BAPTÊIIE PAR AFFUSION. CONFIRMATION SANS IMPOSITION DES MAINS
Un écrivain russe ^ dont l'ouvrage, après avoir fait grand bruit en Russie il y a environ vingt-cinq ans ; ouvrage qui, bien que généreusement rétribué par la munificence impériale ' , est bientôt tombé dans l'ou-
* M. Stourdza, auteur de l'ouvrage en question, n'est pas réellement Russe, au moins par son origine ; il appartient à ces familles gi*ecques qui, du nom du quartier qu'elles habitent à Stamboul, sont appelées Janariolesj et qui s'occupent principalement de marchander tour à tour les principautés tributaires de Moldavie et de Valachie, sauf à se récupérer, eux, leurs proches et les capitalistes qu'ils intéressaient dans leurs brocantages, sur les extorsions horribles qu'ils exerçaient sur les malheureux sujets Uvrés à leur maltôte. M. Stourdza était l'une des créatures du ministre Capo-d'Istrias dont il a probablement suivi la fortune en Grèce. Au moins, depuis longtemps, ne parle-t-on plus, en Russie, m de lui, ni de son hvre.
' L'empereur Alexandre, sur la foi, sans doute, des bons témoignages qu'on lui avait rendus de cet ouvrage, fit à son auteur un don^ de 20,000 roubles, et en ordonna l'impression aux frais du gouvernement et au profit de l'auteur. Cette munificence n'a pas empêché l'ouvrage, auquel, d'ailleurs, il a été fait une réponse victorieuse en fait de raisonnement comme en fait d'érudition, de disparaître entièrement du monde httéraire.
bli ; cet écrivain s'était mis en grands frais d'érudition pour, au moyen de discussions étymolof^iques ' et de considérations mystico- philosophiques, prouver au inonde, entre beaucoup d'autres choses, que le baptême par immenion porte seul le caractère de Tinstitution divine, d'où il résulterait que seul il est valide, et que par conséquent les neuf-dixièmes du monde chrétien n'auraient pas reçu la grâce de la régénération spirituelle, par l'eau et par le Saint-Esprit.
Une si étrange assertion ne pouvait être goûtée qu'en Russie, où le peuple se persuade, ou se laisse persuader que tout ceux qui n'appartiennent pas à son Église, sont, ni plus ni moins que les Turcs, des infidèles, auxquels il apphque indistinctement la qualification injurieuse de boussourmani, tandis que les personnes un peu mieux élevées se contentent de les désigner sous le nom d^oblivantsi^ c'est-à-dire d!af fusionnés. Ce terme, assez équivoque de sa nature, montre cependant, par son existence même et par son application, qu'il renferme l'idée, mitigée il est vrai, d'une grande irrégaUtrriié dans l'administration du premier des sacrements, si toutefois cette irrégularité n'implique pas sa nullité radicale.
Quelle est, demandera -t-on, la doctrine, ou au moins l'opinion du synode de Russie, sur une si importante question? Ici encore la réponse devient aussi incertaine que sur l'objet du précédent chapitre, à raison de la même opposition entre la doctrine officielle et la pratique journaUère. Car indépendamment du livre de M. Stourdza, dont nous venons de parler,
î F'oy, note additionnelle 32.
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et qui à obtenu le plein assentiment et les éloges du synodei les Lettres sur la liturgie, citées au chapitre précédent, et que nous serons encore induit à citer dans le chapitre suivant, disent en termes formels^ que t immersion est l'essence même du saere^
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Or, s'il en est ainsi; si ce qui constitue V essence d'un sacrement se trouve aboli pour foire place à un usage contraire, quelle sera donc la validité du sacrement? La réponse ne sera ni incertaine ni difficile : la validité manquera au sacrement j il sera radicalement nul, et le malheureux ainsi baptisé n'aura pas été régénéré en Jésus-Christ, il n'appartiendra pas à son Eglise ^
Ce serait là, sans nul doute, la décision canonique d'un simple théologien, comme celle d'une assemblée d'évêques, comme celle d'un concile. Nous voyons en effet que, bien que les souverains pontifes aient décidé, et que l'Eglise universelle admette, en thèse générale^ la validité du baptême des hérétiques, et qu'en conséquence il soit défendu de le réitérer^ un synode des évéques catholiques d'Angleterre, réuni il y a plus de soixante ans, a formellement modifié dans leurs dio^ ceses l'application particulière de cette doctrine de rÉglise, en ordonnant à ses prêtres de conférer le baptême sous condition à tout protestant qui désirerait rentrer au sein de l'Eglise catholique et qui^ à cette époque^ serait âgé de trente^einti ans.
* Nous ne saurions dire si le défaut d'instruction , nous ne dirons pas théologique, mais simplement catéchistique du clergé russe, va jusqu'à lui laisser ignorer que raltération de la matière ou de la forme essentielle d'un sacrement l'annule radicalement en le privant de son caractère divin.
