CHAPITRE III
Quil est certain que M. Claude n'entend point le livre de Bertram.
M. Claude se tient si assuré que Bertram est manifestement pour les calvinistes, que la promesse que l'auteur de la Perpétuité fait de montrer que cela n'est ni clair ni certain, lui cause une de ces convulsions de rhétorique qui lui sont assez ordinaires, et qui l'empêchent de faire réflexion à ce qu'il dit : L'A«/«Mr, dit-il (p. G25), nous assure quil nous fera voir quand nous voudrons que Bertram a cru la transsubstantiation et la présence réelle. C'est déjà une fausseté ; car l'auteur de /a Perp^aaV^ n'a jamais fait cette promesse. Il s'est contenté de dire qu'il montrerait quand on voudrait qu'il n'est point clair qu'il l'ait niée. Il sait distinguer entre les choses certaines et incertaines; il les place chacune en leur rang ; il fait scrupule d'assurer témérairement les choses dont il n'est pas enlièrcmont assuré. Mais M. Cladde n'est pas si exact dans ses paroles ; et il était difficile qu'il le fût dans l'humeur où il était, dont on jugera parce qu'il ajoute. En vérité, dit-il, c'est un défaut assez étrange que de prendre trop de confiance en son esprit. Car dès qu'on en a, il n'y a rien dont on ne se croie capable. On tourne tout, on élvde tout, on espère de donner des couleurs à tout. Il n'y a rien de si clair quon ne l' enveloppe de mille difficultés, ni rien de si certain qiCon ne réduise en problème.
seaux et voler les poissons, ni de confondre le ciel et la terre, ni d'obscurcir le soleil, puis(iu'il ne faut que montrer que M. Claude n'entend point du tout le livre de Bertram, qu'il ne comprend pas seulement l'étal de la question qui y est trailéo , et qu'on n'en pouvait pas parler avec moins de luuiière qu'il ne fait. El c'est une chose bien facile.
Je puis dire même que je l'ai déjà prouvé par avance dans le huitième livre ; car on y a fait voir par des preuves convaincantes que Berlram n'a jamais attaqué direciemenl P?schase, comme M. Chuide le prétend ; que ce nx-s^ point lui qu'il réule ; que la question qui lui avait été proposée par Charls-lc-Chauve, n'était point Celle de la présence réelle ; que cette division des (idèles dont il parle, n'était point entre des gens dont les uns la soutinssent, les autres la niassent ; et enfin , que Bertram n'entreprend que de justifier deux points très-véritables en soi : l'un, qu'î7 y a une figure dans l" Eucharistie ; que le corps de Jésus-Clirisl uy est point découvert; c'est-à-dire, qu'il n'a point en soi la forme et les accidents du pain et du vin; qu'il n'est point blanc, rond, rompu, brisé, divisé, comme le prétendaient ceux contre qui il écrit ; et qii';iinsi il y a quelque chose dans ce mystère outre ce (jno nous voyons, qui n'est aperçu que par les yeux de la fdi ; et le second, qui est une suite du premier, (jue cet objet sensible qui frappe nos sens, est distingué du corps naturel de Jésus-Christ tié de la Vierge, que l'on conçoit au-dedans; c'est-à-dire, que le sacrement n'est pas la chose du sacrement, et que le voile n'est pas la chose voilée et couverte de ce voile. C'est ce qui paraît par la proposition même qu'il en fait. Quod in Ecclesjà ore fidelium sumitur, corpus et sanguis Christi quœrit veslrœ magnitudinis excellentia in mysterio fiât, an in verilale; Faut-il prouver que le soleil n'éclaire pas en plein midi, id est, utrùm aliquid secreti contineat quod oculis fidei ou que le ciel et la terre ne sont qu'une même chose; ces solummodb pateut; an sine cujusqiiam velatione mysterii génies si élevés ne trouvent pas cela difficile. Ils savent hoc aspectus intueatur corporis exteriUs, quod mentis le secret de faire nager les oiseaux et de faire voler les visus inspiciat inleriiis?
