‹ Persécution et souffrances de l'église catholique en RussieChapitre 3 sur 28 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

KXPesé HISTORIQUE BB LA DIÉFKCTION DK L'ittLISE GRECQU^UNIE DI RUSSIE, DE soif UNION AVEQ l'ÉÇLUE GàVROUQUE ROMAINE, 411181 QUE DES MOYENS M|S EN ORUYEE POUR wAvàM^A IV tiTmifUil» QE t^FIfOAAl^j; ]ÉV<|TEMBNT,

Un grand et lamentable scandale a été donné, il y a trois ans ^ au monde catholique , et le monde catholique s'en est à peine ému. Plus de deux mil«lions et demi d'àmes ont été précipitées dans le schisme que, depuis deux à trois siècles, leurs pères avaient abjuré ; et pas un cri d'indignation ou de douleur n'est venu troubler, du dehors^ cet indigne succès de longues et ténébreuses intrigues. Est-ce indifférence pour la deuil da l'Église et pour 1^ paalheur de tant de nos frères f --^ Non, certes; et ce qui a tuivi l'attepitat commis, peu auparavant^ contra Piiidâp pendance du ministère pastoral, dans la personne du vénérable archevêque de Cologne, suffirait pour prou-

ver tout ce que soufire le monde catholique^ lorsque, à ses yeux, se consomme une œuvre d'iniquité pareille à celle que la Russie a vu s'accomplir; lorsque notre sainte Église et son vénérable chef ^ sont frappes de douleurs. — A quelle cause donc attribuer Fappa— rente indifférence que nous venons de signaler et qui a un caractère si étrange à cette époque de publicité et de discussion universelle ? Ce ne peut être qu'à Tignorance de la profondeur de la plaie que l'Église a reçue, de la grandeur du mal qui s'est opéré en Russie, presque à l'insu de l'Europe, et des circonstances odieuses qui l'ont préparé et accompli.

Il faut le dire, ce vaste et puissant empire n'a de l'importance pour l'Europe qu'à raison de la gigantesque armée qu'il entretient, et qui menace, de plus ou moins près, l'indépendance européenne. Pour tout ce qui, dans la civilisation du monde chrétien, a fondé et développe de plus en plus la fraternité des nations, ce grand empire, ses deux capitales exceptées, n'a de similitude ni même d'analogie réelle avec aucun des peuples qui vivent en Europe ; il est encore, presque autant qu'aux dix-septième et dix-huitième siècles, plus asiatique qu'européen, par les obstacles qu'il sait mettre à tous rapports extra-politiques avec l'Europe ; il est la Chine de l'Occident.

n y a plus : le principe vital de son gouvernement

' Allocution du saint-père au consistoire secret, tenu le 22 novembre 1830. Rien de plus indécent que les persiflages avec lesquels les agents du gouvernement russe parlaient, par ordrcj du chagrin manifesté par le pape. L'allocution du reste fut soigneusement ténue secrète, ou supprimée.

Ds l'bmpirb db russib. h

s'oppose radicalement à ce qu'il fesse partie intégrante de la grande femille européenne. Ce principe est le degpotisme, forme de gouvernement incompatible avec le véritable esprit du christianisme, autant qu'avec les idées et les lumières que la société, dans TOccident, a tirées de la loi évangélique.

L'on a souvent, de nos jours, confondu le deêpotiiwu avec l'idée d'une monarchie absolue. Cette confusion renferme une erreur si palpable, qu'il est difficile de croire qu'elle n'ait pas été conçue et propagée dans un but de perfide politique, afin de faire partager à cette dernière forme de gouvernement la haine ou plutôt la juste exécration qu'inspire la première.

La monarchie absolue, qui longtemps a régné et règne encore sur une bonne partie de l'Europe, laisse aux mains du monarque la plénitude de l'autorité souveraine, en matière temporelle, et principalement la puissance législative, la première et la plus essentielle de toutes; il l'exerce sans partage et n'en est que mieux obéi. Mais, lorsque la loi est £aite et promul* guée^ elle devient (il n'est ici question que du droit et non de faits abusifs qui y seraient contraires), elle devient, disons-nous, la règle inviolable du souverain comme de ses sujets. Le prince, de qui tout pouvoir, toute justice émanent, pour assurer davantagel'exerdce et le maintien de cette condition si essentielle de l'ordre social, dépose formellement et sans restriction aucune le glaive et la balance de la justice aux mains d'une magistrature permanente, qui tire de lui seul son autorité; et même alors que ses propres intérêts, ses possessions personnelles se trouvent compromis ou revendiqués par le dernier de ses sujets, il se soumet,

62 DE hA SITUATION aBU«lfiUSB

CQmmd tout autre regnieole, à la déoiftiott de ses tribunaux : magnifique application du principe de /n justice fkangélique qui^ en £ait de droit et de légitime possession de la vie^ des biens et de l'iionneuri consacra une égalité qui/ partout ailleurs^ n'offre qu'une idéd trompeuse. L'empire d'Autriche, avec ses bell^ et fortes institutions^ présente le tableau et offre un b^au modèle de cette forme de la monarchie ^

Le despotisméi au tontraire, ne se peut combiner^ ni avec cette justice évangélique^ ni avec aucune insti-* tution sociale autre que la sientie pi^opre^ Sous dette forme de la monarchie^ la volonté non pab seulement présumée ou habituelle^ mais aetueUe du maître : voilà la loi ^ Provoquant de sa nature et nécessairement tous les abiiSy toutes les usurpations du pouvoir^ à ^ommeiicer par cêlU de l'autorité eotêveraine et absolue m matière sfiritueUe^ le despotisme ne laisse naitre ni prospérer aucune institution qui ne soit ou ne de* vienne^ sous la pression de sa main de fer, une ma* chine d'asservissement pour la ûatioi!, d'esclavage pour les individus» Parce que, toujours et pàHout, il ne s'appuie que sur des armées nombreuses et dure-» nient disciplinées ; il adopte pour son palladium le principe de la plus rigoureuse subordination militaire^ la seule qui) jusqu'ici, ait réussi à assouplir le carao» tèré dû la jplus noble créature de Dieu> à dégrader son intelligence^ jusqu'à oe degré d'ignoble abrutissement^ que le soldat est régi par oe cruel et absurde principe,

' EnRussie, lorsque les mots magiques t^ijsotchaïchaïa P'oliœ^ lu suprême volûntéj oiit été ^roûoncés, tout est dit. Toute l'éclat matioii ultérieure serait réputée rébellion.

M L'flMPiAB BB MMIB» 63

dlr tomffrir ta peint d'mk^rd^ ti de ê'm phindre enêuitet Pour wiblème parlant de cette eubordiaaiioià 8Î avilissante^ le monarque et lei prinœs de sa maison m se montrent jamais qtie dans la plus striote tenue militaire | et la plus légère infiraction 4 cette inoommode tenue «t ausaitôt et sévèrement réprimée \

Ge qui rend cette forme de gouvernement si inCDnii. patible, cx)mni« nous l'avons dit^ aveo l'esprit du diristianisme, c'est la toute-puisftanoe qvàsi nmras qu'exerce le souverain. Se mettant, en quelque sorte^ au nivfiau de l'auteur de la nature qui sUspend^ quand il h veut, l'effet des lois qu'il lui a données^ le prinoe despote tHèpendi annule^ pour tel coê paNkkUiir^ les lois générales de son empire^ de sotte que^ dans uil pAys régi par le despotisme, nul ne possède ses biens, a(m état ou son rang social, que sous le bon plaisir du souverain» En Russie^ par exemple, lorsqu'un procès éDtse particuliers a parcouru toutes les instances ju« dioîâires) depuis le tribunal d'arrondisseme&t jusqu'au sénat, jugeant en dernier ressorti et tous les départe* ments aasemblés^ la caUse peut encore être portée^ par esûeption, au conseil d'empire ^ ou même immédiatement à la décision du souverain. Celui-ci peut^ sans difficulté^ annuler tous les arrêts précédemment ren dus et y substituer sa pro[»« sentences U n'en est pas auireikieBt en matière criminelle ; et s'il platt au souverain d'évoquer à sa propre connaissance l'appréciation d'un £iit réputé orime ou délit» le sort de l'inculpé, qai^ presque jamais^ n'est admis à porter devant le xttne sa défense personnelle, dépend dé la décision

