CHAPITRE VI
L'âQUfS PAA U( VOUVpni POUTIQUE.
Nous aurions à déplorer Timperfiection de notre travail, et nous en éprouverions une humiliation profonde, si, armés comme nous le sommes, de tous les droits, de toute la puissance de la vérité et de la raison, nous n'avions réussi à i^ire partager à nos lecteurs (les membres du synode russe y compris, si quelque exemplaire de notre ouvrage venait à tomber en ses mains), notre entière convicUon, que le schisine, si opposé à la charité chrétienne, et par conséquent si criminel, qui sépare de nous TEglise de Russie, n'offire, en réalité, que de futiles prétextes, également opposés à cette raison et à cette vériié.
Tout schisme, politique ou religieux, renferme enjui^méme le crime de rébellion à l'autorité légi*
M L*8MPIBS PS WSSIM. 949
time ; il est de plus un attentat conti^ la Bodété. L'Europe connaît, assez imparfaitement, il est vrai, l'implacable colère qu'a fait naître au cœur de l'empereur Nicolas la révolte de la Pologne et l'inexorable sévérité avec laquelle il continue, depuis plus de dix années, à la châtier dans les personnes, dans les pro*priétés ecclésiastiques et privées, et, ce qui est bien moins excusable, dans la religion des Polonais. Et cependant la Pologne ne formait pas partie intégrafUa de l'empire; les traités, en vertu desquels l'empereur a pris possession de la couronne des JageUons,ravaient agrégée et non pas incorporée à la Russie, Dans l'égarement politique des auteurs de cette révolution, se roauifestait le but de reconquérir, pour leur nation, . la vie politique inséparable de son indépendance; ils voulaient se séparer de l'empire de Hussie pour redevenir une nation ' . - Or, comment se fait-il que le monarque qui ve&ge d'une manière si durable l'outrege qu'il juge fait à sa couronne, cette tentative de récupérer l'indépeniawiej ce désir de se reconstituer en corps de nation^
' Nous l'ayons dit en parlant de Udes^uction du Bas^Empire : lorsque, par son opiniâtre persistance dans le mal, une nation «'est elle-même dévouée à Tanathème divin, la mort politique devientson châtiment final. La Pologne doitlesien à quelque grand (nme, devenu nadonal par son extension, et nous n'hésiterons pss & lui rappeler eneore una £cnf sa crimineUe aliitinatian dans 1^ scandaleuse habitude du divoro^, auqmd son ol«rgé çpnnivfui de la manière la plus coupable. Piurcetta honteuse pra4qu9,çlle ^fligeait l'Eglise, qui le cond^unpe sans restriction \ elle sçand^li^tla chrétienté, et elle fournissait contre la religion catboliquf ane arme envenimée, dont ses ennemis ne faisaient qu'tin trop A^tal usagr.
ta DE LA SITUATION RELlGIEIfSE
approuve et maintienne, dans tordre religieux^ ce qu'il déteste et punit avec tant de rigueur dans l'ordre politique ? Comment TEglise grecque et la sienne ne paraissent-elles pas bien plus coupables que son royaume de Pologne, elles qui formant, dès l'origine, non pas des Etats agrégés, mais bien des provinces intégrantes de la grande monarchie spirituelle fondée par le Christ, s'en sont séparées pour se former en Eglises nationales ? frappante analogie avec ce qu'il impute à crime aux Polonais ! Pense-t-il que le monarque suprême, aux yeux duquel les peuples et les princes sont moins que la poussière, et dont l'inévitable justice recherche, juge et punit tout ce qui est contraire à sa sainte volonté , voie avec indifférence des nations entières se soustraire au joug de la salutaire obéissance que luimême a voulu leur imposer envers son vicaire sur la terre? Ah I que les souverains sont à plaindre lorsqu'ils vengent sur d'autres ce qu'eux-mêmes commettent, sans craindre de plus terribles vengeances !
En vain le synode de Russie croit se disculper du crime de rébellion envers la suprême puissance dans l'Eglise, en niant, comme le fait son manifeste, l'existence de ce pouvoir. Nous lui avons montré que, par cette théorie qui fait injure à l'histoire, il adopte le mensonge du protestantisme et s'écarte de la doctrine de cette Eglise de Byzance, qui l'a infectée de son schisme. Montrons actuellement l'étrange développement de cette théorie, aussi contraire à la raison qu'à la vérité, que nous donne, dans ses Lettres sur la liturgie orthodoxo^catholico" orientale (partie H", page 286), l'organe reconnu du synode.
« 11 existe quatre degrés dans la dignité supérieure
DE l'empire BB RUSSIE. Hi
de l'épiscopat, qui^ d'après les canons des conciles œcuméniques, doivent être nécessairement étrangers au lien et aux devoirs du mariage \ afin que les pon~ tifes, en renonçant au monde, puissent plus commo* dément, et comme de véritables pasteurs ^^ s'occuper du troupeau qui leur est confié par le Christ^ chef de l'Eglise.
