GRECQUE
Y a-t-il, ou n'y a-t-il pas véritablement dissidence entre l'Eglise gréco-russe et l'Eglise catholique ro-
* L'on appelle de ce nom des prières solennelles qui se ehan« tent, plus ordinairement à Fissue de la messe, pour le repos des âmes. La formule de ces prières ne demande pas pour elles» comme dans l'Eglise catholique, le repos éternel^ ii^ûs une mémoire éternelle. Pour célébrer ces offices, d'après le rituel oriental, l'on place, en face de la porte du sanctuaire, un plat chargé de riz cuit à l'eau ou au lait d'amandes, adouci par du miel et chargé de raisins de caisse* Un ou plusieurs cierges brûlent près de la table où est placée cette nourriture appelée koutia. Après l'office, elle appartient au prêtre. Quelquefois les parents du défunt en retiennent une partie qu'ils mangent à l'intention du mort. Dans les villages, On en voit souvent des portions déposées sur les tombes.
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maîne, sur la doctrine du purgatoire? C'est là une première question à laquelle il serait assez difficile de jEaire une réponse nette et catégorique. S'il en fallait juger par des déclarations publiques et positives, la réponse devrait être affirmative; elle sera négative si Ton prend en considération la pratique journalière de l'Eglise d'Orient.
Avant d^entrer dans l'examen de ces déclarations et de ces pratiques, nous allons exposer, sur ce point do foi, l'enseignement de l'Église catholique.
Le péché est l'obstacle essentiel et unique au salut éternel. Il est lûen vrai que les souffrances et la croie du Sauveur ont surabondamment pourvu à son expiation et à la réconciliation du genre humain avec le Créateur ; mais pour que cette réconciliation devienne applicable, dans toute sa plénitude^ à chaque homme, il est des conditions que l'Egtise^ organe de toute vérité, nous fait connaître. Car si le seul fait du sacrifice divin effaçait les péchés des hommes^ l'institution des sacrements, au moyen desquels la vertu de l'expiation divine nous est individuellement appliquée, eût été parfaitement inutile.
Il n'entre pas dans notre objet d'établir ici une discussion relative au principe de la justification ; cette thèse appartiendrait plus à une controverse contre les doctrines protestantes * . Ce qu'il importe d'établir^
^ L'on sait tout ce qu'a tenté Luther pour obtenir l'approbation du patriarche de Constantinople pour sa théorie de la justification par la foi seule. Toutes ces négociations à ce sujet n'eurent d'autre résultat que de faire déclarer par lepatiiarche cette doctrine inomc et contraire en tout aux documents de l'antiquité
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c'est que dès la naissance du christianisme, les nouveaux baptisés seuls étaient exempts d'œuvres de pénitence, parce que la renaissance de Tâme par Feau et par le Saint-Esprit est une œuvre toute de grâce ; et qu'an contraire les pécheurs revenus à résipiscence étaient soumis à des œuvres satisfactoires, plus ou moins sévères, suivant la gravité de leurs péchés. Les jeûnes, les abstinences, les longs et fréquents offices de l'Eglise, dont le temps était, en grande partie, pris sur le repos de la nuit * ; les aumônes si recommandées dans les écrits apostoliques, et en général, la vie si pénitente des premiers chrétiens sont des témoignages irréfragables de la doctrine^ des préceptes et de la pratique de rÉglise, sur la nécessité des œuvres satisfectoires, unies par la foi aux satisfactions du Sauveur, pour effacer entièrement les péchés actuels.
Si, de plus, Ton considère que Ip péché, par la souillure qu'il fait contracter à l'âme, déforme en elle la sublime image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; qu'une longue habitude du vice, si commune parmi les hommes, imprègne leur cœur d'une cerlaine complaisance pour le mal, que de longues années, passées dans l'humilité du repentir et dans l'exercice de la vertu, parviennent à peine à extirper de nos âmes ; si, à cette considération, nous ajoutons l'oracle, divin : que rien d'impur n entrera au
comme à la tradition de l'Eglise. Celle de Russie, malgré ses autres affinités protestantes, n'en juge pas autrement.