poissons; ils aplanissent les montagnes, et ils comblent les vallées; rien n'échappe à la force de leur imagination. Ils ont plus de formes pour changer les choses, que le Protéedes poètes n'en avait pour se changer soi-même, et plus de couleurs qu'on n'en a donné aux caméléons. Je suis toul-à-fail fâché pour M. Claude de ce qu'il
On y a fait voir que ces deux points étaient effectivement niés par des catholiques de ce temps là, eî qu'il y en avait qui portaient la doctrine de la transsubstantiation jusqu'à dire qu'il n'y a point du tout de voile et de figure dans l'Eucharistie ; que l'objet de la foi n'était point distingué de l'objet des sens; eli^u' il
PERPÉTUnË DE LA FOI TOUCUANT L'EUCnARISTIE.
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n'y avnlt aucune différence entre l'exlci leur et Tinlérimr dn sacrcnrienl, iriais qne Toii vnyail H que l'on î. !i' h;n pn priment le corps iiiême de Jésus-Clirisl. t:i l'o: peut recueillir de divers lieux de cet ouvrage (jiic celle opinion, quoique dilficili', tombe néanmoins assez naturellement dans l'esprit, puisqu'il semble que c'est celle d'Anasiase Sinaïle, et de ces auircs Grecs qui ont dit depuis que le corps de Jésus-Cbrist était corruptible dans l'Eucharistie; de sorlc qu'il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il se soit trouvé dos gens au neuvième siècle, qui aient conçu l'Eucliarislie en la manière qu'elle 2 élc conçue par phisietns Grecs.
On y a l'ait voir enfin que Pascbasc condanmc aussi bien que Bertram ces deux opinions; qu'il soutient que ce que nous voyons immédiatement est une figure et une représentation du corps de .lésus-Christ, et que ce n'est pas le corps de Jésus-Clirist même. Est cntem figura vel characler hoc qnod externis senlilur ; sed tolum verilas et nidla adumbralio hoc quod inlerms percipilur. (De Corp. et Sang. Dom., c. A.)
Il s'ensuit de là qne dans les passages où Bertram ne fait autre chose que condamner ces opinions, il est absolument conforme h Pascbase, et il ne dit rien de contraire à la transsubotantiation cl à la présence réelle.
parence extérieure : Selon, dit-il, Ccspèce de la créature, et la forme des choses visibles, le pain et le vin nonl rien de changé : « Secundiim speciem namque crealitrœ, forniamqne rerum visibilium, tUrumque , hoc est, panis et vinum, nihil habent in se permutaliim. » Ce qu'il avait exprimé un peu devant en ces termes : Nihil enim hic lactu , vel cclore, vel sapore permulatum esse deprehenditur. Mais s'ensuit-il de là (ju'il n'admette point de cliangomenl intérieur? Nullement. Et il es-î certain, au contraire , qu'il en admet un , au moins en paroles, pour se conformer an laiignge de l'Église.
Car il admet une différence entre l'intérieur et l'extérieur de l'Eucliarislio : Exleriiis quidem panis quod anle fiterat forma prœlenditur, color ostenditur , sapor accipitnr. Ast interiiis longé uinid mullbque prctiosius, muUbque cxcellentius inlimatur, quia cœleste , quia divinum, id est , Clnisti corpus ostenditur , quod non sensibles carnis, sed animi fidelis contuilu vel aspicilur, vel accipitur , vel comeditur.
Le passage tjue M. Claude propose ensuite n'est pas plus propre pour établir ce qu'il prétend.
