‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 8 sur 335 · SECT. I. INNOVATION IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

SECT. I. INNOVATION IMPOSSIBLE

la présence réelle, mais aussi à la doctrine de l'impan;ition, qui est celle des hilhériens, et qui était soutenue en ce tetnps par qu« Iqnps-iinsdn parti de Bérciiger, et par Cérenger même en un certain temps. Que Jésun- Clirist, dit-il, soil enfermé dans le pain et dans le vin, c'est une chose que la raison ne demande point , que les prophètes ti'ont point prédite , que Jésus-Christ ne nous a point apprise, que tes apôtres n'ont point prêchée , el que le monde n'a point crue, excepté un très-petit nombre d' hérétiques : € Impanari vel invinari Christum , nulla, sicut I ostendimus, expetit ratio , nec prophetœ prœdixerunt , « nec Christus ostendit , nec apostoli prœdicavenmt , née € mundus , exccpt'ts his paucissimis hœreticis, credidit. i Aussi tous les livres des Grecs sclii^;matiques que nous avons depuis ce temps-là témoignent clairei.ipnl qu'ils étaient dans la même foi que l'Église roniMiiie t(tuchant l'Eucharistie. Et c'est pourquoi on ne trouvent pas qu'ils lui aient jamais reproché qu'elle cul condamné injustement Bérenger, ni qu'elle fût dans aucune erreur sur celte matière, comme les écrivains de l'Église n'ont aussi jamais reproché aux Grecs qu'ils fussent dans l'erreur de Bérenger ; et dans les diverses réunions qui se sont faites de ces deux églises , il n'y a jamais eu la moindre contestalion touchant la foi de l'Eucharistie , parce qu'elles ëiaieni parfaitement unies dans la créance de ce mystère.

Mais il faut encore remarquer que le mystère de rEiicharislie n'est pas du nomhre de ceux qui ne sont connus distinctement que de peu de personnes , plus instruites dans la science de l'Église. Car, pour ne l)arler que de la présence réelle , comme tous les fidèles participaient à l'Eucharistie , ils devaient par conséquent savoir si ce qu'ils prenaient était le corps de Jésus- Christ, on ne l'était pas, n'y ayant point de milieu ; et partant, hormis le petit nombre (le ceux qui suivaient l'erreur de Bérenger, tout le reste des chrétiens répandus en toute la terre était dans la foi que l'Église romaine tient à présent, évoques, ecclésiastiques, religieux, laïques; et devant Bérenger cette créance était universellement reçue dans l'Église sans aucune contradiction. De plus, les cahinistes ne sauraient encore nier que les catholiques qui étaient alors si unis dans la créance de la présence réelle, ne regardassent celte doctrine comme l'unique et perpétuelle doctrine de l'Église catholique, et qu'ils ne crussent l'avoir reçue de leurs pères, comme leurs pères l'avaient reçue de ceijx qui les avaient précédés. C'est pourquoi Lanfranc, dans les paroles que nous en avons rapportées, dit que la foi dont il faisait profession était celle que l'Église avait tenue dans tous les temps.

Jusqu'ici il n'y a point encore de contestation , mais elle commence à naître h)rsque l'on remonte un peu plus haut; et les calvinistes commencent, je ne sais comment , à dire qu'un siècle avant Bérenger toute l'Église était dans leur sentiment, el ([u'elle croyait que Jésus-Christ n'était véritablement présent que dans le ciel, el ne pouvait être d&ns rEucbarJsiic

qu'en figure, ou par quelque impression de sa vorui.

Les catholiques prétendent au contraire que la foi qu'ils tenaient alors, el qui était universellement répandue dans toute l'Église, et même dans les communions schismatiques, qui en étaient séparées depuis cinq ou six cenls ans, avait toujours élé l'uninurt créanee de l'Église universelle depuis les apôtres. .Mais le seul établissement de la question suffit près que pour la décider, ce que les calvinistes prétendent Stant si contraire au sens commun , que je ne puis croire que ces personnes qui ne parlent que de la raison , et qui l'opposent coniinuellemenl pour s'exempter de se soumettre à l'Église, aient assez envisagé toutes les absurdités où ils s'engagent pajr celte prétention.

