PART. II. CHAP. III. RÉFUTATION
surabondante, cl qui n'est pas absolument nécessaire pour le sujet de ce traiic. Mais comme elle est avantageuse pour l'élablissement de la vérité, je crois qu'il ne sera pas inutile d'y en joindre une autre de même nature, en faisant voir encore plus particulièrement qu'il n'était pas possible aux fidèles de prendre en un sens méiaphoriciue les expressions ordinaires avec lesquelles les pasteurs les instruisaient du mystère de rEucharistie , et que les ministres ne le peuvent supposer, sans supposer en même temps qu'il s'est fait durant plus de mille ans dans l'Église un prodige continuel , qui est que les pasteurs y ont parlé durant tout ce temps d'une manière toute contraire à leurs pensées, et que les peuples les ont entendus d'une manière toute contraire à leurs paroles; en sorte qu'il faudrait dire qu'il y avait dans les pasteurs un aveuglement surnaturel, pour ne pas s'apercevoir des occasions d'erreur qu'ils donnaient au peujile par l'extravagance de leurs métaphores, et dans les fidèles une lumière surnaturelle pour n'être pas abusés par des expressions si trompeuses et si contraires au sens commun.
Cette preuve se doit tirer des règles de l'intelligence du langage humain, et des moyens que les honmies ont pour distinguer les expressions figurées des expressions simples et naturelles. Et sans doute qu'il serait nécessaire de la traiter avec plus d'étendue, si Ton avait dessein de la mettre à couvert de toute sorte de chicanerie. Mais parce que ce n'est pas le lieu de le faire ici , où elle n'est pas absolument nécessaire, ot que ce serait une trop longue digression, je me contenterai de la proposer en abrégé, et d'une manière c.ipable d'aider et de satisfaire les personnes de bonne foi qui cherchent sincèrement la vérilé, quoiqu'elle ne soit pas peut-être suffisante pour convaincre les pv^rsonnes opiniâtres et prévenues. Il est certain que tout le différend que les catholiques ont avec les sacramentaires se réduit à ce point, s'il faut prendre les expressions ordinaires de l'Écriture et des Pères dans le sens qui s'offre d'abord à l'esprit, c'està-dire dans le sens simple et naturel, ou s'il les faut prendre dans un sens éloigné et métaphorique. Les catholiques prétendent le premier, et les sacramentaires le second. Les catholiques disent que quand les Pères nous assurent que le pain par la consécration est changé et est fait le corps de Jésus- Christ, ils entendent qu'il est réellement et véritablement changé au corps même de Jésus-Christ. Les sacramenlaires disent au contraire que les Pères n'ont voulu signifier autre chose sinon que le p&in est changé figurativemenl et non pas réellement. C'est en quoi consiste cette importante dispute, dont la décision dépend uniquement des moyens et des règles que les hommes ont pour distinguer les expressions simples des expressions métaphoriques. Ces règles et ces moyens sont assez difficiles à reconnaître et à fixer. Mais il fatU néanmoins demeurer d'accord qu'il y en a. Autrement on ne ruinerait pas seulement la foi d'un mystère particulier, mais on ruinerait géné-
DU SENS MÉTAPHORIQUE, etc. 78
ralement la foi de tous les mystères, puisqu'il n'f en a aucun dont on ne puisse détruire toutes les preuves, en donnant un sens métaphorique aux expressions de l'Écriture et des Pères qui les contiennent. S'il est dit, par exemple, dans l'Écriture, que Jésus-Christ est Dieu , les ariens et les socinicns répondront qu'il est Dieu métaphoriquement; qu'il est Dieu par grâce et non par nature; qu'il est Dieu, mais soumis à un autre Dieu plus grand que lui. S'il est parlé du Saint- Esprit comme d'une personne, ils diront que c'est une prosopopée. S'il est dit que Jésus-Christ est né d'une vierge, on dira que cela est vrai métaphoriquement, parce qu'il a passé par Marie comme par un canal très-pur, ainsi que quelques eutychiens l'ont enseigné. S'il est dit qu'il a souffert et qu'il est mort, on dira avec les manichéens et les mahométans qu'il a souffert et qu'il est mort en apparence et métaphoriiiuement, parce qu'il a paru extérieurement souffrir. S'il est dit qu'il a racheté les hommes par son sang, on dira avec les socinicns que cela ne signifie pas que lo sang de Jésus-Christ ait été offert comme le prix de leurrédemption,maisque cette expression ne marque autre chose sinon que Jésus Christ étant mort pour confirmer la vérité qu'il a annoncée aux hommes Ton doit attribuer à sa mort la délivrance des hommes que Dieu reçoit en sa grâce, lorsqu'ils se rendent aux vérités que Jésus -Christ leur a apprises, et qu'il suivent les règles qu'il leur a données. Enfin toute la religion et toutes les preuves que Ton lire de l'Écriture et des Pères pour l'établir, sont appuyées sur ce principe, que les hommes peuvent distinguer les expressions simples des expressions figurées; et si on leur avait ôié ce moyen, toute voie de discerner la vérité de l'erreur leur serait ôtée. Il n'y a donc qu'à considérer quelles sont ces règles, et par quelles voies nous faisons ce discernement si import;int ; et pourvu qu'on y agisse de bonne foi , je crois qu'il n'est pas possible qu'on ne demeure convaincu que les fidèles ne pouvaient en aucune sorte prendre les expressions ordinaires des Pères touchant l'Eucharistie en un sens métaphorique, et qu'ils ont dû par nécessité les prendre dans le sens naturel que les paroles leur offraient. Voici quelques-unes de ces règles.
