‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 25 sur 335 · PART. II. CIIAP. III. REFUTATION · texte numérisé non relu

PART. II. CIIAP. III. REFUTATION

ni l'impression de celte venu dans l'eau et dans le clirèmc, ne porte point ios Pères à dire que l'eau ou le chrême soient fait lu S. -Esprit ; qu'avant la consécraiion c'est de l'eau ou du clirème, mais qu'après la consécration c'est le S.- Esprit ; que l'eau et le chrême sont ciiaiigés , transélémcntés et convertis au S. -Esprit ; au lien que louies ces expressions leur sont ordinaires sur le sujet de l'Eucharistie, cl quVlIes composent le langage commua dont on s'est servi pour en parler.

8° Pour mieux faire voir combien il y a peu d'apparence ou que les Pères se soient portés à se servir de métaphores si dures et si obscures, ou que les peuples les aient pu entendre en un sens métaphorique, il est important de remarquer (pi'il y a deux so; les de langages : l'un que l'on peut appeler un langage de contrainte , et l'autre un langage naturel. J'appelle langage naturel celui auquel on se porte par le seul désir de se faire entendre ; et langage de contrainte celui que l'on choisit, non pas simplement pour s'exprimer, mais pour allier avec ses sentiments des expressions reçues et autorisées par d'autres. Par exemple , (juand l'Écriture et les Pères appelli-nt Jésus-Christ du nom de Dieu , de Seigneur, de principe, de (in ; qu'ils lui attribuent la puissance et la majesté divine , la création et la conservation de toutes choses ; qu'ils lui donnent le nom de Verbe, de caractère de la suhstance de son Père ; qu'ils lui déferont l'adoration, la rémission des péchés, la béalification des hommes, ils ne le font que dans le seul dessein d'exprimer ce qu'il en faut croire. Mais quand on voit les socinions se servir des mômes termes pour marquer la créance qu'ils en ont, quoiqu'ils ne soient guère propres à l'exprimer, on ne doit pas beaucoup s'en étonner, puisque c'est par contrainte qu'ils s'en servent. Ils voient ces termes autorisés dans l'Écriture et dans les premiers Pères, et il leur est important de ne paraître pas opposés à l'Écriture ni aux premiers Pères. Ainsi ils aiment mieux donner un sens violent aux mots , et parler un langage forcé , qu'ils corrompent et qu'ils expliquent ensuite à leur mode, que de faire reconnaître par la différence de leur langage la conlrariété de leurs opinions avec les sentiments des premiers chrétiens , et les vérités de l'Écriture. De même quand les calvinistes se servent quelquefois pour exprimer leur créance touchant l'Eucharistie des mêmes termes dont les Pères se sont servis, et qu'ils I * accordent que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ ; qu'ils sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ; qu'on mange véritablement le corps de Jésus-Christ, et plusieurs autres expressions qui marquent naturellement et simplement la créance des catholiques, il n'y a pas lieu d'en cire surpris, ni même de les accuser sur cela de folie. Ils y sont contraints. On voit le motif qui les y porte. Ils ne veulent pas paraître contraires à toute l'antiquité. Il leur est important qu'on croie que le langage des Pères se peut accorder avec leurs opinions,

DU SENS MÉTAPHORIQUE, etc. 86

et c'est pourquoi ils en usent quelquefois. Ils font des chapitres qui portent pour tilres que le pain et le vin sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ, et qu'ils sont changés et transférés au corps et au sang de Jésus-Christ. Us emploient les expressions les plus fortes, et les corrompent ensuite par des interprétations et des gloses violentes.

Tout cela n'est pas si étrange. Les métaphores dures et extraordinaires ne sont pas si surprenantes, quand on voit que c'est par force qu'on s'y porte. La nécessité les excuse, elles rend intelligibles.

Mais les Pères n'ont point eu celte sorte d'excuses ou de raisons. Ils n'ont eu aucune obligation ni aucun engagement à se servir de ces expressions. Ils n'avaient point d'adversaires en tôle dont ils craignissent les reproches. Ils n'avaient point cette vue d'allier les expressions anciemies avec leurs opinions présentes. Ils suivaient simplement la nature, cl ils n'avaient point d'autre but que de choisir les termes les plus propres à ex|)rimer leurs pensées, et à former dans l'espril de lem-s lecteurs l'idée véritable qu'ils dc- ■vajenl avoir de l'Eucharislie. El c'est en suivant ainsi la nature qu'ils nous ont dit que l'Eucharislie était le vrai corps de Jésus-Christ, qu'il n'en fallait point douter, et que le p;<in et le vin après la consécration étaient changés en son corps el en son sang.

Qu'on juge maintenant s'il y a de l'apparence qu'ils se fussent servis de ces expressions , cl de tant d'autres aussi fortes et aussi précises, s'ils ne nous eussent voulu dire autre chose sinon que le pain devenait la figure sacrée du corps de Jésus-Christ, et qu'il changeaiule signification el d'usage? Ya-t-il quelque chose dans notre raison el dans la coutume du langage humain qui nous puisse porter à des termes si éh)ignés de ce qu'on veut faire entendre? Et ne devrait-on pas condamner d'extravagance et de folie ceux qui , pour cxpiinier des pensées si communes el des sentiments si faciles à faire concevoir aux plus simples, choisi raient des manières de parler si extraordinaires et si trompeuses?

