‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 87 sur 335 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Image générale du système que fait M. Claude de Célal du monde dans le onzième siècle et les autres suivants, à regard de la présence réelle et de la transsubstantiation. Réfutation de ce système dans les quarante- huit années qui se sont passées depuis la condamnation de t hérésie de Bérengcr jusquà la fin du onzième siècle.

M. Claude est sans doute un des plus féconds et des plus hardis hommes du monde en hypothèses et en systèmes. II ne s'embarrasse de rien , et quelque d.ffitullé qu'il y ait à accorder la créance d'un siècle avec ses opinions, il en vient à bout, par le moyen de certaines suppositions qu'il forme comme il lui piaîi. 11 divise les siècles en divers ordres et en diverses classes. Je mets , dil-il , cinq ordres de personnes dans ce siècle ; j'en mois cinq autres dans celui !à. Il semble qu'il ait été présent, tant il parle avec assurance. Et ce qui est de plus commode pour lui, c'est qu'en se déchargeant de la peine de prouver ses fantaisies, il nous charge de celle de les réfuter.

Alais comme il arrive souvent à ceux qui conçoivent dans leur esprit l'idée de quelque machine fort sLomposée, et qui contient un grand nombre de ressorts et de roues, qu'en voulant la meltre en pratique, ils trouvent que loulcs ces roues s'emi êclient et s'embarrassent les unes les autres ; que les ressorts ne jouent point; que les uns souffrent trop, et se cassent, les autres ont trop de mouvement et de jeu, et qu'ainsi tonte la machine va en désordre, il arrive di; même que quand on vient à considérer en détad ces systèmes d'opinions fantastiques , on trouve que toutes les pièces qui les composent ne s'accordent poi it, et que ce n'est qu'un amas confus d'imaginations pl de chimères.

Aussi est-ce une des adiesses de M. Claude, de ne

les exposer pas longtemps aux yeux de ceux qui lisent ses livres. Il les leur fait seulement entrevoir, et ensuite il les dérobe et les soustrait à la vue du monde, en l'entretenanl d'autre chose. Il nous dit en passant que les Grecs étaient dans le sentiment de ceux qu'on appelait slercoranisles, et que ces slercoranisles conservent après la consécration la substance naturelle du pain et du vin ; c'est-à-dire , en un mol, que les Grecs étaient dans l'opinion de Bérenger. Il nous dit en un autre lieu qu'ils n'avaient point ouï parler de la doctrine de la transsubstantiation , et quils ne la croyaient point par voie de négation. C'est dire bien des choses en peu de paroles, et montrer un grand bàtimenl en un bien petit crayon.

Mais comme il est de son intérêt de ne descendre pas plus avant dans le détail de son système, il est du nôtre, au contraire, ou plutôt de celui de la vérité, de le considérer plus en particulier. Si ce moyeu ne lui est pas favorable, c'est le défaut de sa cause et non pas du moyen : car de soi-même il ne peut qu'être avantageux à ceux qui ont raison, comme il est désavantageux à ceux qui ont lort.

Ce que nous avons déjà dit jusqu'ici peut servir à en connaître diverses parties ; mais il est utile de les rassembler, alin de voir quel effet elles produisent.

Il faut donc considérer dans le monde trois sociétés principales. Lu première est composée de l'église grecque, sous laquelle je comprends trois patriarches qui communiquaient avec elle, et à laquelle je rapporte aussi les autres communions schismaliques, parce qu'il est certain qu'elles avaient la même doctrine que les Grecs sur l'Eucharistie ; la seconde est l'Église latine, c'est-à-dire, celle qui reconnaissait le pape pour chef, et qui comprenait toutes les églises d'Occident, à l'exception de celle que les Grecs tenaient encore en Calabre et en Sicile , et dont ils fu-^ rent chassés en ce siècle-là même; la troisième est celle des bérengariens, qui n'est pas tant une société qu'une troupe de gens ramassés et répandus en diverses provinces de l'Occident, qui, élaiit séparés de l'Église , n'avaient aucun l'eu où ils pussent faire sûrement leurs assemblées.