* L'ÉgUse russe conserve encore un vestige de cette discipline dans le jeûne rigoureux et dans l'assistance à tous ses offices de jour et de nuit, pendant une semaine entière, qu'elle exige de tous ceux qui veulent participer à sa table eucharistique.
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royaume des cieux^ nous comprendrons parfaitement la nécessité d'une époque plus ou moinâ longue, plus ou moins active 9 tant pour sa tisfeire à la justice de Dieu, que pour rendre, avec sa grâce, la pureté baptismale à nos âmes.
Or ce temps si nécessaire est-il donné à chacun, et chacun en use-t-il, comme il le faudrait, pour sa sanctification? Deux questions auxquelles nous sommes, par tout ce que nous voyons en nous et autour de • nous, dispensés de chercher une réponse. Ne voyonsnous pas les œuvres satisfactoires négligées au point que, loin de nous en imposer de volontaires, nous n'accueillons qu'avec une sorte d'aversion celles que, dans sa sollicitude maternelle, nous impose, en commun avec tous ses enfants, la sainte Église ; que sous toutes sortes de prétextes nous cherchons à nous en affranchir, et qu'un grand nombre même affecte de les mépriser, comme des pratiques aussi inutiles que superflues, instituées par des hommesj nos semblables, et que nous a léguées la superstition des temps anciens?
Beaucoup cependant sont ramenés, vers la fin de leurs jours, à de meilleurs sentiments, et, se réconciliant avec Dieu et son Eglise, obtiennent le pardon. Quelques-uns même, par un miracle de la grâce, font pénitence à l'article de la mort, et, par une miséricorde incompréhensible, reçoivent le pardon d'une vie entière passée dans le mépris, ou au moins dans l'abandon de leurs devoirs de chrétiens. Ceux-là meurent bien, dans la foi, dans une sainte espérance et dans le don du Saint-Esprit, l'amour de Dieu,
Mais où sont les satisfactions qu'ils devaient à la jus-
tice divine, qui nous demande, en langage si formel, de dignes fruits de pénitence F À quel degré de pureté auront - ils pu ramener la glorieuse image du Créateur, empreinte en eux, et si affreusement déformée par la longue habitude du péché ? L'on voit donc que, sous le double rapport de la satisfection et de la com* plète purification des âmes, il leur restait beaucoup à faire que la brièveté du temps n'a pu leur permettre d'accomplir.
Ces âmes cependant ont récupéré, dans les derniers sacrements dignement reçus, la vie spirituelle, la grâce sanctifiante, le don de l'Esprit saint. Elles ne peuvent donc être rejetées de la face du Seigneur pour être précipitées dans ces ténèbres extérieures, où habitent les pleurs et les grincements de dents. Débitrices cependant de la justice divine, et portant encore sur elles les honteuses cicatrices des plaies de leurs âmes, comment trouveraient-elles accès au royaume de la lumière, où tout est pureté, où tout est sainteté ?
C'est à quoi l'infinie miséricorde de Dieu a daigné porter remède, en accordant à notre faiblesse, à notre misère, ce que l'on pourrait appeler une prolongation du temps, même au sein de l'immuable éternité. Un troisième lieu, que l'Eglise a appelé la porte des enfers, et qui est en même temps l'avenue de la patrie céleste, ouvre son sein à ces âmes, et, au moyen de souffrances dont la nature ni la durée ne nous ont pas . été révélées, mais dont la privation de la vision béatifique de Dieu est la peine la plus sensible, les purifie, réforme en eux l'image divine, et les rend enfin capables d'entrer dans ce royaume de Dieu, où rien d'impur ne pénétrera jamais.
