LE DE LA PRESENCE REELLE
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machine de M. Claude tombe par terre. Elle est donc toute fondée sur cette ignorance. Étrange fondement dune opinion d'où l'on fera voir que tout le calvinisme dépend !
Cette ignorance ne doit pas durer un jour, un an, un siècle ; mais plus de cinq siècles entiers. Si dans quelque partie de ces siècles on montre qu'il est impossible que ces sociétés ignorassent réciproquement leurs opinions , on oblige M. Claude de renoncer à son système. Cependant nous ne le prouverons pas seulement dans quelqu'un de ces siècles , nous le prouverons en tout , et en plusieurs manières , par des preuves négatives et positives , également décisives et convaincantes. Nous en avons déjà apporté plusieurs pour le onzième siècle ; en voici encore quelquesunes , qui ne sont pas peu considérables.
Que M. Claude nous dise , s'il lui plaît , s'il croit qu'il soit fort vraisemblable que tous les conciles qui furent tenus en ce siècle contre Bérengcr, soient demeurés inconnus aux Grecs ; ou , si leur étant connus, il s'imagine qu'ils n'ont pas compris la doctrine qu'on y a établie.
Et afin qu'il ne croie pas qu'ils sont en petit nombre, je lui en ferai ici le dénombrement. Outre les «leux conciles tenus sous Léon IX , il s'en tint un à Paris , marqué par Durand , abbé de Troarn , au mois d'octobre 1053. L'an IOdS, il s'en tint un à Tours sous le pape Victor ÎI, où Hildebrand, qui fut depuis le pape Grégoire VII , présida. L'an 1059 , il s'en tint un à Rome sous Nicolas II, composé de cent treize évoques , où l'on prescrivit à Bérenger la forme de son abjuration , qui est assez remarquable pour n'èlre pas demeurée inconnue. En 1078, il s'en tint un à Poitiers, auquel présidait Gérard, évêque d'Angouléme , légat du pape. La même année il s'en tint encore un à Rome, où Bérenger fut ouï. L'an 1079, le pape Grégoire MI en tint un à Rome , où Bérenger abjura son hérésie avec plus de sincérité qu'il n'avait fait la première fois. La transsubstantiation était expressément contenue dans l'abjuration qu'on lui prescrivit , dont voici les paroles : Moi Bérenger , je crois de cœur , et confesse de bouche , que le pain et le vin qui sont mis sur faulel sont changés substanlieltemeni, par le mystère de l'oraison sacrée , et les paroles de notre liédempleur, en la vraie, propre et vivifiante chair, e. au sang véritable , propre et vivifiant de Jésus-Chrisi Notre Seigneur ; et qu'après la consécration , c'est le vrai corps de Jésus-Christ, né de la vierge Marie, c, le vrai sang qui a coulé de son côté, non seulement en signe et par la vertu du Sacrement, mais par la propriété et la vérité de leur substance (1). L'an 1095, le
(1) Ego Berengarius corde credo, et oreconfiteor, panem et viiium quae ponuntur in altari , pcr mysterium sacre oralionis, et verba noslri Redemploris, subsianlialiter verti in verani et pro|)riam ac viviticam carnem et sanguinem Jesu Christi Doniini nostri , et post consecralioncm esse verum Christi corpus (juod nalum est de Muriâ virgine, et veriun sanguinem quj de latere ejus effusus est , non tanlùm per signum et virlutem Sacramenli, sed in proprielale iiatura;, et veritaie substanliae. Baron. , ad an. i 195, n. 5.
{"Douze, i
PEUrETUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCnAUISTIE. 5GI
n'en connabsaicnl point d'autre qui divisât ces égli?e$ sur la foi.
Le pape Grégoire YII a toujours été dans la mènie ignorance que S. Anselme; c'est-à-dire, qu'il a cni que celle question de la procession du Saint-Esprit était l'unique sujet de la division de leglise grecque
pape Urbain II en tint un à Plaisance, qui est rapporté par Berilioldus , ou Dernoldus , prèlre de Constance sur le Rliin. Ce concile fut si nombreux , étant assemblé des évoques d'Italie , de France , de Bourgogne , d'Allemagne, que l'église ne pouvant contenir tous ceux qui devaient composer cette assemblée , il fallut le tenir hors de la ville dans un cbamp. Dcr- d'avec la romaine ; car rendant raison à l'empereur tboldus dit que, dans ce concile, l'iiérésic bérou- Henri du dessein qu'il avait d'aller en personne en garicnne, qui avait été anatbématisée déjà plusieurs Orient avec une année nombreuse, il lui manjuc , fois fut encore condamnée, cl que la doctrine de entre autres causes, qu'il voulait remédier au scbisme l'Église catholique y fut établie; qui est, dit-il, que des Grecs, qui étaient en différend avec l'Église role pain et le vin étant consacrés à l'autel, sont changés maine sur la procession du Saint-Esprit : Illud eliam
non seulement en figure , mais aussi vraiment et essentiellement au corps et au sang du Seigneur; t Verè et essentinliter in corpus et sanguinem Clirisli eonvertur.tur ; 1 c'est-à-dire, que l'on y confirma ce qui avait éié défini sous Grégoire VÎI. Et il y a apparence- même que l'on s'y servit des mêmes paroles, Bcrtholdus n'ayant rapporté que l'abrégé de celles du concile de Plaisance.