Si l'Église ancienne avait été calviniste , et si elle avait cru que Jésus-Christ fût réellement absent des symboles , elle ne pourrait être venue dans l'état où nous l'avons vue au temps de Bérenger , qu'en cliaiigeant universellement de créance ; et ce changement ne se peut concevoir qu'en deux manières, qui sont toutes deux également impossibles. L'une seraii de s'imaginer qu'il se fût fait tout d'un coup Pin sorie que tous les chrétiens après avoir cru jusqu alors (pie Jésus-Christ n'était pas présent dans i'Eucharislic , eiissent commencé tous ensemble de croire qu'il y était , et que s'éiant endormis calvinistes , ils se fussent réveillés catholiques, sans savoir comment, el avec un entieroubli de ce qu'ils avaient été. Ce qui est si ridicule que je ne m'arrête pas à le réfuter. L'autre, que ce changement se soit fait insensiblemcnl ; que quelques-uns aient introduit l'opinion de la présence réelle; que d'abord ils aient eu peu de seciateurs; mais qu'ensuite cette ooinion se soit glissée insensiblement partout.

Dans cette supposition il faut nécessairement qu'il y ait eu d'abord un temps, savoir dans la naissance de cette opinion , où elle n'était suivie que d'un trèspetit nombre de personnes ; qu'il y en ait eu un autre où ce nombre était déjà beaucoup augmenté, et où il égalait celui de ceux qui ne croyaient pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; un autre où ce sentiment s'élaii rendu maître de la mul litude , quoiqu'avec opposition d'un grand nombre d'autres qui demeuraient encore dans la doctrine ancienne; et enfin un autre où iî régnait paisiblement et sans opposition , qui est l'état où les calvinistes sont obligés d'avouer qu'il était lorsque Bérenger commença d'exciter des disputes sur cette matière.

Il est impossible que si la doctrine des catholiques était une innovation de l'ancieinie foi , qui se fût laue insensiblement, elle n'eût passé par ces degrés; et cependant chacun de ces degrés comprend des absurdités insupportables.

Car, pour commencer par le premier, si la doctrii'e de la présence réelle avait été introduite par un seul homme ou par un petit nombre de personnes, cooinient serait il possible que le nom en fût inconnu, et (tt'on eût pu publiei une nouveauté aussi surprenante

que celle là sans quo personne sV.n lïil étonné , ou se lût mis eu devoir de s'y opposer? Esl-il possible que les prêtres, les curés et les cvèqnes ne se fussent point aperçus de celte idolâtrie naissante ; ou que l'ayant aper<îue , ils n'eussent fait aucun effort pour la réprimer et pour détourner les peuples de celle erreur? Car, comme nous avons remarqué auparavant, n'y ayant aucun milieu entre la présence réelle et corporelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , et l'absence réelle et corporelle du même Jésus-Christ de TEucharisiie, tous les chrétiens qui y participaient avaient une créance distincte de l'un ou de l'autre. Comment se peut-on donc imaginer qu'étant persuadés que Jésus-Christ était réellement absent de TEucharislie, ils aient soumis toutes les lumières de leur raison, sans aucune coniradiclion, aux paroles d'un homme, qui serait venu publier, contre le sentiment de toute la terre , que Jésus-Christ, que l'on croyait réellement absent des symboles, y était vérilablement et substantiellement présent? Parce que la foi des autres mystères, et la nouvelle d'un Dieu fait îiomme pour sauver les hommes, avait à vaincre l'opposition des sens et de la raison , et toutes les préoccupaiions dont les esprits étaient prévenus; elle a d'abord fiiit un éclat prodigieux ; elle a soulevé Sont le monde contre ceux qui la prêchaient, et elle n'a pu s'établir que par une infinité de prédications , de disputes, de livres, de miracles, et par l'effusion du sang d'un nombre iimombrable de martyrs. Et on nous voudra faire croire que cette nouvelle si étonnante de Jésus-Christ corporcllement présent en une infinité de lieux , manié par les mains des prêlres , entrant dans la bouche de tous les (idèlesqui le reçoivent , trouvant toute l'Église dans une opinion contraire , et n'étant accompagnée ni de miracles , ni de martyrs , ni de livres , ni de disputes , ait néanmoins été reçue dans toute la terre sans contradiction, sans opposition, sans étonnement et tellement sans bruit, que l'auteur et le temps de cette innovaiion soient demeurés entièrement inconnus?