» f^oy. note additiobn elle 10.

que le souverain prend, sur le rapport de son ministre. L'on comprend à merveille que le ministre ne peut pas être lui-même Fauteur de son rapport. La cause a été examinée et le rapport élaboré par des subalternes, toujours plus ou moins nécessiteux ou cupides ; ce qui ouvre la porte à une corruption habituelle et à la plus scandaleuse vénalité. C'est encore là une des plaies du despotisme qui, en comprimant toute pensée généreuse , ne laisse subsister à côté de lui aucune vertu publique.

En Russie, lorsque quelque personnage éminent et rapproché de la personne de Tempereur se trouve obéré de dettes, au point que leur ensemble dépasse la valeur réelle de sa fortune, il a recours à la faveur impériale pour en obtenir l'établissement d'une tutelle de ses biens, et si, comme cela est souvent arrivé, elle lui est accordée, les premières opérations des tuteurs consistent à appeler les créanciers de leur pupille, à cheveux blancs, et, sous forme de transactions volontaires, de leur demander de très-grosses réductions d'intérêts et même du capital. S'ils refusent de s'y prêter, ils sont relégués dans les dernières classes des créanciers, et réduits à attendre la fin de la liquidation, qui souvent n'arrive qu'après vingt années d'attente; et, contre cette décision, il n'y a pas de recours possible en justice civile, parce que ks tuteurs sont répu^ tés délégués impériaux agissant en vertu d'instructions émanées du pouvoir souverain. Croira-t-on que, dans ce pays, il est de principe absolu que la couronne ne peut rien perdre I En conséquence de cette étrange jurisprudence, si quelque employé vient à prévariquer, non pas en s'attaquant à la bourse des particuliers; ce

DE l'kmpiee de RUS^B. 65

qui est une peccadille journalière et de facile rémission, mais en blessant les droits du Trésor; et si sa fortune personnelle n'offre pas de moyens suffisants de resti* tution, des enquêtes minutieuses sont dirigées contre ceux avec lesquels il peut avoir fait des transactions de ventes, d'achats, d'emprunts, etc. , lesquels, se trouvant ainsi légalement atteints du soupçon d'avoir fait leur profit de ses embarras, sont condamnés à des restitu* tions partielles, équivalentes au tout ; et, dans le cas où ce moyen de récupérer les peites du Trésor ne pourrait produire le remboursement intégral en question, tous les employés au même département sont rendus solidaires et soumis à des retenues successives, au prorata de leurs appointements, jusqu'à concurrence de la somme due au Trésor. La grâce du souverain peut seule les mettre à l'abri d'une si rigoureuse mesure, car le Trésor de l'Etat est sa propriété personnelle, et lui seul a droit d'imposer silence aux réclamations du fisc comme à l'action des lois.

L'on objectera peut-^être que ces iniquités légales ne se pratiquent que rarement, et que le droit d'intervention directe du souverain dans des matières qui, par leur nature, devraient être de la compétence des tribunaux réguliers, ne s'exerce qu'avec beaucoup de circonspection et de retenue. Nous répondrons que dans tout ce que nous exposons sur la nature et l'étendue du pouvoir despotique, il ne peut jamais être question de l'application plus ou moins rigoureuse du principe, mais que nous jugeons ce principe en luimême et en tout ce qu'il a d'incompatible avec celui de la justice chrétienne. Ceux, d'ailleurs, d'entre nos lecteurs qui peuvent avoir habité la Russie pendant le

M m hA âlTIJÀTlON RBUOIBVSB

règM de Femperaur Paul F', savent jusqu'à quel excès de rigueur oe principe peut être étendu dans la prati-* que ; d'où il suit que sou exercice est subordonné à un pur accident : le caractère plus ou moins douxj plus ou moins violent du monarque régnant \

Un autre vice de la forme de gouvernement despo* tique, vice dont nous nous sommes trop écarté peut<« être par la digression à laquelle nous a entraîné la ma* tière^ o'êst sa haine de la lumière, qui se manifeste par le soin que prend le gouvernement de se réserver la cou* naissance de choses qui, en d'autres pays^ appartiennent au domaine de la notoriété publique. Deux exem* ples;,entre mille autres non moins singuliers, établiront^ à cet égard, notre parfaite véracité et surprendront nos lecteurs.

Aux fêtes de Pâques de Tannée 4 837 , une immense baraque en planches de sapin, servant k des exercices d^équitatipn et de voltige, prit (eu, Ton ne sait com* ment, en plein jour, et lorsqu'elle était remplie de spec* tateurs autant qu'elle pouvait en contenir. Les portes ayant malheureusement été construites de manière à ne s'ouvrir qu'en dedans, toute la multitude qui s'y trouvait pressée y périt, étouffée par la fumée, consu* mée par le feu ou écrasée sous la chute du toit, à quel«

* L'on se rappellera sans doute, à ce sujet, la réponse que fit à feue madame de Staël, l'empereur Alexandre, lorsque, reccm* naissant le Tice radical des institutions de son empire, et sur l'objection que lui fit sa spirituelle interlocutrice de la douceur de son règne, ce prince lui répondit avec autant de modestie que de droiture : Dc^ns ce au y je ne serais qu'un heureux accident. Son successeur, il faut l'avouer, a pris soin de justifier cette remarquablerep artie .

OR L'jUfPIEB M RUS61G* 07

qu€8 individus près qui trouvèrent moyen d'échapper à ce désastre. Or jamais personne, la police exceptée, n'a pu connaître le nombre des victimes, que l'on portait^ par approximation, à sept ou huit cents. Les cadavres furent enlevés péle^méle, et de nuit, et toute personne qui se fût permis de parler autrement qu'en secret d'un si cruel accident, se fût exposée à encourir, k ce sujet, des recherches de police et une responsabihté plus ou moins désagréable, suivant la condition de la personne qui se serait permis un calcul ou des réflexions réputées indiscrètes sur une si terrible catastrophe. Nouvellement encoi^e (au mois d'octobre 4840], deux de ces chatnes de wagons employés sur les chemins de fer, et courant en sens inverse de Saint* Pètersbourg à T8arskoïé-Selo,et de cette résidence impériale h la capitale, se rencontrèrent, faute d'avoir pu se voir à distance, à raison d'un épais brouillard, Tout fut brisé et moulu du choc; cinq cents personnes, dit-on, restèrent sur le carreau, tuées, mutilées ou plus ou moins grièvement blessées, et à peine en eut*OQ connaissance dans la capitale. Le lendemain^ de trèsgrand matin, quelques curieux aventureux osèrent se porter sur le lieu de la catastrophe. A leur grande surprise, ils trouvèrent tous les débris déblayés, les morts et les blessés enlevés. Aucun vestige d'un si cruel accident n'en eût révélé la réalité sans la présence de quelques agents de la police, qui, après avoir interrogé les curieux sur les motifs de leur visite matinale, les gourmandèrent de leur curiosité intempestive, et leur intimèrent avec rudesse l'ordre de retourner chacun chez soi. Par ces deux feits, impossibles partout ailleurs, Von pourra juger du mystère habituel dont

