‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 308 sur 335 · LIV. XU. DISSEUTAïlON SUIl LE LIVRE DE BEP.TUAM · texte numérisé non relu

LIV. XU. DISSEUTAïlON SUIl LE LIVRE DE BEP.TUAM

llièse de l'opinion que Berlrain combat? Ces gens qu'il rélule enseignaient, qu'il n'y avait point de diflercnce entre le sacrement , c'est-à-dire le voile , et le corps de Jésus Christ. Et Bertram prouve par S. Augustin que le sacrement est distingué du corps de Jésus- Christ et n'est appelé le corps de Jésus-Christ qu'en figure. C'est ce que dit Bertram dans ce passage, et ce n'est point de quoi il s';igil. Il s'agit si ce voile et ce sacrement, qui est te corps de Jésus-Christ en figure et en signe , ne contient point intérieurement le corps même de Jésus-Christ ; si la foi ne l'y découvre point par une vue non imaginaire, mais véritable, et qui çoimaît ce qui est. C'est ce que ce passage ne dit pas ; et c'est ce que Bertran» dit en d'autres lieux par d^'S expressions très-forles, et qui siguilient naturellement la foi catholique , quoi()u'il en corrompe peut-être le sens par des explications forcées.

BerlMm a donc raison d'enseigner en ce passage que les sacrements pris pour les seuls signes, pour les seuls voiles (car c'est ainsi qu'il a dû prendre nécessairement ces termes dans celte dispute) sont appelés le corps et le sang de Jésus Christ à cause de la ressemblance qu'ils ont avec les choses qu'ils signifient, comme la pâque et la résurrection de Jésus-Christ sont appelées du nom des jours où, ces mystères se sont accomplis , encore que Jésus-Christ n'ait souffert et ne soit ressuscité qu'une seule fois en soi-même.

11 a raison de dire avec S. Augustin que de même nous disons que le Seigneur est immolé, lorsqu'on célèbre te sacrement de la Passion , bien qu'il n'ait été immolé qu'une fois pour le salut du monde; puisqu'en prenant le terme d'immolaiion pour l'action du sacrifice qui prive de vie la vicUme, l'immolalion mystique et non sanglante de Jésus^Christ dans le sacrement n'est que la ligure de la mort actuelle par laquelle Jésus-Christ a consommé son sacrifice. C'est un langage propre et nécessaire dans la question qu'il traitait, où il s'agissait de distinguer le sacrement pris pour le signe extérieur du corps de Jésus-Christ même, contre ceux qui les confondaient; étant bien certain que dans ce sens il n'est le corps de Jésus-Christ qu'en figure et improprement.

Les auteurs le plus certainement catholiques ne parlent pas autrement, et la glose du décret dit expressément {de Consec, disl. 2, hoc est) que le sacrement, c'est-à-dire le signe et le voile, n'est le corps de Jésus- Chrisl qu'improprement. Et Thomas Yaldensis enseigne dans un article exprès (de Sacram. Euch., quœst. 62, p. 87, fol. verso) que ce que l'on voit de blanc et de rond n'est pas le corps de Jésus-Christ ; de sorte que l'on ne doit pas s'étonner de ce langage dans Facun- Jus, ni dans S. Augustin, et encore bien moins dans .Bertram, qui y était obligé par la question même qu'il «railait.

Le quatrième passage n'est pas plus fort en soi , mais il est fortifié par un assez grand nombre de falsifications. M. Claude supprime d'abord ces paroi îs qui en sont la clé, et qui en déterminent le sens : Dicanl oui nihil h'tc volunt secundiim interiits latentem ve-

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rtlatem accipere, sed lolum quod appnret miblliler œstimare , qui font voir que Bertram réfute d'autres gens que Paschase, à qui l'on ne peut imposer sans lolio qu'il ne reconnaissait rien dans le sacrement que ce que les yeux 7 voyaient. Il supprime ces autres paroles : I Secundiim quid commutatio facta ? t Selon quoi te changement est-il fait? qui marquent qu'il était constant entrt les deux partis qu'il y avait un changement dans l'Eucharistie; mais que les uns le voulaient extérieur et visible, ce qu'ils appelaient corporel, et que Bertram ne le voulait qu'invisible , ce qu'il appelle spirituel.