Mais comment ceux qui quittaient l'ancienne créance de l'Église pour embrasser cette nouveauté ne se sont-ils point aperçus de ce changement? Comment n'onl-ils point écrit et témoigné que jusqu'alors ils avaient été dans l'erreur et l'inipiélé, en croyant que Jésus-Cluist n'était pas dans les symboles eucliaristi(iues après la consécration? Comment n'onl-ils point accusé ceux qui les avaient instruits de les avoir malheureusement trompés ? Comment ne se sont- ils point écriés avec le Prophète-Roi , que les discours des impies les avaient surmontés : Verba iniquorum prœvaluerunl super nos ? Et avec le prophète Jéréinie que leurs pères avaient honoré le mensonge et la vanité qui ne leur avait servi de rien : Verè mendacium coluemnl patres nostri ; vanilatem quœ eis mil profuii? Cependant on ne trouve rien de tout cela. Car je mets en fait que depuis les apôtres jusqu'à Bérenger, où la créance de la présence réelle jetait universellement reçue dans l'Église , on ne irou-

vcra aucune preuve que quelqu'un, en publiant que Jésus-Christ était réellement présent dans l'Encharistie, ait cru proposer une opinion dilï'érente de h créance commune de l'Église de son temps ou du

l'Église ancienne.

On ne trouvera paiiit que jamais personne ait été déféré publiquement aux évè.iut's et aux conciles, pour avoir publié de vive voix ou par écrit que Jésus Christ était réellement dans la bouche de ceux qui, recevaient l'Eucharistie. On ne trouvera point qu'aucun père, qu'aucun évêquc , qu'aucun concile se soit mis en peine de s'opposer à cette créance, en témoignant qu'il y en avait parmi le peuple qui se trompaient grossièrement et dangereusement , en croyant que Jésus-Christ était présent sur li terre , au lieu qu'il n'était vcrilahlement que dans le ciel. On ne trouvera point qu'aucun auteur ecclésiastique , ni aucun prédicateur se soit jamais plaint qu'il s'introduisait en son temps une idolâtrie pernicieuse et damnable, en ce que plusieurs adoraient Jésus-Chri t comme réellement présent sous les espèces du pain et du vin. Et pour ne parler point des autres circonstances qui sont nécessairement liées avec la créance de l'Église romaine, quoique la pratique de porter le Viatique aux mourants , et de réserver pour cela quelque partie des espèces , ait été ordonnée par plusieurs conciles, et qu'elle détruise entièrement l'opinion des religionnaires ; on ne trouvera point que jamais personne se soil scar.dalisé de ces ordonnances, ni que personne les ait accusées d'enfermer et de fomenter qucLpie erreur.

On dira peut-être (jue ces raisons font bien voir que la créance de la présence réelle ne s'est poinl introduite par la contestation et les disputes , ni par des personnes qui, ayant changé elles-mêmes de sentiment , aient prétendu innover et changer la créance de l'Église ; mais que cela ne prouve pas qu'elle n'ait pi! s'introduire d'une manière encore plus insensible, <iui est que les pasteurs de l'Église, étant eux-mêmes dans la créance que le corps de Jésus-Christ n'était qu'en figure dans l'Eucharistie , aient néanmoins annoncé cette vériié en des termes si ambigus , que les simples aient pris leurs paroles en un sens contraire à la vérité et à leur intention , et soient entres dans l'opinion de la présence réelle , comme si c'eût éié celle de leurs pasteurs.

Mais encore qu'une équivoque de celle sorte eût pu engager dans l'erreur un petit nombre de personnes simples , c'est le comble de l'absurdité de vouloir faire croire qu'elle ait pu tromper tous les chrétiens de la terre. Car peut-on s'imaginer sans exlra-wagance qu" les paroles des pasleurs étant mal entendues par uv giand nombre de personnes en toutes les parties du monde, aucun de ces pasteurs ne se soit aperçu de celte illusion si grossière, et ne les ait détrompées de la fausse nnpression qu'elles avaient prise de ces paroles? Peut-on s'imaginer que tous les pasteur'^ lussent si aveugles et si imprudents que de se servir de mois qui fussent d'eux-mêmes capables d'engager les

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