‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 22 sur 335 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Réfutation de celte considération , où, l'on fait voir qu'il est impossible de supposer que les fidèles des premiers siècles n'aient eu qu'une créance confuse du mystère de l'Eucharistie.

11 s'agit de savoir si les fidèles ont pu demeurer mille ans dans l'Église en voyant tous les jours ce que l'on appelait lo corjjs de Jésus-Christ, en assistant tous les jours au sacrifice que l'on nommait le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ , en recevant souvent en leur bnuche ce qu'on leur disait cire le corps de Jésus-Christ, Corpus Christi; s'ils ont pu, dis-je, demeurer en cet état, sans former une pensée dislincte et déterminée, si ce qu'ils voyaient était ou n'était pas réellement le vrai corps de Jésus-Christ. L'auleur de la réponse le prétend , parce que cotte prétention lui est utile pour son dessein, et il l'avance sans preuve, parce qu'il lui était impossible d'en trouver.

Mais il serait juste qu'en des matières de celle importance on eût plus de soin de consulter la lumière de sa raison que l'avantage de sa cause. Et sans doute si CCI auteur avait pris la peine de le faire, il n'aurait pas manqué de reconnaître combien celte

parce que l'esprit et l'adresse ne peuvent pas changer prétention est peu raisonnable. Car 1° il aurait trouvé

la nature des choses , ni rendre solide ce qui ne l'est pas, il n'est pas bien difficile de dissiper tout ce petit artifice. Car on y peut remarquer une des manières des plus ordinaires dont les hommes s'égarent dans leurs discours, qui est qu'ils s'attachent à une considération générale, qui, étant regardée en elle-même, a quelque sorte de vérilé ; et qu'ensuite après s'en être remplis avec plaisir, comme d'iuie production ingénieuse de leur esprit , ils en font une fausse application à des espèces particulières, qu'ils ne considèrent que confusément, sans faire réflexion sur les circonstances qui les empêchent de pouvoir être comprises sous celte maxime commune. Et ainsi l'on fait couler doucement la fausseté de l'aiiplication que l'on n'examine point, sous la vraisemblance du principe dans lequel la fausseté ne paraît point. C'est proprement l'adresse de cet auteur. Il nous fait considérer qu'il y a deux degrés de connaissance : l'une confuse, l'autre distincte; et que la vérité ne se distingue pas bien de l'erreur , quand elle demeure dans le degré de connaissance confuse. Il étale, il étend cette

que son espiit , comme celui de tous les autres , est formé de telle sorte qu'en songeant à un corps, il est impossible qu'il ne l'applique à quelque lieu , et qu'on le conçoit toujours au lieu où il nous est exprimé, à moins qu'on ne sache qu'il n'y est pas. C'est notre manière de concevoir, et une suite de noire nature. Nos différends ne l'ont pas fait naître, et ils ne sont pas capables de la changer. Or les fidèles, en assistant au sacrifice, en entendant dire que ce qu'on leur donnait était le corps de Jésus-Christ, et répondant amen, c'est-à-dire, en vérité, ont songé à Jésus-Christ ; ils l'ont doue appliqué à quelque lieu. Les paroles qui les y ont fait songer, le leur ont représenté comme présent dans la terre. Il faut donc par nécessite ou qu'ils les aient suivies, ou qu'ils les aient démenties , en les prenant en un autre sens. S'ils ont conçu Jésus-Christ présent sur l'autel et dans leurs bouches, ils ont donc eu une créance distincte de la présence réelle. Que si, au contraire, quoique les paroles l'exprimassent comme présent sur la terre , ils ne l'ont regardé présent que dans le ciel , il faut qu'ils aionv

69 PART. II. CIIAP. II. rxÉFUTÂTION DE CETTE CONSIDÉRATION. 70

en une créance irès-disiincle de l'absence réelle, qui la signifient nalurellemenl; elle s'est fait voir,

puisqu'elle leur faisait corriger le sens auquel les pa- elle s'est préscnlée pour être reçue, et l'on nous vou-

roles les portaient. Et ainsi il est impossible qu'ils dra faire croire que tous les peuples, et la plupart des

soient demeures , à l'égard de ce mysière, dans ce pasteurs soient demeurés dans celte stupidité que de

degré de confusion et d'indisiinclion, dans lequel l'es- ne porter aucun jugement sisr une chose qui a été

piil iiumain ne peut subsister. perpétuellement exposée à letirs yeux; et qu'enlen-

