‹ Persécution et souffrances de l'église catholique en RussieChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LAHGUS UTITRGIQUS. SUPPRESSION DE l'aLLBLUIA AUX OFFICES DD GAAÉMX BT UU MORTS. CHANT ET MUSIQUE INSTRUMEirTALE DANS UU éftUSBS. ABSTINBNCX DU SAMEDI AU LIEU DU MERCREDI. GOS~ TUME DU CLERGE, ETC.

Les objets dont nous allons traiter sont d'une importance si minime, que nous croyons devoir les réunir en un seul chapitre, pour ne nous en occuper que superficiellement et sans leur accorder l'examen sérieux auquel il nous a paru essentiel de soumettre les accusations relatives aux grands objets du dogme et des sacrements. Nous les aurions même entièrement passés sous silence, si nous n'eussions craint qu'on n'en tirât avantage, en considérant cette suppression comme un aveu tacite que, au moins dans ces pratiques de pure discipline, l'Eglise catholique avait pu encourir quelque juste reproche ; aveu qui eût porté atteinte à son caractère d'organe de la vérité permanente, guidé, en toute chose, par l'inspiration divine. Car, il ne feut pas se le dissimuler, la véritable épouse de Jésus-Christ doit, en tout, se moutrer sans rides et sans tache. C'est la condition essentielle du respect et de la confiance qu'elle doit inspirer, et le moindre abus, la moindre imperfection autorisés far etU^ rendraient équivoque son indéfectibiliié perpétuelle.

Nous avons vu^ dans le manisfeste du synode, la

M l'bmpirb m RVSSK. SSI

singulière importance qu'il accorde à l'usage de h langue liturgique de son Eglise» jusqu'à la classer parmi les précieux gages du salut éternel dont jouit le peuple russe. D'autre part, nous avons vu que le bonheur d'entendre célébrer la liturgie dans sa propre langue n'est pas le partage de ce peuple, autant qu'on voudrait le foire croire, puisque la langue des Slaves, qui est celle des offices russes, bien qu'elle soit la langue mère de l'idiome russe, s'en écarte pourtant assez pour que les personnes bien élevées soient obligées, dans leur jeunesse, d'en &ire une étude spéciale, à laquelle, comme on le comprend fecilement, le peuple, .c'est-à-dire l'immense majorité de la nation, ne peut se livrer. Il y a donc quelque inexactitude dans l'espèce de privilège que le manifeste du synode accorde à sa nation.

L'exception serait bien plus forte encore, si l'Eglise de Russie venait à étendre ses dogmes et son culte, ûous ne dirons pas hors des limites de l'empire, mais seulement chez les Lithuaniens aborigènes, chez les Esthoniens, les Livoniens, les Finois, toutes populations qui parlent leurs langues propres ; langues qui ïi'om ni entre elles, ni avec l'idiome russe, une origine commune. Que serait-ce donc, si l'Eglise russe, étendant davantage encore ses conquêtes, plantait la croix dans les immenses contrées occupées par des populations mongoles ou tartares * ? Elle se verrait donc obli-

* En 1814, nous avons eu la surprise de voir arriver à Pëters- ^iirg une société de ^fantckoas, mandés de la grande Tartarie par la Société biblique de Russie. Tous étaient idolâtres, et ne avaient que très-imparfaitement le russe, ce qui n'empêcha pas MM. les biblistes de leur confier la traduction du Nouveau Tes-

tôt DB LA SITUATIM EBUGIWSB

gée de traduire ses livres liturgiques dans ces sauvages jargons que parlent les Samoîèdes, les Ostiakes, les Kaintcbadales et toutes ces misérables peuplades qui traînent une vie semi-animale le long des grands fleuves de la Sibérie, ou sur les rives glacées de l'océan Arctique. Il le faudrait, cependant, à moins de priver ces sauvages néophytes d'un gage essentiel de leur salut, ce qui serait cruel autant que perfide. Car n'y aurait^il pas trahison, à leur égard, de les induire à embrasser la religion du salut, en leur refusant un moyeu essentiel d'y parvenir ?

