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dites du siècle, lui a dit : Que sert^il à l'homme de gagner le monde entier, s'il encourt la perte de son âme, et que pourra-t'il donner en échange de son àme F si, instruit par de si vénérables paroles, le chrétien véritable aime mieux renoncer à toutes les grandeurs, à tous les trésors de la terre, que de perdre la religion, qu'il reconnait pour premier moyen de son salut éternel, comment espérer qu'il s'en détache par la considération, non pas de son bien-être particulier, mais d'un iniérét de l'Etat, qu'il ne connaît pas même, et qu'en tout cas il ne saurait apprécier ? C'est bien parce que l'impossibilité d'un si grand sacrifice à un intérêt si ëqui- Toque, et souvent si mal compris, est clairement reconnue, que le bras séculier s'arme des plus redoutables moyens pour réduire l'homme à son obéissance ; mais le droit manquant à un pareil usage de l'autorité, celle-ci devient tyrannique; nous dirions volontiers sataniqne, puisque non-seulement elle s'emploie dans l'intérêt de l'enfer, mais qu'elle parait emprunter de lui son odieux caractère.
Mais^ dira quelqu'un, si, en effet, l'empereur attache une vue politique du premier ordre à la fusion complète de l'ancienne nationalité polonaise avec la grande nationalité russe, au moyen de la réunion des anciens ^ Grecs-unis à l'Eglise dominante ; si, au moyen de cette fusion en un seul corps de nation, ia Russie doit grandir en cohésion intérieure et en puissance à l'extérieur, il feut bien qu'il puisse se faire obéir, et que pour y parvenir il établisse contre les récalcitrants des sanctions pénales, capables de briser leur résistance ?
Nous accorderons volontiers, en thèse générale, le droit du souverain à réduire ses sujets à l'obéissance ; droit
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qui résulte de celui de leur commander. Dans un gouvernement non^Eeulement despotique, mais simplement absolu, le souverain, aidé des informations et des conseils qu'il tire de ses ministres, est seul juge des grands intérêts de TËtat; seul il est chargé d'en connaître, de les méditer et d'arrêter les combinaisons et les mesures qu'il leur croit fevorables. C'est son droit, c'est son devoir, et celui de ses sujets de s'y soumettre pour l'utilité générale.
Mais si, pour atteindre son but, le souverain se laisse aller jusqu'à feire violence à la conscience de ses sujets, en les obligeant à renoncer à leur foi ; s'il prétend les réduire à la triste condition de lui déplaire on d'encourir la colère de Dieu ; dirons-nous encore que le souverain demeure dans son droit, et que l'exetcioe de ce droit, illégitime, quant au prince, peut obliger ses sujets? Nous avons, pour résoudre cette question, l'exemple et la doctrine des apôtres, lorsqu'ils remettaient au jugement du sanhédrin lui-même de décider: s'il était juste de lui obéir plutôt ^uà Dieu, et nous ne craindrons pas d'ajouter que, quelle que soit l'étendue de la puissance que le monarque possède^ rien de ce qu'il entreprend ou ordonne contre les lois du monarque de la terre et des cieux ne peut être valide ni par conséquent obligatoire pour ses sujets.
L'oukase impérial qualifie la défection de son or«thodoxie prétendue de crime contre la foi ; et si nous dénions au pouvoir temporel le droit de sévir contre l'apostasie, lorsqu'elle est inoffensive envers la société, nous ne contestons pas cependant Fénormité du crime qui y est renfermé envers Dieu. C'est une grâce si grande d'être né, préfémblement à tant d'autres, dans
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le sein de la véritable Egliï^e, que, dans l'apostasie, le crime d'ingratitude ne le cède en rien à celui de la trahison.
Mais qu'est-ce que l'apostasie, si ce n'est tabandim de ta vérité connue^ pour se ranger du côté de terreur égatemeut connue F 11 s'agirait donc, avant toutes choses, de reconnaître où est la vérité, où est l'erreur? Biais cet examen, auquel nous espérons avoir suffisamment pourvu, n'est pas nécessaire en ce qui concerne les Grecs-unis de Russie ; car pour eux il ne peut même être question du tort d'avoir abandonné la vérité con^ nue pour embrasser l'erreur; ces infortunés, au con"traire,ne font que résister à l'exigence du gouvernement russe^ qui prétend les obliger à renoncer h ce qu'ils ne peuvent s'empêcher de regarder comme la vérité» pour s'attacher à ce qui, à leurs yeux, ne peut être qu'erroné ; c'est-<à-dire que Ion prétend les obliger à commettre précisément le crime qu'on leur Impute ) et, cela, sans avoir rien fait pour réformer leurs con^r victions à cet égard, n^ais simplement en leur imposant une obéissance aveugle et passive à une volonté qui ne prend pas même la peine d'établir sa compétence en pareille matière. L'on établit une ficlion suivant la* quelle ils seraient devenus, sans le vouloir» sans même le savoir, membres d'une autre Eglise, et, partant de cette odieuse supposition, on les accuse d'apostasie, lorsque, au contraire, dès que la véritable apostasie a été connue d'eux, ils s'y sont plus ou moins haute* ment refusés!