2° La suspension d'esprit entre le oui et le non de dant dire en mille manières que TEucbarislie était le

deux opinions contradictoires ne peut venir que de corps de Jésus-Clirist, ils aient pu s'empêcher de for-

deux causes, dont ni Tune ni l'autre ne peut avoir lieu mer l'une de ces deux pensées précises et distinctes :

en ce qui regarde rEucharisiic. La première est une Ce l'est, ou ce ne l'est pas !

irrésolution véi iiable , qui naît de la diversité des 5* Celte considération deviendra encore plus sen-

Taisons entre lesquelles Tesprit a peine à prendre sible par la troisième, qui est que la coulume que les

parti. Dans celle sorte de suspension, on envisage hommes ont de ne concevoir les choses qu'en les re-

dislinctemenl les deux opinions opposées ; mais com- vêlant de certains sons , fait que sitôt que le son

me on les voit appuyées sur des raisons également frappe l'oreille , l'idée qui est ordinairement jointe à

fortes, on ne sail à quoi se déterminer. Il est visible ce son se présente incontinent à l'esprit; et celle idée

qu'on ne peut dire que ce soii en celte manière que ne manque jamais d'être reçue, à moins que les opi-

l'ancicnne Église soit denieurée dans une créance confuse sur le sujet de V Eucharistie. Car celle matière étant d'une extrême importance, et y ayant une étrange différence entre le corps de Jésus-Christ présent réellement, ou présent significalivement , il n'est pas possible que les chrétiens aient pu subsister dans ce doute sans en chercher réclaircissemenl, et sans se déterminer ensuite , sur les instructions qu'on leur aurait données, à l'une ou à l'autre de ces deux opinions ; ce qui aurait changé celle connaissance confuse et indéterminée en une connaissance distincte et déterminée. 11 ne reste donc plus que la seconde cause de cette suspension , qui est le défaut d'application aux différences particulières qui distinguent

nions dont l'esprit est prévenu, ou les autres circonstances qui accompagnent celle idée, n'obligent de la bannir pour y en substituer une autre. Quand on entend le mol de bras ou celui de main , on conçoit incontinent des bras et des mains ordinaires ; mais quand on les attribue à Dieu, la connaissance distincte que les chrétiens ont que Dieu est incorporel fait qu'ils éloignent cette idée pour en mettre une autre en sa place , qui est celle de puissance et de force. Mais s'ils n'avaient point celle connaissance distincte, l'idée corporelle de bras et de main y serait reçue, comme elle a été reçue par les anthropomorphiles. Quand on entend le mol de lumière, l'iniage de la lumière corporelle se préseule incontinent et

les opinions opposées, l'esprit se contentant quelque- fait effort pour entrer dans notre esprit; mais quand

fois de concevoir les choses dans une certaine généralité qui les unit, sans descendre au particulier qui les dislingue. C'est proprement en celle manière que l'auteur de la réponse voudrait faire croire que la créance de l'Eucharistie est demeurée confuse dans les premiers siècles de TÉglise, et c'est néanmoins ce qu'on ne peut dire avec la moindre apparence. Car les mots par lesquels on a exprimé ce mysière , soiî en célébrant le sacrifice, soit en distribuant la communion aux peuples, soit en les instruisant de ce qu'ils en devaient croire, signifient si précisément et si naturellement une présence réelle , et appliquent tellement l'esprit à la considérer, qu'il est impossible qu'en ayant mis l'idée une infinité de fois devant les yeux de tous les chrétiens, iis ne les aient obligés d'en former quelques jugements ou pour la rejeter, ou pour l'admettre. Lorsqu'un homme ne s'est jamais présenté à notre porte, nous pouvons bien n'avoir formé aucune résolution de l'exclure ou de le recevoir dans noire maison ; mais s'il s'y est présenté une infinité de fois, s'il a heurté, s'il a pressé pour y être reçu, il est impossible que nous ne nous soyons déclarés à son égard , ou en le recevant comme ami , ou en le rejetant comme ennemi ou comme importun. La présence réelle a heurté une infinité de fois, pour le dire ainsi à la porte de l'esprit de lous les fidèles ; elle a fait effort pour y entrer à la faveur des expressions