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aime à s'entourer un gouvernement despotique. Dans l'événement dont nous allons nous occuper, l'on n'en a pas agi autrement. Les actes synodaux par lesquels était accomplie la défection des grecs-unis, l'oukase impérial qui les confirme étaient rendus, et le public n'avait aucune connaissance positive d'un événement auquel le synode, le souverain et son gouvernement attachaient une si haute importance. Le manifeste du synode lui-même fait foi que ce ne fut que le 25 mars qu'une rumeur, secrète enicore, commença à se répandre, etc., et cependant l'acte synodal de Brest porte la date du 12 février; l'oukase de l'empereur, qui l'adresse au synode de la capitale, est du \ ^'^ mars, et la délibération de cette assemblée, comme il est écrit en tête de son acte, avait eu lieu le 6 du même mois.Tout cela, même des actions de grâces solennelles dans la chapelle du synode, avait eu lieu sans que rien n'en eût transpiré dans la capitale, tant le gouvernement se montre rigoureux dans la loi de discrétion qu'il impose à ses agents, et qu'ils ne peuvent rompre avant d'en avoir reçu l'ordre ou la permission.

Une feuille assez obscure qui se publie dans la capitale sous le titre de Gazette de la police urbaine de Saint-Pétersbourg, fiit la première à pubher, après plusieurs mois, les actes et documents officiels relatifs à cette afiaire. Successivement d'autres journaux les publièrent également, comme simplement extraits de cette gazette ; mais ce ne fut qu'au mois d'octobre suivant^ sous les dates des 25, 26, 27 et 28 octobi^, et sous les xi!^s 244^ 245, 246 et 247, que la Grande Gazette académique de Saint-Pétersbourg, feuille réputée officielle, donna enfin communication authentique de ces mêmes

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documents que Ton avait comme furtivement glissés au public. Quels peuvent avoir été les motifs de ces lenteurs et de ces tâtonnements dans Tannonce d'un événement qui, d'après les propres expressions du manifeste synodal, devait combler de joie l'Église et la patrie? C'est ce qu'il n'est pas facile d'entrevoir, à moins que ces longues réticences n'aient été l'effet de résistances prévues dans les provinces d'origine polonaise, où le peuple était bien éloigné de goûter la réunion, et peut-être aussi pour laisser passer la première impression que devait produire, dans les deux capitales, levénement déplorable dont nous parlons ; car, d'une part, l'on connaît trop bien en Russie l'état des choses relativement à la Pologne, pour méconnaître dans un pareil événement les cabales et la violence qui seules avaient pu en déterminer l'issue, et, de l'autre, il faut le dire à l'éloge delà nation russe, elle ne partage pas le ressentiment implacable de l'empereur à l'égard des Polonais, et elle est loin d'approuver les mesures acerbes et oppressives mises en œuvre contre eux, surtout en matière religieuse.

Quoi qu'il en puisse être des motifs qu'a eus le gouvernement russe pour tenir si longtemps secrète la réunion des grecs-unis avec son Eglise nationale, toujours est-il que cette lenteur, si ressemblante à de l'indécision, a beaucoup contribué à en atténuer l'effet, au dedans comme au dehors, et dès lors il n'est point étonnant que jusqu'ici le public européen n'ait connu que très -imparfaitement les causes et les détails d'un événement si grave, sous le rapport religieux et politi-' que. C'est pour remplir cette lacune dans l'histoire contemporaine que, recueillant avec raison les docu-

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mentd officiels publiés sur cette a^ire, et rappelant tous les souvenirs que nous a laissés la carrière que nous avons parcourue en Russie^ nous allons, d*une part, mettre ces mêmes documents, en traduction fidèle, sous les yeux de nos lecteurs, et, d'autre part, nous nous livrerons à l'examen très-'impartial de leur contenu, en signalant les assertions mal fondées, les accusations dépourvues d'équité, ainsi que certains faits historiques, malignement altérés ou supposés, dont ces documents sont remplis.

MANIFESTE DU STKODE.

Pemplre de ttoMle , Impriiaé p»r ordre dv très - M^iBi Syaod*.

Saint-Pétersboarg^ de l'imprimerie synodale. 1839.

En cette année, l'Église orthodoxe * a inscrit, aux fastes de son histoire, l'un des éyénements les plus importants et les plus joyeux pour elle. D'accord avec notre chère patrie, elle célèbre le retour dans ses bras des enfants qui lui avaient été enlevas, lorsqu'ils sd trouvaient sous le joug d'une domination hétérodoxe^ La prétendue union, dans les provinceê ocùidentûkê de la Russie ^, avait commencé, en l'année 1596, par la dé-

.* f^ôy, note additioimellè 1 1 .

^ Foy. note addidoniielle IS.

^ Ges province» oocidentalei de la Russie étaient alors les pro- Yi^ce8 orientales de la Pologne,

M L'eUPItt M lOMB. 71

féction d'une partie du clergé de ces pays, à Fépoque du concile de Brest, et . après avoir déchiré pendant detiï siècles et demi^ la famille tusse y issue d'un même sang et jusque-là attachée à la même foi^ elle â teiminé son existence, l'an 1839, en yertu de l'acte synodal de Polotsk.

Mais qu'était-ce donc que cette union? C'était un moyen de tenir sous la dépendance de l'Occident ^ un peuple qui, ayant reçu de l'orthodoxe Orî^f les dogmes invariables et les rits primiiifs de la foi chrétienne, et avec eux la faculté d'entendre célébrer la liturgie dans sa langue natale', ne roulait, pour aucun bien de la terre, se laisser priver de ces gages sacrés de son salut éternel. Tel a toujours ëté le peuple russe; lou^ jours un^, toujours le même dans toutes les parties de sa grande patrie. Lorsque dans ses provinces oeciden-talesy temporairement soumises à la puissance lithuai/iieiMie, l'on eut en vain épuisé tous leè moyens de le tourner au latinisme, l'on imagina enfin cette dernière ressource, qui n'eut un meilleur succès que par la raison, qu'à l'extérieur au moins, il laissait au peuple la religion de ses pères. L'on obligea une partie du clergé russe de se reconnaître dépendant de Rome, en lui

^' En termes plus clairs, c'était le retour d'une fraction de l'Eglise, démembrée d'elle par un schisme impie, non pas sous la dépendance de l'Occident (les quati^e points cardinaux n'ont rien à faire dans ces questions), mais sous la légitime obéissance au siège de saint Pierre.

^ F'ojr. note additionnelle 13.

' L'on verra plus bas tout ce qu'a d'absurde cette prétention d'unité du peuple russe, sous le triple rapport de son origine, de sa religion et de sa langue.

n DE LA SITUATION RELIGIEUSE

laissant d'ailleurs l'entière liberté de conserver tous les rits et presque toutes les institutions de l'Eglise d'Orient ; et c'est cette dépendance que l'on qualifia d'union^ c'est-à-dire de réunion avec l'Eglise d'Occident.

Quels furent les fruits que recueillirent de cette union le clergé et le peuple russe * ? Ce furent des discordes civiles dont ils ne cessèrent de souffrir les plus grands maux^ jusqu'au retour des provinces qu'ils habitaient, sous le sceptre de toutes les Russies : attendu qu'au commencement, elle n^avait séduit et attiré à die que la moindre moitié des habitants de ces provinces, et que^ depuis lors, cette moindre moitié ne parvint à se fortifier, aux dépens de l'autre, quemoyennant une continuelle persécution.

Mais l'union a-t-elle au moins profité à la Lithuanie et à la Pologne, qui s'était unie à elle? Bien au contraire ; elle ne fit que mettre au grand jour le peu de solidité de cette union, et enfin elle prépara la chute de toutes deux.

