‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 310 sur 335 · LIV. XII. DISSERTATION SUPx LE LIVRE DE BEUTRAM · texte numérisé non relu

LIV. XII. DISSERTATION SUPx LE LIVRE DE BEUTRAM

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renient le corps ilc Jésus-Ciirist dans rEucIiaristie . on dil f|u'il y esl vérilablcnicnl et réellement, piiisqn'il y est l'objet de la plus certaine et de la plus véritable de toutes nos connaissances.

Et en efTet , Bertram se sert dans ce même lieu de la connaissance de la foi pour marquer une connaissance véritable qui a pour objet la réalité. 11 dit qu'il y a deux cboscs dans le baptême : l'une qui est l'objet des sens, l'autre qui est l'objet de la loi. 11 suppose aue l'une et l'autre est réellement dans le bapicnie : Cognoncilur ergo in isto foule el inesse qjwd corporis seiisus atlingal , et idcircb uiulabilu algue corruplibite ; el rursiis inesse quod fides sola conspiciat, et ideb nec corrumpi posse , nec vitce discrinien accipere. Si requiras quod superficie tenus lavât , elementum est ; si verb pcrpendas quod inlerihs purgat , virlus vitalis est , virlus sanctificalionis , virlus immortalitatis.

Si donc , selon Berlram , le corps de Jésus-Cbrist est dans l'Eucharistie , comme la vertu de guérir les âmes est dans le baptême, il y est réellement puisque la vertu de guérir l'âme est , selon Bertram , réellement dans l'eau du Baptême. C'est pourquoi le même Berlram semble ne reprendre dans la foi de ceux qu'il combat que ce seul point, qu'ils voulaient que le corps et le sang de Jésus-Christ fussent visibles. Car après avoir proposé leur opinion en ces termes : Hïc etiam surgit auditor, et dicil corpus esse Clirisli quod cernilur , et sanguinem qui bibilur , nec quœremhun quomodb factum sit, il appouve ce sentiment en disant: Denè quidcni seniire videris ; mais -aiycc exception de la visibilité du corps de Jésus-Christ. Sed si vini verborum diligentcr inspexeris, corpus Chrisli quidem, sanguinemque (ideliler credis. Sed si perspiceres, non crederes, quia quod credis nondiim vides; nam si videres, diceres : Viaco, non diceres : Credo corpus sanguincmque esse Clirisli. Nunc aiitem quia fides totiim quidquid illud est aspicit , et oculus carnis niliil appreliendit , intellige quod non in specie, sed invirtute corpus et sanguis Clirisli existant quœ cernuntur.

Ce lieu, ce semble, explique ce que c'est, selon Ber ■ tram, qu'être le corps de Jésus-Christ en vertu. C'est ne l'être pas aux yeux du corps ; c'est ne l'être pas in specie; c'est l'ctre connnc objet de la foi, qui est d'elle-même toujours véritable ; c'est l'être d'une manière réelle , mais iiivi>)il)le, comme les vertus et les facultés qui sont dans les choses sans y être vues; c'est l'être non visiblement, connnc il dit lui même, :nais par l'eflicace invisible du S. -Esprit : Non qui dem visibililer, sed opérante invisibililcr Spiritu sancto. Et par-là on pourrait ex|)li(iucr quantité d'expressions ambiguës , qui sont d'elles-mêmes capables d'un bon sens , comme quand il dil que le changement ne se fait pas corporellement, mais spirituellement; qu'il ne faut rien considérer corporellement dans ce breuvage, mais qu'il faut tout rc^siràer spirituellement : « iVj7»7 in polu islo corporaliler sentiendum , sed lotum spiritualiler altendendum. i

On peut encore ajouter que ce sens ne serait pas suffisommenl détruit parce qu'on peut alléguer (jue

Berlram dit que la manne du désert était convertie au corps de Jésus-Christ : Ipse namque qui nunc in Kcclesià omnipotenti virlutc panem et vinum in sui corporis carnem, et proprii cruoris undam spiritualiler convertit, ipse tune quoque nutnna de cœlo dalum, et aquani de petrà prof usant propriuoi sanguinem invisibiliter operalusest. Car ces paroles marquent si clairement un changement véritable , qu'à moins que Berlram n'en ait abusé d'une manière bien étrange, on doit conclure qu'il a cru , non seulement que le pain et le vin étaient réellement changés au corps cl au sang de Jésus- Chrisl, mais aussi qu'il s'est imaginé que la manne et l'eau du désert étaient aussi réellement changées au corps et au sang de Jésus-Christ.

Et qu'on ne dise pas que ce sentiment est trop incompréiiensible pour l'attribuer à Bertram , et quM est inconcevable qu'il ail cru que la manne fût char.gée au corps de Jésus-Cbrist avant qu'il fût incarné ; car il se fait lui-même celte objection, et il avoue que son scnliment est en effet incompréiicnsible. Mirum,(i\l-\ï,cerlè qnoniam incomprcltensibile et inœslimabile. Nondiim hominem assumpserat , nondiim pro sa lute mundi mortcm gustaverat , nondiim sanguine suo nos redemeral; etjam nostri patresin deserto per escain spiritualem potunique invisibilem ejus corpus manducabant et ejus sanguinem bibebant. Ainsi, selon ces paroles, tout sentiment compréhensible n'est pas celui de Berlram; et celle opinion que la manne du déseit était changée au corps de Jésus-Christ , lui peut êlro imputée avec d'autant plus d'apparence, qu'elle est incompréhensible. En attribuant donc cette pensée à Berlram , on ne lui attribuera qu'une pensée qu'il exprime en ternies formels, et sur le sujet de laquelle il forme et résout à sa mode l'objection toute naturelle que l'esprit forme sur l'heure.

