‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 215 sur 335 · SB · texte numérisé non relu

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laient de plus une erreur particulière, qui est que Jésus-Christ n'avait point donné de pain et de vin à ses disciples dans la cène; mais qu'il leur avait seulement dom-é des paroles pour leur tenir lieu de symboles el de fig^ires du pain et du vin. Il rapporte dans la suite l'inlerrogation juridique d'un des chefs de cette secte, nommé Genesius, par le pairiarciie de Consianlimiple, du temps de Léon Isauriipie, où l'on voit que ce patriarche lui demanda pourquoi il ne participait pas au corps et au sang pleins de pureté de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais au il les méprisait ? » Quid causœ essft cur immaculalum corpus el sanguinem Domini non partit iparet, sed vilipenderet? t Et (lue cet hérétique lai répondit par une équivoque trompeuse : Anathème, lui dit-il, à quiconque fait ce que vous dites, et qui méprise te corps et le sang de Notre -Seigneur Jésus- Christ; par où, dit Pierre de Sicile, il cnlendail les paroles de Jésus-Christ (qu'il appelait le corps et le sang de Jésus-Christ) ; de ipsis enim verbis loquebatur.

Ces passages sulliscnl pour montrer qu'on regardainm neuvième siècle comme un paradoxe et uno hérésie de nier la conversion divine el terrible qui se fait dans l'Eucharistie, cl que ce sentiment n'était embrassé que par de détestables hérétiques. Mais le passage qu'Allalius rapporte du môme auteur est encore beaucoup plus précis, et il est d'autant plus considérable, qu'il l'a4t voir parfaitement l'alliance de ce langage des sens dont nous avons parlé, avec la foi de la présence réelle et de la transsubstantiation. Pierre de Sicile y réiiite les trois païadoxes de l'héré' sie des pauliciens qui regardent l'Eucharistie, et il montre (jue Jésus-Christ n'avait pas seulement prononcé des paroles dans la cène, comme ils le prétendaient, mais qu'i}, avait effectivement donné du pain et du vin; tJn sacra verb cœnâ verè panem el vinum tradirdit , dixitque : Accipile et mandncate.

Je ne cloute point que M. Claude ne soit flatté de ces paroles, qwa Jésus-Christ donna vérilublement du pain et du vin à ses apôtres dans lu cène , et qu'il n'en conclue, avec sa précipitation ordinaire, que c'était donc de vrai [lain en substance, et noii un pain iraiissubslanlié. Mais il pourra apprendre de cet exempo que ces sortes de conclusions ne sont pas judicieuses : car il est clair par la suite que Pierre de Sicile ne veut dire autre chose, sinon que Jé^us-Christ n'avait pas doiuié à ses disciples de pures paroles, comme ces hérétiques le prétendaient, mais qu'il leur avait véritablement et effectivemcnl donné le pain et le vin qu'il avait consacrés, et qu'il avait changés el transsubstantié.s en les consacrant. Dans la sacrée cène, dit-il , Jésus-Christ donna véritablement à ses saints apôtres du pain et du vin, et leur dit : « Prenez et mangez, et buvez-en tous: c'est mon sang, le sang du nouveau Testament, qui est versé pour vous el pour plusieurs, pour la rémission des péchés : faites ceci en mémoire de moi. t Or le précepte s'observe maintenant comme n s'observera à l'avenir , étant accompli par les sacrifices des ministres de l'aulel. Le pain est présentQ.visiilemeui sur l'autel , et le S. Esprit descend inviii-blcmcnt , qui

9fi? LIV. Vil. LXAMElN des AUTEURS GUECS

sanctifie les oblations , et qui les fuit , non les antitypes, mais le corps même et le sang même de Notre- Seigneur et de noire Dieu. Ainsi ce pain que Jésus- Christ donna vérilablenieiil à ses disciples élail un pain vérilablomenl changé, non en la ligure, mais au corps niènic de Jésus- Christ..