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Dans cet état de souftrances, ne pouvant rien poup elles-mêmes, parce que le terme de la vie terrestre, hors de laquelle l'homme ne peut ni mériter ni démériter, est franchi sans retour, ces âmes peuvent être soulagées par les prières et par les actes satisfactoires des vivants offerts pour elles. Ces prières et ces actes peuvent leur être imputés, et la charité de l'Église les leur prodigue à toutes, et mille fois chaque jour, dans le très-saint sacrifice de ses autels.
Telle est, telle a toujours été la doctrine de FÈglise catholique sur le troisième lieu. De nombreux passages de l'Ecriture ^ ; la pratique ancienne et actuelle des Juifs, qui prient et jeûnent aux anniversaires de leurs défunts ; le onzième Ijvre des Macchabées (chapitre xn), pour lequel nous ne réclamerons que la valeur d'un document historique; tous ces témoignages prouvent que cette doctrine a toujours été celle de la primitive antiquité religieuse. La parfaite concordance de toutes les liturgies d'Orient et d'Occident, depuis
* La première aux Corinthiens, xv, 29 et 30, nous montre que cette antique pratique de l'Église judaïque était suivie, de sqo temps, par les chrétiens ; et l'Apôtre n'en exprime aucun blâme : ce qui prouve que, dès les temps apostoliques, les chrétiens ^eifr naient et priaient très-légitimement pour leurs morts. Saint Paul tirait de cette pratique unç preuve de leur foi au dogme de la résurrection dernière ; car, dit-il à ses fidèles Corinthiens, s'il en était autrement, que font ceux qui sont baptisés pour les morts ? et pourquoi sont-ils baptisés pour cmjc ?Nous verrons ailleurs ce qui se rapiK>rte à la véritable signification de ce baptàne qui n'était, comme cela se voit encore chez les Juifs, qu'un acte complémentaire du jeûne que ceux-ci et les premiers chrétiens, à leur imitation, s'imposaient comme actes satisfactoires devant profiter à leurs défunts.
Tère apostolique jusqu'à nos jours, constate invinciblement que jamais l'Eglise catholique n'a cessé de professer et d'enseigner l'existence d'un troisième lieu ; doctrine Iiors de laquelle la prière pour les défunts serait une absurdité religieuse.
Cette évidence cependant n'a pas retenu les auteurs du schisme ; comme il leur fallait matière à condamner l'Eglise romaine, la doctrine du purgatoire leur est venue en aide, et l'Église gréco-russe n'a point encore, comme nous allons le voir, renoncé à une imputation d'erreur aussi contraire au bon sens qu'à la vérité.
Sur la fin du dernier siècle, et au commencement de celui-ci, le siège métropolitain de Moscou était occupé par un prélat, du nom de Platon, qui jouissait en Russie d'une haute considération, tant sous le rapport de l'éloquence que sous celui de l'instruction théologique. Consulté sur la foi de l'Église de Russie, relativement au troisième lieu, par un ecclésiastique anglais, qui avait entrepris d'écrire une histoire complète de toutes les sectes chrétiennes, ainsi que de la diversité de leurs croyances , le docte prélat répondit en ces termes : Nous rejetons le purgatoire comme une fable indigeste et moderne qui na pas été imaginée sans donner lieu à la suspicion de lucre \
Qu'un savant métropolite, un révérendissîme membre du synode de Russie, une lumière de son Église, soit assez hardi pour qualifier dn fable une doctrine qui,
• Voici le texte original de cette réponse qu'il faut avoir lue pour y croire : Purgatorium^ ut crudum et recens, non sine suspi-^ cione lucri excogitatum commentum respuimus.
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par son importance, méritait peut-être un examen moins superficiel et une qualification un peu plus réfléchie, cela ne nous surprend que médiocrement, connaissant fort bien le peu de profondeur que l'on donne aux études théologiques en Russie.