Toutefois, puisque le gouvernement russe arguë, contre les Grecs-unis fidèles à leur foi, du crime d'apostasie^ il faut bien, le suivant. sur le terrain qu'il
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ouvre à nos débats, examiner ce que peut avoir de vrai, ou seulement de plausible^ cette grave accusation, qui présuppose nécessairement la conviction que son Eglise seule est en possession de la vérité.
L'Eglise gréco-russe se décerne, il est vrai, les magnifiques prédicats d'or^Aoc/oo;^ et de catholique^ auxquels elle a soin de joindre celui d'orientale. Elle ne s'aperçoit pas que cette addition &ite à Tépithète d'universelle détruit radicalement cette universalité, ce qui détruit également, comme nous allons le voir, son préjugé d'ortkodoxie. Car qu'est-ce qu'une universalité circonscrite dans une partie du monde, et qui^ par conséquent, ne s'étend point au delà? Et cette prétendue universalité orientale même, si elle pouvait, en saine raison, être admise, que serait-elle encore qu'une pitoyable fiction? L'Orient dont on parle se réduit à peu près à quelques provinces de la Turquie asiatique, la Syrie et la Palestine, à l'exclusion de l'Arabie, de la Perse, de l'Inde, de la Chine, de la Tartarie et de l'Indo- Cbine, etc., où l'on trouve bien quelques églises chrétiennes fondées par des missionnaires de l'Eglise catholique romaine, mais rien qui ressemble à des églises dites orientales ^ Et là même où il en existe, n'y sont-elles pas mêlées à des Églises unies à l'Eglise romaine et à des Eglises hérétiques condamnées par
* Ce qui rend cette dénomination aussi absurde en géographie qu'en, théorie religieuse, c'est que ce qui est oriental quant à l'Europe est au contraire occidental quant au Japon, à la Chine, à la Corée, à la Cochinchine, etc., de sorte que cette qualification d'orientale n'a pas même le mérite bien commun d'être absolue, mais qu'elle n'est que relatiçe^ c'est-à-dire purement hyfotliétique et sans valeur réelle.
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elles? Si Von défalquait de cette communion la Russie, qui ne lui donne guère que la moitié de ses habitants, et qui, bien qu'elle soit située dans l'est de l'Europe, ne fait pas pourtant partie de ce que, en langue géographique, l'on appelle l'Orient; si l'on en défalquait encore les catholiques de l'Asie et les sectaires chrétiens établis dans cette vaste partie du monde, à quoi se réduirait cette Eglise, si improprement dite orientale ? Elle serait réduite à quelques sièges patriarcaux et autres, sans connexion entre eux, et dont les peu nombreuses ouailles vivent confondues parmi une population musulmane qui ne s'occupe d'elles que pour les charger de tributs et d'avanies ! Telle est la situation de cette Eglise orientale, qui^ à tout prendre, n'a quelque importance que parce que la Russie adhère à son schisme.
Nous avons dit que la négation de l'universalité d'une Eglise renferme la négation de son orthodoxie; et si nous prouvons cette assertion, nous aurons en même temps prouvé que l'Eglise gréco-russe ne peut point être orthodoxe. En effet, et bien que ces deux expressions n'aient pas une valeur identique, les idées qu'elles offrent à l'esprit sont tellement connexes, qu'elles ne peuvent être rationnellement séparées.
Et d'abord, la foi nous l'enseigne, Dieu est la vérité; en lui seul vit éternellement l'idée conforme à sa divine nature et à celle de tout ce qui existe hors de lui ; ce qui constitue la vérité. Or cette vérité, innée en Dieu, est, comme lui, éternelle, infinie, ne pouvant être retenue par les limites du temps ni des lieux.
