppose qu'on ne peut «voir celle double idée sans simplicité el sans impertinence.
Mais si pour épargner M. Claude on n'accuse pas ce
quelle elle est représentée; et il en est ainsi de toutes les vraies mélapliores , qui ne sont que des comparaisons el des paraboles raccourcies dans uu seul mot.
C'est vouloir renverser la nature de l'esprit de
discours d impertinence, au moins nous perinetlra-t-il l'homme que de ne pas demeurer d'accord de ces vé deTaccnser de simplicité : car b:<nnir une idée, n'est rilés , (jue chaciui sent en soi pourvu (ju'il y veuille pas la chasser de res[)rit, c'est ne pas la regarder faire allention ; cl il est bien çiisé de comlure de là que, conune vérilabb; ; cl cela arrive dans toutes celles que quand on piendrait toutes les paroles dos Pères qui l'on regarde comme images des idées conçues comme expriment la présence réelle pour métaph:)ri pies ; I. , : .. quand on leur donnerait tous les sens (pie les mi-
vraies, c'esl-à-dire dans toutes les expressions mêla phoriqucs , car l'esprit seul toujours en quelque sorte l'idée naturelle du mot; il sent que l'idée métaphorique n'est pas vraie, mais qu'elle couduit à la vraie , et sentir cela, c'est la bannir; et il conçoit par le moyen de cette image la chose qu'elle représente, qui est ce que l'on appelle substituer la vraie idée.
II est vrai cpui^l'lialiiiude de se servir de quelque terme en uu usage métaphorique, obscurcit (pielquefuis de leile sorte celte double idée, que l'esprit ne sent plus que l'inipression delà chose signiliée et conçue comme véritable ; mais alors ce n'est plus un Icrmc métaphori(|ue, puisqu'il n'en a plus ni la force ni labeaulé ; c'est un terme équivoque, qui a diverses significations, et qui signifie une chose dans certaines circonstances, el une autre dans une autre; de sorte que ces ir.élaphoros ob-curcies el abolies par l'usage,
nistres y donnent; quand on supposerait que les fidèles du cinquième ordre naissaient tous aussi métaphysiques qu'ciait Aubertin après s'être corrompu le jugement par des chicaneries de trente ans; quand on accorderait qu'ils eu avaient tous une connaissance infuse, et qu'ils les avaient aussi présentes que les premiers principes, ils ne se seraient pu empêcher de voir la présence léelie dans les expressions des Pères, ou comme la vraie idée qu'ils auraient voulu marquer, ou comme l'image de cette idée ; mais une image si vive et si sensible, et marquée par un si grand uo.nbre d'expressions, qu'il est impossible que l'esprit n'en eût été vivement louché.
Que M. Claude ne prétende donc point nous payer de la dureté de ses oreilles. S'il veut bien que je suppose qu'il a l'esprit fait comme les antres, qu'il me pcrmelte
étant réellement des termes propres el simples, ne de supposer qu'il conçoit ce que les autres conçoivent;
sont nullomenl contre la règle (pie l'auteur de la Per- qu'il voit dans les passages des Pères ce que les autres
pétnitéix proposée, parce qu'il n'y a p;irléque des termes ministres y voient. Or il y en a bien qui ont prétendu
vraiment méiaphiu-iques, et non pas des termes éqiii- que le véritable sens des passages des Pères était le
voques, tels que sont ceux où la double idée ne se sens mélaphorique (ju'il leur plaisait d'y donner;
sent point. mais il ne s'en trouvera point qui se soit avancé jus-
I\]ais il est forl rare que la mélapliore soit si fré- qu'à dire (|u'il ne couf^evait point dans ces passages
queute et si ordinaire (lu'dle aille jusqu'à ne se faire produits par les calhorniues le sens littéral ; qu'il n'y
plus senlir, et à tenir en'.ièrement lieu d'une exprès- voyait du tout que le sens mélaphorique ; que ce sens
siou propre, surtout si c'est une mélapliore qui ne consiste pas en ui.e pnrole, mais dans une suite d'expressions, et dans des allégories assez longues et assez conti.iuées ; car il est alors absolument ridicule de ]u'éle!idre que la niclapiiorc uc se seule point du tout.