« Ce sont des évéques ou des archevêques, suivant l'importance de leurs éparchies (diocèses). En Orient, Ton commença d'abord à appeler archevêques ceux qui avaient autorité sur quelques évéques de la même province^. La dignité de métropolite indique en particulier l'évêque de la capitale, avec pouvoir archiépi"
• C'est par cette raison qu'en Orient Tépiscopat est exclusivement réservé à l'ordre monastique, institution qui n'est rien moins que d'origine apostolique, puisque la vie ascétique n'a commencé à fleurir dans l'Eglise qu'au quatrième siècle. Les protestants l'appelleraient une instituiion humaine^ de la même manière que le synode qualifie noti-e culte euchai^stique, nos confréries et autres pratiques d'une utile et solide piété.
^ Cela revient tout simplement à- dire, avec nous et comme nous, que le célibat est l'état naturel du véritable pasteur , parce q\i il renferme le véritable renoncement aux intérêts de ce monde. Mais dans ce cas pourquoi n'y pas astreindre, pourquoi attmoiW ne pas le laisser librement embrasser par le clergé séculier? Vos prêtres ne sont-ils donc pas de véritables pasteurs ^ sont-ils de ces mercenaires qui ne s'occupent guère du troupeau parce qu'il ne leur appartient pas ?
' Avec quelle hâte l'auteur glisse sur le principe de subordination établi entre les sièges orientaux, d'abord^ c'est-à-dire dès les premiers jours de l'Eglise ! Cela conduirait trop naturellement à la conséquence d'une subordination commune de tous le^ sièges à la chaire apostolique !
94i m LÀ SITUATION tBiienusE
êcopal. Le titre de patriarche fut exclusivement attri" bué aux archevêques de Jérusalem, comme pontiiSds de Sion, la mère des Églises; d'Ântioche, comme héri« tiers de la chaire où se sont assis les apôtres Pierre et Pauly et à laquelle appartient l'origine du nom de chrétiens ; d'Alexandrie, en qualité de successeurs du saint apôtre Marc ; de Constantinople^ en qualité d'ar* chevéques de la capitale de Fempire grec. Jusqu'à l'époque de la séparation de l'Occident, l'archevéqud de Rome occupait le même rang, en qualité de pontife de l'ancienne capitale; mais depuis la séparation du pape de la communion des autres patriarches de l'Orient, le titre du cinquième d'entre eux fut transféré, avec l'assentiment de tous les autres, à l'Eglise de Russie, élevée si haut par la Providence. D'après cela, les patriarches actuellement existants, de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, qui se mainticDuent dans Talliaxiee spirituelle avec le trèssaint synode, qui, en Russie, a remplacé le patriarche, sont les représentants de l'Eglise orthodoxo-catholicoorientale, établie sur le fondement des apôtres et des prophètes, ayant pour pierre angulaire Jésus-Christ notre Dieu. »
Est-ce ignorance, est-ce imposture, que tout ce que l'on nous débite ain^i sur l'origine et sur la nature de la hiérarchie dans l'Eglise? Quelque pénible qu'il nous paraisse de formuler un jugement aussi sévère sur l'organe du synode russe, nous ne pouvons, sans manquer à la vérité, embrasser la partie la moins acerbe de cette dure alternative ; c^r il p.ous parait
absolument impossible qu'une assemblée de prélats du premier ordre puisse porter jusqu'à ce point Vigao-
W L'BMPIU BB BVSSIE, 847
ranca de la vérité historique, lorsque, dans les œuvres des Pères grecs, elle possède des monuments si irréfragables de la suprématie de juridiction et d'honneur du siège apostolique de Rome sur tous les sièges du monde chrétien !
D'après l'incroyable théorie exposée par l'organe du synode, les dignités ecclésiastiques n'auraient été, dès leur origine, que des titres d'honneur, institués sans doute pour flatter l'amour^propre de leurs titulaires, et sans utilité pour le gouvernement de l'Eglise. Si l'on pouvait lui en croire, le pouvoir archiépiscopal établi, {fabord, avec une certaine autorité, aurait bientôt perdu cette apparence de juridiction, et ce désor* dre d'indépendance universelle aurait bientôt gagné toute l'Eglise d'Orient. Nous compi^enons fort bien que les choses étant établies sur ce pied ^n Russie, il pouvait importer au synode de les présenter comme primordiales dans l'Eglise. Mais de quel nom qualifier des théories contradictoires, à ce point, à tous les sou^ venirs et à tous les monuments de l'histoire. Â ce compte, l'Ëghse ne connaissait donc aucune hiérarchie; elle manquait donc, non pas seulement de gou« vernement central, mais même de pouvoirs provins ciaux ; elle était la plus désordonnée de toutes les républiques !
Suivant la doctrine de M. MouravieFf, l'évéque de Jérusalem aurait été le premier, en ancienneté «au moins, de tous les patriarches de l'Orient, non pas comme successeur de saint Jacques, frère du Seigneur, ïnais en qualité d'héritier du suprême sacerdoce d'Aaron, de pontife de Sion, la mère d€$ Eglm% ! Mais s'il entrait dans les vues du Sauveur que la cité déi-
3%i DE LA SITUATION RELlGIEtSE
cide fut la mère vénérée de toutes les Eglises , com* ment était-il arrivé que, ni pendant la vie de saint Jacques, ni après son martyre, Jérusalem (hors le temps où tous les apôtres y avaient leur demeure) ne jouait pas ce rôle prédominant que lui assigne notre écrivain ? Et s'il est vrai que Jérusalem soit la mère des Eglises, de quel droit le moderne évéque de Byzance venait-il occuper le premier rang dans TEglise d'Orieni, ce qui n'allait pas à moins qu'à dépouiller la Sion chrétienne des honneurs de la maternité spirituelle dont on lui fait honneur ' ?