La révélation, base immuable de la rehgion, n'étant, à notre égard, que la vérité émanée de Dieuj elle
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participe de la nature divine, et ne peut^ pas ploâ que la vérité conçue par l'EUrnely être circonscrite par l'étendue des lieux ni du temps. Elle est donc et doit être essentiellennent universelley catholique^ en langage thèologique; et si die ne Test pas en apparence, ce n'est que parce Dieu ne détruit ni n'entrave l'action de la liberté de Ffaoïnme, lors même que, par une révolte impie, elle s'élève contre sa sainte volonté, jusqu'au point de vouloir détruire son œuvre • Elle est donc toujours universelle de droit et même de faU; car œ qui est dans la volonté toute-puissante du Très- Haut existe en réalité, quoique nous ne puissions ou ne voulions pas nous convaincre de cette existence. Croire autrement serait équivalent à la négation de la vérité; ce serait prendre rang parmi les sceptiques.
Les vérités essentielles au salut des âmes ne peuvent donc, suivant la volonté divine^ être le partage privilégié d'une partie du monde, d'une nation, d'une famille, d'un individu. Elles sont, par la grâce de Dieu, le patrimoine indivisible du genre humain. Si nous remontons à l'Eglise de l'Ancien Testament, nous voyons clairement qu'elle-même n'a pas été établie par exclusion et au préjudice des autres peuplesy puisque les prosélytes étrangers devaient y être accueillis avec amour, et même incorporés au peuple de Dieu ^ mais afin de conserver, au moins dans une nation, le dépôt sacré des traditions primitives et l'attente du Messie. Cette incontestable vérité est encore bien plus clairement manifestée aux pages du Nouveau Testament, et nommément par le précepte divin d'aller enseigner toutes les nations f de les instruire toutes, de les régéné-
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rer^ mns exceptUm^ dans les eaut dii baptéous ^ Et, Cé qui rend les termes de ce précepte encore plus caractérifitiquesy c'est qu'ils suivent immédiatement, et sous forme de conséquence, la révélation que le Sauveur £ait à ses apôtres de la tovie^fuiiêanfie qui hU a Ué doiiuée 9ur t^es choses ^ au ciel et en h terre; de sorte qu'il donne à ses disciples charge et pouvoir de fonder ce rayauiM universel qu'il doit posséder siir toute la terre. Et, afin que leurs travaux acquièrent l'efficacité nécessaire, il assure à leur enseignement son iudéfeotibilité, au moyen de sa quQtidienne oeHstance, jusqu'à la consommation des siècles et à la manifestation de son éternelle royauté, à la droite de son Père.
Dans ces paroles sacrées « où sont renfermés tous les éléments de la fondation de son Eglise, l'Homme* Dieu montre, avec la plus haute précisioUvl' univ^r^a* lité de cette Eglise, qui, de toutes les nations de la terre, doit ne faire qu'un seul peuple de citoyens du ciel ; universalité étroitement liée à son invioldfU orthodoxe, au moyen de l'assistance perpétuelle du Fils de
* L'on sait qu'en tous lieux les recherches des érudits ont trouvé les traditions chrétiennes défigurées par les commentaires insensés des idolâtres. Ce qui peut-être est moins connu, c'est que des vestiges de la foi chrétienne ont été trouvés jusque dans les îles de la vaste Océanîe, et nommément dans celle d'Otalti. Les habitants connaissaient la Trinité, qu'ils appelaient des noms de père, fils et l'oiseau ou le vent. Ces dcœt dernières dénominations se rapportent évidemment, l'une à la manifestatioft de l'Esprit saint sous la forme d'une colombe, l'autre au ;»/i«ama des Grecs et au spiriius des Latins, qui tous deux peuvent se tra* duire par souffle ou par esprit. Ainsi s'est vérifié l'orade du prophète : Leur voix s* est étendue en toute terre j et leurs paroles ofU atteùU les Hmiêee du globe.
Dieu et de son divin Esprit ; de sorte qu'il devient de la dernière évidence que l'Eglise véritable ne peut être universelle sans être orthodoxe, ni orthodoxe sans être universelle.
Dès lors, plus rien de régionnaire ni de national ne peut entrer dans la juste définition de l'Eglise catholique. Et vouloir attacher au catholicisme une modification quelconque prise dans la délimitation physique ou politique de la terre, c'est l'annuler formellemeiit ainsi que l'orthodoxie de sa doctrine.