Qu'une grande nation, parfaitement homogène (s'il en existe une seule sur la terre), quant à son origine et à sa langue paternelle, croie utile de s'en servir dans le culte qu'elle rend à Dieu, cela peut se comprendre. Mais qu'un peuple aussi hétérogène, sous le double rapport de ses origines et de ses idiomes, que le peuple russe, prétende trouver dans une langue unique, et qui, de nos jours, n'est celle de personne; qu'il prétende trouver dans l'usage liturgique de cette langue un bonheur tout particulier, qui va même jus^ qu'à devenir pour lui un moyen et un gage de salut, cela paraîtra plus extraordinaire. Mais, nous dirat-on, la langue russe étant celle de la majorité, et con^ servant une analogie manifeste avec le slave dont elle est dérivée; et les premiers livres mis en usage en

tament en langue tartare, afin de gagner à TEvangile des pros^ lytes aux dépens du Dalai-lama. Ce mode de prédication évangé^ lique, s'il n'est pas très-efficace, a au moins le mérite d'être moins incommode que la vie errante des missionnaires. Aussi le synode applaudit-il beaucoup au zèle de la Société biblique pour la propagation de la pàbole dk Dxeu.

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Russie, tant pour le culte que pour l'instruction des nouveaux chrétiens, ayant été originairement écrits dans cette langue, n'est-il pas plus sage de les conserver que d'en introduire d'autres, écrits en des langues étrangères, qui n'auraient aucune espèce d'analogie avec le langage primitif de notre Eglise ?

Loin de rien contester à la force de ce raisonnement, nous en réclamerons l'application non moins bien raisonnée, au bénéfice de l'Eglise catholique*

L'Eglise gréco-russe, bien qu'elle prétende se don* ner les noms d'orthodoxo-catholique orientale , est une Eglise naiionale. C'est ce que prouvent, malgré elle, son slavonisme dont elle s'enorgueillit contre toute raison, ainsi que son gouvernement purement national, au moyen duquel elle ne pourrait jamais franchir les limites territoriales de l'empire. Des conquêtes même, étendues au loin, ne changeraient rien à notre proposition, puisqu'elles incorporeraient à l'empire les peuples ainsi conquis, et que, dès lors, sa langue n'aurait encore pas franchi ses limites politiques. Qu'elle emploie donc, pour la pratique de son culte, la langue mère de son idiome actuel ; qu'elle la consacre, en quelque sorte, dans ses livres liturgiques, et qu'elle Tait en grande vénération, tant pour son antiquité que parce qu'elle a été pour la Russie le véhicule de la prédication évangélique aux premiers jours de sa naissance à la foi ! Nous ne trouverons à tout cela rien que de trèsnaturel, de très-conforme aux éléments de sa situation religieuse.

L'Eglise catholique, au contraire (et sous ce nom nous entendons, avec le monde entier y l'Eglise romaine), l'Eglise catholique, disons-nous, cette vaste;

8M DB LA SITUATIOII mELWnVSB

famille de firères répendae dans tontes les contrées qu'éclaire le soleil, est^ comme son nom et son extension l'indiquent, Y Eglise universelle. Un coup d'oeil sur la mappemonde nous montrera qu'elle n'a point de limites territoriales; qu'elle ignore les divisions de la géographie physique et politique exk régions, en peuples, en Etats; que, par conséquent, elle ne peut se servir d'aucune langue nationale à peine de n'être entendue et comprise que par une fraction minime de son imm^ise empire. Elle a donc et nécessairement conservé sa langue primordiale, qui n'est autre que la langue de ce vieil empire romain, qui, à l'époque de la naissance de l'Eglise, embrassait et gouvernait l'univers, et à ce titre était la langue universelle. Cette langue, si elle n'est pas comprise par tous ses en£snts, l'est au moins parfaitement de son corps enseignant, c'est-àdire de son clergé, qui, répandu dans tontes les régions du globe, y reçoit la même instruction, lit et médite les Ecritures et les œuvres des docteurs et des Pères de l'Eglise, célèbre les saints mystères et récite les offices canoniaux dans la même langue. Est-il, dans toutes les institutions humaines, une preuve plus grande, plus parfaite de son invariable unité? Est-il au monde un moyen plus puissant de maintenir cette unité dans la foi, dans la morale, dans le cuUe et dans l'administra* tion des moyens de salut?