^ L'on Terra plus bas que cette réunion s'est opérée sous les auspices de Sigismond UI, roi de Pologne. Gela n'empêche pas le synode de qualifier de Russes les sujets de ce prince, dont, comme chacun sait, l'autorité ne pouvait s'étendre sur les sujets de son voisin, le tsar. En vertu de ce système^ il ne tiendrait qu'à la Russie de déclarer Russes les habitants de la Gali-cie, surtout ceux d'entre eux qui appartiennent à la communion schismatique, puisqu'une bonne partie de la Pologne autrichienne portait anciennement le nom de Russie-Noire^ et que le métropolite russe de Rief prend encore le titre de métropolite de Kic/et de Galitch, Nous pouvons affirmer que cette prétention existe, dans la pensée du clergé russe, qui n'est jamais indépendante de celle de son gouvernement.

DE t'BMPlRE DE B1T8SIE. 73

Ce sont là des questions depuis longtemps résolues par Thistoire, et qui cependant se présentent, malgré qu'on en ait, à la pensée, à Tinstant où le regard vient à se porter sur ce déplorable égarement de la fausse politique embrassée par la Pologne * .

L'Eglise unie elle-même ne connut jamais de jours prospères. Semblable à un rameau arraché à l'arbre natal, et greffé, par la force, sur un arbre de nature différente, elle ne vivait que d'une sorte de demi-vie', ou, pour mieux dire, des restes de sa vie primitive, et elle se voyait réduite à s'éteindre peu à peu en &oe de l'Eglise latine. ^

Pour s'en convaincre, il sufBt de jeter un coup d'œil sur la marche de l'union dans la Russie occidentale '• Mais, auparavant, jetons un pieux regard sur la véritable, sur l'antique Eglise de Jésus-Christ, qui de son souffle vivifiant embrasse, conserve et rend heureuse notre patrie qui lui est restée fidèle.

Une de l'unité de la puissance divine, l'Eglise universelle, dans les différentes parties de son étendue, se gouvernait par ses pasteurs spirituels, sous son unique chef, te Sauveur. Aucun d'eux n'imaginait de s'arroger, en son particulier, la domination du monde ; aucun

J La politique toute semblable de la Russie e8t-«Ue plus habile? L'avenir répondra à cette question.

' Prëcûsément comme l'Église schismatique de Russie, qui n'a d'existence réelle que celle qu'elle tire de la protection de son

maître.

* C'est-àrdire dans les neuf provinces enlevées à la Pologne. Que le gouvernement les appelle ainsi, actuellement qu'il les possède, cela se conçoit ; mais il est ici question de la marche de l'union, lorsqu'elles faisaient partie du royaume de Pologne.

74 DB LA 8lT0ATlO!f MLIGIEITSfi

d'euï ne s'immisçait, pour les affaires spirituelles, dans le gouvernement des provinces qui ne lui étaient pas subordonnées; mais s'il remarquait dans Tune d'elles une déviation de la foi, il la corrigeait, au moyen d'épîtres fraternelles au pasteur de cette province, ou bien il en appelait au jugement général des conciles cecuméniques de l'Eglise, dont les décisions, considé«rées comme l'expression du jugement de V Esprit-Saint, inséparablement uni à elle, étaient inviolablement gardées ^ Consolidant ainsi, une fois pour toujours, les dogmes de la foi, et établissant les rapports de pasteurs à pasteurs, et de ceux-ci envers la prééminente puissance impériale^ j l'Eglise universelle est encore la même qu'aux temps anciens, tant par l'observance extérieure de ses rits antiques, que par l'esprit intérieur de ses dogmes inviolables. Son profond respect pour la sainte antiquité s'est toujours opposé, en elle, à l'introduction de nouveautés, et il nous a acquis l'incomparable bonheur de voir de nos jours et de nos propres yeux, et de confesser de cœur tout ce que voyaient et confessaient ses enfants aux temps apostoliques'.

* Par œux qui voulaient bien s'y soumettre. S'il en eût été autrement, l'ariaiiisme eût-il pu oonaerver une émstmes patente pendant longtemps encore après le premier oondie de Nieée 7

* Nous croyons devoir prévenir nos lecteurs que nous réservons à un examen plus approfondi la plupart de ces propositions, destinées à égarer le jugement des Russes, mais qui, à tout lecteur un peu instruit des choses de la religion, offrent un caractère d'absurdité si frappante, qu'elle tient de l'extravagance.

^ Tout cela est parfaitement vrai quant à V Église unwerselte; mus ûi les Églises orientales^ ni l'ÉgÛse gréco -russe nVppartien-

LesMcrés dogmes de la foi, les cérémonies^ les prières, et jusqu'aux vêtements des serviteurs de Fautel du Seigneur % tout, chez nous, respire l'antiquité des premiers siècles du christianisme, et jusqu'à ce jour, le cycle liturgique de notre .Eglise ■ renferme, dans ses chants sacrés, le cercle entier de l'antique théologie orthodoxe, servant ainsi de témoignage vivant et non interrompu de la continuité de l'Eglise primitive jusqu'à 1a postérité la plus reculée. Ces chants sacrés, e&tendus par le peuple dans sa langue natale, Fimpré* gûèrent de la pureté de la foi^ et ils étaient sa consolation au milieu de tous les malheurs par lesquels il avait plu à la Providence de yisiter son Église ; ils rappelaient à leur mémoire les siècles de la cruelle persécution exercée contre les chrétiens. Prédicatrice de la croix, source du salut, elle rendait alors témoignage, non par h violence exercée envers d'autres ', non par

nent plus à runiversalité, puisqu'eUes s'en sont volontairement séparées.

* Ce fait n'est pas e^tactement vrai, puisque, pour ne dter qu'un seul exemple, le vêtement des ëvéques, lorsqu'ils cétè-* hrent la Uturgie, consiste en une riche tunique à larges mail** ches, parfaitement semblable à la tunique des empereurs du Bas-Empire, et que, suivant les propres traditions du clergé russe, cet ornement fut côttcédé, par l'un de ces princes, au patriarche de Constântinople, duquel il passa successivement aux autres ëvéques d'Orient. Cette concession ne remonte pas appai^mmeut àttx premiers siècles du christianisme.

* Si le synode russe s'était jamais donné la peine de consulter les missels, les rituels et les bréviaires de l'Eglise catholique, il saurait qu'elle auôsî a puisé ses offices dans les livres saiftts, et dans les monuments de l'âncienhe théologie orthodoxe.

^ Ce que le gouvernement russe, avec la complète approbation

le fer et par le feu^ mais par son propre sang, à la divinité de la doctrine conservée chez elle ; elle souf * frait les cruautés des idolâtres et des hérétiques^ ainsi que le dur esclavage que lui imposa le mahométisme, et, maintenant comme alors, elle triomphe, par la vertu de l'esprit de Jésus-Christ, de toutes ses tempêtes intérieures. Et des épreuves si nombreuses et si différentes n'ont pas été sans avantages pour elle ; elles l'ont fortifiée et lui ont assuré les sublimes exploits de la patience ; elles ont empêché de se reproduire dans son sein de vaines et curieuses recherches sur les insçru" tables mystères de l'essence divine *. Ainsi s'offre, simple, entière, humble et sage, et semblable à l'or purifié dans le creuset, l'Eglise orthodoxe, au regard de son céleste fondateur. Â son œil divin elle a dévoilé, dans l'empire de Russie^ une ' inviolable fidélité, et, à son tour, celle-ci couronne l'empire de gloire et de grandeur.