On prie l'auteur de la réponse de nous dire de honna foi et avec cette sincérité qu'il recommande aux autres en plusieurs lieux de sou écrit, s'il croit qu'un Brésilien ou un Chinois ftii bien instruit dans la créance réformée par un homme qui se contenterait de le catéchiser en ces termes : Notre- Siigneur, dans lu nuit où il fut livré a ses ennemis, ayant pris du pain el rendu grâces à Dieu son Père , il le rompit el le donna à ses disciples, en leur disant : Prenez, mangez, ceci esl mon corps. Ensuite il prit le calice, cl rendant grâces leur dit : Ceci est mon sang. Puis donc qu'en parlant du pain il il déclaré que c'est son corps, qui osera jamais réooquei en doute cette vérité ? El puisqii'en parlant du vin il a assuré si positivement que c'est son sang, qui jamais en pourra douter, et osera dire qu'il n'est pas vrai que ce soit son sang? Jésus-Christ étant autrefois en Cana de Gali^ lée, il y changea de l'eau en vin par sa seule volonté ; et nous estimerons qu'il n'est pas assez digne pour nous faire croire sur sa parole au'il ail changé du vin en son sana ! Si

si RÉFUTATION DE LA RÉi>ONSE D'UN MINISTRE S3

ayant été invité à des noces humaines et terrestre$, il (il ce conclure nécessairement qu'ils n'ont point eu d'autre

miracle sans que personne s'y aiiendît, ne devons-nous créance que celle des callioliques.

pas reconnaître encore plutôt qu'il a donné aux enfants 9° Car c'est encore une des règles dont les hom-

de r Époux céleste son corps à inanger el son sang à boire , mes se servent, sans même qu'ils y pensent, pour re-

afin que nous le recevions comme étant indubitablement connaître les expressions simples des métaphoriques,

son corps et son sang? Car sous respèce du pain il nous qu'on ne doit point prendre pour métaphores celles

donne son corps , et sous l'espèce du vin il nous donne son sang , afin quêtant faits participants de ce corps el de ce sang, nous devenions un même corps et un même sang avec lui. Car par ce moyen nous devenons, pour le dire ainsi, des porte-christs dans nos corps, lorsque nous recevons dans notre bouche et dans noire estomac son corps et son sang. C'est pourquoi je vous conjure , mes frères, de ne les plus considérer comme un pain commun et un vin commun , puisqu'ils sont le corps et le sang de Jésus-Christ. Car encore que les sens vous rapportent que ce rCest que du pain et du vin, la foi vous doit confirmer dans la vérité que je vous dis. Gardez-vous bien d'en juger par votre goût ; mais que la foi vous fasse croire avec une entière certitude que vous avez été rendus dignes de participer au corps et au sang de Jésus-Christ. Qu'il nous dise sincèrement quel jugement il ferait de ce catéchiste, ou plutôt quel jugement en ferait une compagnie de simples calvinistes qui, étant très-bien instruits des articles de leur créance, ne seraient pas néanmoins assez habiles pour reconnaître que ces paroles sont celles de S. Cyrille de Jérusalem ? Peut-on douter qu'ils ne prissent ce prédicateur pour un catholique très-zélé, qui voudrait instruire ces infidèles dans la foi de l'Église romaine? Que si on les assurait néanmoins que cet homme fût calviniste, et qu'il n'a voulu dire autre chose par tout ce discours, sinon que le pain et le vin étaient les ligures sacrées du corps et du sang de Jésus-Christ , et qu'en les prenant on s'unissait par la foi à Jésus-Christ qui est dans le ciel, en vérité il faudrait qu'ils fussent bien modérés pour s'empêcher de répondre que ce prédicateur est donc un mal habile homme de s'exprimer en sorte qu'il fait justement comprendre tout le contraire de ce qu'il pense, et jette les hommes dans l'erreur, au lieu de les instruire de la vérité ?

Cependant ce prédicateur que tous les simples calvinistes prendraient sans doute ou pour un catholique très-zélé , ou pour le plus impertinent des hommes , est, comme nous avons dit, S. Cyrille, patriarche de Jérusalem, et ces expressions qu'ils jugeraient ou catholiques ou extravagantes , sont les propres paroles de ce saint, et non seulement de ce saint, mais de tous les Pères. C'est le langage commun de toute l'antiquité. C'est la manière dont on enseignait aux plus simples ce qu'ils devaient croire de l'Eucharistie. Ou ne leur a point parlé d'une autre sorte, et ils ne parlaient point eux-mêmes d'une autre manière quand ils en parlaient : de sorte qu'il faut conclure nécessairement ou que tous les Pères et tous les fidèles de l'ancienne Église ont été catholiques dans leurs sentiments, ou qu'ils ont été extravagants dans leurs exl'rcssions, et parce qu'on ne peut dire en aucune sorte :iu"iis aient pnrlé d'une manière extravagante , il faut

qui nous obligeraient à conclure que celui qui s'en sert a parlé d'une manière déraisonnable et contraire au bon sens.