Après ces suppressions, M. Claude propose ce que dit Bertram en ces termes : Ces créatures, à l'égard de leur substance, sont après la consécration ce qu'elles étaient auparavant. Elles étaient du pain et du vin , et l'on voit qu'elles demeurent en celte même espèce. Le changement qui arrive donc ici est interne par la puissance du S. -Esprit. Ce que la foi regarde nourrit l'âme , et lui communique une substance de vie éternelle.

On peut premièrement avertir en passant M. Claude que les dernières paroles sont mal traduites. Car il y a dans le latin : Est ergo inleriùs commutulum, quod fides aspicit , animam pascit , œternœ viiœ substanliani subminislrat; ce qui se doit traduire ainsi : Ilya donc quelque chose de changé intérieurement , que la foi regarde, qui nourrit l'âme, et qui lui communique un somtien et une force qui la conserve dans l'éternité.

On le pepit avertir en second lieu que les premières ne le sont guère mieux. Car 11 n'y a pas, comme M. Claude le suppose : Secundiim creaturarum substanliani , quod fuerunt ante consecrationem , hoc et postea sunt; il y a consistunt; ce qui signifie une consislaiice extérieure à l'égard des sens, et ne marque autre clioso sinon que nos sens aperçoivent toujours le même objet, qu'ils n'y voient rien de changé. Et que M. Claude no fasse pas de force sur le mot substance , secundiim creaturarum substantiam , comme si ces paroles marquaient précisément que la substance intérieure de pain demeure; car ces paroles sont expliquées dans ce passage même par celles-ci : Panis et vinum prias exlilêre; in quâ etiam specie jnm consecrala permanere videnlur in specie panis, etconsistere in subslantià panis, sont la même chose dans le langage de Bertram , et ne signifient autre chose sinon qu'il ne se fait aiicuii cliaiigement visible et corporel de l'objet sensible. S'il admet ou n'admet pas en effet la transsubslantiaiion, c'est une autre question ; mais ce n'est pas par ces paroles qu'il le faut prouver. La fin du passage fait voir évidemment que par le mot substanlia il n'entend pas toujours la matière, ni le sujet des accidents. Car cette expression œternœ vitœ substantiam subnii^ nisirat ne signifie nullement que l'Euchariste fournit la matière de la vie éternelle. Le mot de subuuniia se prend donc à peu prés dans la première partie du passage comme dans la dernière, avec celle seule différence, que dans la dernière il est appliqué à une chose spirituelle, et ainsi il signifie ce qui entretient l'âme, ce qui la soutient, ce oui la mainticiil dan> so»»

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él;«t; el dans la première partie étant appliqué à une chose extérieure et sensible, il signifie Tétat sensible de celle ciiose corporelle , comme permanent cl subeistarit. Et par-là il est visible qu'on ne peut rien conclure de ce passage , et que M. Claude n'est pas heureux dans le choix qu'il en a fait.

Enfln le dernier passage prouve aussi peu que les autres, puisqu'il ne marque autre chose que la diiïérence entre le sacrement , l'aniilype ou le voile , el le corps naturel de Jésus-Christ ; et qu'il ne faut que se souvenir que le but de Berlram est de réfuter des gens qui disaient qu'il n'y avait rien de cacbé, rien de figuratif dans rEucharistie : Niliil abdiium, niliil opertum, qui totum quod apparet visibiliter œsthnabanl. C'est donc pour réfuter ces gens que Berlram dit que le pain qui est appelé le corps de Jésus-Christ el le calice qui est appelé son sang sont des figures, parce que c'est un mystère, el qiCil y a grande différence entre k corps quiesl par mystère, et le corps qui a souffert, qui a été enseveli, qui est ressuscité. Celui-ci est le propre corps du Sauveur, auquel il n'yani figure, ni signification, mctis Nvidence de la chose même. Les fidèles désirent de jouir de sa vue, parce qu'il est notre chef, et qu'en sa vue consiste le rassasiement de nos cœurs. Car le Père et lui ns sont qu'un : ce qu'il faut entendre non à l'égard du corps que le Sauveur a pris, mais à l'égard de la plénitude de la aivinité qui habite en Jésus-Christ homme. Mais le corps mystique est une figure non seulement du corps propre de Jésus-Christ, mais aussi du peuple fidèle. Car il porte la figure de l'un et de l'autre corps de Jésus-Christ ; c'est à-dire de Jésus-Clirist qui est mort et ressuscité, et du peuple qui a pris en Jésus-Christ une nouvelle naissance par le baptême, et qui a été vivifié d'entre les morts, elc. A quoi il faut ajouter que ce pain et ce calice qui sont appelés le corps et le sang de Jésus-Christ sont un mémorial de la passion ou de la mort du Seigneur, comme il s'est expliqué lui-même dans l'Evangile, disant : Faites ceci en mémoire de moi.