Et quel aimable tableau présentait la Russie dès le commencement de sa renaissance spirituelle! Nul peuple n'a jamais accepté la sainte foi avec plus de calme et de douceur, et aucune nation ne s'y est attachée et ne l'a retenue avec une fermeté plus grande.

de son synode, entreprend et poursuit contre ses sujets catholiques du rit grec-uni, montre sous son véritable jour la tolérance et la mansuétude de l'Eglise de Russie.

* Ces inconcevables expressions désignent évidemment les hérésies d'Anus, de Macédonius, de Nestorius et d'Ëutychès. Elles montrent le peu d'importance qu'attachent aux blasphèmes qui y sont renfermés l'orthodoxe Eglise de Russie. M. Ghenevière, organe de la foi de Genève, n'a pas mieux dit, lorsqu'il a quahfié la doctrine de la consubstantialité, de manie aihanasienne.

DE l'empire de RUSSIE. 77

Et, pendant ce temps, l'esprit de charité et de paix l'emportant, dans ce rejeton nouveau de l'Eglise universelle, sur l'esprit d'un zèle insensé, ne lui permit jamais de s'obscurcir lui-même par la superstition; jamais, dans notre patrie, l'on n'a imaginé d'étendre la foi au moyen de la sombre puissance des supplices ; mais, au contraire, la douce lumière de la conviction, agissant avec mansuétude, soumit à ses lois d'immenses provinces, en trois parties du monde ' ; aucune de ces provinces ne reçut la foi de prédicateurs armés du glaive; bien au contraire, beaucoup d'entre elles la doivent à des prédicateurs martyrs. En revanche, se distinguant par sa foi et par sa patience, la Russie n'a jamais été atteinte par des doctrines étrangères à PortHodoxie'^. L'invasion des Tartares, reproduisant chez elle des scènes non moins terribles que celles que l'histoire raconte des cruels Sarrasins en Orient, n'ébranla point, mais au contrai i^ fortifia en elle la foi du Christ, et couronna son Eglise du sacré laurier du martyre. Aurait-on pu croire alors qu'après peu de siècles ses

^ Nous avons déjà vu ce qu'il faut penser de la pacifique soumission au christianisme russe, de ces immenses provinces en trois parties du monde. Ce langage peut paraître insensé dans la bouche du synode ; mais il n'est que mensonger, environnée comme l'est son Eglise de musulmans, d'idolâtres même qu'eUe laisse périr dans leur infidélité.

^ Nouvelle atteinte portée à la vérité. Il n'y a pas dans toute l'Europe, pas même en Angleterre, pays classique des dissidences religieuses, des sectes aussi variées, aussi nombreuses et surtout aussi odieuses qu'en Russie. Admirons d'ailleurs la douceur d'expression du synode, qui, indiquant ici l'hérésie protestante <{u'elle nous impute, lui trouve des doctrines étrangères, mais non pas contraires à son orthodoxie.

78 DB LA SITDATIÛlf EIUOIBUSB

enfontg, non moins cruellement tourmentés^ seraient airachés à l'orthodoxie ^ par des chrétiens, et, qui pis est, par leurs propres frères ! C'est sous le joug du Tartare que se cachait la cause éloignée de ce malheur ; car c'est lui qui soumit au dur empire de la Lithuanie les provinces occidentales de la Russie, et c'est leur séparation de la patrie commune qui amena leur schisme hiérarchique d'avec la Russie, quoique par là tunité de la foi ne fût encore aucunement altérée^ non plus que le lien de la charité qui les unissait avec la véritable Église universelle*. Cest ainsi que, dès le commencement du quinzième siècle, les métropolites de Kief s'installaient indépendamment de ceux de Moscou ' ,

^ Ici ib sont arrachés à l'orthodoxie ; plus loin, et nommément dans les actes synodaux, il est affirmé que, malgré la séparation, Forthodoxie s'était toujours maintenue parmi eux. MenM est iniquitas sihi!

^ Si l'unité de la foi, entre les deux branches de l'arbre gre c, n'a pas été altérée, lorsque les grecs-unis la professaient sous la suprématie romaine, il faut en conclure, ce que nous nous réservons de démontrer, qu'il n'y a, en réalité, aucune cause (dans l'ordre du dogme) du schisme qui sépare les deux l^lises; elle n'est que dans la doctrine toute politique de la suprématie impériale sur l'Eglise de Russie, revendiquée et maintenue si durement par le pouvoir.

' n est bon de remarquer que Kief ayant été le berceau du christianisme russe, son siège était, de plein droit, la chaire primatiale de Russie. Ici l'on voit, comme à Constantînople, le métropolite de la résidence royale, devenu, par ce seul fait, primat de Russie, et pendant longtemps prééminent à celui de Kief. C'est précisément le système du patriarche de Byxance, prétendant au gouvernement de l'Eglise universelle, sans autre droit que celui qu'il tirait de sa qualité d'évéque de la ville impériale.

m l'bmfim w aussib. 79

quoique, comme ceuK*ci, ils continuassent encore de dépendre du patriarche de Gonstantinople, et cela malgré l'ébranlement survenu dans le monde ecclé<^ âastique et politique par les violences infructueuHi du e^nciU de Florm^e^y et par suite de la déplorable chute de la glorieuse Byzance.

Ce ne fut qu'un siède après cas événements que la réunion de la Lithuanie avec la Pologne entraîna la Russie occidentale dans les dissensions religieusesi et qu'elle leur en fit goûter les fruits amers. Elles souil* lèrent de nouveaux et sanglants tableaux l'histoire de rSglise et du peuple de Russie* I^a résidence fixe de U cour à Varsovie assura à la langue de la pospolite ^ une prépondérance forcée sur l'idiome russe dans les provinces occidentales ; nous la disons forcée, parce que le premier de ces dialectes le cédait de beaucoup à l'autre sous le rapport de l'étendue et du nombre des habitants de ces provinces ; nous la disons encore forcée à raison des conséquences qui en résultèrent et que nous voyons encore. La noblesse ru$$o-lUkuanm/ne ' adopta la langue de la cour, et n'ayant pas

* Nous verrons en son lieu ce qu'il faut penser de cette absurde allégation de yiolence, imputée à ce concile.

* Le dialecte polonais, qui, quoique issu ds la langue slare, diflère notablement du dialecte russe, qui en est également dé* rire.

3 Gomment la Lithuanie a -t««Ue pu jamais être réputée russe, puisque la longue série des Jagellon qui la gouremaient étaient indépendants des grands princes et des tzars de Russie ? Si les anciens Scythes avaient eu des historiens, nouscroirions que c'est chez eux que les Russes sont allés chercher les éléments de leurs prétentions actuelles.

alors de meilleur modèle à suivre, elle commença à emprunter à la Pologne ses lois, ses coutumes, sa langue, et enfin jusqu'à sa religion ; innovations auxquelles coopéraient principalement, et par des moyens de coaction, le gouvernement polonais, ainsi que le clergé romain : le premier en avilissant les nobles orthodoxes en face des nobles de la religion romaine, au mépris de l'égalité de droits entre eux, plusieurs fois garantie par les diètes; l'autre, en s'erapressant de s'emparer de la Lithuanie entière, où l'attendaient de riches possessions et de gros revenus. Les églises orthodoxes étaient converties en églises latines ; Ton défendit d'en bâtir de nouvelles \ Beaucoup de familles princières ou nobles, se voyant persécutées pour leur religion, s'établirent dans la Grande-Russie. Le clergé et le peuple souffraient, mais faisaient preuve d'un courage viril en repoussant toutes les attaques ouvertes du latinisme : enfin celui-ci pénétra parmi eux sous le manteau de l'union.