Suivant la même déduction historique, la chaire épiscopale d'Ântioche aurait obtenu les honneurs du patriarcat, parce que sur elle s'était assis, non-seulement/?j9rtiice(fe«apdlre«, mais aussi le docteur des nations, ainsi associé au gouvernement général de l'Eghse.
Nous savons que les deux apôtres, après avoir évangélisé l'Asie, finirent par se réunir à Rome, où un même jour les vit cueillir les immortelles palmes du martyre ; mais qu'à Antioche ou à Rome, ils aient ou partagé entre eux ou exercé collectivement la puissance des clefs du royaume, que Jésus-Christ n'avait confiées qu'à Pierre seul, c'est ce qui n'est fondé sur aucun témoignage de l'histoire. C'est cependant ce
* Nous ne savons si le commentateur des rits de l'Eglise de Russie s'est jamais occupé d'études historico-ecclésiastiques.Dans ce cas il saurait que le premier des dignitaires de l'Eglise était, après le pontife romain, celui d'Alexandrie, le second celui d'Antioche, le troisième celui de Jérusalem, et enfin le quatrième d'dgey mais bientôt l'usurpateur, comme nous l'avons fait voir, du premier rang d'honneur et de jnridietion sur tout l'Orient, le patriarche de Constantinople.
que voudrait nous faif e croire Forgane de FEglise de Russie^ et son erreur, sur un fait si important, n'est pas, comme on pourrait le croire, fortuite ; elle est la conséquence de la théorie habituelle de l'Eglise russe qui, dans l'impossibilité de nier la résidence finale de saint Pierre à Rome, et pour échapper à la conséquence qu'en tire TEglise romaine, pour justifier sa prééminence héréditaire sur toute les Eglises, associe les deux apôtres au même gouvernement, comme la grâce di* vine les a associés dans leur martyre. Au reste, et s'il était vrai que saint Paul se fût, ou eût été asso* clé à saint Pierre, jusqu'à partager avec lui la suprématie apostolique, et jusqu'à partager, à Ântioche comme à Rome, avec son siège, le gouvernement général des Églises, il n'en résulterait nullement que le siège apostohque de Rome n'ait aucun droit au gouvernement suprême de l'Eglise universelle. Il faudrait au contraire en conclure que le véritable tort à reprocher à l'Eglise romaine ne serait pas d'avoir un pape^ mais de n'en pas élire deux pour le gouvernement de l'Eglise 1
Mêlant toujours, à la façon grecque, le sacré et le profane, confondant la religion avec la politique, ce qui est la plus sensible injure qu'il soit possible de faire subir à cette fille du ciel, notre écrivain nous apprend que le titre de patriarche a été attribué à Tévéque de Byzance en sa qualité d'évêque de la rési^ dence impériale^ et, par une sorte de condescendance ou de compensation, au pape, comme évêque de l'ancienne (Capitale. Est-il une preuve plus évidente que la prétention des évéques de Byzance au patriarcat œcumélûque, c'est-à-dire au gouvernement suprême et cen-
m LA âlTOAtlOU MLlemSE
irai Aé TËgliêe, n'ftT&it point d'dmr^ fondemetit quÊ l'orgoeil qo'îb tiraient de la puissance de lenrs emperenrs et des splendeurs de leur résidence? Us regardatent la vieille Rome comme déchue de son haut rang de capitale du monde, et leur Rome modeine comme ayant succédé à ses grandeurs ; et de là ils inféraient^ êam $ arrêter lé moim du monde à la sue-eeerion apùêtoliquê si essentiellement liée à Finstîtii^ tion dirine, que^ de même que leurs Césars se regar-* daient encore comme les maîtres du monde, Févéque de leur splendide résidence devait être le maître, la docteur, le chef de toutes les Eglises. Bs ne voyaient pas que leur situation si habituellement précaire, si misé* nJ^lemeUt dépendante du pouvoir politique, les pt^-^ vait de ta première coi^tion indispensable pour exer-» cer le pontificat suprême. Et ce qui démontre d'nne manière plus frappante encore qu'ils avaient h ce point perdu de vue les droits inaliénables de Tinstitu-" tion divine, c'est la folle affectation que met tonjcmi^ TEglise grecque, et que notre auteur n'a garde d'oùblier,d'assigner au pontife romain le dernier rang parmi les cinq patriarches, sans égard pour Fantiquité du siège apostolique^ transféré à Rome, par le chef des apôtres, Fan 44» de Jésus-Christ, et moins encore pour Fimmense étendue de sa juridition qui, quand elle aurait réellement été' circonscrite dans FOccident, le rendait encore le plus grand des cinq patriarches : car au onzième siècle, époque du schisme^ elle embrassait FEurope entière^ et même quelques contrées de l'Asie et dé FÂfrique. Cette étendue de puissance, jointe à ce que le pontife romain^ loin d être le courtisan d'un empereur grec, résidait dans sa propre capitale, jouis*
sànt d'une indépendance qtii jamais ne fat lé partage d'attcun autre patriarche, aurait dû, dans le système des cinq patriarcats, lui assigner au moins la place d'honneur. Mais ce premier rang eût jeté sur la foUe prétention des patriarches de Cîonstantinople un voile trop transparent pour le système que Ton doit sou-* tenir ; il fallait dissimuler cette situation au moyen d'une déconsidération aussi favorable à la fourbe qu'opposée au bon sens.