Rien ne sert donc à l'Eglise nationale de Russie d'avoir renoncé à son ancienne dénomination de gréco-russej pour y substituer celle de catholigue-orien" taie ^ . L'une de ces dénominations prise dans le nom générique d'une contrée de la terre, l'autre dans le nom réuni de deux peuples, sont également contraires au simple et beau nom de cathobque; l'une ou l'autre condamne l'Église russe à n'être, en opposition à sa prétention, qu'une Église ré^ionnatr^ ou iMiionaU. Elles la privent du glorieux prédicat qu'elle voudrait se donner, et la relèguent parmi le commun des sectes dissidentes, hérétiques ou schismatiques.
Comment, d'ailleurs, une Eglise régie par un synode
* La catholicité ou l'universalité de l'Eglise renferme deux éléments qui, bien que distincts, ne peuvent point être séparés. Ces éléments sont le temps et les lieux. Or, nous demanderons au schisme gréco- russe s'il oserait revendiquer l'universalité des temps ? Evidemment non, puisqu'il ne date que du onzième siè* cle de l'ère chrétienne, et que jusque-là il n'avait pas l'existence. Prétendra-t-il à celle des Ueux ? Non certes, puisque, se qualifiant lui-même à^onentaly il n'a d'existence avouée que dans l'une des cinq grandes divisions physiques de notre w^yeis!
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national, soumis lui-même à la suprématie spirituelle de son souverain propre, pourrait-elle, avec une apparence de raison, prétendre à la catholicité, lorsque, par la forme même de son gouvernement, il lui devient impossible de s'étendre hors des limites de l'empire? Pour y parvenir, il J'audrait que la conquête remplaçât la prédication évangélique. Mais qui sait si, en confidence du grand projet de subordonner l'Europe à la future ligue slave, le synode ne voit pas la solution de la question de sa catholicité dans cette prépondérance future du slavonisme en Occident? prépondérance en vertu de laquelle son chef temporel et spirituel deviendrait une sorte de monarque unique, et lui-même se verrait élevé à la haute dignité d'un synode ou concile permanent et universel, devant la gloire duquel s'éclipserait bientôt l'honneur de la tiare et le prestige de la succession apostohque ! Quand ce rêve sera devenu une réalité, l'universalité de l'Eglise gréco-slavonne pourra être érigée en question : jusque-là nous ne pourrons que maintenir, en conformité du texte évangélique et de la raison, que FEglise gréco-russe, de même que sa mère byzan* tmejU offrant aucun caractère d^universalité, ne peuvent être orthodoxes; d'où il suit que ceux qui s'en séparent, soit en en sortant, soit en refusant d'y entrer, ne peuvent en aucune sorte être qualifiées d'apostats.
L'Eglise russe admet évidemment, et malgré sa protestation : que Jésus-Christ est l'unique chef de sa veritable Eglise; elle admet, disons-nous, la nécessité d'un gouvernement central et visible dans l'Eglise. Elle l'admet, puisqu'elle se laisse régir par son synode dirigeant et dirigé lui-même par l'omnipotence de
4M DB LA «mrATiOfl iKLicMfbSE
flon tzar. Mais, par une incroyable inconséqdettce, ce qu'elle croit nécessaire à son existence particulière, elle eanie la nécessité pour l'Eglise universelle. Ou plutôt, pour ne pallier en rien la vérité, elle ne peut, à cet égard, rien affirmer^ rien nier. Elle porte le joug qui lui est imfiosé, mais elle n'oserait examiner de quel droU on le £ait peser sur elle. Est-ce donc à /a force matérielle qu'elle obéit ainsi ? Qu'elle reconnaisse, dans ce cas, qu'elle ne jouit point de la liberté de l'épouse ; quelle est t esclave dont la postérité n'aura point de part à t héritage du Père des eroyantsi Est-ce à une néàessité intrinsèque ^ inhérente à la nature même de toute société F Qu'alors elle donne son obéissance à celui que lui désigne di clairement l'auteur même de cette société ! Que si sa soumission illimitée au pouvoir politique était libre de toute contrainte, nous n'y pourrions Voir que le triste effet d'un goût dépravé, d'une bien aveugle préférence j car^ contrairement à la digtiité et aux iâtéréto mêmes de son épiscopat, elle alriierëit mieux, pour exercer le sacré vicariat de Jésus-Christ sur la terre, 11» soldat quun prêlrsy elle préférerait un imper ator à un pape ' ; sa profane vénération serait acquise à la couronne impériale plutôt qu'à la mitre apostolique, au sceptre du despote plutôt qu'à la crossç du pasteur ! Libre ou obligé, c'est poilr elle un système admis. Qu'elle l'organise donc suivaiitsoiigoât, nous n'aurons qu'une profonde pitié à donner à taut d'aveuglement; mais qu'elle n'essaye pas de le faifc goûter aux peu-
I En ceci, comme en bien d'autres choses, l'Eglise russe se montre semblable à la synagogue, lorsque, refusant de reconusdtre là royàuté spifituelle du Messie, elle s'écriait : Non haiemus regem rtisi Cœsarem !