Cette règle n'est pas entièrement certaine lorsqu'il s'agit de quelques passages d'un auteur particulier , parce qu'il n'y apoint d'auteur si exact et si circonspect qui ne parle quelquefois d'une manière moins exacte, et que l'on peut dire fausse et trompeuse. Mais elle est entièrement certaine et indubitable quand il s'agit du langage de plusieurs personnes, et même de toute l'Église en divers siècles, et elle est tellement vraie qu'on ne la pourrait nier sans ébranler toute la religion. Car s'il était permis de supposer que toute l'É- 45lise se pût accorder à se servir d'un langage faux, trompeur et contraire à la nature et à la raison, il est visible qu'il serait absolument impossible de prouver rien par l'autorité de la tradition, puisqu'il n'y a rien qui ne se puisse détourner à quelque sens ridicule, et que ces sens ridicules deviendraient probables par cette supposition. Ainsi c'est un principe de religion aussi bien que de sens commun qu'un grand nombre d'écrivains ne s'accordent jamais à parler d'une même chose d'une manière contraire au bon sens, et qui porte à des sentiments éloignés de leur pensée. Et ce principe n'est qu'une suite de ce que les hommes sont raisonnables, n'étant pas humainement possible que plusieurs hommes raisonnables parlent ordinairement et fréquemment d'une manière déraisonnable.

Mais parce que la raison des hommes est bornée, et qu'elle est sujette à s'éblouir, et à souffrir des obscurcissements passagers, on doit établir un autre principe, qui est une suite naturelle de l'infirmité humaine, savoir qu'il échappe aux auteurs les plus exacts quelques expressions moins exactes, et qui, pouvant d'elles-mêmes porter à l'erreur, ont besoin d'être redressées par la foule des expressions plus exactes ou du même auteur ou des autres.

Le premier de ces principes sert à prouver invinciblement toutes les vérités de la religion chrétienne, et principalement le mystère de l'Eucharistie, n'y ayant rien de moins raisonnable que les expression* ordinaires des Pères sur ce mystère, si on ne les explique dans le sens des catholiques. Et le second sert à répondre à quelques lieux difficiles qui se trouvent dans les Pères sur le sujet de l'Eucharistie et sur les autres articles de la foi. Sans le premier on ne peut prouver nulle vérité, comme nous l'avons montré, et sans le second on ne peut défendre nulle vérité, n'y en ayant aucune que l'on ne puisse combattre par quelques paroles obscures des anciens Pères.

Je sais bien qu'une des principales choses que le ministre Auberlin a tâché de faire dans son livre, est de montrer qu'il n'est point ridicule de donner aux

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Ôf)

passages des anciens Pères qui semblent marquer une présence réelle, le sens métaphorique que les calvinistes y donnent, et que dans ce dessein il a ramassé avec un très-grand soin toutes les expressions métaphoriques des anciens Pères qu'il a crues semblables à celles qu'il a dessein d'expliquer, afin de montrer en les comparant avec des paroles semblables, et qui sont certainement métaphoriques, qu'il n'y a pas d'inconvénient de les prendre aussi dans un sens métaplinrique. S'il s'agit, par exemple, de quelque passage d'un Père où il soit dit que le pain est changé au corps de Jésus-Christ, il en proposera plusieurs autres où il est dit que les hommes sont changés en bêles par l'avarice ; que la grâce du baptême nous change en une nature divine ; que les hoinmes seront changés en anges par la mort ; que dans le baptême que les apôtres donnèrent aux premiers chrétiens, Jésus- Clu'ist changea l'eau en vin, et il croit par la comparaison de ces expressions avoir rendu inutiles celles dont les catholiques se servent, et avoir pleinement montré qu'elles se peuvent aussi bien expliquer en un sens métaphorique que celles avec lesquelles il les compare.

Mais, outre que dans tous ces exemples il n'en propose aucun où il soit dit qu'un signe d'institution et

reiice qui est entre ces expressions que ce ministre nous représente comme semblables : c'est que les expressions dont les catholiques se servent pour la présence réelle ont tellement l'apparence d'expressions simpleset naturelles, qu'elles ontélé prises ainsi par toute l'Église, selon les ministres mêmes, depuis cinq cents ans ; au lieu que celles qu'ils proposent comme pareilles à celles-là n'ont jamais été expliquées par qui que ce soit autrement que dans un sens métaphorique, n'y ayant personne, par exemple, qui se soit imaginé que les hommes sont réellement convertis en bêtes par l'avarice , quoique S. Chrysologue l'ait dit; ni que le baptême change véritablement les hommes en Dieu , quoiqu'un autre Père ait parlé de cette sorte ; ni que les eaux dont les premiers chrétiens furent baptisés aient été converties en vin, comme il est dit dans le passage de S. Gaudence. De sorte qu'il faut qu'ils disent que les unes ont trompé toute la terre, et que les autres n'ont jamais trompé personne; ce qui est la marque la plus sensible de la plus grande différence qu'on se puisse Imaginer.

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