L'Eglise d'Orient, en général, et l'Eglise de Russie, en particulier, ne sauraient, nous le savons, imiter un si parfait modèle. La première vit au milieu des Turcs et des Arabes, dans la vile condition de Gîaours, et ne conserve sa mal heureuse existence qu'au prix des avanies qui IxA sont infligées, et 4e sa profonde souhûssîob

M L'BMrimB M Bffsaii. tu

à tout œ qa'exigeat d'elle des maîtres impitoyableB. La seconde, au contraire , dominante, appuyée da toute Ja puissance du maitre qui la gouverne, voit ses provinces septentrionales, méridionales et orientales horriblement infectées de mahométisme et même de scbamanisme> qu'à sa grande honte elle n'a pas su détruire par des douces voies de persuasion dont, au dire de son manifeste, elle dispose. Mais si^ moins misérable ou moins inféconde, Tune ou l'autre parvenait à répandre autour d'elle les lumières de l'Ëvangile, et à fonder ainsi de nouvelles églises qu'elle enfanterait au Seigneur; s'empresserait^elle de traduire ses missels, ses rituels, son psautier et ses livres d'heures; la première, en langues turque ou arabe, et, la seconde , en jargons tschouvache , kalmoukc , kirguise, etc.? Non, assurément, dirait le synode, s'il voulait être sincère : son clergé continuerait à se servir de ses livres liturgiques, en langue slave, sans s'inquié* ter beaucoup s'ils sont compris par ses néophytes ^

Et c'est là précisément ce que fait l'Ëghse catholique, à l'égard de laquelle tous Ui peupkê du monde sonê deê convertis. L'Eglise romaine possède en ce genre un établissement que ni la riche Angleterre^ avec ses associations de Bibles et de missions, ni la puissante

* Noua ayoDS déjà fait remarquer l'inappréciable avantage îu'offl-e, à l'immuabilité de la foi et de la doctrine, l'usage des ^fOigues mortes^ comme le sont le latin, le grec classique et le sla- ^OQ lui-inéme. Les livres écrits en ces langues sont désormais à labri de toutes les variations, et surtout en fait d'acception de <^citaiQs termes; variations qui produiraient sans cesse des ^i^troverses d'étymologie et de syntaxe, peu favorables assuré^* >>^t à l'unité et bien moins encore à l'immuabilité de la foi.

336 DE tA SrrUATION BSLiaiKOSE

Russie, ne parvleodront point à naturaliser chez eQes. Dans son collège de, la Propagande^ Rome entretient et met en œuvre une typographie polyglotte^où s'impriment des livres dans tous les idiomes du monde, qu'elle y feit enseigner aux élèves de ses missions. Mais elle n'a garde de s'épuiser en éditions de livres liturgiques ou canoniques à l'usage des peuplades qu'elle convertit, connaissant trop bien l'insurmontable difficulté que présenteraient de pareilles traductions dans les langues des Hindous, par exemple, des Siamois, des Mantchoux ou des Chinois. Â ceux qui savent lire, l'on met à la main l'Oraison dominicale, la Salutation angélique^ le Symbole de la foi, les actes des vertus théologales, et peut-être quelque abrégé de la doctrine chrétienne ; aux autres, les missionnaires se donnent la peine de leur enseigner ces choses de mémoire et de leur expliquer la nature et les parties es* sentielles de la sainte messe, ainsi que la méthode à suivre pour participer dignement aux sacrements de l'Eglise. Ces instructions suffisent pour conduire les nouveaux convertis dans la voie du salut, et elle réserve pour son clergé, et pour les candidats indigènes du sacerdoce, l'intelligence de la langue sacrée et universelle du catholicisme ^

Nous ne contesterons pas d'ailleurs aux paroissiens russes de Moscou, de Kostrama, de Kazan, la jouis-

' Ce n'est pas que l'Eglise i*oinaine érige la connaissance de la' langue latine en privilège clérical. L'on connaît assez le soin qu'elle prend à en étendre l'étude même parmi les laïques. Mais cette étude exigeant de longues années, sw^tout dans les contrées extra-européennes, il est bien évident qu'elle ne peut y devenir que le partage des élèves indigènes du sacerdoce.

DE L'KMPIRE de RUSSIE. 837

sance qu'ils peuvent trouver à entendre chanter et réciter des prières dans une langue voisine de leur idiome natal^ bien que nous ne puissions pas trouver en elle un un précieux gage de la vie éternelle ; cette satisËBiction leur est due comme membres d'une Eglise nationale. Mais nous réclamerons pour nous une satisSaction plus essentielle et qui plait davantage à nos cœurs : c'est celle de pouvoir parcourir l'Europe entière, de franchir même TOcéan, et de trouver en tous lieux le culte de la religion universelle célébré dans la même langue, avec les mêmes rits, au milieu d'un peuple de frères dont cette uniformité même proclame le glorieux privilège d'appartenir à la grande famille de la véritable orthodoxie ; et, dans cette certitude, nous trouverons un gage bien plt^ assuré et bien plus précieux de la vie étemelle que dans le privilège d'entendre sa propre langue, dans son propre pays, dont on ne saurait sortir sans être privé non-seulement de ce *' privilège, mais même de l'exercice de son culte indigène. Â cet égard, les Juifs sont plus heureux que les Russes ; car partout où il se trouve une synagogue ils sont assurés d'entendre leurs offices dans une langue qui, bien qu'elle ne soit pas comprise par tous, platt cependant à leur oreille autant qu'à leur cœur, parce qu'elle est la langue sacrée de leurs aïeux et commune à tous leurs frères.

