‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 85 sur 335 · LIV. 11. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PUÉSENCE RÉELLE · texte numérisé non relu

LIV. 11. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PUÉSENCE RÉELLE

véritable , il fendrait que l'Église universelle fût périe, ou qu'elle n'eût jamais été.

Que peul dire M. Claude à ce témoin qui dépose si ciairenienl que les Grecs étaient dans la même créance (jue l'Église romaine sur le mystère de l'Eucliaristie? Prciendia-t-il qu'il a droit de rejeter son témoignage, parce que c'est un adversaire de Bérenger? Mais à qui persuadera-l-il qu'un homme comme Laafranc cûl voulu avancer , contre sa conscience , un (ï>il si important , sur lequel il aurait été si facile de le cou- \rir de confusion, au cas qu'il n'eût pas été véritable? D;ra-t-il qu'il se trompait dans ce fait? Mais comment eût-il pu se tromper dans une chose dont

sectateurs n'ont pu découvrir de leur temps même? A-t-il vu des livres qu'ils n'eussent point vu? A-t-il des passages qui leur lussent inconnus? A-t il plus de raison de s'en informer qu'ils n'en avaient?

L'intérêt de sa cause est si agissant on lui , qu'il devrait apprendre par l'expérience de ses propres sentiments quels pouvaient être ceux des sectateurs de Dérenger qui avaient d'autant moins de sujet de s'endormir dans leur défense, qu'ils ne jouissaient pas d'une pleine paix , comme M. Claude ; mais qu'ils avaient à se soutenir contre toute l'Église d'Occident. Qu'il regarde ce (ju'ont fait ceux qui se sont trouvés da.iS la môme nécessité, et il verra qu'ils n'ont jamais

il avait tant de moyens de s'éclaircir? Et à qui négligé la protection des Grecs quand ils ont pu espé- M. Claude fera-t-il croire qu'il ait plus de conna'is- rer de l'obtenir.

sance de l'opinion des Grecs qui vivaient du temps de Lanfranc que Lanfranc même, qui avait vécu si longtemps en un pays où ils étaient encore répandus durant ce siècle?

Mais , quoique le témoignage de Lanfranc soit décisif, et qu'il soit ridicule de le vouloir affaiblir par une accusation en l'air, de mauvaise foi ou d'igno-* rance, le "silence de Bérenger et des bérengariens sur ce point me semble encore plus considérable ; car qui ne sait que le premier soin de ceux qui soutiennent un sentiment opposé à celui de l'Église, et que l'on accuse de nouveauté , est de lâclicr de se mettre à couvert de ce reproche , et de faire voir que leur opinion est approuvée par quelque église considérable? Et qu'y eût-il eu de plus favorable pour Bérenger et ses sectateurs, que de dire qu'ils n'avaient point d'autre sentiment que l'Église grecque? Béren-

Camérarius, dans l'Histoire des Bohémiens ou IIussites, témoigne qu'ils envoyèrent exprès en Orient , pour s'informer s'il n'y avait point quehjue société chrétienne avec laquelle ils se pussent unir, et qu'ils ne furent détournés de celle union , que parce que , sur le rapport qui leur en fut fait par leurs députés , ils jugèrent qu'elles étaient toutes corrompues dans la discipline et dans la doctrine.

Après que les luthériens eurent commencé de se diviser de l'Église en Allemagne , ils ne manquèrent pas aussi de rechercher cet appui, Mélanchton envoya à Constanlinople, au patriarche Joseph, un exemplaire de la Confession d'Augsbourg, qu'il avait traduit en grec. Les théologiens de Tubinge l'envoyèrent encore une sccoiide fois à Jérémie , et ils en liront distribuer plusieurs exemplaires dans Constanlinople. Cvusius ciilrelint pour cela un commerce de lettres

ger avait élé lui-même à Rome sous Nicolas 1! , qui avec un rhéloricien du patriarche de Constanlinople,

le fit retracter l'an 1039 , et il y fut depuis deux fois sous Grégoire VII, savoir l'an 1078 et l'an 1079. Il avait eu moyen de s'informer de l'opinion des Grecs; et l'on ne doit point douter que ce n'ait été un de ses principaux soins. Cependant il ne paraît point que ni lui ni aucun de sa secte ait jamais osé alléguer les Grecs comme favorables à ses sentiments. Ils se trouvaient, au coniraire, si pressés par cet argument du consentement de toutes les églises, qu'ils étaient réduits à dire que l'Église était périe, et qu'après avoir été fondée par les apôtres, elle était tombée dans l'infidélité , et était alors réduite aux seuls bérengariens. C'est ce que Lanfranc rapporte d'eux en termes formels. Contre tant de témoignages du S. -Esprit touchant r Église , vous objectez , dit-il , aussi bien que ceux qui, étant trompés par vous, s'efforcent de tromper les autres, qu'après que l'Évangile a été prêché dans toutes les nations, que le monde a cru, que l'Église s'est

qu'il a fuit ensuite imprimer. Enfin ils n'ont point cessé de solliciter les Grecs , que lorsijue, par la réponse de Jérémie, ils virent bien qu'il n'y avait rien à faire pour eux de ce côlé-là.

Voilà comment agissent les gens dans leur intérêt. Il ne faut point de maître pour leur apprendre cette conduite ; mais il faudrait leur changer l'esprit el le cœur pour leur en faire prendre une autre, te pendant on ne saurait faire voir (juc les sectateurs de Bérenger se soient jamais servis de l'anioriié des Grecs : ils ne l'ont donc pu faire. La conséquence est claire par la loi de l'intérêt. On ne s'aveugle jamais de telle sorte dans les choses si essentielles. Auraientils souffert qu'on les iraiiât , comme fait Durand (1) , d'une troupe de gens de néant , abjecli spurcique ho* mines ; qu'on leur objectât sans cesse le consentement de toute la terre contre leur opinion; qu'on leurdît qu'ils n'avaient pas pour eux une seule bourgade, une

formée, quelle s'est augmentée, qu'elle a fructifié , elle *. seule ville, comme fait Guimond, s'ils avaient pu ré-

était tombée ensuite dans l'erreur par l'ignorance de ceux qui n'entendent pas les mystères; qu'elle était périe, et n'était demeurée que dans le parti de Bérenger.

Est-ce là le langage de gens qui eussent cru avoir les deux tiers du mcnde pour eux ? Ils ne le savaient pas, dira M. Claude. Mais d'où M. Claude a-l-il appris, après six cents ans, ce que Bérenger el tous ses

futer en un mot ces reproches si sensibles, en mon-

(1) Durand., part. 2, ibidem : Absit ut tam perversis, et à verilaie ipsà tanlùm avérais pari jungamur pcrtidiâ, aiqac in saiictà dominici corporisae sangui. nis coininunidne ntinùs aliquidfateamur, quàm callio* lica per orbem universum praedicat Ecclcsia. Lanfr.» c. 4 : Fasiu quo jdei'us c% contra orbcm tcrrarum senlire cœpisti.

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