Cinq cents ans s'étaient écoulés depuis que le nom-^ bre des grands patriarcats se trouvait, au dire des écrivains grecs et russes, mutilé, en vertu de l'acte de t)uis8ance souveraine proclamé par Michel Cérulaire, et l'on n'avait pas songé à hû rendre son complément, en transférant la dignité patriarcale éteinte pour Rome sar quelque autre prélat. Nous avons indiqué la ctr-^ constance qui engagea, vers la fin du seizième siècle, tin patriarche de Constantinople, dépossédé de son siège et fugitif de son pays, à disposer de Yemploi vacatèi dans l'Eglise en faveur du chef de l'Eglise russe que la Providence, dit notre auteur^ avait si haut élevée « Q assure, sans en fournir la moindre preuve, que cette exaltation du métropolite de toutes les Aussi es 9e fit d'un conmun aecord avêC toui ses collègues. Cette circonstance cependant manque de vraisemblance, car il est plus que douteux que celui qui siégeait A(m k Constantinople et duquel dépendaient encore les sièges d'Alexandrie, d'Ântioche et de Jérusalem, ait jugé à propos de corroborer de son assen** timent cet exercice du pouvoir suprême de la part de celui qu'il en avait dépouillé ; et quant à ceux de Jérasalen», d'Ântioche et d'Alexandrie qui^ à cette
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époque comme aujourd'hui, se courbaient sous le bâton de leurs pachas, il est probable qu'ils se sont bien gardés de s'immiscer dans une promotion qui eût pu leur poner malheur. Nous laisserons donc, jusqu'à plus ample et meilleure preuve, cette assertion dans sa valeur à laquelle, il &ut bien le dire, nous n'accordons pas la moindre importance.
L'auteur glisse avec une bien suspecte légèreté sur le feit de la transformation postérieure du siège patriarcal de Russie en une institution ^mprun^^e an proies-tatUismej et qui, alors comme à présent, n'a eu ni antécédent ni modèle dans l'Eglise orthodoxe d'OrieiU, non plus que dans la véritable Eglise. Il nous laisse ignorer si l'auteur de cette institution s'est donné la peine de la faire agréer également aux patriarches orientaux, qui, sans doute, n'auraient su que dire à une aussi étrange innovation introduite par le très-pieux empereur de Russie dans son Église. Mais le caractère connu de Pierre I" nous fait présumer que l'assentiment de prélats, dont le nom même devait lui être inconnu , lui parut chose très-superflue, et dont sa volonté impériale pouvait et devait tenir lieu. H lui suffisait pleinement de s'établir suprême ordonnateur de son trèssaint synode, et de réunir dans sa main, désormais toute-puissante, le sceptre et la crosse ; il avait pour ces misérables rayas, décorés de la mitre par la grâce du sultan, tout le mépris dont un despote accable des esclaves, et le peu de respect qu'il portait à l'épiscopat de son empire ne milite pas en faveur de celui qu'il pouvait avoir pour les pasteurs d'un troupeau si honteusement avili .
Quant à l'alliance spirituelle subsistante, au dire de
DE l'eupibb de mussis. 353
l'auteur, entre les quatre patriarcats restants et le synode impérial de Russie, on peut la croire d'une nature beaucoup plutôt négative que positive ; car quel point de contact peut-il y avoir entre cette assemblée et les patriarches, ignoi*és du monde, de quelques cités, fort importantes avant la conquête musulmane, mais qui aujourd'hui, avec leurs noms tronqués, n'ont plus que l'ombre de leur ancienne existence. Courbées sous 1^ bâton de l'exacteur turc, quelques populations chrétiennes sont encore parquées dans leurs murailles croulantes, et ce délégué du pacha, que l'on appelle patriarche, ne peut guère étendre sa caduque juridiction hors de ces murs. Contents d'exister sous les conditions les plus dures et les plus avilissantes, ces pasteurs, déshérités de leurs troupeaux, s'informent peu de ce que pratique ou condamne l'Eglise de Russie, et si les pasteurs de celle-ci, hors de la liturgie, ont quelque souci de leurs collègues dans le pastorat, cela ne va pas jusqu'à entretenir des communications directes avec eux ^
Toute société exige un gouvernement; ce n'est même qu'à la condition d'être soumise à ce gouvernement unique et central, qu'elle acquiert et conserve l'état, de société. À cet égard, la société rehgieuse n'est pas dans une autre condition d'existence que la famille, ni
I Si le gouvernement russe trouvait quelque intérêt à faire parvenir à son synode quelques nouvelles religieuses de l'Asie, ou s'il jugeait à propos d'établir quelques relations de son synode avec la Syrie et la Palestine, ces communications se feraient par l'intermédiaire des agents diplomatiques ou consulaires de l'empire, et certainement pas au moyen d'une correspondance synodale.
