‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 9 sur 335 · SECT. I. INNOVATION IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

SECT. I. INNOVATION IMPOSSIBLE

(leuples dans l'erreur , sans expliquer jamais ces les nièrnos provinces , les mêmes villes, les mêmes

équivoques si dangereuses ? Que si ces paroles n'é- Églises, les mêmes monastères, les mêmes familles ,

taiciit pas d'elles mêmes sujettes à un mauvais sens, tous les fidèles étaient divisés sur l'Eucharistie; et que

et n'étaient mal expliquées que par un petit nombre les uns croyaient que Jésus-Christ y était réellement

de personnes grossières, comment les fidèles plus présent, et les autres qu'il en était réellement ah -

étlairés, et qui conversaient tous les jours avec les simples , ne découvraient-ils point par quelques-unes de leurs actions et de lours paroles l'erreur criminelle où ils étaient engagés? Ce qui devait nécessairement jiroduira un éclaircissement, et ne pouvait manquer, étant venu à la connaissance des pasteurs, de les o'oliger de déclarer publiquement que l'on avait abusé de leurs paroles , et qu'on les avait prises dans nn iens très-faux et trcs-éloigné de la vérité et de leur intention.

Mais pourquoi ces équivoques u'auraient-elles commencé à tromper le monde que vers les IX' et X* siècles, comme prétendent les ministres , puisqu'on

sent. De plus, il faut supposer que cette division n'était pas seulement dans l'Église romaine, mais aussi dans l'église grecque, dans l'église arménienne , dans l'église égyptienne, et dans toutes les autres sociétés schismatiques.Car, puisqu'elles se sont trouvées unies de sentiment avec l'Église romaine dans la créance de la présence réelle , si l'on suppose qu'elles aient été autrefois dans un autre sentiment, il faut nécessairemer.t qu'elles en aient changé, ce qui ne se peut faire sans avoir passé par celle division.

Si Ton joint ces suppositions avec la vérité de fait que les calvinistes ne peuvent contester, que jusqu'à Berenger il n'y a eu aucune rupture de communion ,

ne s'est point servi d'autres paroles dans la célébra- ni aucune division apparente sur le point de la prélion des mystères , et dans la prédication de la pa- sence réelle, il en résulte la plus effroyable absurdité

rôle de Dieu, pour exprimer ce mystère, que de celles dont on se servait auparavant? El que peut-on s'imaginer de plus ridicule que de dire que les mêmes paroles aient clé entendues universellement d'une manière dans un certain temps, et universellement d'une autre manière dans un autre temps , sans que personne se soit aperçu de celte mésintelligence ?

Les ministres ne sont pas obligés seulement de faire voir comment celle opinion a pu se glisser insensiblement dans les peuples de l'iule la terre, ce (jue nous avons néanmoins montré être entièrement impossible ; mais il faut qu'ils supposent aussi qu'elle s'est répandue dans tous les pasteurs du monde et dans tous les monastères ; et qu'ils ont tous élé trompés par ces équivoques , les prenant en un sens contraire au sentiment de ceux qui les instruisaient, sans qu'aucun se soit jamais aperçu de celle illusion générale, puisqu'il suffisait qu'un seul s'en aperçijt pour détromper généralement tous les autres.

Mais si l'on considère la créance de la présence réelle dans Taccroissement chimérique par où il

qui soit capable de tomber dans l'esprit des hommes. Car il faut nécessairement ou que celle division horrible et générale de sentiment sur le point capital du culle de la religion chrétienne soit demeurée inconnue à tous ceux qui étaient ainsi divisés ; ou qu'étant connue, elle ait élé négligée par les pasteurs, et ne les ait pas portés à en faire le moindre bruit , et à y apporter le moindre remède. Et cependant l'un et l'autre est tellement contraire à toutes les lumières du sens commun , qu'il me semble qu'il est impossible que personne le puisse croire, en prenant la peine de le considérer avec soin. Car, pour examiner le premier point, qui est que celle division soit demeurée inconnue, est-il possible qu'un homme raisonnable se puisse persuader qu'il y ail eu un certain temps dans l'Église où les frères étaient opposés aux frères , les femmes aux maris, les religieux aux religieux, les prêtres aux prêtres , les évêques aux évêques, non dans un seul pays, mais dans toutes les provinces du monde; non sur quelque point de pure spéculation , dont peu de personnes sont instruites ,