1° Quand une même chose se peut aussi facilement exprimer naturellement que métaphoriquement, les expressions naturelles et simples sont pour l'ordinaire infiniment plus fréquentes que celles qui sont métaphoriques ; d'où il arrive que les expressions simples formant l'idée distincte de la vérité, servent à y réduire les métaphoriques. Je dis quand elle se peut aussi facilement exprimer ; car il y a des choses qui sont tellement au-dessus de l'esprit humain, qu'on ne les peut guère faire entendre qu'en se servant de métaphores prises de choses plus basses et plus proportionnées à l'intelligence humaine. La raison de cela est que les hommes se portent ordinairement, quand rien ne les en empêche, à ce qui est plus conforme à la vérité et à la nature. Or les expressions métaphoriques sont en quelque sorte contraires à la
RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE
nature, parce qu'elles sont fausses étant prises à la rigueur ; et ainsi elles ne peuvent être si ordinaires , et si eïles Tétaient, elles deviendraient trompeuses et inintelligibles.
Il n'y a , par exemple, aucune difficulté à entendre ce que dit S. Gaudence ( 1 ) en parlant de l'eau du baptême que les Apôtres donnèrent à ceux qu'ils con verlirent par leurs premières prédications : Le Ses\ gneur Jésus , dit-il , convertit en vin cette eau par une puissance invisible, en sorte que ceux qui étaient baptisés faisaient connaître par le don des langues qu'ils recevaient tout d'un coup le goût du Saint-Esprit qu'ils avaient reçu. Car cette métaphore est si rare dans cette application , et il est si commun au contraire
et ceux qui portent à la créance delà présence réelle sont fréquents, ordinaires, et ils ont toujours été dans la bouche des pasteurs et des fidèles. 11 n'était donc pas possible qu'ils les prissent pour métaphoriques.
2° La métaphore enfermant quelque sorte de fausseté, il est contre la nature d'y continuer longtemps, et les rhétoriciens remarquent même que, quand on le fait, ce n'est plus un ornement , mais un défaut, qu'ils appellent énigme , parce qu'il rend le discours obscur et difficile à entendre.
Qu'on examine par cette règle les expressions des Pères qui marquent d'elles-mêmes une présence réelle, et l'on verra qu'il n'était pas possible aux fidèlesde les prendre pour des métaphores. Car après s'en
qu'on parle du baptême donné par les apôtres sans en être servis, ils n'en sortent point, ils y persistent jususer, qu'il n'y a personne qui ne reconnaisse facile- qu'au bout ; ils enchérissent souvent par les secondes ment par l'idée claire et distincte qu'il a formée sur sur les premières. Enfin il faudrait que pour parler do
ce mystère, comme ils ont fait, ils eussent eu un dessein formel de tromper ceux à qui ils parlaient. Je n'eu rapporterai qu'un exemple parmi la foule de ceux qui se présentent , dont ceux, qui sont instruits dans ces matières savent assez que l'on peut faire un juste volume. Il est tiré de l'homélie 24 de S. Chrysoslôme sur la 1" aux Corinthiens, et je laisse à toutes les per-
les expressions ordinaires, que cette expression extraordinaire de S. Gaudence est figurée et métaphorique.