Mais qu'il joigne à. cette étourderie théologique, à cette qualification de fable, les épithètes d'indigeste (nous n'avons su mieux traduire l'expression latine ci'udum)j et de moderne surtout^ lorsqu'indépendamment de sa propre Eglise (trop jeune, à la vérité, pour bien connaître ce qui est du domaine de la primitive antiquité ecclésiastique), il ne peut ignorer que cette fabk a été crue et enseignée par l'Eglise catholique, depuis sa naissance jusqu'à nos jours; qu'empruntant le langage haineux et calomniateur du protestantisme^ il fesse de cette fable le produit net de la cupidité du sacerdoce catholique, c'est ce qui nous confond. De tout temps le prêtre a vécu de Tautel, et si les prêtres catholiques reçoivent une médiocre aumône pour l'intention satisfectoire que, dans ce cas, ils attachent au sacrifice, cela paraîtra parfaitement justifiable aux yeux de l'équité. Et aux yeux de la religion cette aumône ajoute, en faveur des défunts, au mérite infini du sacrifice, celui d'une offrande de pure charité. Tout cela est, comme on le voit, parfaitement conséquent, et concorde à merveille avec la doctrine d'un troisième lieu, où l'âme temporaîrenjent détenue reçoit du soulagement, et voit même arriver Theureux moment de sa délivrance, en vertu de l'auguste sacrement offert pour elle, et du mérite des prières et de l'aumône faites à son intention ; offrandes que l'ineffable miséricorde de Dieu reçoit comme venant d'elle.
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S'il y a là du febuleux, il y a au moins concordance avec la saine raison.
Mais qu'un illustre prélat, dont la ménioire est prédeuse au synode, vienne nous parler, avec une inconvenance si marquée, de choses qui, bien que blâmées par sa malignité, se pratiquent dans sa propre Église ; qu'il vienne parler de lucre^ et en adresser au moins le soupçon au clergé latin, lorsque lui-même recevait des sommes considérables (<,000 roubles au moins pour la célébration d'une messe pour un défunt, et souvent davantage pour son assistance personnelle aux funérailles de ce défunt) ; que son clergé se soit fait êous ses yeuXj commis cela se pratique encore et se pratiquera toujours, la principale partie de son revenu casuel, des obsèques et des panakhides, et tout cela, lorsqu'il déclaré rejeter, comme Une fdble, la doctrine d'un troisième lieu, ce qui implique directement et logiquement l'inutilité de toutes ces pratiques ; en vérité, Fort ne Sait que rougir, pour le prélat et pour le synode auquel; à cette époque, il appartenait, et qui, li'ayânt jamais désavoué une doctrine si scandaleusement ôj^pbsée à ses propres pratiques. Va virtuelle-^ inent acceptée, maintenue et sanctionnée.
Abandonnant ici le docte et vénéré métropolite Platon, et sa réponse à laquelle nous trouvons une ct-udité bien plus saillante que celle qu'il attribue à notre doctrine, voyons comment l'Église russe essayera, dans son système, de justifier les prières, assez bien rétribuées, qu'elle dhante ou récite pour les morts. Â cet effet, nous allons extraire un passage fort curieux, relatif à ces prières, et que nous trouvons (lettre sur les funérailles, page A54) dans un ou-
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vrage ^ récemment publié, sous la sanction impériale, et par conséquent iàussi synodale en Russie. Cet ouvrage , qui sort des presses de ta police générale de l'empire ^, porte un caractère d'autant plus remarquablement officiel, qu'il a été commandé par le gouvernement, et publié immédiatement après la réunion des Grecs-unis avec l'Eglise nationale. La théorie indiquée dans cette lettre, sur l'état des Ames, immédiatement après lieur séparation des corps, paraîtra un peu plus moderne que l'antique doctrine du purgatoire; elle offrira mêiiie quelque chose de plus indigeste que celleci, au bon sens, ainsi qu'aux idées que nous en donne la révélation.