H'tc jam, dit Bertram , suboritur quœstio, quam plurimi proponenles , loquunlur non in figura , sed in vert" late illa fieri. Car il est clair par Bei tram que ces gens dont il parle entendaient ces paroles en ce sens , qu'il
Cependant il se trouve que tous les passages que n'y avait aucune figure ni aucun voile dans l'EucIiari- M. Claude produit pour montrer que Berlram combat slie , et que l'objet des sens et celui de la foi n'étaient la transsubstantiation, ne contiennent autre chose que point distingués; c'esl-à-dire que le corps de Jésus-
rimprobation de ces deux opinions, comme il est facile de le faire voir par les passages mêmes.
Le premier passage de Bertram qu'il produit est celui-ci : Je demande à ceux qui ne veulent point reconnaître ici de figure, et qui veulent que tout s'y passe simplement et en vérité ; je leur demande , dis-je , à quel
Christ était vu par les yeux aussi bien que par la foi. Hoc, disaient-ils , aspectus intuetur exteriits, quod mentis visus inspiciat interiùs. C'est ce qu'ils appelaient être fait en vérité ; et c'est pourquoi ils définissaient la vérité en cette manière : Verilas est rei manifestœ demonslratio , nullis umbrarum imagiidbus obvelatœ. Et toute
égard a été fait le changement, afin que ce ne soit plus figure, ou de paroles, ou de choses, était contraire,
du pain et du vin, comme c'était auparavant, mais le selon eux, à celle vérité.
corps et le sang de Jésus Christ? Car selon l'espèce de la C'est pour réfuter celle pensée que Bertram dit : St
créature, et la forme des choses visibles , si le pain et le secundiim quosdam nihil h'tc figuratè accipitnr, sed to-
vin n'ont rien changé en soi , et ils n'ont souffert aucun tum in verilate conspicias , nihil hïc fiaes operatur, quia
changement , ils ne sont donc pas autre chose que ce nihil lue spiriiuale geritur , sed totum in verilate con-
qu'ils étaient auparavant. spicitur.
Mais ce passage prouve tout le contraire de ce que C'est de celte opinion qu'il conclut que l'Eucharistie
prétend M. Claude ; car 1° ces gens à qui Berlram fait ne serait pas un mystère si elle était sans aucune figure,
celle quesliou , et doni il dit qu'ils ne voulaient point puisqu'elle n'aurait rien de caché, rien d'éloigné des sens
reconnaître de figure dans l'Eucliarislie, ne sont point corporels , rien de couvert d'un voile ; ce (jui serait dans
Pascliase et ses disciples, qui disaient formellement le contraire. Celaient des gens qui disaient que le corps de Jésus-Christ avait en soi la forme de pain el du vin ; et qu'ainsi il n'y avait point de différence entre ce qui était vu et ce qui était conçu par la foi. Or prouver que celte opinion n'est pas véritable, comme fait Bertram , aussi bien qne Pascbase, ce n'est pas combattre la présence réelle.
Dire , comme Bertram fait en ce lieu , qu'il ne s'est point fait de changement extérieur, c'est-à-dire que ro))jet des sens n'esl point changé, n'est pas nier qu'il ne s'en fasse point d'intérieur et de caché à l'égard de la substance. El eu effet, les termes dont il se sert rfmreignenl netiement le changement qu'il nie à Tap-
ie dernier degré d'impertinence , si l'on supposait que Bertram eût écrit ces paroles contre l'opinion de Pascbase , qui enseigne expressément que Jésus-Chrisl est caché dans ce mystère , qu'il est éloigné des sens, et qu'il est couvert d'un voile.
Après ce passage, M. Claude propose celui-ci , qui est une réflexion que Bertram fait sur un passage de S. Augustin : Cernimus quod S. Anguslinus dicit, aliuà sacramenta, et aliud tes quarum sunt sacramenta; cor' pus quidem in quo passus est Christus , et sanguis ejus qui de latere fluxit , tes sunl , harum verb rerum myste via dicit esse sacramenta corporis et sanguinis quœ celé brantur ab memoriam do'.ninicœ passionis.
Qu'est ce qu'il y a de difficile en ci ia , selon l'iiypo-
ilGl