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que les autres agrégations sociales ou politiques.Ce gou* trernement est nécessairement identique, par sa nature, à la nature de la société qu'il domine et conserve. Le gouvernement d*une mUion doit donc itre national ; celw d'une êooiété universelle doit avoir le caractère de cette uni* vereatité. Donc, rien de plus absurde, rien de plus con-* tradictoire ne peut être imaginé ^ que le fait d'une Eglise qui s'est donné ou qui s'est laissé imposer un gouvernement national, qu'il soit exercé par rautorité spirituelle ou temporelle, peu importe, et qui conserve la prétention d'être appelée catholique. Une pareille prétention ne trouvera jamais moyen de s'introduire dans le domaine de la raison , ni de se fiaire admettre dans le langage des hommes.
À cela, le synode répond : Que l'Homme^Dieu est le 9êul véritable et unique chef de son Église; et ii^ous, catholiques, souscrivons avec empressement à cette propo-* sition. Mous ajoutons même que le Sauveur est non* seulement le chef unique de son Eglise, qu'il est encore son unique époux; consolant, fortifiant et sauvant des incessantes tentations et souffirances par lesquelles il permet qu'elle soit éprouvée, et au moyen desquelles le mystère de sa passion se renouvelle, se propage et se consommera jusqu'à la fin des siècles, cette épouse si pure et si chère qu'il s'est acquise au prix de tout son sang.
* Ce serait ima^er une monarehk unit^erjeiiê divisée en cent ri!>yanmes, indépendants l'un de l'antre, et régis chacun par son propre prince et par ses propres lois. Une telk monarchie ne pourrait être mieux représentée que par la chimérique agrégation de mambres dont parle Horace, et qui jamais ne formeront tm tout c Ut necpes nec capiU uni reddaJlur forma.
m l«'BNPmK PS ftUSSIB. 3ô6
Rappelons le principe que nous venons de poser : Que tout gouvernement est nécessairement identique, par sa nature, à la société qu'il domine et conserve. Cela posé (et qui pourrait en douter) , disons que l'Ëglise de Jésus*- Christ est un corps visible, ce que» à moins d'admettre encore une autre théorie protestante, le synode ne peut nier ; et que, par conséquent, son gouvernement, ainsi que le chef qui Fe^Kerce, doit être visible. Dire que le gouvernement , c'est«à*dire l'action du chef> peut être visible, lui restant invisible^ serait une sottise si grande, que nous ne pouvons croire personne capable de la soutenir. Ha donc £ailu que Jésus-Christ, se rendant invisible au monde, laissât sur la terre, pour le gouvernement de son Eglise^ un lieutenant, un chef visible, un aller ego, chargé de la sublime mission de le représenter sur terre, et que cette souveraine autorité, se transmettant à ses successeurs, durât autant que l'Eglise elle-même, c'est-à-dire jusqu'à la fin des temps.
Si un fonctionnaire de l'Etat refusait, en Russie, de reconnaître l'autorité d'un ministre ou de son général, en récusant cette autorité comme ne pouvant appar^ tenir qu'à l'empereur, seul souverain maître de son empire ou de son armée, serait-il, par cette folle allégation, justifié ou au moins excusé d'une désobéissance qui, au fond, ne serait qu'un acte de rébellion, c'est-à-dire de schisme politique ?
Dire que Jésus-Christ n'a pas pu déléguer à un homme sa puissance sur l'Eglise, c'est dire qu'il n'a pas pu lui communiquer le précieux don de l'infaillibilité di^ vine; c'est la négation protestante, et c'est, de plus, la négation de sa toute-puissance, c'est4*dire de sa divi- ;
356 DB LA SITUATIOir RELIGIEUSE ^
nité ; dire que le pouvant Une ta pas voulu y c'est avancer une proposition d'avance condamnée par la promesse formelle de l'incessante assistance divine ; c'est encore, sous une autre forme, la négation protestante équivalente à celle de la êogesse et de la bonté du Sauveur. Ou, le synode de Russie n'ayant pas encore adopté en ceci l'hérésie protestante^ quoiqu'il n'en soit plus éloigné qu'à peu de distance, nous raisonnerons avec lui suivant les principes catholiques.
Et d'abord nous lui ferons remarquer qu'avec lui la position de la question n'est plus la même. // reconnaît, comme nous, la nécessité d'une autorité souveraine et centrale j au moins dans son Eglise y puisque, dès les premiers jours de l'existence de cette Eglise, elle a reconnu la suprématie du siège de Constantinople, jusqu'au moment où un siège patriarcal propre lui fot donné. Depuis la suppression de cette autorité, c'est le synode qui gouverne son Eglise, et pour concentrer son pouvoir d'une manière encore plus étroite ; en d'autres termes, afin de "remédier aux inconvénients inhérents à tout gouvernement collectif, il souffre d'être gouverné lui-même par un chef, juge très-incompétent en matière ecclésiastique, mais qui a le grand avantage d'avoir une volonté et une puissance absolues. Quedis-je?ilne le souffre pas, il ne s'y résigne pas, comme à une situation plus forte que lui ; il loue, il prône l'omnipotence qui le presse de toutes parts ; il la recommande comme établie par les canons des premiers conciles; et, de fait, il en proclame la nécessité. Avec lui ce n'est donc plus l'existence de droit d'un gouvernement suprême et central qu'il faut débattre ; il ne nous £aut plus disserter que sur le porteur
DE L'BMFIRE de RUSSIE. 357
légitime de cette autorité souveraine. Nous le ferons, d'une part, en examinant, sur cette question, les témoignages des Ecritures, et, de Tautre, en exposant les conséquences de son système de la prééminence impériale»
La foi chrétienne, comme vertu théologiquej premier fondement du salut^ présuppose nécessairement la cer* titude la plus absolue. Ce n'est même qu'à cette condition que Dieu a voulu nous l'imposer, et l'absolue certitude forme, avec la foi du chrétien, deux idées tellement connexes, tellement corrélatives, que l'une ne peut absolument être conçue sans l'autre dans l'entendement humain '.