« Depuis le moment même de la séparation de l'âme et du corps, jusqu'à ce que les restes mortels! soient rendus à la terre, l'on célèbre des panakhides, et, jour et nuit, l'on récite le psautier sur le défunt ; et suivant les dispositions ', on prolonge davantage ces oraisons, on les continue mêine
I Cet ouvrage, qui a été publié sans nom d'auteur, n'est atio-^ nyme qu'en apparence. Son auteur est M. MonravieflF, écrivain connu par d'autres ouvrages mystiques, et surtout par ses Voyages en Orient et aux saints lieux.
^ Voici le titre de cet ouvrage écrit en russe, et qui n'a pas, que nous sachions, été traduit en d'autres langues : Lettres sur la liturgie de V Eglise catholique orientale» Saint-Pétersbourg ; de l'imprimerie de la troisième division de la chancellerie personnelle de S. M. I. 1839.
^ Il s'entend que ces dispositions ne sont autre chose que les commandes de la famille, c'est-à-dire les sacrifices pécuniaires qu'elle peut et veut faire pour cet objet ; car l'on comprend que les prières dont il est question ne sont rien moins que gratuites, et que, par conséquent, elles n'intercèdent que pour les riches.
pendant quarante jours, afin de faciliter à l'âme^ par ta prière, son terrible passage au monde invisible^ et de la soulager dans les épreuves auquelles, suivant les tradi- TIONS DE l'ÏIglise, elle est soumise pendant les premiers jours de son départ. Et comme le troisième jour a e'té choisi pour les obsèques, attendu que les caractères de la mort commencent à se manifester alors d'une manière trop apparente sur le corps; de même les neuvième, vingtième et quarantième, par la mémoire qui est faite du défunt, correspondent à sa situation graduelle, suivant les lois de la nature^ pendant cette époque. Quant au nombre des quarante jours, il est particulièrement révéré par l'Église, comme étant celui des jours que le Seigneur a daigné passer sur la terre, après sa résurrection, dans son corps glorifié, nous attendant pour te jour de la résurrection universelle. »
Nous l'avouons avec peine et franchise : notre sagacité ne va pas jusqu'à pénétrer, dans toute sa profondeur, la très-singulière révélation qui nous est feite, suivant des traditions qui n'étaient pas encore parvenues jusqu'à nous, et dont il eut été obligeant de nous indiquer les sources, sur l'état des âmes, pendant la quarantaine qui lui est assignée, pour parcourir des espaces imaginaires ^, avant de parvenir au lieu de
I Nous croyons devoir appeler de ce nom ceux que, suivant le docte auteur, Tâme doit parcourir, lorsque, déjà séparée da monde matériel^ elle opère son terrible passage au monde spirituel ou invisible. Nous n'avions pas encore entendu dire qu'entre ces deux inondes, il en existât un troisième qui n'est d'aucune des deux natures, et qui devrait être appelé le monde des épreuves. Jusqu'ici la théologie chrétienne, dans son ignorance des découvertes prétendues traditionnelles faites en Russie, considérait notre
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,son repos. Jusqu'ici nous avions pensé, et nous le pensons encore, qu'à l'instant de sa séparation du corps, Fàme subit un premier jugement, qui lui manifeste sa destinée pour toute Téternité ; qu'à défaut même de ce premier jugement, la connaissance, qu'en sa nouvelle situation d'esprit dégagée des entraves de sens, elle acquiert d'elle-même, suffirait pour l'obliger à se juger d'une manière infaillible; car à l'instant même elle saurait si, aimant Dieu, eUe est aimée de lui ; et si, pour son malheur, elle sentait en elle cette haine du souverain bien, qui est le premier et le plus épouvantable châtiment des réprouvés, elle se précipiterait d'elle-même dans le monde du mal ; ne pouvant supporter la vue ni les joies du monde du bien.