Jésus-Christ dil de lui-n)ême qu'il est la lumière du monde, et que nous lisons dans S. Jean qu'il y a une lumière véritable qui éclaire tous les hommes, la connaissance que nous avons que Dieu n'est point un corps nous fait chasser cette image corporelle , pour y substituer l'idée d'une lumière spirituelle, qui éclaire non les corps, mais les esprits ; au lieu que les manichéens n'ayant pas cette créance distincte de la spiritualité de la nature de Dieu, n'ont pu éloigner de leur esprit l'image d'une lumière corporelle , et sont tombés par là dans cette erreur que Dieu était une lumière immense et infinie. On doit concevoir par le mot de Dieu, un Dieu véritable , et c'est l'idée qui se présente d'abord à l'esprit en entendant prononcer ce mot ; mais quand on entend en même temps que c'est Moïse qui est appelé le Dieu de Pharaon, que c'est des hommes qu'il est dit : Ego dixi : Du eslis, et filii Excebi omnes, et des faux dieux que S. Paul entend parler quand il dil quil y a plusieurs dieux, et plusieurs seigneurs , on exclut celte idée qui se présente, et l'esprit en fournit de lui-même une autre qu'il voit bien qu'on a voulu marquer en ces endroits ; mais il ne la fournit que par la connaissance distincte qu'il a que les hommes ni les faux dieux ne sont des dieux véritables. Et ainsi un païen qui n'a pas cette connaissance pourrait penser simplement que S. Paui a cru qu'il y avait plusieurs dieux. Il faut donc con-

RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE

dure que l'idée naturelle des mois se présente d'abord à l'esprit , et qu'elle y est toujouis reçue , à moins qu'elle ne soit bannie par une créance contraire. Or, à moins qu'on ne veuille renoncer absolument à la sincérité el à la bonne foi, et désavouer par

en osera douter désormais? Et lui même ayant dit : t Ceci est mon sang , > qni oserait en entrer en doute, en disant que ce n'est pas son sang ? Il a ardrefois changé l'eau en rin, en Cana de Galilée, par sa sente volonté; pourquoi ne méritera- t-il pas d'être cru quand il change

une opiniâtreté sans raison les choses les plus claires le lin en son sang? Par ces paroles de S. Grégoire-de-

el les plus sensibles, il est impossible qu'on ne reconnaisse que les expressions ordinaires dont les Pères se sont servis dans les instruclions qu'ils ont données au peuple de ce mystère , et dans la célébration du sacrifice, enferment l'idée d'iuie présence réelle et substantielle dans leur sens naturel el lilléral, et qu'elles ne peuvent en avoir une autre qu'en les prenant en un sens méla|diorique. Car je demande à l'auleur de la réponse ce que signifient nat'irellement ces mots : Ceci est mon corvs; ce que signifient ceux dont on se servait en couinumiaut les fidèles ; Corpus Chrisii, A quoi ils répondaient, que ce l'était en vérité, en disant Amen; et s'il n'est pas vrai que ces paroles prises simplement, signifient que c'était véritablement le corps même de Jésus-Christ? 11 faudrait faire un volume au lieu d'un petit écrit, si l'on voulait transcrire tous les lieux des Pères qui, étant pris littéralement et simplement, signifient une présence réelle el .substantielle, et une véritable transsubslantialion. Il

Nysse : La même vertu qui faisait que dans le corps de Jésus-Christ le pain qu'il mangeait étiiit changé en la nature de son corps divin, fait aussi la même chose dans l'Eucharistie. Car comme la puissance du Verbe chan" geait cette substance dans son saint corps, qui se nout- 7-issait et s'entretenait de pain , et qui est ainsi pain en quelque manière , de même ici te pain est sanctifié , comme dit l'Apôtre, par la parole de Dieu et l'oraison , ne devenant pas le corps du Verbe par le motjen du manger et du boire, mais étant changé tout d'un coup au corps du Verbe par le Verbe , selon ce qui a été dit par le Verbe même : i Ceci est mon corps. » Parées paroles de S. Ambroise dans le traiié qu'il a fait pour l'Instruction des nouveaux baptisés, ch, 9 : Vous me direz peut-être : Jevois autre chose , comment est-ce que vous tn assurez que je reçois le corps de Jésus-Christ ? C'est donc ce qui nous reste à prouver. Mais combien puis-je produire d'exemples pour montrer que ce n'est pas ce que la nature a formé, mais ce que

suffit pour notre dessein d'en rapporter ici quelques- la bénédiction a consacré, et que la bénédiction a plus