M. Claude nous dira-t-il que tous ces conciles , et principalement ces deux derniers , demeurèrent enlièremenlcacbés aux Grecs? Mais comment le pourrait-il dire, puisque, outre qu'il est ridicule que l'on ignorât à Conslanlinople des choses si célèbres qui se passaient à Rome, on ne le peut pas même dire à Pégard du concile de Plaisance; car Bcrtholdus remarque qu'il y avait à ce synode des ambassadeurs de l'empereur Alexis Comnène, qu'il y avait envoyés pour demander du secours au pape et aux évêqucs contre les Sarrasins et les Turcs. Si donc ces ambassadeurs étaient du sentiment défini par ce concile , c'est une preuve convaincante que les Grecs tenaient «n ce siècle la présence réelle et la transsubstantiation. Et s'ils n'en étaieni pas, il est impossible qu'ils ji'aient été étrangement choqués d'une décision si surprenanîe. El il est encore moins possible que dans cet étonncmcnt ils n'en aient averti l'empereur cl toute la Grèce.
Cependant les Grecs se sont si peu imaginé qu'il y eût en ce temps-là, entre eux et les Latins, quelque diversité de créance sur l'Eucharistie, que s'élant assemblés à Barri deux années après, pour aviser aux moyens de réunir l'église grecque avec la latine , on ne parla en aucune sorte de ce mystère. S. Anselme, archevêque de Cantorbery, qui y était présent, y soutint la cause de l'Église rom.aine sur la procession du Baint-Esprit. Les Grecs lâcbèrent de se défendre de ses arguments, et Guillaume de Malmcsbury dit qu'il emporta un avantage signalé sur eux, et que les Grecs furent confondus. Mais ni les Grecs ni les Latins qui étaient présents au concile, ni ceux qui en ont écrit riiisioire, ne se sont doutés qu'il y eût d'autre différend sur les dogmes de la foi entre les deux églises, que celui qu'elles avaient sur la procession du Saint- Esprit. S. Anselme a fait un irailé de ce qu'il dit dans ce concile contre les Grecs. Les Grecs ont répondu eu Irailé de S. Anselme; mais ils se renferment tjus dans la question de la procession , parce qu'ils
me ad hoc opus vcl maxime insiigat, qubd Constan'.inopolitana ecclesia de sanclo Spirilu à tiobis dissidens , concordiam Apostolicœ Sedis expectut. Il ne la croyait donc pas bérengarienne : cependant il était sans doute mieux informé que M. Claude de ses scnlimenis.
M. Claude F'imagine peut-être que l'église grecque et l'Église latine étaient alors comme deux mondes séparés, qui n'avaient point de commerce ensemble, et qui étaieni tellement divisés que Ton ne sava't rien en l'un de ce qui se passait en l'autre. Mais s'il est dans celte pensée, il témoigne qu'il ne sait guère l'élat de l'Église de ce temps-là : car il paraît par les historiens qui en ont écrit que les Grecs et les Latins se rencon traient ensemble en une infinité de lieux ; que Pise , Venise, Rome et plusieurs autres villes de l'Italie, étaient pleines de Grecs, que le commerce ou d'autres raisons y attiraient ; que Conslanlinople était pleine de Latins et d'églises latines; que les armées de l'empereur grec étaient souvent mêlées de soldats grecs, italiens et français; et qu'en particulier, l'an 1084, l'empereur Alexis Comnène joignit ses forces avec les Yéniiicns contre Robert-le-Normand.
Ils se trouvaient aussi toujours ensemble en grand nombre dans Jérusalem, où ils communiaient dans les mêmes églises de la main du patriarche et des prêtres de celle ville-là. Le cardinal Ilnmbert témoigne dans sa réponse à Ccrnlarius que la mullilude des pèlerins y élaitsi grande, que l'on y donnait la communion tous les jours, pour saiisHiire à leur dévotion. Glaber témoigne la même chose, et dit que ce n'était plus simplement le menu peuple qui entreprenait ces pèlerinages, mais les personnes de la plus grande condition : les rois, les comtes, les prélats, les dames de qualité. Ainsi Jérusalem était alors un lieu oîi toutes les nations du monde se irouvaient ensemble. Or il est assez difficile de s'imaginer qu'entre ces gens qui communiaient aux mêmes lieux, et de la main des mêmes prêtres, les uns, savoir les Latins, crussent participer à la chair de Jésus-Christ, et les autres, qui étaient Grecs, crussent qu'on leur donnait seulement un morceau de pain ; que les Latins crussent recevoir le corps de Jésus Christ ; que les prêtres de Jérusalem ne crussent pas le donner, et que ni les uns ni les autres ne s'aperçussent de la diversité de leurs sentiments.
Le commerce spirituel n'était pas même absolument rompu entre ces églises , et les empereurs de Conslanlinople compumiquaient avec le pape en j'iu-