Cet axiome, que nous croyons incontestable, posé, il ne nous restera plus qu'à rechercher la source où cette certitude, par laquelle seule la voie de la céleste patrie nous est ouverte, peut et doit être puisée.
Dans l'ordre de la nature visible, elle se déduit du témoignage de nos sens ou d'hommes auxquels nous accordons pleine confiance. Ces témoignages alors ne sont pour nous que des motifs de crédulité^ et ne produisent que la croyance.
* Il faut bien observer qu'il n'est point ici question de foi humaine ou rationnelle, telle que la veut le protestantisme ; mais de cette haute vertu théologale, le plus précieux des dons de ITiSprit saint ; vertu tellement active dans le cœur du chrétien, qu elle le rend virtuellement martyr, dans ce sens qu'il doit tou jours être dans la ferme et inviolable disposition de sacrifier see biens, son honneur, sa vie, à la conservation de sa foi. Demander à l'homme une disposition si élevée au-dessus de sa nature, sans lui ofirir, pour base de cette disposition, la certitude la plus ab» ^lue, serait une exigence folle autant que tyrannique. Dieu n'a ni pu ni voulu Texiger de sa créature.
358 DB LA SITUATIOir ULÎGIfiUSB
Dans Tordre surnaturel, au contraire, dont tous les mystères sont clos à notre intelligence, ni témoignage des sens, ni témoignage des hommes ne peuvent nous suffire pour engendrer la foi ; car il est bien entendu que cette foi doit être assez élevée, assez puissante pour qu'aucun motif puisse nous porter à l'abjura ou même à la dissimuler.
Or jamais cette conviction, cette certitude à la fois si vive, si efficace, si inaltérable, ne pénétrera nos cœurs, à moins du témoignage immédiat ou médiat qae rend à h vérité l* infaillible intelligence divine; c'est donc cette infaillibilité même qui devient le seul motif possible de notre foi.
Les protestants ont nié^ et non sans motif dans leur incrédulité raisonnée, que Tinfaillibilité puisse jamais être l'apanage de l'homme; et cette négation eût été parfeitement raisonnable s'il était ici question d'une capacité naturelle à l'homme; car elle est un des merveilleux attributs de l'essence divine, qui, ayant tout feit et possédant toute chose, ne peut rien ignorer ni se tromper sur rien de ce qui se rapporte à leur nature matérielle ou intellectuelle; mais la prescience, la toute-puissance sont également des attributs éternels, infinis de la nature divine, et cependant les livres saints nous montrent, surtout dans les exemples de Moïse et de Josué, non pas la possession réelle et absolue, mais l'exercice de cette toute-puissance qui, au moyen de la suspension des lois de la nature, aba^ tit Pharaon et conquit la terre promise. Nous voyons de même, dans leg livres saints, les prophètes annoncer, plusieurs siècles i l'avance, des événements impossibles à prévoir, et ce nous est une preuve irréfra-
gable d6 la communication qui leur avait été accordée de la prescience divine. Il est donc bien évident que ces attributs divins, ou plutôt la feoulté de les exercer suivant les intérêts de la gloire et de la bouté divines, peuvent être communiqués à l'bomme ; et ce qui est vrai et historiquement constaté pour latoute^puissanoe et pour la prescience divines ne peut pas être ration-* nellement nié pour l'iniaillibilité de Dieu.
Celle-ci a donc pu être déléguée à l'bomme j mais comme c'est un axiome de saine logique, quê de la fuiêsance à l'acte la oomégueihce nesi pas valable^ il nous reste à démontrer d'abord que cette délégation existé en réalité \ et puis de rechercher entre quelke snaine elle a été déposée.
Les saints Evangiles nous apprennent qu'après avoir i^çu de la bouche de son apôtre la célèbre confessiott de sa filiation divine, le Fils de l'homme dit à Simon : Et moi je te dis que tu en Pierre, que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise^ et que les portes de Cenfer ne prévaut iront point contre elle; et c'est à toi que je donnerai les clefê du royaume des cieusc. Tout ce que tu aurae lié sur la terre sera lié dans les deux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera égaUmeni délié auoa deux.
L'Evangile nous rapporte encore ces paroles de
^ Ce sera, si l'on peut s'etprimer Ainsi, une sorte de pléonoime tegiffue^ car c'est un axiome d'une évidence majeure, que tout ce qui est nécessaire existe» Or, nOus avons fait voir que rinfullibilité est la condition absolue de la certitude ; que la certitude est la condition nécessaire de la foi chrétienne ; que celle-ci est la première condition du salut. Donc, l'infaillibilité étant laooBdî» ^^ absolue du salut pour lequel tout hcMuimc a été (nréè, elle est 'técessairey donc elle existe.