Grande est notre surprise, en apprenant de l'organe avoué de l'Eglise gréco-russe, que les choses sont bien loin de se passer ainsi ; que l'âme, dont le sort parait être indécis pendant cette époque de son existence, a besoin d'un temps plus ou moins long, et qui peut aller jusqu'à quarante jours, pour effectuer son passage au monde invisible; ce qui ferait supposer que malgré sa nature toute spirituelle, elle tient encore par un lien quelconque au monde. visible, dont elle aurait quelque peine à se détacher -, que pendant la durée de ce travail, et surtout pendant les premiers jours de son départ, elle est soumise à des épreuves que l'on peut croire très-périlleuses, puisqu'il est si essentiel de l'en préserver, ou au moins de les lui adoucir par des priémonde matériel et retendue de la vie terrestre comme le monde et la vie des épreuves.
res. Et comme, dans toutes ces hypothèses, il n'est pas fait la moindre distinction entre les âmes saintes et les âmes criminelles, il paraîtrait que toutes sont soumises aux mêmes tentations; et que, par conséquent, les premières, si elles sont vaincues, peuvent et doivent perdre leur droit à la vie éternelle ; tandis que les autres, si, aidées par de nombreux panakhides, elles remportent la victoire dans ces épreuves décisives, peuvent échapper aux tourments éternels dus à leurs crimes jprécédents -, que les âmes, pendant cette époque si critique, passent même par une situation graduelle^ conforme aux lois de la nature ; de sorte que si, en pareille matière, il était convenable de chercher un point de comparaison dans ces lois de la nature, la situation des âmes pourrait être représentée par celle d'un papillon ou d'un sphinx qui, pendant un assez long temps, travaille à se défaire de sa chrysalide, et détendre ses ailes, pour aller, après ce périlleux travail, les étaler au radieux soleil du midi, ou les brûler aux sombres feux d'une lampfe sépulcrale ; et qu'enfin, le Seigneur a passé, après son glorieux triomphe sur là mort, quarante jours sur la terre, non pas, comme nous l'enseigne l'Ecriture, pour entretenir ses apôtres du royaume des cieux, mais pour nous attendre au jour de la résurrection universelle. Cette attente ne s'étant pas réalisée, aurait sans doute décidé le roi de gloire à remonter sur son trône et à s'asseoir à la droite de son Père, en attendant, dirait-on, que cette résurrection dernière, dont le Verbe divin n'a pas su apparemment connaître l'époque précise, puisse s'accomplir et l'appeler enfin sur son tribunal suprême.
Si jusqu'ici nous n'avons relevé que le ridicule da
système exposé par l'écrivain anonyme chargé de Ife développer au nom de son Église, ce n'est pas que Son impiété nous ait échappé. Eh quoi ! les sublimes apôtres, ces vases d'élection, envoyés du Sauveur pour appeler tous les peuples à la connaissance du vrai Dieu y celui même à qui l'Homme-Dieu a laissé les cleft de son royaume; ces généreux martyrs dont la cha- Hté s'est manifestée par une preuve au delà de laquelle, au jugement même du Rédempteur, il n'y a pas de charité ; tant d'illustres pontifes et docteurs qui ont honoré la foi qu'ils enseignaient, par les plus éminentes vertus ; de si glorieux modèles de la perfection chrétienne ont eu à subit* de longues et périlleuses épreuves, avant d'avoir pu prendre possession du royaume qui leur avait été préparé dès l'origine du monde! car, , dans le système que nous critiquons, aucune exemption n'est même indiquée en leur faveur. Et d'autre part, ces cruels et immondes Césars, qui, sans le vouloir, fertilisaient l'arbre évangélique des torrents de sang que répandait leur féroce aveuglement ; le traître luimême qui avait vendu au sanhédrin la vie de son divin maître; tant d'autres scélérats fameux trouveraient encore, avant d'être jetés aux feux préparés à Satan et à ses anges, des épreuves qui pourraient leur devenir salutaires ! car des épreuves, de quelque espèce qu'elles puissent être, ne se présentent à la pensée qu'en y faisant naître l'idée nécessaire d'une victoire ou d'une défaite. Âh ! certes, une doctrine si décourageante pour la vertu, si encourageante pour le crime, n'a jamais été celle de l'Église ; elle n'a de fondement ni dans les écrits évangéliques, ni dans les traditions de la sainte antiquité ; elle ne peut avoir pris naissance que dans
les superstitions populaires ou dans Textravagante imagination de quelque visionnaire de l'orthodoxe Orient; elle est aussi opposée à la vérité révélée qu'au sens commun.