Qiianl au dixième siècle, nous n'avons à examiner que deux passages, donl M. Claude accuse le premier de fiilsificalion, et élude le second par une raillerie qui lui a paru fort ingénieuse. L'auteur de la Perpétuité de la foi voulant prouver l'adoration du S.-SaïTement, se sert de l'autorité d'un extrait grec de la vie du D. Luc anachorète, qui contient ces termes : Puis étendant un petit linge vuus y mdtrez les particules sacrées ; et faisant brûler de Ccnccns , vous chanterez des psaumes qui conviennent à ce mystère, et qui le figurent; ou bien le cantique appelé trisagion avec le symbole de la foi ; puis l'adorant en fléchissant trois fois les genoux, et joignant len mains, vous prendrez avec la bouche le sacré corps de Jésus-Christ notre Dieu. El parce que dans l'original grec le mot adorant n'y est pas 11 ais seulement fléôlmsant trois fois les genoux, I M. Claude soutient que l'auteur de /a Perpétuité a ii]ou\,é de lui-même celle parole. U pouvait faire ce reproche encore à BoUandus sur le mois de mars, et au P. Combefis , qui a traduit le premier les paroles grecques, qui ne signihenl lilléralemenl que fléchissant les genoux , par celles-ci , Irinàque gennflexione adorans. Celle réllexion de M. Claude a paru considérable à quelques personnes. 11 répond de plus que ces trois génuflexions se rapportent à celui a qui on chantait le 7'mrt- (jion , et non pas au corps de Jésus- Christ. Et moi je trouvé que c'est une pure chicanerie , et qu'il y a de la bassesse à M. Claude d'avoir insulté l'auteur de la Perpétuité pour avoir suivi deux habiles traducteurs , et n'avoir pas consulté le grec en un lieu de nulle importance. L'adoration véritable, comme l'avait remarqué cet auteur, est un abaissement de l'àme , qui s'humilie et s'anéantit en la présence de Dieu. Cette adoration est une action de religion. Elle peut être ou intérieure, c'est-à-dire spirituelle, ou extérieure cl corporelle. L'extérieure ou corporelle est une cérémonie religieuse , qui est un efl'el et un signe de l'intérieure; car les anges respectent Dieu , et révèrent son excellence par une adoration spirituelle; mais les hommes y joignent souvent l'adoration corporelle. L'Écriture fait voir que les hommes osit adoré Dieu en plusieurs manières extérieures. Les plus ordinaiies ont été la prostration et la génuflexion. Mais il faut remarquer que comme se jeter p;îr terre n'est pas toujours une adoration , la génuflexion ne l'est pas aussi toujours , parce qu'elle n'est pas toujours un signe ou un eiïet d'une âmç qui s'abaisse en s'humiiianl , et en s'anéantissanl en la présence de Dieu ; et ((ue l'on ne se sert pas toujours de cette action corporelle, comme d'une cérémonie religieuse. Les soldats de Gcdéon se mirent à genoux pour boire de Icau , et personne n'a encore dit que ces soldats adorassent Dieu ou cet élément, parce que cette génufl'xion n'é-

DErUIS LE Vir SIÈCLE JUSQU'AU \l'. 7'Ji>

lait pas une cérémonie religieuse, ni un signe de révérence : Omnis autcm mullitudo flcxo poplite biberal ( Judic. 7, G). Mais personne ne niera (pic Sidomo» en priant Dieu les genoux en terre, ne l'ait adoré : Utrumque enim genu in terram fixerai ( 5 Rcg. 8., 5i) ; qu'Esdras, en se mettant à genoux pour prier Dieu, ne l'ait aussi adoré : Curvavi genua mea{l Esdr. 9, 5) ; et que lorsque Dieu dit que tous les honunes fléchiront le genou devant lui (Isai. 45, 25), il ne veuille signi- Her qu'ils l'adoreront : Slitii flectelur omne genu[\\o\\\. 14, 1) ; parce que ces génuflexions jointes à l'oMison Si Mit des cérémonies religieuses , et des signes ou des eiïeis d'une révérence intérieure pour sa divine majesté.

