rivicre des épaves noires, la voile blanche dccliirée
Perrette, au bord du qiiai, dans le jaillissement des flots jappant comme des meutes, examinait les noirs débris.
L'instinct de la vie, le désir d'aimer et d'être lieureusc lui disaient que le malheur n'était pas pour elle. Chaque femme avait, au fond du cœur, le même espoir.
Là-haut, sur la galerie du phare, Carel s'obstinait, dans le vent et la pluie, à épier lapparition des barques à l'horizon confus. La foudre tomba à plusieurs reprises sur la mer pesante, sur la plage grise, sur la plaine.
Enfin, du côté de Cette.
vers l'Orient, un sentier d'or se dessina. Les nues se mettaient en marche vers les Pyrénées. Un voile d'ombre épaisse couvrit un instant les dunes, s'étendit au loin, vers les rivages étrangers. Le ciel se dépouilla, la terre reprit ses clartés de verdures et de sables. Snr le môle, les femmes des pêcheurs secouèrent leurs jupes, se mirent à bavarder, patientes, devant la mer qui s'apaisait.
Bientôt, les voiles blanches revinrent, cahotées encore, empressées comme des oiseaux qui retournent au nid. Les femmes reconnaissaient à mesure leurs hommes : toutes, sur le chemin de sable, suivi-
rent les barques jusqu'à la ville, en riant de plaisir. Perrette reconnut la barque de Jean, la dernière : il était, lui, couché sur des filets avec un flegme dédaigneux, les mains sur la barre. Dès qu'il aperçut Perrette, il ôta son chapeau de paille en gesticulant, en criant des mots de gaieté et de tendresse qu'elle ne comprenait pas.
Perrette courut chez elle, dans la maison paisible où Fadoune et Jacqueline attendaient avec angoisse.
— Voici notre Jean!... Il arrive ! Mais il doit encore amarrer son bateau et préparer ses corbeilles de poisson.
— Je le savais bien, fit
Ija PERRETTE
Jacqueline, qui fatiguée de rester assise, respira enfin et voulut aussi se mêler à la foule, sur le quai.
— Vous voyez bien qu'il est revenu !
Perrette caressait Fadoune, la soutenait dans ses bras avec amour. Celle-ci, au lieu de rire, se lamenta de nouveau.
— Ma fille, quelque jour il ne reviendra plus... Que de fois tu seras dans la peine !
Elles se turent, attentives et troublées. Car Jacqueline vociférait devant la porte avec une femme, qui voulait voir Fadoune. C'était l'épouse du bon travailleur de terre instruit sur les cultures : elle venait annoncer la mort de
l'ERRETTE 133
son mari. Tout à l'heure, dans l'orage, le paj'san s'était abrité sous un olivier de la vigne, tandis que les pa3'sans des terres voisines se sauvaient vers leurs demeures. L'ombre desnuages en ce moment couvrait la terre. Et les vignerons, en fuyant, virent non loin de leur cliemin, la foudre tomber sur l'olivier, et son branchage au.K feuilles d'argent s'allumer, flamber d'une seule gerbe.
— Ah I mon Dieu, gémissait la femme. Mon mari n'est plus. Q.ue vais-je devenir?
Jean aurait donc pu mourir, de même que ce pa3'san, dans sa terre. Fadoune baissait le front, déconcertée par
la volonté de Dieu. Pourtant, elle s'avança dans la salle commune, puis sur le pas de la porte, au soleil du chemin, où les baigneurs se promenaient, amusés et badauds.
— - Aujourd'hui, murmurat-elle en regardant Perrette, mon fils a reçu le baptême de la mer.
oiprmirie drs Nouvelles ColUcliom Guillaume
E. GLILLAUME, DIRECTEUR
Borel. — iio, avenue d'Orléans, Paris.
Extrait du Catalogue
Des Colliclious Edouard Guillaume
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Prix : I franc le volume Par la poste : i fr. 25
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