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Comme la justification des actes synodaux des éTé-ques catholiques des trois royaumes britanniques n^entre pour rien dans Fobjet de notre travail, nous nous contenterons d'observer que ce décret synodal a été motivé sur la certitude acquise à ces vénérables prélats, que les opinions essentiellement indépendantes d*un grand nombre de ministres du culte protestant ayant, pendant Tépoque des dernières trente-» Cinq annêesi, varié quant à la ibi à l'auguste mystère de la Trinité, à laquelle se rattache nécessairement l'intention dé delbi qui confère le baptême *, ainsi qu'aux diiïêrents modes d'administration de ce sacrement adoptés par différentes sectes protestantes ; un grand nombre des baptêmes administrés suivant leur rituel pourraient être radicalement viciés et par conséquent firaippés de nullité. Cette importante considération ne pouvait mahquer d'éveiller le charitable zèle des ëvêques, et leur imposait le devoir sacré de pourvoir au salut des âmes, en leur assurant, sous la condition qu'elles n'auraient pas reçu un baptême valide, la grâce du sacrement ; et, fondé sur des motifs si justes
' Plusieurs sectes protestantes, entre autres celle qui se dit de la confession helvétique, définissent formellement le baptême uif£ cÉaÉMomE par laquelle on devient membre de la société chré-^ tienne. Celui qui confère le baptême, n'ayant donc l'intention que d'accomplir une cérémonie^ ne peut pas conférer un sacrement ; et, quant à l'intention générale de faire ce que fait l'Eglise^ il est difficile de la supposer à des gens qui ne croient pas même à l'existence d'une Eglise proprement dite ; au point qu'en Angleterre, en Amérique et ailleurs, ce mot est tellement banni de la langue religieuse de certaines sectes proteôtâtites, qu'elles né s^en servent plus même poiu: désigner le UeU de leurs assemblées.
et si concluants, leur décret synodal reçut la pleine sanction du souverain pontife.
Le même motif aurait dû, ce semble, inspirer au synode de Russie une sollicitude non moins active ; car si en effet, comme l'énoncent en termes si clairs les écrivains cités par nous, et qui, Tun et l'autre, ont publié leurs ouvrages avec la pleine sanction et même avec l'appui du gouvernement russe, si véritablement la forme de l'immersion est l'essence même du sacrementy il s'ensuivrait avec la dernière évidence que , hors cette forme, Yessence sacramentelle étant enlevée au baptême, son effet régénérateur ne peut aucunement s'exercer sur l'âme du néophyte.
Dès lors un autre baptême, selon sa forme essentielle j devrait être administré, au moins sous condition, à tous ceux auxquels le synode ouvre les portes de son Eglise *. Mais ici même contradiction entre la théorie et la pratique, non-seulement envers d'obscurs individus, mais même à l'égard des princesses que le mariage intro* duit dans la famille impériale. Ni les uns ni les autres ne reçoivent un nouveau baptême. Le ministère ecclésiastique se borne, à l'égard de tous, à l'administration du sacrement de confirmation qui suit la profession de foi du nouveau membre acquis à l'Eglise gréco*russe. Que conclure encore de cette évidente disparate entre la théorie et la pratique ? C'est que depuis longtemps l'Eglise russe a abandonné ce grief de sa vénérable
^ Et cela devrait être d'autant plus naturel, que la plupait des néophytes de Tï^Iise russe, et nommément les princesses allemandes auxquelles s'allient exclusivement les grands-ducs de Russie, leur viennent des différentes communions protestantes.
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mère, ou bien qu'elle ne sait trop elle-même ce qu'il peut y avoir de vrai ou d'exagéré dans cette troisième accusation portée contre l'Église romaine !
Puisque nous avons parlé de la confirmation, ce sera ici le lieu d*élever nous-même une question qui ne manque pas d'importance, puisque la réalité des dons du Saint-Esprit dépend de sa solution. L'Église gréco-russe confère-t-elle validement ce sacrement?
L'on sait qu'en Russie, et probablement dans toute l'Église d'Orient, ce sacrement est conféré immédiatement après le baptême et par le ministère d'un simple prêtre. Mais ce que l'on ne sait pas de même, c'est que^ en Russie au moins, il s'administre par de nombreuses onctions ', mais sans imposition des mains.
Le nom même par lequel l'Église russe désigne la conûrmaiion, myrapamazanie (onction du chrême), parait indiquer clairement que cette onction, feite avec le saint chrême, constitue à elle seule et à l'exclusion de tout autre la forme de ce sacrement. Or, s'il y a quelque chose de littéralement constaté dans les Écritures, c'est que l'imposition des mains était la forme qu'observaient les apôtres eux-mêmes. Le livre de leurs actes, qui est une sorte de continuation du récit évangélique, nous montre partout et toujours les disciples de Jésus-Christ et leur chef lui-même imposant les mains pour donner le Saint-Esprit ; et l'onction, quelque vénérable qu'elle soit par son antiquité traditionnelle, ne s'y trouve aucunement mentionnée.
* En faisant ces onctions au front, à la nuque, aux yeux, aux oreilles, aux mains, aux pieds, etc. , le prêtre prononce, à chacune d'elles, ces paroles : Sceau du don de l'EspràSaini* jémen.
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Nous ne voudrions pas en inférer que l'onction n'est pas également de tradition apostolique. Mais, ce qui est certain, c'est qu'elle est moins puthentiquement constatée que l'imposition des msiins, qui, d'après les actes , semblerait être au moins la forme la plm em^iielle du sacrement.
Nous sommes donc fondé à douter de la validité de la confirmation conférée avec omission de la forme extérieure qu'observaient les apôtres, et qui bien certainement leur avait été enseignée et prescrite par le divin auteur des sacrements, et, par ceux-ci, de la sanctification de nos âmes Car il est hors de doute que tout ce qui est nécessaire à l'application des mérites infinis du Rédempteur à notre salut a été institué par lui-^méme ; et bien que le Sauveur ait laissé tout pouvoir à son %lisey quant à l'administration des sacrements, il ne lui a laissé le pouvoir ni d'en instituer de nouveaux, ni d'y apporter des changements quant à la matière, non plus qu'à la forme, louquiL a jv^gé 4 propoè 4e la fixer et de l'enseigt^er à ses çipùtres. Toutefois nous laisserons au jugement 4^^ théolo* giens à prononcer sur une question dont la solution «e saurait nous appartenir, et npus passqns à un dernier objet de di^idei^o^ en miim sa^menieHe.
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