Auberlin nous veut persuader qu'ils étaient en foi J grand nombre, sur le témoignage de quelques historiens qui disent que la France et l'Italie en étaient pleines. Mais ces discours généraux n'emporleiil pas en effet et dans la réalité un nombre fort considérable; et deux ou trois cents partisans de Bérenger, répandus en divers lieux, et faisant beaucoup de bruit par leurs disputes, sont plus que suffisants pour vérifier ces expressions. Ce qui est certain, c'est, comme ditGuimond, qu'ils n'ont jamais eu une seule ville et une seule bourgade dont ils pussent disposer. Leurs opinions ont été suivies, mais avec de grandes interruptions, dans les autres siècles; et quoique la succession n'en soit pas trop bien marquée, il ne s'est plus passé néanmoins de siècle , depuis ce temps- là, dans lequel il n'en ait paru des restes.

Ces trois sociétés ont eu de grands difurends en*

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semble. L'Église latine a regardé en quelque sorte la grecque comme séparée de sa communion. L'église grecque a encore traité plus durement TÉglise laiiiie. Ce n'a éié que disputes, de vive voix et par écrit, entre ces deux églises pendant l'espace de plus de cinq cents ans.

D'autre côté , l'Église romaine a poursuivi les bcrengariens et leurs successeurs , par un grand nombre de conciles ; elle les a chassés de son sein ; elle a armé les princes contre eux , et ceux qui la gouvernaient ont employé le fer et le feu pour les exterminer et pour les détruire. Les bérengariens, d'autre part, sous lesquels je comprends tous ceux qui ont suivi la même doctrine, ont lâché de détruire l'Église romaine. Ils en ont attaqué et le chef et les pasteurs, ei ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour en renverser la foi et la discipline.

11 n'y a point encore d'imagination en tout cela, non plus que dans les faits suivants : que l'Église romaine h'a eu aucune contestation avec les Grecs sur le sujet de la présence réelle et de la transsubstantiation ; (;u'elle ne leur a jamais reproché aucune erreur sur ces deux points ; que les Grecs, de même, n'ont jamais attaqué ni combattu la doctrine de l'Église romaine sur l'Eucharistie, et n'ont point pris ce prétexte pour justifier leur séparation : que les bérengariens, ni toutes les autres sectes qui les ont suivis, ne se sont jamais servis de l'autorité des Grecs et des autres églises d'Orient pour soutenir leurs erreurs.

C'est sur ces f.ùis que M. Claude doit régler son système , et la seule manière qui lui reste pour les accorder avec son opinion , est de dire que les Latins n'ont jamais compris l'opinion des Grecs sur l'Eucharistie ; qu'ils se sont imaginé qu'ils croyaient comme eux la présence réelle et la transsubstantiation , quoiqu'ils ne la crussent pas en effet, et qu'ils fussent de vrais bérengariens; que les Grecs, de même, n'ont j.imais compris ni entendu l'opinion des Latins ; qu'ils se sont imaginé qu'ils n'admettaient qu'une présence de vertu , et qu'ils n'ont jamais pensé qu'ils voulussent faire croire une présence réelle et un changement réel du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ ; et enfin, que les bérengariens, ayant les deux tiers du monde pour eux , ont toujours ignoré cet avantage , et que l'Église romaine a ignoré de même que ceux qu'elle poursuivait comme ayant les opinions pernicieuses et condamnées par tous les chrétiens de la terre, n'avaient en effet que des sentiments api;rouvés par le plus grand nombre des chrétiens.

Ainsi tout le système de M. Claude est fondé sur cette triple ignorance , dont il fait un diflérent partage à ces sociétés. Il attribue aux Grecs l'ignorance de l'opinion des Latins et des bérengariens ; il attribue aux Latins l'ignorance de l'opinion des Grecs et des avantages des bérengariens ; il attribue aux bérengariens l'ignorance de l'opinion des Grecs, dolà faiblesse de l'Église latine, et de leurs propres avantages.

Faites que ces gens s'entreconnaissent , et toute la P. DE LA F. I.

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