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pies catholiques» plus libres et surtout plus ayancés qu'elle dans la science de l'histoire, et plus formés à l'emploi du bon sens I Qu'elle s'abstienne surtout de l'imposer^ par la force, à des millions de consciences catholiques qui^ éclairées par la tradition des siècles, et imbues dès l'enfance d'autres principes de leur foi et de leur obéissance, savent que ce prêtre est le pontife du Dieu vivant, le lieutenant universel du divin pasteur, le seul et légitime porteur des cle& du royaume, remis par ce suprême pasteur, non aux Césarânimèvit auxsynodiê établis par eux et gouvernant êous leur autorité y mais à Y Apôtre qu'il a élu pour le re-« présenter et pour le remplacer ici-bas, et à ceux qui, dans les siècles à venir, seraient légitimement appelés à s'asseoir dans sa chaire.
Nous l'avons dit ailleurs, et nous croyons pouvoir résumer tout ce que nous avons mis au jour, dans cette simple déclaration : le despotisme a, par lui-même, quelque chose d'impie et d'éminemment contraire à f esprit du christianisme , non-seulement parce que, dans le dépositaire et l'usufruitier de ce pouvoir, il engendre à la fois cette soif et cette ivresse du pouvoir qui l'entraînent à s'arroger, autant qu'il est en lui, l'exer*^ cice de la toute-puissance divine , étant ainsi , même dans l'ordre temporel, la plus haute expression de l'orgueil humain; mais aussi parce qu'il est invinciblement entraîné à en pousser l'usage au delà des limites que Dieu lui-même s'est prescrites envers l'homme. Le despote la méprise, cette noble créature que, suivant l'expression des Ecritures, Dieu traite avec rii^érencCy respectant en elle sa glorieuse image. Il ne reconnaît aucune de ces limites que le créateur a si
visiblement tracées, lorsqu'il lui a plu de douer rhomme d'une libre intelligence. Il croit de son droit de subjuguer laconsdence, de régenter le sacerdoce, de prescrire à ses sujets jusqu'aux conditions de leur foi, pour peu que, dans les lois exorbitantes qu'il juge à propos de promulguer, il croie découvrir quelque chose de fevorable à l'accroissement de sa puissance
Ne dirait-on pas, à la vue de l'affreux tableau de violences et de cruautés que nous venons de dérouler, que k gouvernement russe a pris à tâche de démontrer par le fait tout ce qu'il y a d'intolérable et d'injusti» fiable dans cette forme de gouvernement?
A cette détestable extension du pouvoir monarchique, quelle répression sera possible ? Sera-ce la révolte des opprimés contre cet abus de la volonté souveraine? Assurément si la révolte, vengeresse des attentats que commet un pouvoir sans limites et sans frein, pouvait être légitime ou au moins excusable, ce serait lorsque le souverain porte une main sacrilège jusqu'au sanctuaire de la conscience de ses sujets ! Mais à Dieu ne plaise qu'une pareille pensée entre dans notre esprit ! Dieu qui permet ce mal saura lui mettre un terme ; car devant lui le plus absolu pouvoir est moins que la poussière dont se joue la tempête, et l'histoire des anciens empires nous prouve qu'il ne faut souvent que l'abus même de la puissance pour la faire périr sous les plus cruels revers'.
Mais, à défaut même de châtiments terrestres, comment échapperez-vous à la colère à venir? C'est à vous tous, moteurs et fauteurs de la persécution que Fé-
' f^ay^ note additionnelle 35.