L'adoration , disent les théologiens (2-2, q. 48 , art. 2, ad 1), consiste principalement dans un respect intérieur envers Dieu , et en second lieu , en de certains signes corporels d'humilité , comme lorsipie nous fléchissons le genou pour confesser notre faiblesse à l'égard de Dieu , ou que nous nous prosternons pour reconnaître noire néant. D'où je conclus que fléchir le genou c'est adorer Dieu, lorsqu'on le llcchit par une révérence religieuse , et qu'on s'en sert comme d'une cérémonie ecclésiastique, cl que les passages allégués ne disent pas moins que les suivanls , où il est dit qu'en fléchissant le genou on adomil Dieu. Les lévites flécbissanl le genou adorère^iil Dieu, incurvato genu adoraverunt (2 Par. 29, 50). Daniel fléchissait le genou trois fois le jour, et ador;;it Dieu, flectebat genua, et adorabat (Dan. 6, 10). Que si fléchir le genou devant Dieu est l'adorer, ce n'est donc pas ajouter à la lettre , quoiqu'elle ne dise que fléchir le genou, lorsiu'on dit en l'expliquant qu'adorant on fléchit le genou , si lorsqu'on fléchit le genou on observe une cérémonie ecclésiastique ei religieuse , parce que c'esl une véritable adoration , cl qui doit être nécessairement expliquée par le mot d'adoration , afin de la distinguer de la génuflexion profane, comme élaii celle des soldats de Gédéon.

Le premier inlerprèle du texte grec qui eslle R. P. Combefis , n'a fait dans son explication que ce que les évangélistes avaient prcmièreniciil fait : car parlant de la prière que le lépreux fil à Notre- Seigneur, S. Luc (c. 15, v. \'i)A\i qu'il se jeta la fac contre terre; « procidens in facienisuam, rogavit eum. » S. Marc (c. 1 , v. 40), dit qu'il se mil à genoux ; < et venil ad eum leprosus deprecans eum , et genu flexo dixit ci. » Mais S. Matthieu (c. 8, v. 2j, d'il qu'il l'adora; tet ecce leprosus ycniens adorabat eum. » El cette adoration consistait seulement en cette prostration et ge'nuflcxion , qui étaient les effets de celle humble révérence qu'avait le lépreux pour Jésus- Christ. Ce qui fait que S. Matthieu n'a rien dit de plus que les autres. Et les mêmes évangélistes parlant des soldats qui se moquèrent de Jésus-Christ, S. Matthieu (c. 27, v. 29) dit que se mettant à genoux devant lui , ils se moquaient de lui ; « et genuflexo ante eum, illudebant ci. i S. Marc (c. 15, v. 19) interprète celle génuflexion par le mot d'adoration ; i ei

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ponenles genua adorubant eum;t c*esl-à-dire qu'ils pris garde qu'il n'était pas nécessaire de chnnler lou-

i'adoraient par dérision , en se mettant à genoux de- jours le Trisagion; car lorsqu'on chantait les psaume»,

ygpl lui. <^" "G le chantait point. L'évêque ne dit pas : Vous

On a de coutume le vendredi-saint , parmi les ca- chanterez des psaumes et le Trisagion; mais von»

Iboliques, d'adorer la croix, en faisant avant de la chanterez des psaumes ou le Trisagion; et néan-

baiser trois génuflexions; et ponr cette raison on appelle cette cérémonie l'adoration de la croix; car jusqu'ici on n'a jamais fait de distinction entre l'adoration et la génuflfxion cérémoniale ou religieuse ; et M. Claude est le seul qui a nié qu'on dût appeler cette génuflexion, adoration. Il faut donc conclure que le P. Combefis, BoUandiis et l'auteur de la Per-

moius il est certain qu'on ne laissait pas de faire ces trois génuflexions, et pour lors elles ne pouvaient avoir aucun rapport au Trisagion.

Il est donc certain que c'est une pure chicane que cette accusation de fausseté , que ces génuflexions étaient une adoration religieuse, et qu'elles se rap.portnientàrEucliarislie; et comme dans ce passage même

péluité de la foi n'ont rien altéré on ajouté au sens de l'Eucharistie est reconnue pour le précieux corps de

la lettre , mais qu'ils l'ont traduite fidèlement selon le sens, et qu'ils ont dit seulement plus clairement ce que les trois génuflexions religieuses signifiaient.