«us. Peut-on nier, par exemple, qu'on ne soit frappé de force que la nature? Ensuite ayaiit rapporté plu-

de l'idée de la présence réelle par ces paroles de sieurs miracles de rAncien-Tcsiamcnt, il conclut:

S. Ignace dans sa lettre à ceux de Smyrne, où, en La parole de Jésus- Christ qui a pu faire de rien tout ce

parlant de certains hérétiques, il dit qu'ils ne recevaient qui est, ne pourra-t-elle pas changer ce qui est en ce qui

pas CEucharistie et les oblations, parce qu'ils ne confes- n'était pas auparavant ? Par ces paroles de S. Cau-

sent pas que l'Eucharistie soit la chair de Notre-Seigneur, qui a souffert pour nos péchés , et que le Père a ressuscité par sa bonté? Par ces paroles de S. Justin dans sa seconde Apologie : Nous ne recevons pas ces choses , comme si ce n'était qu'un pain ordinaire et un breuvage commun ; mais comme nous savons que Jésus- Christ notre Sauveur qui a été fait homme par le Verbe de Dieu, s'est revêtu de chair, et de sang pour notre salut , de même nous savons aussi que cette viande et ce breuvage, qui par le changement qu'ils reçoivent dans nos corps nourrissent notre chair et notre sang, ayant été consacrés et faits Eucharistie par les prières que ce même Verbe de Dieu nous a enseignées, sont la cuair ET LE SANG DE CE MÊME Jésus-Christ qui a été fait homme pour l'amour de nous. Car les apôtres dans les écrits qu'ils nous ont laissés , qu'on nomme Evangiles , disent que Jésus-Christ leur ordonna d'en user comme il avait fait. Par ces paroles que Gélasc de Cisique rapporte comme étant du grand concile de Nicée : Ne soyons pas bassement attentifs au pain et au calice qui sont exposés à nos yeux ; mais élevant notre esprit, concevons par la foi que l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde est présent sur cette table sacrée, et qu'il est immolé par les prêtres sans effusion de sang, et prenant véritablement son précieux corps et son précieux sang , croyons que ce sont les gages de notre résurrection. Par ces paroles de S.Cyrille de Jérusalem : Jésus- Christ ayant dit du pain : < Ceci est mon corps, i gui

dcnce , évêque de Bresse : Le Créateur et le maître de la nature , qui produit du pain de la terre , fuit ensuite son propre corps de ce pain , parce qu'il le peut et l'a promis ; et celui qui de l'eau a fait du vin , fait aussi du vin son sang? Par ces paroles d'Oplat , évêque de Milevis, dans lesquelles il représente les sacrilèges des donatistes contre la sainte Eucharistie : Qu'est-ce que l'autel , dit-il , sinon le siège du corps et du sang de Jésus-Christ ? Quelle offense aviez-vous donc reçue de Jésus-Christ , dont le corps el le sang habitaient sur cet autel en certain temps , pour lui faire cette injure ? El plus bas : Cependant on a redoublé ce crime détestable , et vous avez encore rompu les calices qui avaient coutume de porter le sang de Jésus-Christ.

S. Chrysoslôme est si plein d'expressions qui marquent naturellement une présence réelle, qu'Aubertin estobligé de reconnaître qu'elles sonten grand nombre et spécieuses, H!u/m et speciosa. Et en effet, qu'y a t-i! de plus spécieux que ce qu'il dit dans l'homélie 83 sur S. Matthieu ? Combien y en a-t-il qui disent maintenant : Je voudrais bien avoir vu sa forme , sa figure , ses vêtements? Eh bien ! vous le voyez, vous le touchez, vous ^ mangez; vous étiez contents de voir seulement ses vêlements, et il se donne lui-même à voir^ à toucher , à manger , el à prendre au dedans de vous.