300 DB LA jnrUATlOH BELIGIBUSE
rHomme-Bieu adressées à Simon-Pierre : « J*ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Et lorsqu'un jour tu seras converti, confirme tes frères. »
Le disciple bien-aimé, à la fin de son Evangile^ raconte comment le Seigneur, après sa résurrection, demande à Pierre, par trois fois, s'il l'aime plus que les autres, et sur sa protestation affirmative, trois fois répétée, lui donne le ipony oit de paitre ses agneaux^ de
paitre ses brebis.
Le premier de ces récits évangétiques nous montre, sous l'emblème du roc, dont le Sauveur lui ordonne de prendre et de porter le nom, son lieutenant, son aller ego sur la terre. Et que le synode de Russie veuille bien remarquer que ce qui est accordé à l'apôtre n'ôte au maître rien de ce qui lui appartient. Quoiqu'il donne pour fondement à son Eglise le roc dont il a fait élection, il n'en est, et n'en demeure pas moins, comme il le déclare à ses adversaires, la pierre angulaire de l'édifice qu'il veut élever à la gloire de son Père ; d'où résulte la très-claire évidence que la proposition à laquelle se cramponne la schismatique Eglise d'Orient, que Jésus-Christ est le seul, véritable et unique chef de son Eglise, n'offre pas la moindre contradiction avec l'idée de la substitution de Pierre et de ses successeurs à sa personne divine. Ce n'est que la substitution d'un rocher, visible à tous les yeux, à la pierre angulaire, devenue invisible aux hommes, depuis son exaltation au plus haut des deux '.
* Il faut bien admettre qu'il y a accord parfait entre les deux emblèmes que Jësus-^hrist nous offre pour sa sacrée personne et pour celle de son apôtre ; autrement il y aurait contradiction entre les paroles de la souveraine Sagesse.
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£t cette substitution, qui ne devait avoir son effet qu'après que le divin époux se serait corporellemenl séparé de son Ëglise ; cette par&ite substitution future éclate, avec une vive lumière, dans la promesse, non de lui confier j mais de lui donner les clefs du royaume des cieux ; par où l'Homme-Dieu mettra entre ses mains la plénitude de la puissance divine, non*seulement pour la rémission des péchés, mais pour tout ce que la puissance divine peut lier ou délier sur la terre et dans les cieux. La parole apostolique aura la même puissance que la parole de grâce du Rédempteur ; tout, sans exception aucune, sera lié ou délié dans le ciel, suivant qu'il l'aura remis ou retenu sur la terre.
Et quelles étaient donc ces clefs immatérielles du royaume, qui devaient rester sur la terre, pour le salut des hommes, déposées en des mains uniques \ char-» gées d'en communiquer et d'en transmettre, sans fin, la vertu à ce sacerdoce chrétien qui ne devait recevoir son institution qu'à la Cène du Seigneur? Que pou-
* Nous ne pensons pas que, malgré l'affectation calculée qu'apporte le synode à accoupler, en quelque sorte et toujours, saint Paul à saint Pierre, en leur donnant la dénomination indivise de chefs des apôtres, il ose prétendre que saint Paul ait participé à la possession des clefs du royaume et de la houlette du pasteur, remises, comme l'attestent les saints Evangiles, aux mains de Pierre. Il faudrait, pour établir cette copossession, dont rien ne démontre l'utilité, mettre au jour quelque témoignage évangélique ou apostolique ; et saint Paul était si loin de réclamer aucune prérogative de cette espèce, que, dans son admirable humilité, il se proclame lui-même le plus petit des apdtresj un avorton du collège apçstoliquey indigne de lui appartenir ^ parce quil avaû per* sécuié r Eglise de Dieu*
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vaient-elles représenter, dans le langage figuré du Sauveur, si ce n'est tenseignemefU des myêtères de la foi et des règles de la morale révélés par le Verbe incamé, et sans le maintien desquels nul n'entrera au royaume réservé à ceux-là seuls qui y auront été fidèles ! Mais^ comme nous l'avons vu^ cet enseignement si précieux, si indispensable « n'eût été d'aucune vertu, s'il n'eût eu pour garantie suprême la divine infaillibilité sans la-> quelle aucune certitude, dans Tordre surnaturel, au*cune foi n'est passible.
Le second texte que nous avons cité développe davantage encore l'étendue de la substitution de la personne de Pierre, à celle de l'Homme-Dieu dans l'exercice de son pontificat divin. Après lui avoir assuré, par la vertu de sa toute- puissante prière, l'inappréciable privilège de l'indéfectibilité dans la foi^ dont la droite raison ne saurait séparer l'infaillibilité dans l'enr seignement, le divin Sauveur le charge de confirmer ses frères. Que peuvent signifier ces paroles qui n'ont plus rien de figuré, si ce n'est de les fortifier dans cette même foi dont l'indéfectibilité nest assurée quà lui^ et de les confirmer dans l'exercice de la puissance sacerdotale dont la plénitude devait leur être conférée ?
Eh quoi, nous dira-t-on, c'est le Sauveur en per sonne qui doit les élever à ce sacré caractère, et ne sera*-ce point une offense faite au suprême pontificat deTHomnie-Dieu, que de les confirmer dans l'auguste caractère qu'ils auront reçu de lui? En jugeant les choses d'après les courtes vues de notre raison et sa débilité en matière surnaturelle, il faut l'avouer, cela semblerait ainsi* Mais la parole de Jésus*Cbrist est là, elle suffit et supplée à toute réponse* Toutefois l'ob-
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jection qui nous serait ainsi faite est toute à l'avantage de notre doctrine, elle prouverait même plus que nous n'avons avancé ; car, puisque cette confirmation a été attribuée à Pierre, elle a donc été jugée néces** saire par Jésus-Christ lui->méme, malgré l'incontestable efficacité de la consécration sacerdotale que les apôtres devaient recevoir de lui, et cela nous donne une idée plus nette encore de la substitution des personnes, lorsque le Seigneur aurait quitté la terre; substitution tellement étroite, qu'elle a, quant à l'exercice du pontificat suprême y quelque chose d'équivalent à l'idêniification des deux personnes * .