L'an 1590, sous le règne de Sigismondlll, aveugle zélateur de Rome, et destructeur de la prospérité de la Pologne *, deux évêques des provinces du sud-ouest de la Russie, Cyrille Terlenky, mécontent du patriar-

* La Pologne est pleine, de nos jours, d'églises anciennement catholiques, comme le montre leur architecture, et livrées au culte schismatique. Nous verrons même plus loin que le gouvernement russe, là où il ne trouve pas à employer nos églises, les ferme et défend d'y célébrer le culte. Comment faire à d'autres des reproches de ce que l'on pratique soi-même ?

^ L'une de ces deux épithètes est expUquéepar l'autre. L'on ne saurait être zélateur de la reUgion catholique, sans encourir le reproche d'avoir fait le malheur de son pays!

DE L'EMPIEE de EUSSIB. SI

cbe de Gonstantinople, à cause de la censure sévère qu il avait encourue pour la dissolution de ses mœurs, et Ignace Potseï, fidèle satellite de Cyrille, conçurent la première pensée de s'attacher à l'Église romaine, mettant leur espérance en la puissante protection du roi et des diètes ^ Ils entraînèrent dans leur projet le timide métropolite de Kief, Michel Ragoza. Tout le clergé ruse des FOrient entra dans une vive agitation, et s'étant assemblé en 4596' à Brest, il s'y manifesta une grande divergence d'opinions : les uns, d'accord avec les députés revêtus des pouvoirs du patriarche de Constantinople ', demeurèrent inébranlablement attachés à l'orthodoxie ; les autres, d'accord avec le métropolite Ragoza, inclinèrent vers l'Occident^. De-

* n serait superflu de mettre le lecteur intelligent en garde contre la diatribe dirigée par le synode contre les auteurs de la réunion de l'an 1596. De pareilles accusations, lors même qu'elles ne sont pas prouvées, sont d'assez bons auxiliaires pour défendre ime cause mauvaise.

' n paraîtrait que le synode russe a commis ici ime erreur de date, puisque le décret de réunion porte celle du 2 décembre

' Cette particularité de la présence au concile du représentant du patriarche de Constantinople fait voir que le synode jouissait d'une entière liberté de discussion, et que, si sa résolution finale se montra favorable à la réunion catholique, c'est qu'apparemment la suprématie byzantine avait été reconnue contraire à l'institution divine.

* Us firent mieux, comme on le voit par le récit même du synode, que d'incliner vers l'Occident, c'est-à-dire vers le saintsiége. Ils embrassèrent sa foi et se rangèrent à son obéissance,

et cela sans s'arrêter aux pitoyables dénominations d'Orient et

d'Ocddent.

tô 1>E hA $YtVATlM ERtlûISUSE

puis lors et jusqu'à nos jours, il y eut en Lithuanie deux Eglises, sous la dénomination, l'une de la Pieiue, l'autre de l'Uniate, et chacune d'elles eut sa succe«fsion de métropolites. Afin de tranquilliser la conscience des peuples, l'on n'introduisit d'abord dans la liturgie aucun changement extérieur ; l'on permit même la lecture dans les églises du symbole nicéo^constantinopoUtain, sans addition ; afin d'attacher davantage à l'union les nobles et le clergé, on leur promit des droits et des privilèges spéciaux, et la cour de Rome prit même sur elle d'obtenir, pour les évéques-unis, droit de séance au sénat de Pologne ; afin d'écarter enfin tout danger de voir décroître leur troupeau, il fut sévèrement défendu de passer de leur rit au rit latin ^ Malgré tout cela l'union ne se propageait que faiblement ; alors on imagina un autre moyen de l'affermir : ce fut de permettre aux moines latins de passer aux monastères russes, d'adopter le vêtement et les ornements grecs, et d'accomplir toutes les cérémonies dans la langue ecclésiastique slave ^. Peu à peu tous

* C'est une des plus grandes fautes que l'on ait commises, s'il est vrai que cette défense ait été faite. Quant à nous^ tout ce que nous savons, de visu^ c'est qu'il n'était pas permis aux catholiques du rit latin de communier sous les deux espèces ; les prêtres grecs-unis leur administraient, à l'issue de leur messe, la communion selon le rit latin. C'est peut-être cette réserve mal entendue qui a fait supposer l'interdiction, pour les grecs-unis, de passer au rit latin ; les catholiques des deux rits participaient aux sacrements dans les églises les uns des autres.

* Preuve évidente que, contrairement à ce qu'affirme ailleiu*s le mémoire du synode, l'on n'avait rien changé ni aux ornements, ni aux cérémonies du rit grec, et que l'on n'en avait pas banni l'usage de la langue slave.

les étàh]}$semenu-uni» seVemplirent de xélateurs de i'Occideot, et Tétat monastique, ainsi transfornié, se trouva classé parmi les ordres de l'Eglise romaine^ sous la dénominatioa de Tordre de Saint«Basile ou des Basiliens. Au latinisme ainsi déguisé s'ouvrirent, sans difficulté, les chaires de l'épiscopat ainsi que celles de renseignement Alors aussi commencèrent è s'altérer les rits et les institutions ; i la place de l'ancienne li^ turgie Ton introduisit des messes courtes et basses ^ ; les chants ecclésiastiques, intelligibles à tous, firent place aux sons d'instruments privés de voix ; les fprmes intérieures et extérieures des temples grecs*unis eux*mêmes s'appauvrirent, privés qu'ils étaient de leur antique célébrité et magnificence. Enfin, l'on parvint à tranformer jusqu'au gouvernement de l'Église» en Vassimilant à celui de TEglise d'Occident \ et à employer comme idiome universel la langue polonaise. Le fanatisme s* efforça par tous les moyens imaginables de rendre les uniates étrangers à l'orthodoxie c(mme à leur patrie réelle, la Russie ; mais bien qu'il eût atteint, dans le cours de deux siècles, le but auquel il tendait, il ne put pas se vanter du même succès, en ce qui concernait l'Eglise pieuse, et c'est pour cela qu'il se prit à la persécuter sans miséricoi^de, tant en Lithuanie que dans la Russie méridionale. En vain des hommes de haute condition, semblables au célèbre prince Constantin Ostrojsky, qui sur les champs de bataille avait versé son sang pour la Pologne ; en vain attendaient-ils d'elle des lois protectrices pour leur confisssion ; en vain, les diètes mêmes retentissaient-elles

^ f^oy. note additionnelle 14 «

des gémissements de nos infortunés coreUgionnaires, et de leur plainte de ce qu'à leur égard on violait également les lois du royaume et les droits de Thumanité ; ni la voix des plus sensés d'entre les Polonais^ déplorant l'aveuglement de leur patrie, qui de ses propres mains creusait son tombeau, en perdant ce qui faisait sa force ; les efforts des légats du pape euxmêmes cherchant à adoucir tant de cœurs ulcérés, tout fut sans succès j de si cruelles misères continuèrent à se répandre êur les Russes ^ qui en burent la coupe jusqu'à la lie^ Les meilleurs monastères, les plus belles églises et les plus riches possessions forent détournés au profit de l'union ou du clergé romain. Dans les bourgades et les villages, les seigneurs pouvaient impunément livrer les ministres des autels orthodoxes à toutes les vexations, et des arrondissements entiers demeuraient sans pasteurs, privés du sacrifice non sanglant et de toutes les consolations du christianisme ^. Dans les villes, les prêtres n'auraient osé se rendre chez les malades pour leur porter les saints mystères, ni donner la sépulture aux morts -,

* Vof. note additionnelle ^5.