S. Isidore de Dainielte dit que le S.-Esprit fait que le pain commun proposé sur la table , devient le propre corps aue Jésus-Christ a pris dans son Incarnation.

0 PART. II. OHAP. II. KÉFUTATIOiN DE CETTE CONSIDÉHATION. 74

Saint- Augustin dit qu'i/ a plu au Sainl-Ksprit , en l'Iwn- sur S. MalthieU, et dans Théophylacle sur S. Maltliieu,

neur de ce grand sacrement , que le corps de Jésus- S. Marc et S. Jean.

Christ entrât dans la bouche des chrétiens avant toutes I/auteur de la réponse ne saurait nier qu'il ne se

les autres viandes, et ailleurs il dit de l'Eucharistie trouve dans les Pères une infinilé de passages sem-

que c'est le corps et le sang du Seigneur , même pour blables à ceux que j'ai rapportés, et que ce ne soit là

ceux qui, le mangeant indignement , mangent et boivent la manière ordinaire dont on a parlé dans l'Église de

ieur jugement. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, l'Eucharistie. Je n'ai pas besoin d'examiner si l'on ne

dans l'explication du onzième de ses anathémalismes, pourrait point détourner ces expressions à quelque

approuvés au concile d'Ephèse, parle de cette sorte : I^ous célébrons le saint , vivifiant et non sanglant sacrifice datis les églises , croyant que le corps qui est devant nous ïiest pas le corps d'un homme commun et semblable à nouSf et le sang de même; mais nous le recevons comme ayant été fait le propre corps et le propre sang du Verbe qui vivifie toutes choses. Et Tliéodotus, évéquc d'Ancyre, dans une homélie qu'il fit dans ce concile : // n'est plus couché dans une crèche , dit-il , mais tl est exposé à nos yeux sur cette table salutaire. Cette crèche est la mère de cette table ; il a été mis dans celte crèche , afin qu'il fût mangé sur celte table. Hésichius , lib. 6 sur le Lévitique , dit que c'est manger le sacrifice par ignorance , que de ne savoir pas que c'est véritablement te corps et le sang de Jésus-Christ. S. Eucher , ou plutôt saint Césaire , ou un autre auteur ancien

sens métaphorique, ni de réfuter toutes les subtilités par lesquelles Aubertin tâche de le faire dans son livre. Cela n'est pas nécessaire pour notre dispute présente, et si quelque calviniste entreprenait avec soin d'y répondre, et de prouver qu'ils se peuvent ou doivent expliquer métaphoriquement, il ferait voir qu'il n'entendrait pas seulement l'état de la question. Car il ne s'agit pas de savoir si ces passages se peuvent prendre en un sens métaphorique, mais il s'agit de savoir s'il n'est pas vrai que la première idée que ces passages offrent à l'esprit est celle d'une présence réelle, et telle que les catholiques la croient. Et c'est ce qu'on ne peut nier sans renoncer au sens commun. Qu'on dise tant qu'on voudra que les fidèles ont rejeté cette idée grossière : qu'au lieu du vrai corps de Jésus-Christ, ils ont entendu la figure du corps

(ce qui est peu important , puisqu'on ce qui regarde de Jésus-Christ, un corps typique, un corps sym-

uue vérité populaire comme celle-là , tout témoin est également bon) , parle de cette sorte dans l'homélie 5 sur la Pàque : Éloignez de vous tous les doutes que l'infidélité suggère , puisque celui même qui est auteur du présent est le témoin de celte vérité. Car le prêtre invisible change par une puissance secrète les créatures visibles en la substance de son corps et de son sang , en disant : t Prenez et mangez, ceci est mon corps....* Ainsi , comme la volonté du Seigneur a formé tout d'un coup du néant la hauteur des deux , la profondeur de la mer et l'étendue de la terre , la vertu du Verbe, par une égale puissance, commandant ce qui se doit faire dans ce sacrement spirituel , l'effet s'ensuit. S. Grégoire Pape dit qu'on marque du sang de l'Agneau les deux côtés de la porte , lorsque, le recevant avec la bouche du corps , ou le reçoit aussi avec la bouche du cœur.