Y al- il, par exemple, des gens assez subtils pour ne se former aucune autre idée sur l'histoire du Lazare et du mauvais riche , sinon que les pauvres qui sont à Dieu seront récompensés , et les riches voluptueux
métaphori jue éiait le simple et le naturel ; (pie c'était le premier sens qui s'offrait ; que les autres sens élaient des sens écartés.
Ce sont des propositions téméraires que la chaleur a fait avancer à M. Claude, mais que l'on ne peut croire qu'il ait dans l'esprit, sans eu faire encore un jugement beaucoup moins avantageux. Nous lui avons déjà fait voir que bien loin que ses confrères ne voient point le sens des catholiques dans les passages des Pères, les plus savants d'outre ---ux se sont crus obli-
et imjiiloyables punis ; et pour ne se pas représenter gés de reconnaître qu'il y en a oîi ils ne voient que le un pauvre, nommé Lazare, à la porte d'un riche qui sens des catlioliijues ; que c'est ce qui a fait dire à faisait tous les jours bonne chère, qui vivait dans M. Daillé que comme il y a des passages (à ce qu'il
le luxe , et qui n'avait point de compassion des pauvres, el le reste de l'hisloire (iue quchpies-uns ont fait passer pour une parabole? Y a-t-il des gens qui ne conçoivent point dans les autres paraboles de l'Évangile ics images sous lesquelles Jésus-Christ nous a voulu repiésenler les vérités?
prétend) qui, étant pris au sens des catholiques, sont plus obscurs que les énigmes du Sphinx, si vous prenez le revers , il y en a d'autres qui semblent ne pouvoir en façon quelconque admettre le sens des protestants ; comme ceux qui disent formellement que le pain change de nature; que, par la toute-puissance de Dieu, il devient la
Il en est de même des allégories. Ce sont de courtes chair du Verbe , et autres semblables ; et qui lui .1 fait paraboles, mais qui mettent l'image tellement devant ajouter eu un autre endroit : Nous devons faire tom ks \eux , qu'il est imposable de concevoir la vérilé efforts de bien entendre ce qui , en leurs écrits, semble
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choquer la véritable créance que nous avons sur l'Eu- le Père est en lui , et lui en nous , comment peul-on charislie et autres articles , sans nous étonner si parfois soutenir une simple unité de volonté entre les personnes nous y rencontrons des passages qui nous paraissent divines, puisque inexistence réelle et naturelle que le Fik inexplicables ; car il se peut (aire qu'ils soient tels en a avec nous par le sacrement est le sacrement d'uni;
parfaite unité avec son Père?
Ce Père continue d'inculquer celle union naturelle, ei la vériié de la chair de Jésus-Cluisl dans TEiicharisjie en tant de manières, et par tant d'expressions.
elfet.
C'est pourquoi il n'y aurait qu'à lui proposer de nouveau tous les passages que l'on a cités dans la Perpétuité pour la présence réelle , et le prier de ne nous pas donner le change comme il a lait. On l'avait qu'il faut un aveuglement et une opiniâtrelé extraoraverli qu'on ne lui demandait pas quel était le véritable sens de ces passages ; et, nonobstant cet avertissement , il nous répond toujours que le sens qu'il y faut donner est celui qui est conforme à son opinion. Mais il ne s'agit pas de cela présentement. 0:i lui fera voir , dans l'examen particulier de ces passages , que toutes ces explications sont fausses. Il s'agit seulement
dinaires pour ne l'y pas reconnaître. Mais au moins ce qu'on ne peut pr.s désavouer, c'est qu'il est impossibla que l'idée ne s'en présente à l'esprit : aussi tous les ministres , en répondant à ce passage de S. llilaire, font d'ordinaire de longues préfaces pour y préparer les lecteurs. Aubertin avoue expressément que l'explicalinn qu'y donnent les catholiques est spécieuse;
ici de savoir si ces passages ne présentent pas à l'es- c'est-à-dire qu'elle frappe l'esprit par l'apparence.
prit l'idée de Jésus-Christ présent réellement s'.ir l'autel entre les mains des piètres, et reçu par les fidèles? Que ce sens suit le véritable, ou que ce soit seulement une image dont les Pères se servent pour faire concevoir ce qu'ils veulent nous apprendre de ce mystère, c'est une autre question. Ce qui est certain et incontestable, c'est qu'on ne saurait les lire sans concevoir une présence réelle ; et quand M. Claude le nie, il nie une chose que personne n'a jamais niée, et que lui-même ne niera jamais quand il voudra s'écouler soi-même, et qu'il exprimera ses sentiments avec quelque sorte de sincérilé.