Le commandement du Sauveur prouve, d'ailleurs, qu'il avait un objet plus spécial encore, pour l'avenir de son Eglise, que pour son état présent , car si cette confirmation a été jugée nécessaire par le fondateur de l'Eglise, à l'égard du collège des apôtres, qui tous avaient reçu leur caractère sacré de Jésus^Christ luimême ; qui tous avaient reçu son enseignement divin et l'explication des mystères de sa prédication ; qui tous devaient être les témoins de sa glorieuse ascen* «on, et recevoir, peu de jours après un événement si pleinement confirmatif de leur foi, la plénitude des dons de l'Esprit saint; et qui, armés du don des langues et des prodiges ^ devaient bientôt se diviser la
^ C'était sans doute pour déclarer cette sorte d'identlficatioa de Jésus-Christ avec ton vicaire, que le Sauveur paya la capitation de Pierre avec la sienne propre, comme ne constituant, en quelque manière, qu'une seule et même personne.
'lies livres saints nous montrent Pierre favorisé, même quant au don des miracles, au-dessus de ses frères. C'est en kû que s'est accomplie la promesse qu'il avait faite à ses apôtres, d'opé-
surfîace du globe pour y porter la lumière évangélique ; si, disons -nous, cette confirmation, cette juridiction suprême de Pierre sur ses frères dans Tapostolat, a été jugée nécessaire, afin, sans doute, de mieux assurer et de resserrer plus étroitement le lien de Tunité ; combien plus devait-elle devenir indispensable aux temps futurs, alors que, par la puissance de la voix pontificale, des milliers d'ouvriers évangéliques, pénétrant jusqu'aux extrémités du globe, y auraient enfanté à Jésus-Christ une multitude d'Eglises, fidèles à cette unité, quoique diverses de races, de langues et même de couleurs ? De là il faut conclure, à moins de fermer à la lumière les yeux de la raison, que la substitution de Pierre à la personne de Jésus-Christ doit se perpétuer, de siècle en siècle, avec la même puissance de confirmation et de mission, que le Seigneur a si clairement léguée au vicaire perpétuel qu'il s'est donné sur la terre. Dire, ou faire entendre, avec le synode de Russie et les évéques qu'il a pervertis, que Jésus- Christ, parce qu'il est le chef véritable et unique de son Eghse, n'a ni ne peut avoir sur la terre un représentant, dépositaire de sa puissance souveraine, ce n'est pas seulement manquer à la vérité comme à la droite raison, c'est encore résister au rayon lumineux qui jaillit de la parole évangélique.
Ce que nous voyons donc clairement ressortir de cette parole, et ce que, d'ailleurs, à défaut d'un témoignage écrit, la simple raison nous ferait connaître,
rer, par la puissance de son saint nom, des prodiges encore plus éclatants que ceux qu'il avait opérés lui-même, puisque nous voyons l'ombre même de Pierre rendre la santé aux malades sur lesquels, souvent à son insu, cette ombre passait.
c'est que le fondateur de notre sainte religion a dû laisser et a laissé en effet un représentant de sa sacrée per^ sonne, un héritier perpétuel et visible de sa puissance pasto» raie sur la terre; mais ce dont nous ne trouvons aucune trace, ni dans les Ecritures, ni dans la tradition de l'Eglise, c'est que cet héritage ait été laissé à la puissance politique. La réponse du sauveur aux Pharisiens qui le tentaient sur le tribut à payer à César nous montre, bien au contraire, la distinction radicale que faisait THomme-Dieu entre le pouvoir temporel et la puissance spirituelle. Refidez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à^Dieu. Ce précepte nous découvre, sans ambiguïté quelconque, la ligne de démarcation établie entre les deux pouvoirs. A l'un le tribut, c'està-dire l'obéissance dans son application la plus difficile, qui est le sacrifice de la propriété, du prix de ses labeurs ; à l'autre, le sacrifice du cœur et des penchants viciés de la nature ; le sacrifice, par la foi, de l'orgueilleuse indépendance de la raison, et par la pratique de la pure et sanctifiante morale de TEvangile, le sacrifice des passions déréglées de notre nature. Nous ne croyons pas qu'il y ait rien de plus anti-évangélique que la doctrine de la confusion des deux pouvoirs, dans ce sens, que le souverain temporel ait pu s'arroger de rfrotï l'exercice de l'autre pouvoir, qu qu'il puisse le posséder par délégation divine '.
Et comment, en effet, cela pouvait-il être? Au moment où le Sauveur fondait son Eglise, le monde presque entier était gouverné, ou plutôt tyrannisé par
^ Et cependant, hors la délégation divine, l'exercice du su-^ prême pontificat de l'Homme-Dieu est une usurpation aussi évidente qu'elle est impie et sacrilège.