Il faudrait copier tout le livre , dit M. Claude , si l'on voulait produire tout ce qu'il y a de formel contre la transsubstantiation. Mais en vérité si ce livre no contenait autre chose que cela, il en pourrait copiiM- lanl qu'il voudrait , sans donner des preuves que de son peu de discernement; puisqu'il no faut qu'cnicndre quelles sont les questions qui soni Iraiiécs dans ce livre pour n'y trouver aucuiic diKicullé. Et c'est pourquoi je pense avoir satisfait déjà à une partie de ia promesse de l'auteur de la Perpéiuitc , en faisant voir que les avantages que M. Claude a prétendu lircr de ce livre sont si mal fondés , que les [)assagcs qu'il

écrivains orthodoxes, puisque M. Claude a si mal réussi à l'en séparer. Mais pour moi je crois que la sincérité demande qu'on ne tire pas avantage de la faiblesse de son adversaire. Il faut juger des livres par les livres mêmes , et non par les senlimenis que les autres en peuvent avoir. Or en considérant ainsi celui de Berlram, je me sens obligé de reconnaître qu'il est difficile de juger quelle a été en eflel son opinion sur l'Eucharisiie. De sorte que je ne trouve nullement étrange que les personnes de lellres aient élé partagées sur son sujet, et que les uns l'aient pris pour catholique , les autres pour sacraraentaire.

Ce ne sont pas les passages de .M. Claude qui sont le fondement de ce doute. Il n'a pas seulement vu la difficulté, il s'est imaginé sans raison que Berlram combaliaii directement Paschase et la présence réelle; ce qui est très-faux. Mais voici ce qui fait !e plus grand end)arras et la plus grande obscurité de ce livre.

Il est certain que Berlram considère deux choses dans l'Eucharistie, l'une extérieure, l'autre intérieure; il est certain qu'il admet un changement; il est certain qu'il dit que celle chose intérieure est le corps de Jésus-Christ : Ille panis qui per saccrdotis ministerium Chrisli corpus efficitur , aliud exteriùs humanis sensibus ostendit , et aliud inlerOis fidelium mentibus clamât. Exteriixs quidem panis quod ante fuerat forma prœtenditur, cclor ostenditur , sapor accipitur. Asl interiiis longé aliud, multb preliosius , multbque excellentius intimatur ; quia cœleste , quia divinum; id est , Christi corpus ostendikir, quod non sensibus carnis , sed animi fidelis intuitu , vel aspicitur, vel accipitur , vel comeditur. • Il dit la même chose du symbole du vin : Quîd enim aliud in superficie quàm substantia vini conspicitur ? Giista , vinum sapit ; odora , vinnm rcdolej. ; inspice , vini color intnetur : at interiiis si considères , jam non liqnor vini, sed liquor sanguinis Chrisli credentium menlibus , et sapit dhni guslalur , el agnoscitur dimi conspicitur, et probatur dinn odoratur, elc.

Il comprend l'un el l'autre généralemen t par ces paroles : l'Jxtcriits igitur quod apparet non es' ipsares, sed imago rci ; mente verb quod senlilur et inlelligltur,veritas rei.

Il est certain que jusque-là ces expressions sont U'ès-favorables aux catholiques : car encore que les calvinistes les aient corrompues el les aient détournées à des sens faux , il est visible que dire que l'on voil le corps de Jésus-Christ par les yeux de la foi dans rEucharistie, c'est dire qu'il y est réellement etvérilablemonl. Car la foi ne voit que ce qui est : la foi est une lumière toute vci"ilab!e; elle n'e-^t point trompeuse, elle ne sent, elle ne voit, elle ne prend , elle ne goûte

en produit ne prouvent rien moins que ce qu'il que ce qui est. Voyez ««peu, dit S. Bernard (Serm. 3,

prétend.

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