^ Aujourd'hui ce ne sont pas les seigneurs des bourgades et des villages qui accablent les prêtres catholiques des plus outrageantes vexations ; c'est le gouvernement lui-même qui, ainsi qu'on le verra par des documents irréfragables, se charge de ce soin. Quant à la privation du culte et de toutes les consolations du christianisme légitime, nous nous référons à ces mêmes documents, qui prouveront que ce qui est peut-être supposé, ou, bien certainement, fort exagéré dans les allégations du synode, est, dans la situation actuelle des catholiques en Russie, une trop triste et incontestable réalité.

DB l'empirb de rvss». 8S

souvent ils couraient des dangers même dans leurs temples, et les processions étaient devenues à peu près impossibles dans les cités, ou bien (ce qui s'est continué jusqu'à ces derniers temps) elles. étaient rencontrées et suivies par les sifflets et les injures de la turbulente jeunesse polonaise, et souvent assaillies de pierres et de boue. Choses incroyables, si elles n'étaient consignées dans les annales contemporaines, et même dans la mémoire des vieillards ! En Petite Russie, la persécution ne connut aucune mesure ; là les orthodoxes n'étaient admis à aucun emploi public, et toutes les églises qui s'étaient refusées à l'union étaient données à bail aux juifs, qui extorquaient aux prêtres des contributions pécuniaires pour l'exercice de leur culte, pour chaque nécessité spirituelle, pour l'usage des cloches, et même pour le pain préparé pour les terribles et sacrés mystères du Christ, sur lequel ils apposaient leur marque avec de la craie ou du charbon. Ainsi la superstition livrait le Sauveur aux nouvelles insultes des juifs, et, dans un si déplorable égarement, l'on croyait n'agir que pour le service de Dieu * . Vaines avaient été toutes les plaintes des op-

* En matière de plaintes de cette espèce, la vérité ne se présente que comme un point imperceptible, entre V exagération et la dissimulation des faiu. Cette dernière hypothèse ne pouvant être admise pour k récit que nous donne le synode russe, c'est l'autre qu'il faut admettre, jusqu'à ce qu'un débat historique entre les auteurs des deux nations ait réduit les faits à leur juste valeur. Nous ne voyons pas, d'ailleurs, quel parti le synode voudrait tirer de sa narration, lors même qu'elle serait reconnue pour vraie en tous points. Elle prouverait seulement les excès auxquels donnait lieu l'excitation politique, historique et tradi-

9t DB LA SITUATlOll BELlGlEtSB

primés; dans leur exaspération ils résolurent enfin de couvrir de leurs poitrines la foi de leurs pères •, offensée d'une manière si intolérable. Une lutte sanglante s'engagea, et indépendamment des horreurs du combat^ Varsovie présenta l'affreux spectacle de supplices tellement inhumains, que le cœur en tressaille. On les faisait bouillir dans des chaudrons, on les faisait rôtir sur la braise, on les déchirait avec des griffes de fer, on les asseyait sur des pals acérés, et ces supplices insensés se renouvelèrent , en Petite RussiCy au bon plaisir de chacun*^ sans égard pour la vieillesse ni pour renfiince '. Cette malheureuse contrée ne recouvra la tranquillité que sous la souveraineté des tzars de toutes les Russies *.

tiomielle, que les Polonais avaient conçue contre les Russes, leurs ennemis héréditaires ; et nous voyons malheureusement la même excitation reproduire des fruits semblables, de la part du gouyemement russe. QuQusque tandem ?

^ Expressions justificatives de la révolte qui échappent à l'ardeur du zèle synodal, sans s'apercevoir qu'il établit un droit pareil en faveur des catholiques, non moins offensés dans leur foi, dès qu'il se présentera pôut eux quelque apparence de succès.

^ Au bon plaisir de chacun. Qui pourra croire à une pareille

exagération ?

^ Tous les événements racontés ci-dessus le sont en détails plus ou moins circonstanciés, par des historiens russes et poloîlftis, mais particulièrement dans les annales contemporaines ; dés extraits de Tune d'elles ont été récemment encore publiés, avec des remarques, dans l'écrit périodique qui s'imprime à Crftcotie (probablement ^du^ F arbre de Cracoçie), sous le titre : Kwartalnîk Naukomy. ( Note du manifeste. )

* L'abolition complète du culte catholique romain, même du rit grec, dîais cette vaste eontrée de l'empire, où, suivant le cou-

D« t'ÈMPiRË DE MSSiÈ. 87

Il semblerait que la Petite Russie^ accourant à leur secoui^s, aurait dû ouvrir les yeux à Taveugle gouvernement polonais et mettre fin dans les autres provinces à de pareilles violences. Malheureusement il n'en fut pas ainsi, et Vitïfortunée population russe continua d'y souffrir, même dans les deux divisions de son tglise. Celle des uniate^ suivit bientôt l'Eglise orthodote^ et ent, à son tour, à souffrir de l'Église latine ; car le clergé supérieur et motiastique (ce dernier composé en grande partie de religieux venus de l'Église romaine), joitissait seul en Pologne de quelque considération, bien que ses évêques, malgré leur fidèle coopération, n'eussent jamais pu parvenir aux sîépes qui leur avaient été promis dans le sénat. La plus nombreuse partie du clergé uni, c'est-à-dire le clergé séculier, qui n'avait pas volontiers renoncé à la langue et au culte de ses ancêtres* était haï, avili, livré à la misère, et autant que possible au désordre. Si l'orthodoxie ne trouvait plus de défenseurs dans les rangs de la pospolite, l'uniatisme ne jouissait pas davantage de son amitié, et le mépris qu'elle en faisait s'est étendu jusqu'à nos jours, où il était encore appelé religion des

teur du manifeste, le latinisme était assez puissant pour pouvoir y exercer de si cruelles persécutions y ferait croire que les tzars ont employé des moyens encore plus énergiques pour extirper la foi romaine de ces populeuses régions. Nous offrons, en toute assurance, au jugement de nos lecteurs, le dilemme suivant : ou les sectateurs du rit latin étaient dans ces pays en bien trop petit nombre pour pouvoir y exercer de pareils sévices, et par conséquent lé récit du synode manquerait de vérité, ou la réaction de l'Eglise russe a été bien acerbe pour y détruire jusqu'au dernier vestige du culte romain.

^ C'est-à-diré à ses relations secrètes avec la Russie.

êerfs *. Ne recevant aucune force vitîde de TEglise latine, il lui sacrifiait au contraire ses propres forces. La honte d'appartenir au rit uniat portait la noblesse, et même la bourgeoisie, à Téchanger contre le rit latin. L'on pensait même à la suppression totale du premier, et s'il continua à être toléré, c'est qu'il était plus propre que l'autre à gagner des prosélytes sur l'orthodoxie et à servir, suivant la très-juste expression de ces temps, de pont pour passer de l'Eglise fieuse au latinisme ^.

Telle était la situation dei deux Eglises russes dans ce pdys, jusqu'à ce que cet antique héritage de la Russie lui fût rendu sous le règne fortuné et à jamais glorieux de l'impératrice Catherine II. Nos frères, nos coreligionnaires, recouvrèrent la vie spirituelle etcivile; alors toute liberté fut donnée aux uniates de retourner à l'Eglise de leurs aïeux. La plus grande moitié d'entre eux profita avec joie de la première occasion favorable à ce retour, et cela avec un empressement d'autant plus grand, que beaucoup d'entre eux, habitants delà Volhynie, de la Podolie et d'autres contrées, n'avaient été obhgés, que depuis quelques dizaines d'années, à embrasser l'union^. L'autre partie, ainsi que son clergé,

' Cette dénomination était moins injurieuse que véridique ; car il était de fait que les paysans étaient à peu près les seuls qui la professassent. Cela est si vrai, que noble et catholique étaient synonymes en Pologne.