Mais si on avait ordinairement parlé du baptême que les apôtres donnaient en ces termes dont S. Gaudence se sert, et si les Pères nous avaient toujours dit que Jésus-Christ y avait changé l'eau en vin par sa puissance invisible, il n'y a personne qui ne dût sonnes de bon sens à juger s'il y eut jamais rien , je prendre alors cette expression pour une expression ne dis pas de plus énigmatique, mais de plus insensé, simple, et qui ne dût croire que Jésus-Christ changea que le discours de ce saint , en prenant ces exprèseffectivement l'eau en vin dans le baptême des pre- sions pour des métaphores , comme les ministres les miers chrétiens, aussi bien qu'aux noces de Cana en prennent : Ces paroles de r Apôtre, dit-il : Le calice Galilée. De même s'il n'y avait qu'un ou deux passa- de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas la ges de l'antiquité où l'on vît ces expressions , que ce communion du corps de Jésus-Christ? ne doivent pas qu'on reçoit dans l'Eucharistie est le corps de Jésus- imprimer moins de terreur que de foi dans les esprits. Christ; que le pain est fait le corps de Jésus-Christ; Car elles nous enseignent que ce qui est dans le calice qu'il est changé, converti, transélémenté au corps de est lemêmesang quiacoulédu côté du Sauveur percésur Jésus-Christ ; et qu'en tous les autres lieux où il est la croix. Le voilà entré dans la métaphore selon les parlé de l'Eucharistie il fût dit clairement que le pain ministres , et dans une étrange métaphore. Car sans n'est point changé réellement au corps de Jésus- doute pour marquer simplement que du vin est la
Christ ; qu'il n'est point fait le corps de Jésus-Christ; qu'il en devient seulement l'image et le signe, la multitude de ces expressions simples, formant une idée distincte de l'absence réelle, pourrait servir à expliquer ces autres passages rares , et rendrait ces métaphores intelligibles. Mais c'est justement tout le contraire. Ces passages, tels qu'ils soient, par lesquels les calvinistes prétendent éclaircir et déterminer ceux qui marquent une présence réelle, sont ra-
figure du sang de Jésus-Christ, il serait assez surprenant de dire que ce qui est dans le calice est le même sang qui a coulé du côté du Sauveur. Mais voyons de quelle sorte il y continue. Jésus-Christ, dit ce saint un peu après, ne s'est pas contenté de livrer son corps pour nous à la mort, mais parce que la première chair qui avait été formée delà terre, avait été privée de la vie, et assujétie à la mort par le péché, il a formé, pour lu dire ainsi , une autre substance et comme un levain ,
res, cachés, obscurs, inconnus et nullement populaires; savoir sa chair, qui, quoique d'une même nature que la
nôtre , était néanmoins exempte de péché , et pleine de
{\) Ce que dit S. Gaudence en cet endroit n'est pas proprement une métaphore, mais une explication allégorique du miracle de Cana; voici le passage entier : Ergo postquàm beatissimi apostoli fidelium minislrorum funcli officio repleverunl hijdrias crcdentium populorum aquâ venerandi baptismatis, et Domiiius Jésus invisibili virtute hanc aquam convertit in vinum , ita ut baplizali ab illis confestim divinum Spirittis in se operantis saporem repentinâ linguarum gralià testarentur. Par où il est clair que quand il dit que Dieu convertit l'eau en vin dans le baptême conféré par les apôtres, cela veut dire qu'il accomplit ce qui avait été figuré par la conversion de l'eau en vin qu'il fit aux noces dç Cana en Galiléç.