Ces paroles des saints Pères présentent sans doute assez nettement l'idée d'une présence réelle, aussi bien que celles-ci de Germain, patriarche deConstanlinople , dans sa Théorie des mystères : Le S.-Esprit étant présent invisiblement par le bon plaisir du Père et la volonté du Fils , fait cette divine opération ; et par la main du prêtre il consacre , change et fait les dons proposés, le corps et le sang de Jésus-Christ. Ce que dit S. Jean de Damas est encore plus précis : Le pain et le vin ne sont point figures du corps et du sang de Jésus- Christ , à Dieu ne plaise ! mais c'est le corps même déifié de Jésus-Christ , Notre-Seigneur ne nous ayant pas dit : Ceci est la figure de mon corps : mais ceci est mon corps, et n'ayant pas dit de même : Ceci est la figure de

bolique, ou la vertu du corps de Jésus-Christ, ou quelque autre chimère de cette sorte; qu'on prétende si l'on veut que des fidèles simples et ignorants à qui l'on parlait en ces termes, les ont entendus par rapport à un passage de TertuUien, ou à deux ou trois lieux écartés do S. Augustin, de Théodoret et de Facundus, ce qui est seulement ridicule à dire, quoique l'auteur n'ait pas fait difficulté de le faire dans son écrit; il me suffit qu'on avoue que l'idée de la présence réelle a frappé tous les chrétiens à la faveur de ces expressions qui la signifient naturellement et simplement ; qu'elle s'est présentée à leurs yeux, et qu'elle s'est efforcée de s'introduire dans leur esprit.

Car je n'ai ensuite qu'à demander s'ils ont admis ou s'ils n'ont pas admis cette idée lorsqu'elle se présentait ; s'ils en ont reçu l'impression simple et naturelle, ou s'ils l'ont détruite en y en substituant une autre. Si l'on avoue qu'ils l'ont reçue, on m'accorde tout ce que je prétends, qui est que l'on a toujours cru distinctement dans l'Église la présence réelle et substantielle. Et si l'on dit qu'ils l'ont rejetée, ils en auraientdoncjugé; ils se seraient donc déclarés contre cette créance ; ils auraient donc cru positivement et distinctement l'absence réelle. Et ainsi, quelque supposition que l'on fasse, cette prétendue confusion de créance sur le sujet de l'Eucharistie ne peut subsisterai" Mais je dis de plus qu'il est clair par cela même que toute l'Église ancienne a eu une créance distincte de la présence réelle. Car pourquoi les fidèles au-

mon sang , mais ceci est mon sang. Ce qui est répété raient-ils rejeté le sens naturel de ces paroles dos presque en propres termes dans les livres de Charle- Pères, puisque les ministres avouent qu'ils n'avaient ipagne ou du concile de Francfort , dans Euthymius pas une créance positive de l'absence réelle, et qu'il

n'y a que celte créance positive, expresse et distincte P DE LA F. I. {Trois.:

RÉFUTATION DE LA RÉPONSE DTN MINISTRE

qui puisse empêcher que des paroles si précises ne

porienl l'esprit à la créance de la présence réelle?

Ainsi la supposition de celle créance conluse se détruit elle-même, el elle établit la vérité qu'elle combat. Car, si les fidèles n'ont point eu une créance distincte de l'absence réelle de Jésus Christ dans l'Eu- 'Chari^tie, il s'ensuit nécessairement qu'ils ont cru distinctement la présence réelle, parce qu'il s'ensuit qu'ils ont pris les paroles des Pères et celles de l'Église dans leur sens littéral et naturel, qui n'était point formellement contraire à leur senliinent; qu'ils n'ont point résisté à rimjjression qu'elles

tées, ils ont cru la présence réelle, puisque c'est le sens naturel et simple de ces paroles , lorsqu'on les entend sans restriction et sans métaphore.