Qu'il nous dise ce qu'il voudra, mais il ne persua-
Celui qui a répondu à l'Office d-i S. -Sacrement dispose les lecteurs à la rép )nse qu'il y prétend faire ensuite, p:\r un grand discouis qu'il fait de l'obscurité de S. llilaire. Il lâche de diminuer son aulorilé , en r. cousant d'une erreur qui lui a éié imputée par Claude Mamert, et dont il a été jusiiiié par d'autres. Il dil qu'un n'aurait pas tant de sujet de se plaindre quand il le rejeterait entièrement. Et enfin, quoiqu'il soit d'ailleurs plein de fierté et de confiance , selon la coutume des ministres, il n'ose néanmoins se promettre que le lecteur y verra son sens, qu'après qu'il y aura donné les éclaircissements nécessaires.
Quoi que M. Claude nous veuille dire de la dureté
dera jamais à personne qu'il ne soit frappé de l'idée ^^ *'^s oreilles, il ne nous persuadera pas non plus qu'il
d'une présence réelle, quand il lit ces paroles de S. Hdaire (de Trinit., lib. 8) : Je demande à ceux qui ne mettent qu'une union de volonté entre le Père et le Fils, si Jésui-Chrisl est aujourd'hui en nous par la vérité de la nature, ou seulement par une union de volonté? Car si le Verbe a véritablement été fait chair , et si en recevant de faiitel le pain du Seigneur nous recevons véritablement le Verbe fait chair, comment pouvons-nous croire que Jésus-Christ ne demeure pas en nous naturellement, après qu'en se faisant homme il s'est revêtu de- la nature de notre chair, pour ne s'en plus séparer jamais, et a mêlé la nature de sa chair avec la nature éternelle aans le sacrement auquel il devait nous communiquer sa chair? Car c'est ainsi que tous ensemble nous ne sommes qu'un, parce que le Père est en Jésus-Christ, et que Jésus-Christ est en nous. Quiconque donc ne voudra pas reconnaître que le Père est en Jésus-Christ par nature, il faut qu'il reconnaisse premièrement, ou que lui-même n'est pas en Jésus-Christ par nature, ou que Jésus-Christ n'est pas en lui, puisque ce qui fait que nous ne sommes qu'un dans le Père et dans Jésus-Christ, est que le Père est en Jésus-Christ , et que Jésus-Christ est en nous. Si donc Jésus-Christ s'est véritablement revéln'de la chair de notre corps, et si cet homme (qui est homme parce qu'il est né de Marie) est véritablement le Christ , et si 'sous le mijstere (c'est-à-dire sous le voile du sacrement) nous recevons véritablement la chair de son corps, ce qui (ail que nous ne sommes tous qu'un eu lui , parce que
ne se forme aucune idée de la chair de Jésus-Christ reçue réellement par les fidèles, lorsqu'il lit ces paroles dans S. Gtégoirc de Nysse : L'homme étant composé de deux substances , d'âme et de corps , il est nécessaire que ceux qui sont sauvés soient joints à l'auteur de la vie par l'un et par l'autre. L'âme donc étant jointe et unie avec lui par la foi, elle a par cette union ce qui est nécessaire pour le salut; car l'union avec la vie la rend participante de la vie. Mais le corps vient par un autre moyen à être uni à celui qui lui donne le salut . car comme ceux à qui on fait prendre du poison en empêchent l'effet en prenant un contre-poison , il faut de même que le niédicament qui doit opérer le salut soit reçu dans les entrailles de l'homme, comme le poison y a été reçu, afin que sa force et sa vertu salutaires se repandenl par tout le corps. Ainsi, ayant pris par la bouche ce qui fait mourir notre nrdure, il faut que nous prenions de la même sorte ce qui la préserve et qui lui redonne la force de ne plus mourir, afin que ce médicament salutaire étant en nous, répare pur l'impression d'une qualité contraire le dommage que le poison a fait à nolii corps. Or qu est-ce que ce médicament salutaire? Ce n'est rien autre chose que ce corps que Jésus-Christ a fait voir être plus fort que la mort , et qui est la source de notre vie. Car comme un peu de levain communique sa force à toute la pâte , de même ce corps qui a souffert ta mort étant dans le nôtre, le change entièrement en soi. Kl comme un poison mortel étant reçu dans un corps sain,