vie ; il l'a donnée à tous, afin que tous en fussent nour ris , et que, se dépouillarit de cette ancienne chair , ils pussent être renouvelés par cette chair nouvelle. Il faut remarquer que TAvôtre, parlant des Juifs , ne dit pas qu'ils sont participants de Dieu, mais seulement qu'ils sont participants de l'autel, parce cfue ce qui s'offrait autrefois sur l'ancien autel devait être consumé par le feu. Il n'en est pas de même du corps de Jésus-Christ. Et en quoi consiste cette différence ? En ce qu'il se fait une commu nication de ce même corps à tous les fidèles, et qu'ainsi no2i,t ne sommes pas participants de l'autel , mais du
èï PART. II. CHAP. III. REFUTATION DU SENS MÉTAPHORIQUE, etc. 82
corps mcHied^/esus-C/jris/. La métaphore commence à punis avec (fautant plus de rigueur que mus aurons
reçu plus de bienfaits. Autrefois les mages ont témoigné
être un peu longue , et je m'assure qu'il n'y a point de calviniste qui n'en soit importuné. Mais S. Clirysostôme n'a pas envie d'en sortir sitôt, il établit sur cette vérité l'instruction importante qu'il donne aux fidèles de ne s'approcher de ce terrible et redoutable sacrifice , comme il l'appelle , qu'avec un esprit de paix et une ardente charité, afin d'être dignes d'aller au-devant de Jésus-Christ dans les airs, quand il descendra du ciel à la fin des siècles. Puis reprenant sa prétendue métaphore : S'il est vrai , ditil, qu'il ny a personne assez téméraire pour recevoir avec incivilité et indifférence un roi qui le viendrait visiter ; mais que dis-je, recevoir un roi, qui veuille toucher ses habits avec trop de familiarité, et avec trop peu de respect, quand même il serait dans un désert, et qu'il n''aurait personne à sa tuite ; si, dis-je, personne n'est assez hardi pour loucher seulement Hiabil d'un homme, comment serons-nous assez téméraires pour recevoir en nous avec déshonneur et avec injure le corps de Dieu même, qui est infiniment élevé au-dessus de tous les rois ; ce corps qui est si pur, et en qui il ne peut y avoir la tnoindre tache ; qui a été îini et qui habile avec la Divinité; par lequel nous recevons l'être et la vie, et par lequel les portes d'enfer ont été brisées, et les voûtes des deux ouvertes ? En vérité c'est trop de métaphores, et les calvinistes auraient beaucoup de raison de dire à S. Chrysostôme, s'il avait été dans leur opinion, que sa comparaison n'est pas bien juste. Car encore qu'on touche avec moins de respect les habits d'un roi, que sa personne, on les respecte néanmoins autant et souvent davantage que son image. Mais nonobstant ces belles raisons, il ne laisse pas de continuer : Ne soyons donc pas, je vous prie, dit- il, homicides de nous-mêmes; mais approchons-nous de ce divin corps avec beaucoup de crainte, et avec une extrême pureté, et, en le considérant lorS' qu'on vous le présente, dites en vous-mêmes : C'est ce corps qui fait que je ne suis plus de la terre; que je ne suis plus captif; que je suis libre. C'est ce corps qui me fait espérer que j'entrerai un jour dans le ciel, et que je jouirai de tous les biens qui s'y rencontrent ; que j'obtiendrai la vie éternelle ; que je serai élevé à l'état des anges, et que je serai reçu en la compagnie de Jésus' Christ. La inort n'a pu détruire ce corps par les clous dont il a été percé, ni par les coups dont il a été meurtri. Le soleil voyant ce corps attaché à une croix, en a détourné ses rayons. Yit-on jamais une métaphore si longue? Mais que les calvinistes ne s'ennuient pas ; il y persiste encore, et il ajoute : Ce corps en souffrant la mort a fait déchirer le voile du temple, fendre les -pierres et trembler la terre. Voilà ce même corps qui a été ensanglanté, et qui, ayant été frappé d'une lance, a versé deux fontaines salutaires à toute la terre, l'une de sang et l'autre d'eau.... Et c'est ce corps que Jésus-