Quand on dit qu'un métal est de l'or, on dit que c'est subslanlicllemeiit el réellement de l'or. Quand on dit d'une pierre i)récieuse que c'est un diamant, on dit qu'elle est suhsianiiellemenl et réelleu'eiit un diamant. Ainsi être le corps de Jésus-Chrisl, cl être snbslantiellemcnt cl réellement le corps de Jésus- Christ, ne sont point deux idées dilTérenles, mais une même et simple idée ; de sorte que c'est la même

ont dû faire dans leur esprit, et qu'ainsi, comme elles chose de dire que les fidèles ont toujours cru que

proposent l'idée d'une pi ésence réelle, ils ont reçu dans leur esprit celle idée distincte qu'ils n'avaient auctme occasion de rejeter.

5" Je le répète donc encore une fois, parce qu'il est important de bien faire entendre cette raison qui décide notre différend : ou ces expressions des Pères qui forment si clairement l'idée d'une présence réelle ont été reçues par les fidèles sans explication, et dans

rEucharislie élail le corps de Jésus-Christ sans autre explication, que de reconnaître qu'ils ont toujours cru qu'elle élail réellement et substantiellement le corps de Jésus-Christ.

Ainsi en quelqu'état qu'on suppose ces fidèles, il est impossible de l'allier avec celle créance confuse que l'auteur de la réponse veut établir, et même, comme je l'ai déjà remarqué, do cela seid qu'on avoue le sens simple des paroles, ou elles oui été expliquées qn'ils n'ont pas eu une créance trés-|)osilive de l'abdans un sens méiaphorique et éloigné de la siiinifi- sence réelle, on en doit conclure invinciblement qu'ils cation naturelle des paroles. Que lauteur de la ré- ont eu une créance Irès-dislincle de la présence réelle, ponse choisisse celle qu'il voudra de ces deux suppo- ^ ài ilfautcroire très-fermemcil que Jésus-Christ n'est sillons, elles délruironl également celle créance con- pas dans l'Eucharistie, pour n'être pas emporté quand fuse. Car s'il est vrai, jiar exemple, comme le prétend on entend continuellement retentir à ses oreilles que Aubertiu, que lorsque saint Cyrille de Jérusalem ce qu'on reçoit en communiant est le corps de Jésusdisait aux nouveaux baptisés : Croyez trcs-cer'.aine- Christ. Il n'y a que celle persuasion qui puisse résismenl que ce pain apparent n'est point pain, quoique le ter à une impression si continuelle et si violente, et goût vous le rapporte, mais le corps de J êsus-CItrist^ il qui puisse produire les explications métaphoriques voulait dire que ce pain n'est plus un pain commun, qu'on y apporte. El même on peut dire qu'une simple

ma'is un pain sanctifié, el que c'élnit le corps de Jésus-Christ en figure, et non en vérité, ce qui serait une étrange manière de s'exprimer; il est olair que si les fidèles l'avaient entendu dans ce sens et avec celte explication, ils auraient eu une idée très-distincte de l'absence réelle ; et ainsi ils ne seraient point demeurés dans ce degré de confusion. Que si l'on suppose, au contraire, qu'ils n'ont point ajouté cette étrange glose aux paroles de ce père, il est encore plus visible qu'ils ont eu une créance distincte de la présence réelle, puisqu'à moins que d'en corrompre le sens naturel par des explications très-violenles, il est impossible qu'elles imprimassent une autre idée dans leur esprit.

Mais il ne faut point d'autres paroles que celles qui ont toujours été dans la bouche des fidèles, que l' Eucharistie est le corps de Jésus-Christ, pour montrer qu'ils ont eu nécessairement une idée distincte ou de la présence ou de l'absence réelle. Car ou ils auraient donné à ces paroles les mêmes explications métaphoriques que les ministres y donnent, en entendant que l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ en figure , eu représentation , en opération , et non en véiiié , ou ils n'y ont point ajouté ces restrictions. S'ils les y avaient .njoutécs, ils auraient cru l'absence réelle comme les ministres la croient, et s'ils ne les y ont pas ajou-

persuasion ne suffit pas pour cela , et que jamais Aubertin n'aurait trouvé toutes ces solutions par lesquelles il tâche d'éluder les passages des Pères, s'il avait été simple calviniste. Il n'y a qu'un engagement de passion et d'iniérct , et un long raffinement d'un esprit agile el qui se tourne en tous sens pour se défiiire des raisons et des autorités qui le pressent, qui soit capable de produire ces subtilités si recherchées.

Page 1