Encore si par épreuves on entendait des souffrances réservées aux faiblesses de la nature humaine, bien que rachetées par de hautes vertus, la raison cesserait de se révolter contre de pareilles billevesées, livrées à la crédulité des ignorants ou des insensés! car, quelque grandes que soient les verlus de la créature, l'Ecriture nous apprend que, hors l'action de la miséricorde divine, nul des vivants ne sera justifié aux yeux du Créateur. Mais, dans ce cas, ce serait le purgatoire, lieu des purifications, où des souffrances temporaires e%cent les dernières traces des chutes et des imperfections humaines. Là les âmes ainiées de Dieu et pénétrées de son saint amour, tout en gémissant, avec une douleur inexprimable, de se \ oir privées de la vision béatifique du souverain bien, dont elles connaissent les ineffables perfections, adorent, bénissent même la main qui les châtie, sachant bien que leurs souffrances sont l'œuvre de la paternelle miséricorde de Dieu. Elles attendent, avec une sainte patience, que les prières de l'Eglise leur ouvrent enfin le lieu de l'éternel repos, le glorieux théâtre des manifestations di* vines.
Y a-t-il la moindre analogie entre ces consolants enseignements de l'Eglise catholique et les épreuves dont nous parle l'interprète des doctrines de l'Église de Russie? On ne saurait le croire, en voyant d'abord cet auteur fixer au temps de ces épreuves un maximum de quarante jours, puis assigner aux âmes ainsi
éprouvées une situation graduelle^ conforme aux lois de la nature, comme si ce que nous appelons la nature et ses lois pouvait s'appliquer, en quoi que ce soit, à des esprits désormais soustraits à l'action des organes et du monde matériel ; et enfin parce que, admettre, sous quelque dénomination et avec quelque modification que ce puisse être, un lieu de souffrances, ce serait se donner à soi-même une situation digne de mépris ou de pitié ; car ce serait condamner un mot en acceptant et justifiant la doctrine qu'il exprime. Il feut donc de toute nécessité, pour fixer le vrai sens et la véritable acception des épreuves en question, s'arrêter aux ten-^ talions; car la vive imagination de notre auteur ne parviendra pas facilement à traduire autrement ses épreuves qu'en tentations ou en souffrances; seuls modes d'épreuves que des êtres spirituels puissent subir. Or, dans le premier cas, l'acception adoptée renfermerait, comme nous croyons l'avoir fait voir, une incontestable impiété ; au second cas, elle serait équivalente à notre doctrine.
Se voir réduit à pareille alternative n'est pas chose rare, lorsque, combattant la vérité, l'on est soi-même combattu par ses propres pratiques, pour lesquelles l'on se voit ainsi forcé de chercher des interprétations contraires à la réalité. Et c'est ici le cas de faire observer combien toute cette fable * d'épreuves et de diffi-
* Ce serait assurément peine superflue de rétorquer contre la théorie que nous venons d'examiner la définition que le très-véûérable Platon a donnée de la doctrine du troisième lieu. Aucun de nos lecteurs ne sera, sans doute, emban-assé de découvrir de îuel côté se trouvent des contes indigestes et récents^ et, par-dessus tout, entachés d'une légitime suspicion d'intérêt.