faut qu'elle ail nécessairement passé, selon la pensée mais sur un point dont ils avaient tous une créance

des calvinistes , pour venir à ce point d'autorité où nous la trouvons dans le XI" siècle , l'extravagance de celle supposition nous paraîtra encore plus insupportable. Car il faudrait par nécessité , comme nous l'avons déjà dit, qu'il y eût eu un temps où la loi de la présence réelle, qu'ils supposent n'être pas celle de l'ancienne Église , était tellement mêlée dans l'Église avec celle de l'absence réelle, qu'ils soutiennent être l'ancienne et la véritable , qu'il y avait la moitié des évêques, des prêtres et du peuple , qui tenaient l'une , et une autre moitié qui tenaient l'autre.

Et l'on ne peut pas supposer que celte division d'esprit et de créance fût seulement en diverses provinces, en sorte qu'une province tînt une chose, et l'autre une autre ; mais il faut nécessairement admettre, dans la supposition des calvinistes, ([tic dans

distincte , sur le principal et le plus ordinaire objet de leur piété; sans que jamais persoime se soit aperçu de celle division si sensible ; sans que jamais personne ail reconnu que son père, sa mère, son mari, sa femme, son frère, sa sœur, son ami, son évêque était d'un autre sentiment que lui ? Est-il possible que l'on s'imagine que ce mélange d'opinions si opposées ail pu demeurer inconnu, non seulement un jour, mais plusieurs années, et pendant l'espace de tout un siècle? Eh quoi ! celte diversité de sentiments ne se devait-.' elle pas découvrir par mille actions extérieures qui en naissent nécessairement, puisque ceux qui croient Jésus-Christ réellement présent ne pouvaient manquer d'agir autrement que ceux qui le croient réellement absent, comme il parait par la diversité des respects que les catholiques rendent à l'Eucharistie , et les calvinistes à la Cène? Ne se devait elle pas dé-

TIIAITÉ SUR LT.UCIIARlSTiE.

cou\rir par ceax qui cliangeaieiit de seniimont, et qui li;ir leur cliaiigcincul même devaient reconnaître que ceux qui iravaienl pas changé comme eux n'claien!, pas dans le luènie senlimenl qu'eux ?

Ne se (levait-elle pas reconnaître [)ar les diiïérenlcs inslruciions des pasteurs? El peut-on s'imaginer sans folie que la moitié des prêtres et des évêquos étant (!ans la cré.mce de la présence réelle , et la moilié dans celle de l'absence réelle, les uns et les antres parlassent tous un même langage,et ne découvrissent jamais si clairement leurs sentiments , que ceux qui élaient d'une opinion contraire en pussent être choqués, et reconnaître que celui qui parlait était dans un antre sentiment qu'eux ?

Mais si l'on suppose que cette diversité de sentiments ne fût pas inconnue aux pasteurs ni aux laïques, il est encore bien plus contraire à la raison et à loules l(!s connaissances que l'on peut tirer de l'expérience , que cette division si étrange n'ait excité aucun bruit , aucune dispute ; qu'elle n'ait fait aucun éclat , et que des évêques , des prêtres , des religieux divisés de sentiments dans un point si important , et qui devaient se regarder les uns les autres comme des ido'àtres ou des impics , aient pu demeurer unis de communion et dans une parfaite intelligence.