de la révérence pour ce divin corps, lors même qu'il était couché sur une crèche et dans une étable. Ces hommes infidèles et barbares ayant quitté leur maison et leur pays, firent un grand voyage pour l'aller trouver, et étant arrivés où il était, ils l'adorènut avec une crainte respectueuse et une profonde révérence. Imitons au moitis ces barbares, nous qui sommes citoyens du ciel. Us trouvèrent Jésus-Christ dans une cabane et dans une étable, et sans y voir rien de pareil à ce que vons voyet maintenant, ils s'en approchèrent avec beaucoup de respect et d'humilité. Quant à vous, ce n'est plus sur une crèche que vous le voyez, c'est ôur un autel; ce n'est plus entre les bras d'une femme, c'csl entre les maim du prêtre et sous les ailes du S.-Esprit, qui couvre les oblalions sacrées avec une multitude infinie d'esprits bienheureux qui l'environnent. Y eut-il jamais d'énigmo pareil à celui-là, si l'on explique ces paroles au sens des calvinistes ? Mais cependant nous ne sommes pas encore au bout de ces prétendues métaphores. En voici une bien terrible dans les paroles suivantes : Vous ne voyez pas seulement ce même corps que virent les mages, mais vous en connaissez la^ vertu. Excitentnous donc, soyotis saisis de frayeur, et témoignons encore plus de révérence pour le corps de Jésus-Christ^
que les mages n'en firent paraître Si nous sortons
de ce monde après la participation de ce sacrement, nous entrerons avec une grande confiance dans le sanctuaire du ciel, comme étant revêtus d'armes d'or qui nous rendent invulnérables à nos ennemis. Mais pourquoi parler des choses à venir, puisque même dès cette vie ce mystère fait que la terre nous devient un ciel? Ouvrez donc les portes du ciel, ou plutôt du ciel des deux, et vous verrezvérilablement ce que je dis. Je vous montrerai ici-bas ce qu'il y a là-haut de plus prédeux et de plus vénérable. Car de même que dans les palais des rois de la terre ce qu'il y a de plus magnifique ne sont pas les murailles ni les lambris tout couverts d'or, mais la personne et le corps du roi assis sur son trône; ainsi ce qu'il y a de plus précieux dans le ciel est le corps même du Roi du ciel, et c'est ce corps qu'il vous est permis de voir dans la terre. Je vous y montre, non pas des anges ni des archanges, non pas les deux, ni les deux des deux, mais le Seigneur et le Roi même des deux et des anges. C'ousidéret que vous voyez dans la terre ce qu'il y a de plus excellent et de plus adorable dans le ciel, et que non seulement vous le voyez, mais que vous le louchez, vous le mangez, vous l'emportez en votre maison.
Certainement un homme qui, pour faire entendre simplement que le pain est le signe sacré du corps de Jésus-Christ, continuerait dans une métaphore de cette sorte, ne serait pas le plus éloquent homme de son siècle, comme était S. Chrysostôme, mais le plus
Christ nous a donné et à tenir et à manger, par un excès impertinent discoureur qui fut jamais.
prodigieux de son amour. Approchons-nous du corps de Et ce n'est pas de S. Chrysostôme seul qu'on se •
Jésus-Christ avec beaucoup de ferveur et avec une ar- rait obligé de porter ce jugement, mais de tous les
dente charité, et n^atiirons pas sur nous la sévérité de Pères en général, puisqu'ils parlent tous de la mêuid
ses châtiments. Car il est sans doute que nous serons sorte, quand ils parlent de l'Eucharistie.
RÉFUTATION DE LA REPONSE D'UN MINISTRE
3* Les métaphores ne se prouvent point parce que ne subsistant pas pour elles-mêraes dans le discours, et tenant la place des termes simples, elles sont fausses en leur sens propre , et ne sont vraies que dans un autre sens éloigné ; ainsi on n'a garde de les prou-
S. Justin, et dans des discours faits devant de nouveau-baptisés qui n'avaient encore aucune teinture de ce mystère, comme S. Ambroise, S. Grégoire-de- Nysse, S. Cyrille-de-Jérusalem, et S. Gaudence. Les païens, qui ne savaient rien dans notre religion, et les
ver dans ce sens qu'elles présentent d'abord, parce baptisés, à qui l'on donnait les premières inslructions
qu'il est faux.
Or, les Pères prouvent fort souvent les expressions qui renferment la présence réelle ; et après nous avoir dit, par exemple, que le pain après la consécration est le corps de Jésus-Christ, ils s'efforcent de nous le faire croire par l'exemple des autres merveilles que Dieu a faites, de la création du monde, des miracles de l'Ancien et du Nouveau-Teslamcnl,du cliangement par l'usage et par le langage ordinaire, et plus elles
deTEucbarislie, ne pouvaient pas entendre ces expressions autrement que dans le sens naturel. Cependant les Pères ne les expliquent point, et jamais ils n'y continuent davantage, ils ne voulaient donc pas qu'oii les prît pour des métaphores.