Avant de nous livrer à l'examen des quatre derniers points renfermés dans ce chapitre, il nous semble essentiel d'établir un principe dont l'application sera une sorte de réfutation sommaire des autres reproches imaginés par les auteurs du schisme, pour justifier leur séparation de l'Eglise romaine. Ce principe, nous

iSfe DB LA AtÛATlOlt lItLMifOSB

âllottd rexposef dans un exemple connu de là plupart de noê lecteurs.

L'ingéuieui auteur deg Voyages du jeune Anacharsis raconte quelque paît r que, pendant que Fou rendait les derniers devoirs à un jeune Grec, son vieui serviteur s'occupait à donner de tendres soins au parterre que sou jeune maître avait planté, mêlant des larmes silencieuses à Teau dont il arrosait les fleurs aimées du défunt. Des cris perçants interrompent tout à coup son douloureux labeur; la jeune veuve entrait au jardin, et, dans les transports de sa délirante douleur, elle arrache, elle brise, elle déchire toutes ces plantes qu'avait chéries son époux ; elle ne veut pas qu^une seul survive à la main qui les avait soignées, et que la flamme cruelle vient de dévorer ! A laquelle des deux actions donnerons-nous la préférence? Toutes deux ne rendent-elles pas également témoignage d'un sentiment identique, celui d'une profonde et fidèle douleur?

Il n'en est pas autrement des rits et des cérémonies de l'Eglise, pourvu que leur divergence n'altère en rien l*essence du cuhe que nous devons à Dieu. L'Eglise d'Orient considère Y Alléluia des Hébreux comme une sorte de terme technique, propre à proclamer la gloire du Seigneur, et elle ne pense pas devoir s'abstenir de son emploi, même dans ses offices consacrés au deuil le plus profond. L'Eglise romaine, au contraire^ juge que V Alléluia étant à la fois un cri d'adoration et un cri de joie, il est plus convenable de s'en abstenir , lorsque , dans l'office de ses défunts , elle pleure moins leur trépas que le péché qui nous a ravi Timmortaiité ; ainsi que dans la période de Tannée, qu'elle consacre à la méditation des souffrances de son

épotis^ déplorant <îhdque jour les crimes des buniains qui vont l'attacher à la croix. Chacune de cfcs pratiques a ttn principe louable en lui-même^ bien que celle de l'Eglise romaine paraisse plus rationnellej et dès lors toutes deux sont également irrépréhensibles aux yeut de la raison et surtout de la charité chrétienne.

L'Eglise de Russie croit la voix humaine Éeule digne de célébrer, dans ses offices, les grandeurs et la bonté divines. Elle bannit, en conséquence, de ses temples l'usage de tous les instruments musicaux * , auxquels elle reproche d'être privée dé voicù. L'Eglise romaine oroit^ aucontraire, que tout ce qui est beau doit être, par l'usage qu'en fiait l'homme^ donsacré à la gloire de Dieu 'y elle joint en conséquence à la voix de ses fidèles h don des nombreux instruments que le génie dû l'homme a inventés, et en cela elle se sait appuyée de la pratique suivie dans le seul culte autorisé de Dieu avant la venue de son Messie. Elle aime à se rendre aux invitations du roi-prophète, qui appelle à l'aide des chants lévitiques la harpe et la trompette, la cymbale et tous les instruments en ussge de son temps. Quel est le but commun des deux Eglises, dans les pratiques opposées qu'elles ont admises 7 Honorer Dieu, chanter M grandeurs et ses bienfaits^ et ce but est rempli d'Une manière légitime par les deux méthodes, puis«

^ Peut-être cet u^age a-t-il été conserve par les Orientaux, en înémoire des temps où la persécution obligeait les chrétiens à *^ch«r leur culte et à le pratiquer sans bruit. En donnant au sien tsui« la solennité de grandes compositions musicales exécutées ^ grands orchestres, l'Eglise romaine ne fait que se conformer ^Vusage commun, brièvement exprimé dans cette locution pro* verbiale ; Autres temps ^ autres mœurs»

qu auculie presciîptloil ni divine ni apostolique n^eA a défendu ni condamné aucune \