30d DE LA SITUATION BBLfGlltnSE
cultes pour passer 4u moude matériel au mon4e des esprits, est formellement contredite par la pratique de l'Eglise et du peuple russes, surtout quant au terme des embarras de cette migration. Dans la pensée de récrivaiu, ils paraissent ne pouvoir s'étendre au del4 de la quarantaine, et pourquoi, s'il en est ains^, l'Eglise gréco-russe, ainsi que l'Eglise catholique, feitr elle mémoire, chaque jour, au canon de la messe, de tous ses défunts et particulièrement de ceux qui oqt construit le temple où se célèbre le sacrifice, ou qui en ont été les bienfaiteurs, quoique souvent cette construction ou ces bienfaits remontent à plusieurs sièr clés? Pourquoi célébre-t-elle des panakhides aussj souvent qu'il lui en est demandé, et particulièrement aux anniversaires des défunts? Pourquoi, enfin, ter-: mine-t-elle par de longues prières pour les morts, l'office du soir du jour de la Trinité, qui, comme noiw l'avons dit, est la première solennité de la Pentecôte? Toutes ces pratiques ne parlent-elles pas plus haut que les fabuleuses imaginations exposées dans un livre qui a la sanction du synode ? INe témoigpent-elles pas de la manière la plus irréfragable, que l'Eglise grécorusse, aussi bien que l'Eglise catholique, croit et professe, au moins en pratique, ce que nous croyons e% professons également en théorie : c'est que les péchés qui n'ont pas été entièrement expiés sur la terre le sont dans cet autre monde, dont l'existence nous est révélée, bien que ses mystères spient restés, pour notre intelligence si bornée, un inscrutable secret ; qu'il y a donc un troisième lieu, mitoyen, s'il est permis de s'exprimer ainsi, entre le ciel et l'enfer, lieu que nous appelons purgatoire ; et que les âmes oui y sont tem«
m l'empire de RUSSIE. 303
poraireraent détenues peuvent être soulagées et même délivrées de leurs peines, par la vertu du sacriQpe eucharistique et des prières de l'Église.
De tous ces faits nous nous croyons donc autorisés à conclure que, au fond, la doctrine du troisième lieu, si puissamment consacrée par les liturgies orientales
comme par les nôtres, est celle de l'Eglise gréco-russe, dont la critique n'a de véritable objet que le mot purgatoire introduit dans la langue théologique du lad' nismâj postérieurement aux premiers siècles de rÉglise^ et que, par ce seul motif, elle refuse d'accepter, comme si un nom devait être rejeté, pour avoir été peut-être ignore de la primitive antiquité dont il ex«> prime cependant si parfaitement la foi M Réduite à cette expression, si simple et si vraie, la question n'en est plus une; ce n'est plus que la censure irréfléchie d'un mot, qu'il serait aussi contraire à la raison qu'à la charité d'ériger en cause du schisme. Nous nous bornerons donc, en nous résumant, à dire que, si, dans cette question, il se rencontre quelque chose de fabuleux, c'est dans le système mystico-romantique exposé au nom et de l'aveu du synode russe qu'il faudra le chercher; et que la basse inculpation adressée à ce sujet à un clergé qui croit et professe la doctrine d'un lieu d'expiation retombe, de tout son poids, sur un autre clergé, qui, disant n'y pas croire, tire néanmoins
* A ce compte, l'Eglise russe devrait aussi rejeter, comme des contes indigestes et récents, les deux doctrines de la consubstantialité et de la transsubstantiation, parce que le premier de ces deux termes parait avoir été créé par le premier concile de Nicée, au quatrième siècle, et qufi le second est d'une création beaucoup plus récente.
â04 DE LA SITUATION HELIGIBÛSE
profit de prières qu'il chante ou qu'il récite, et qu'il sait dans ce cas être inutiles à ceux pour lesquels il les offre au Seigneur.