T II y a des métaphores plus dures les unes que les autres, et ce sont celles qui sont moins autorisées
de l'eau en vin à Cana de Galilée, et principalement par les paroles mêmes de Jésus-Christ qui nous en assurent,
4° Les métaphores ne sont jamais un sujet de doute et d'élonnement quand on les entend , parce qu'on sait qu'il ne les faut pas prendre selon la lettre. S'il est dit que Benjamin éiait un loup ravissant ; que Jésus-Christ était un lion de la tribu de Juda ; que les vaches étaient des années; que le sang des victimes était l'alliance, quand on entend ces expressions dans leur sens véritable, on ne s'en é'.oime pas ; on ne regarde pas cela comme une chose difficile à croire ; on ne demande pas comment il se peut faire que Benjamin fût un loup, que Jésus-Christ fût un lion, que des vaches soient des années, que du sang des bêles soit ime alliance. Or, il est ordinaire aux Pères de témoigner qu'il y a lieu de s'étonner que le pain snit le corps de Jésus-Christ. Ils forment ces questions ; Commentse peut-il faire que ce que je vois soit le corps de Jésus-Chrisi? Aliud video , dit S. Ambroise, quomodo tu tnilii asseris qubd corpus Climti accipiam? Ils tâchent de fortifier les fidèles contre ces doules, en leur disant qu'il faut plus s'arrêtera la parole de Dieu qu'à ce que les sens leur rapportent.
5" On ne se sert pas de métaphores en toutes sortes de discours. Les métaphores extraordinaires ne conviennent point aux discours simples, historiques, dogmatiques. Ce sont des élancements de l'âme qui ne naissent d'ordinaire que de la chaleur de l'esprit. Or, les Pères se servent partout de paroles qui marquent la présence réelle, dans les explications les plus littérales de l'Écriture et dans des homélies les plus familières. Elles étaient ordinaires dans le langage le plus commun elle plus éloigné des ornements de l'éloquence. Qu'y a-t-il de plus simple et de moins figuré que les discours de S. Justin et de S. Grégoirede-Nysse, que nous avons rapportés? Cependant il faut que les ministres prétendent qu'ils sont pleins de métaphores plus que poétiques.
, 6' II est ridicule de se servir de métaphores devant des personnes qui, selon toutes sortes d'apparence, ne les pourraient entendre, et on est obligé au moins en ces cas de les expliquer. Or, les Pères se servent des expressions qui marquent la présence
sont dures et sans exemple, plus elles sont inintelligibles dans le sens métaphorique, et faciles à èire prises dans le sens littéral et naturel. Or, si les expressions dont les Pères se sont servis en parlant de l'Eucharistie étaient métaphoriques, il faudrait dire que ce sont Jcs plus dures métaphores dont les hommes se soient jamais servis; de sorte qu'il était impossible que les simples les entendissent dans ce sens.
Pour comprendre mieux la dureté de ces métaphores, il faut remarquer que lorsipi'il y a un rapport naturel et une ressemblance naturelle entre deux termes, il n'est pas étrange que l'on substitue l'un pour l'autre. Par exemple, parce qu'un homme en colère est semblable à une bête , on dira assez naturellement que la colère change les hommes en bétes; parce que les âmes séparées du corps sont fort semblables aux anges, on dira fort bien que l'homme après sa mort deviendra un ange ou sera changé en ange. Mais lorsqu'enlre deux termes il n'y a qu'un rapport d'institution et d'établissement , on ne substitue point ainsi les termes les uns pour les autres dans le langage ordinaire. On ne dit point, par e.\emple, que du lierre soit changé en vin, parce qu'il devient signe de vin par l'établissement des hommes. On ne dit point que l'olivier est fait et changé en paix, parce qu'il est fait signe de paix en ceux qui le portent pour cet effet. On ne dit point communément que l'agneau pascal ni la manne aient été changés et transélémenlés au corps de Jésus-Christ, parce (|ue le rapport d'institution qu'ils ont avec le corps de Jésus- Christ ne suffit point pour justifier la durelé de ces métaphores. Aubertin en cite un exemple de Bertram ; mais en n'en citant qu'un, il fait voir que cette expression est bien extraordinaire , et que la nature n'y porte guère, outre qu'il est facile de montrer que Bertram a parlé d'une manière si peu naturelle, qu'il n'est pas bon à servir d'exemple pour autoriser des expressions.
L'eau dont on lave les baptisés, le chrême dont on les confirme, sont la figure du S. -Esprit, de la charité et de la grâce. Le S. -Esprit, selon le langage des Pères, y imprime une vertu secrète pour agir sur les &mes, et pour y produire la justification et la grâce;
réelle dans des écrits adressés à des païens, comme néanmoins ni la relation de signe à la chose signifiée,