Mais, nonobstant ces preuves, qui portent à juger que Berlram a cru que le corps et le sang de Jésus - Christ étaient présents invisiblement, maisréellemehi, dans l'Eucharistie, il faut reconnaître néanmoins qu'il y a do certains lieux dans cet auteur où il semble dire que le corps de Jésus-Christ que la foi découvre dans l'Eucliarislie n'est que l'esprit de Jésus - Christ et la puissance du Verbe : Hinc inconsequentibus, dit-il, </:«« spirilus CItristus , nt legimus , spiritus ante facicm nostram CItristus Dominus, patenter ostendit secundùiii quod liabeatiir corpus Christi , videlicel secundiim id quod sit in eo spiritus Clirisli , id est , divini poten lia Verbi , quà non solUm animam pascit, sed etiam purgat. A quoi l'on pourrait aussi rapporter quantité d'autres lieux qui se trouvent dans cet auteur , qui semblent niar(iuer que par la chair spirituelle il n'entend que la puissance du Verbe jointe au pain : Non enini anima quœ corde hominis prœsenti loco signifxatur, vel escâ corporeà , vel potu corporeo pascilur , sed Verbo Dei nulritur. El de même en un autre lieu : Est eigo in illo pane vita quœ non oculis apparet corporeis , sed fidei contuetur aspectu. Verbum autem Dei , qui est partis invisibilis invisibiliter in illo existens Sacramento , invisibiliter partuipatione sui mentent vivificando pnscit.

PERPÉTlilTÉ DE LA FOI TOUCHANT LEUCHARISTIK.

Si Ton s'en lient à ce sens, il faudra changer celui de loules les expressions précédenles ; conome on sera au contraire , obligé en demeurant dans le premier sens, de dire que par cette puissance du Verbe , et cet esprit de Jésus-Christ qu'il dit être dans le pain, il n'eniend pas simplement, le Verbe et le S.-Esprit, mais le Verbe joint au corps de Jésus-Christ et opérant par ce corps, et le S.-Esprit produisant invisible-

est le corps de Jésus-Christ, parce qu'elle contient son esprit, parce que Jésus-Christ est esprit ; ce qui donnerait au plus lieu de dire qu'elle est l'esprit de Jésus Christ, mais non pas qu'elle est son corps.

Il est donc vrai qu'en quelque sens qu'on prenne Berlram, c'est un auteur embarrassé. S'il est catholique, c'est un catholique qui s'est mal expliqué; s'il est calviniste, c'est un homme qui déguise ses sentiments

ment le corps de Jésus Christ; et que quand il dit que par des expressions fausses, trompeuses, et qui no

c'est le Verbe qui nourrit les âmes dans l'Eucharistie, il n'entend pas le Verbe seul, mais le Verbe se servant de l'instrument de la chair de Jésus-Christ. Ce que l'on pourrait appuyer par ces paroles du même auteur : Sccundhm mvisibilem substanliam, id est, divini potenixam \erht, corpus et sanguis verè Clirisli exislunt ; où il représente la puissance du Verbe comme la cause de ce que le corps de Jésus-Christ est vériiablement dans l'Eucharistie. Et ainsi il ne serait pas difficile de trouver des sens à toutes ces expressions les plus

signifient rien moins que ce qu'il dit. Mais de savoir à quel parti il le faut ranger, c'est un procès qui sera encore apparemment longtemps à décider, avant que tout le monde en convienne. Pour moi, qui aime mieux les doutes de retenue que des décisions téméraires, je ne m'oppose proprement ni à ceux qui le font catholique, en le prenant en un bon sens, ni à ceux qui le font calviniste, en l'expliquant en un autre sens. Mais je m'opiiose à la fierté avec laquelle M. Claude parle d'une question de critique, qui est certii-

dures. Il s':igii seulement de juger lesquels seront les nement obscure, et aux avantages imaginaires qu'il

plus probables, ou de ces sens catholiques, ou de ces prétend tirer de la supposition que Bertram fût dans

sens calvinistes. C'est ce que je ne déciderai point ^ le sentiment des calvinistes.

parce que je croirais autant blesser la sincérité en as- C'est ce que j'ai fait voir être contre le bon sens et

suraul comme certaines des choses obscures, que si la raison. L'auteur de la Perpétuité ne s'était pas on-

je proposais comme vraies des choses que je crusse gagé à davantage ; ainsi voilà sa parole pleinement ceriaincment fausses.

Mais ce que je sais bien est que, de quelque manière

qu'on explique cet auteur, le sens qu'on donnera à ces expressions sera toujours un peu forcé et contraire à la nature. J'avoue que c'est s'exprimer assez durement et peu naturellement que de se servir de ces mots d'esprit de Jésus-Christ, de puissance du Verbe, pour marquer le Verbe uni au corps de Jésus-Christ, ou le corps même de Jésus-Christ dans tm état spirituel et opérant par le Verbe ; mais il n'est guère naturel aussi de dire que Bertram par ces paroles : Skut ergo pauio antequàm paterelur panis substantiam et vini crealuram convertere potuil in proprium corpus quod

dégagée sur ce sujet.

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