On voit dans l'histoire de tous les siècles de l'Église que la moindre question qui ait divisé les fidèles a toujours excité de très-grands troubles. Et l'on voit enpariiculierdansles concilesdeslX'etX* siècles, où les ministres nous veulent faire croire que ce changement s'est fait , les évêques occupés à pacifier de petits différends, à décider des questions peu considérables , à régler des points peu importants de la discipline ecclésiastique et monastique. Comment pourrait-on donc croire que , sachant qu'ils étaient tous divisés entre eux sur un point si essentiel et si nécessaire à la religion, ils n'aient pas cru que ce fût une matière digne de leurs soins de remédier à cette division ?

Certes pour s'imaginer que toute l'Église ?it pu vivre dans une profonde paix , pendant que tous les lidèles élaient partagés entre eux par une si grande diversité de créance, il faut aussi s'imaginer que les hommes de ce temps-là étaient d'une autre espèce que ceux de ce siècle , et qu'ils n'étaient pas sujets aux mêmes mouvements et aux mêmes passions. Car tout ce qu'on peut tirer de lumière de la connaissance des hommes que nous voyons, nous porte à juger qu'il est absolument impossible que des évêques, des prêtres , des religieux et même des laïques , qui passaient dans l'esprit les uns des autres pour des inipies ou des idolâtres , pussent s'empêcher de soutenir chacun leur opinion par des livres et par des disputes, de lâcher de retirer de l'erreur ceux qu'ils y croyaient engagés, de les accuser devant les tribunaux ecclésiastiques , ou de les condamner s'ils en avaient l'autorilé , ce qui ne se pouvait faire sans bruit, sans éclat et sans rupture de communion.

i: faudrait pour être demeuré dans cette léthargie

et cet assoupissement parmi une telle désunion , que les hommes deces siècles n'eussent eu ni charité pour le prochain, ni zèle pour Dieu , ni allaclie pour leurs propres opinion* ; c'est-à-dire , qu'ils n'eussent pas été hon'.mes, tous ces mouvements portant nalurelli;ment à lâcher d'imprimer dans les autres les sentiments dont on est persuadé , et que l'on regarde comme véiiiables, et à combattre avec force les opinions qui y sont contraires.

Je ne sais ce qui serait capable de loucher ceux qui ne seront pas frappés par de si grossières absurdités. Mais pour les aider néanmoins à les concevoir plus clairement, je les supplie d'envisager ce qui s'est passé dans le dernier siècle , lorsque Luther, Zuingle et Calvin entreprirent de changer la créance qu'ils avaient trouvée dans l'Église sur l'Euchiristie.

Il est sans doute que si l'on compare la doctrine que ces hérétiques voulaient introduire avec celle qu'ils voulaient ôler, on jugera qu'il est inliniment plus aisé de tomber insensiblement dans la créance de Luther et de Calvin , en quittant celle de l'Église, que de passer de l'opinion de ces hérétiques à la foi de l'Église catholique, parce que les sens favorisent leur doctrine , et sont contraires à la nôtre. Et néanmoins quels tumultes ne produisit point d'abord le luthéranisme en Allemagne , et le calvinisme en France et aux Pays-Bas? Toute l'Europe ne fut-elle pas incontinent pleine de divisions, de disputes et de querelles ? Tous les théologiens de divers partis n'employèrent-ils pas aussitôt toutce qu'ils avaient d'esprit et de science pour soutenir leur sentiment , et combattre celui de leurs adversaires? Que vit-on partout que pratiques, qu'assemblées secrètes, qu'animosilés furieuses, qui furent incontinent suivies de ruptures ouvertes de communion, d'excommunications, de conciles, de guerres et de désolations?

Voilà les effets funestes, mais naturels, que devait produire celte division de sentiments sur ce poiiil si important. Comment se pourra-l-on donc persuader que la même division soit arrivée en un autre temps, et qu'elle ait produit un changement plus grand, plus universel et plus diflicile, noa seulement sans aucun trouble, mais sans que personne même s'en soit apperçu?

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