L'Eglise universelle, dans sa plus haute antiquité, a établi deux jeûnes hebdomadaires, réduits depuis longtemps à de simples abstinences, pour honorer les souffrances et la mort de son divin époux, et pour en rappeler ainsi sans cesse à ses enfants la salutaire mé moire. L'Eglise d'Orient, d'accord avec l'Eglise d'Occident, quant au vendredi, a fixé, pour l'autre abstinence, le mercredi, jour où, suivant sa tradition. Judas a tramé avec le conseil sacerdotal des Juifs l'affreuse trahison qui^ le lendemain, livra au sanhédrin le divin objet de sa haine. L'Eglise romaine a préféré de fixer, pour cet acte de pénitence, le samedi, jour du repos de la victime divine au sein de la tombe ; et ce choix a eu encore pour motif le désir de préparer ses enfants à la sainte solennité du dimanche, toujours consacré à la mémoire de la triomphante résurrection du Sauveur. Toutes deux ont eu un but identique, un but saint^ raisonnable, digne du grand objet qu'elles se proposent ; et il faut être bien cruellement possédé de cet esprié de conteiUion que proscrit l'Âpôtre, parce qu'il renverse et ne saurait édifier, pour trouver dans la diversité des deux pratiques, inspirées par le même esprit de piété, un motif de blâme^ à plus forte raison d'excommunication et d'ana thème.

Mous porterons le même jugement sur la pratique

* Nous saisissons, d'ailleurs, avec plaisir roccasion de rendre justice à la beauté incomparable du chant dans les Eglises russes, beauté qui, à notre sens, surpasse de beaucoup celle des plus riches compositions vocales et instrumentales des premiers maîtres dltalie et d'Allemagne^

DE L^EIIPIAE DE E0SâlE. âil

des deux Eglises, relativement au signe de la croix ;

l'une le fait en portant la main de la droite à la gauche^

et l'autre de la gauche à la droite. C'est que l'Eglise

d'Orient veut indiquer, par sa pratique, l'échange fiait

par le Verbe divin de la vie céleste, figurée parla droite,

avec la vie terrestre, figurée par la gauche ; tandis que

l'Eglise d'Occident prétend rappeler le retour du Fils de

Dieu sur le trône delà gloire paternelle,également figuré

par le transport de la main, de la gauche à la droite.

Nous ne savons, en vérité, ce que l'on peut trouver à

redire à des pratiques qui, toutes deux, expriment des

dogmes révélés, et sont, par conséquent, également

respectables, tant par leur haute antiquité que par les

vérités qu'elles proclament. Et que dire du reproche

relatif au port de la barbe, que les prêtres et les moines

orientaux continuaient à porter, lorsque les prêtres et

les moines de l'Occident commençaient déjà à la raser * !

Ne croit-on pas, à de pareils reproches, entendre ces

Pharisiens hyprocntes, à qui Jésus -Christ daignait

apprendre l'inanité de leurs observances, comparées

à l'esprit de charité, qui, seldn l'Apôtre, tolère tout,

supporte totd (Terreur exceptée); qui est patiente^ bé"

nigne , qui ne connail pas l'amertume d'un faux zèle, qui

ne s'enfie pas, qui n'est pas ambitieuse^ qui n'agit point en

> n est bon d'observer, à cet égard, que, bien que les prêtres russes portent la barbe, le synode en dispense ceux d'entre eux qui desservent les chapelles des ambassades à l'étranger. Nous ^n avons même connu qui, étant rentrés en Russie après un long séjour au dehors, ont été autorisés à ne pas reprendre la barbe, l^ien qu'ils continuassent à remplir les fonctions du sacerdoce. ï*reuve évidente que le synode de Russie a abandonné ce rcproclie comme nous croyons qu'il en a abandonné bien d'autres.

84t DE hk SITUATION BSLIGIBUSB

dépit de la raison^ gui ne s'irrite pas^ qui ne peim poi k maly ni ne k suppose. Compare à cette caractéristique de la charité chrétienne , dont le parfait modèle ne se trouve que dans la tolérance des rits et des pratiques d'autres Eglises, que se prescrit si constamment TEglise romaine, le schisme est jugé, et après avoir énuméré ses prétextes, il ne nous reste qu'à examiner, quanê à la Russie, la véritable, l'unique cause réelle de son maintien.

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