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pouse de Jésus-Christ souffre en Russie, que s'adresse notre demande ! Vous qui laissez en plein repos vos propres schismatiques, vos protestants, vos juifs; vous qui couvrez aux yeux de vos musulmans le flambeau évangélique; vous qui souffrez que les populations livrées au scbamanisme^rendent au mauvais esprit un culte abhorré, et qui ne connaissez aucun moyen d'en purifier les régions glacées de votre vaste patrie, vous êtes inépuisables en moyens de coercition pour empêcher de malheureux catholiques, nés et élevés dans la profession de leur foi, qu'ils considèrent comme le plus précieux trésor de leurs âmes et de leur postérité ; pour empêcher, disons-nous, ces infortunés de rester fidèles à leur conviction ! Vous leur fermez le sanctuaire, vous menacez, vous frappez les ministres du Dieu de vérité s'ils osent le leur ouvrir ! Ceux qui, assistés d'une grâce spéciale, sauront préférer leur foi à tout ce que l'homme a de précieux dans l'ordre matériel (et le nombre en est grand encore), vous leur retirez la possession de l'héritage paternel, vous les arrachez à la douce vie de famille, vous leur décernez la réclusion , l'exil ; et , en tout ceci , vous prétendez , comme la synagogue persécutrice des apôtres, rendre service à Dieu ! Quelques-uns résisteront jusqu'aux dernières extrémités à vos iniques commandements, et leur victoire sera admirée des cieux ! Beaucoup succomberont, et l'implacable remords sera le compagnon de leur vie ; il pèsera sur eux encore au dernier instant de leur déplorable existence ! — Qu'importe à cette barbare législation que vous inspire le criminel mépris de la nature humaine ? Une sacrilège conscription a fictivement et furtivement attaché ces infortunés
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à votre Eglise nationale ; leurs fers sont rivés à jamais ! Votre impitoyable prévoyance écartera même du lit de mort le légitime ministre de la réconciliation divine ; la pénitence sacramentelle manquera aux angoisses du moment, qui portera ses remords et sa plainte au tribunal du vengeur !
Et vous pensez qu'un si horrible abus du pouvoir, une si impitoyable rigueur trouveront grâce devant la justice divine ! Lorsque luira le dernier des jours^ et qu'en £aoe de l'agneau, se manifestant dans le courroux du juge de l'univers, se réduiront en une commune poussière le diadème, le sceptre et tous ces vains insignes du pouvoir suprême ; lorsque, dépouillés de ces oripeaux de la terrestre grandeur, les rois trembleront à l'égal du plus humble de leurs frères ; il vous sera demandé compte de l'éphémère puissance dont vous avez ainsi abusé. Lorsqu'à vos côtés paraîtront ceux qu'a opprimés votre despotique volonté ; ceux qui, au prix de tout ce qui, dans l'ordre matériel, leur avait été cher et précieux, auront su résister à des volontés effrénées ; ceux aussi qui, par crainte et par faiblesse, auront obéi à vos sacrilèges lois ; lorsque vous serez accusés à la fois par la palme de vos vainqueurs et par les pleurs des vaincus, confesserezvous alors ces desseins d'une vaine et caduque politique qui vous ont inspiré vos projets persécuteurs, ou ailéguerez-vous votre erreur, votre prestige d'orthodoxie, pi'estige qu'eût dissipé un court instant de mûr et sincère examen, un seul coup d'oeil impartial jeté sur le grand astre d'unité qui éclaire le monde ? Lorsque, partie de l'œil du juste juge, la soudaine illumination de «on courroux inettra à nu vos plus secrètes
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pensées, vos passions les plus intimes, oserez-vous bien encore simuler cette modération, cette mansuétude, cette longanimité que, dans votre épitre pastorale à vos nouveaux frères, vous ne leur recommandez qu'afin d'en parer aux yeux du monde votre £ausse orthodoxie, et que démentent les faits atroces qui vous seront reprochés ? Penserez-vous encore à dissimuler cet opiniâtre orgueil qui seul vous a inspiré le mépris de la chaire apostolique, et la sacrilège détesta tion de sa douce et sainte puissance ?
Redoutables questions auxquelles nous ne connaissons qu'une seule, mais terrible réponse :
EST QUI QOJERAT ET JUDICET.
Puisse, en attendant le céleste anathème, une clameur d'unanime indignation s'élever de l'Europe entière contre une persécution si perfide et si barbare, que Dieu seul est capable de la juger et de la punir ! Quant à nous, en la dévoilant aux yeux du monde, nous pensons avoir rempli un devoir pressant de conscience et de charité envers nos frères, et envers leurs persécuteurs eux-mêmes; car, en écrivant ces pages, nous croyions sans cesse entendre la voix divine, nous adressant le même commandement qu'à son prophète :
c Criez, ne cessez point de crier ; élevez votre voix jusqu'aux éclats de la trompette^ pour annoncer ces grimes!... CAR ils prétendent CONNAITRE MES VOIES GOMME s'iLS
Étaient une nation pratiquant la justice, et qui n'aurait point abandonné les préceptes de son dieu ' ! »
> b., Lvni, 1-3.