Tout ce que peut dire M. Claude est , qu'encore que la génuflexion soit une cérémonie religieuse qui marque une révérence intérieure , ei qu'étant rapportée à Dieu elle signifle ainsi une véritable adoration, néanmoins elle peut signifier aussi une autre sorte de res-

Jésus-Christ, et que les solutions de figure vide et de figure pleine étaient inconnues en ce temps là , il s'ensuit que c'était une véritable adoration de latrie.

M. Claude n'est guère plus heureux dans ses railleries que dans ses accusations sérieuses. L'auteur de la Perpétuité s'était servi de l'exemple d'une sainte qui ayant vécu trente-cinq ans dans un désert de l'île de Paros, pria un chasseur qui la rencontra de lui apporter l'année suivante rEucharislie ; ce que le chas-

pcct, comme quand on fléchit les genoux devant seur ayant fait , la sainte se jeta en terre , et reçut le

l'Évangile et les images. Mais s'il n'a que cette chi- don divin avec gémissement, et en arrosant la terre

cane à opposer , il est ficile de lui répartir qu'elle ne de ses larmes , elle dit : Seigneur , vous laissez mainte-

lui est nullement ôtée par le mot adorer, qui est quel- nant aller en paix votre servante , puisque mes yeux ont

quefois appliqué à des objets que l'on n'adore pas du dm le Sauveur que vous nous avez donné. S'.ir cela M.

culte de latrie ; de sorte que ce n'est pas précisément Claude dit que ce sujet est plus désert pour Tauieur

sur ce mol qu'est fondé l'argument que l'on tire de que le désert de l'île de Paros , puisqu'on est obligé

ce i)assage du bienheureux Luc, qui ne serait en rien de ramasser ces sortes de preuves. Mais je pense lui

moins fort , quand au lieu de traduire en suivant le avoir montré que ce sujet n'est point si désert qu'il s'i-

latin de Bollandus et de Combefis : Puis l'adorant en maginait , et qu'il aura tort , s'il se plaint encore de

fléchissant trois fois les genoux, on aurait traduit sim- la stérilité de nos preuves. Nous lui parlerons de l'a-

plcment selon le grec : Puis fléchissant trois fois les doration une autre fois : mais cependant , qucli|ue

genoux. La force de cet argument consiste en ce qu'il mépris qu'il fasse de cet exemple, je ne laisserai pas

parait qu'ils pratiquaient, en recevant rEucharislie , de lui dire que l'application que fit cette sainte à l'Eu-

une cérémonie religieuse qui est la marque d'une adoration véritable , quand on la rapporte à un objet adorable. Or il est visible que dans ce passage, ces génuflexions se rapportent au corps de Jésus-Christ ;

charislie d'un verset qui a été employé par Siniéon pour remercier Dieu de lui avoir fait voir Jésus- Christ , cl qui I wte naturellement à ce sens , est un efl"et de la créance de la présence réelle , qui fait re-

de sorte qu'il faudrait que M. Claude oui prouvé que garder l'Euchari-tie comme Jésus-Christ. Jamais une ces termes de corps de Jésus-Christ ne signifient pas dévotion calviniste n'exeitera d'elle-même ce mouve- Ic vrai corps de Jésus-Christ, avant qu'il eût droit ment, et si quelques calvinistes la pratiquent, c'est

d'accuser cette traduction de faux. Mais comme c'est une prétention insoutenable , et qu'elle est particulièrement détruite par tous les Grecs de ce siècle , qui supposent qne les mots de corps de Jésus-Christ signifient le vrai corps de Jésus-Christ , on a eu droit de prétendre que ceux de fléchissant les genoux signillenl une véritable adoration.

La répartie que (ait M. Claude , en disant que ces géinjflexions serapportaienl à celui à qui on chantait le Trisagion, et non pas au corps de Jésus-Christ, est encore ridicule , parce que chanter des psaumes ou le Trisagion, réciter le Symbole, joindre les mains, sont diverses parties de l'entière cérémonie ordonnée par révoque , qui se rapportent toutes au S.-Sacremeni , et servent de préparation à sa réception , et non pas les unes aux auti'es. De plus,, M. Claude n'a pas

que la vérité de l'ancienne foi , qu'ils ont abolie dai;s. leur esprit, est encore demeurée gravée dans quelquesunes de leurs actions et de leurs paroles.

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