' Ce qui, comme le synode nous l'assure ailleurs, était sévèrement défendu par les lois polonaises. Il faut que le synode ait été bien indulgent envers l'auteur de son manifeste pour y labser subsister de si criantes contradictions.

' n était assez naturel que l'impératrice octroyât à ses nou-

DE l'empire de RUSSIE. 89

SOUS la direction de leur pasteur, le métropolite Héradius Lyssofsky, dont les bonnes intentions étaient connues^ se préparait aussi à cette désirable réunion, et bien que, à raison des circonstances de l'époque, le projet de ce manifeste zélateur de TÉglise d'Orient ne put être accompli ; bien que près de deux millions d'hommes, nos frères par le sang, ne parvinrent pas, alors, à jouir delà plénitude des avantages d'une plus àroite réunion avec ta patrie commune \ au moins le sort des uniates fut considérablement allégé. Leurclergé séculier trouva, en Russie, protection contre le clergé romain ^, dont les succès désormais furent bornés à la défense de passer du rit des uniates au rit latin, ni du rit des catholiques romains à celui des uniates'. Et toutes les

Team sujets la liberté de se placer sous sa domination spirituelle^ en retournant au schisme. Ce qui Tétait un peu moins, c'était, comme nous en at^ons été témoins^ d'employer les baïonnettes, même du canon, et les exils en Sibérie, pour les forcer à profiter de cette liberté. A cette époque les mines de Nertchinsk ont été exploitées par les bras de centaines de prêtres fidèles, qui, confesseurs de la foi, préférèrent cet affreux sort au malheur de se séparer de l'Église. Dans les villes et les bourgs, le bâton des soldats de police appuyait de son poids cette liberté, en faisant entrer de force les bourgeois dans les églises schismatiques. Le synode appelle cela de la liberté et de l'empressement !

' S'ils sont déjà vos frères par le sang^ qu'est-il besoin de les tourmenter dans leur conscience ? Les Polonais voyaient en eux plutôt des ennemis que des frères; cela rendait moins atroce, en principe, la persécution que vous leur reprochez !

^ Quelle infâme dérision ! contre le clergé romain, avec lequel ils étaient étroitement unis, mais non contre les agents du gouvernement qui les réduisaient au dernier degré des misères humaines!

^ C'est bien à tort que l'on attribue au clergé latin, comme

90 DB LA StTUATlO!! RSLlâlETTSB

mesures uUérieureSy prises par le gouvernement russe y teti^ dirent sans cesse à préserver cette Église, si voisine de nous y de toute influence étrangère à l'esprit de son origine orientale. Toutefois, il était réservé à l'époque actuelle de réaliser enfin la grande affaire de son entier retour au sein de l'orthodoxie.

Le seigneur empereur actuellement régnant, et dont le règne est béni, parmi les innombrables soins qu'il prend du bien-être et du bon ordre établi dans le plu» vaste empire de l'univers, après les premières affaires qui suivirent son avènement au trône, n'a pas tardé à vouer une attention prévoyante à la destinée du peuple russe uniate '. Le premier objet d'une tutelle si pleine de sagesse a été de mettre sur un pied de parfaite égalité FEglise grecque-unie, quant à ses franchises, avec rÉglise catholique romaine '. Par son très -haut

un succès, la défense de passer d'un lit à l'autre. Ce passage, qui n'avait lieu qu'en faveur du latinisme et pour se soustraire à la liberté donnée par Catherine, eût eu pour conséquence au moins probable la conservation, dans le bercail de Jésus** Christ, de la majeure partie des âmes qui viennent de lui être arrachées, et ce malheur n'était pas impossible à prévoir. Ce que l'on attribue ici au clergé romain, était tout simplement une mesure préparatoire de ce qui vient d'être consommé.

* L'empereur Nicolas n'a fait, en ceci, que reprendre les éléments de la politique de son aïeule. Les violences ordonnées par cette princesse ne furent que d'une courte durée, sa mort j ayant mis un terme et les deux règnes subséquents ne les ayant pas reprises. Les quinze années du règne actuel ont été, comme on le voit, employées avec un système de ruse et de patience inimitables, à reprendre et à accomplir lé dessein politicoreligieux de Cadierine.

^ Quel détestable sarcasme ? Egalité de franchises, signifie égalité dé servitude !

M L'SMPlMfi m fttSlIB. 91

oakase du 22 avril 4828, Sa Majesté établit , sur le modèle du collège ecclésiastique dirigeant les affaires de rÉglise catholique romaine en Russie, un collège ecclésiastique grec-uni, sous la présidence du métropolite des Eglises uniates en Russie, Josaphat B(mlkak. La république de Pologne pouvait, à tort ou à raison, craindre Télévation des uniates comme d'une fraction^ à etk étrangère du peuple ruiSe '. Mais cette cause de dangers n'existe pas en Russie, et elle les a pris sous sa protection spéciale *; et c'est pourquoi leur Église, à peine rendue à l'indépendance, inclina aussitôt d'elle^ mime ', et suivant la loi des affinités mutuelles des êtres d'une même espèce, vers le sein de sa véritable mère, l'Église de toutes les Russies. C'est vers ce but que tendirent toutes les dispositions des évêques euxmêmes et des autres autorités ecclésiastiques uniates ^

* Pour s'exprimer avec plus de clarté et de vérité surtout, il eût fallu dire : comme d'une partie de ses sujets étroitement alliés à un pouvoir étranger et ennemi. Cela était devenu encore plus palpable depuis que, par la suppression de son patriarcat, l'empereur de Russie s'était déclaré chef et évêque universel de l'Église slavono-russe.

' Cette inclinaison n'a été ni instantanée nî libre, comme l'assure le synode, puisqu'il a fallu quinze années d'intrigues pour décider sa chute.

3 Puisque le motif politique, qu'enfin vous avouez, n'existait pas pour vous, comme pour les Polonais, que ne les laissiez-vous en paix, et à quel but les ptotégtez-vous, à votre manière, pour pervertir leurs pasteur et persécuter enfin le troupeau ?

* Pour peu que l'on connaisse la Russie, l'on sait que personne ne s'y permet de tendre vers un but qui ne lui est pas désigné par les organes de la puissance impériale, et l'on peut croire que s'ils ont incliné vers la réunion aVec l'Église russe, c'est que

92 VEÏJL SITUATION EBLIGIBUSE

Reconnaissant ouvertement une quantité de nouveautés subrepticement introduites dans leur Église par le laps du temps, tous résolurent avec fermeté de rétablir, en tous lieux, la forme intérieure primitive des temples; de les pourvoir de tousles vases et ustensiles requis pour l'antique liturgie ; d'introduire partout, à la place de livres d'Eglise défectueux provenant de différentes imprimeries et d'où la langue slave était depuis longtemps bannie^ des livres uniformes d'édition châtiée ' ; et enfin de n'admettre qui que ce fût aux ordres sacrés ni aux emplois cléricaux, avant de s'être assurés, au moyen d'examens sévères et persévérants, de la parfaite connaissance acquise par eux des coutumes et de tous les rits et institutions de l'Église d'Orient. Et euxmêmes se chargèrent, avec un zèle indéfectible et avec un rare succès, d'étendre ces connaissances parmi le clergé de leur juridiction . D'autre part, toute la jeune recrue cléricale recevait, dans deux séminaires nouvellement organisés', ainsi que dans vingt écoles de pa-

la main directrice s'appesantissant sur eux, les forçait à cette inclinaison. Sous le règne de l'empereur Alexandre, peut-être les résolutions qui leur sont ici prêtées eussent pu être crues spontanées ; sous le règne actuel, rien n'a pu être volontaire dans leur action épiscopale.

^ Comment auraient-ils pu résoudre et exécuter toutes ces choses, si les moyens ne leur en eussent été offerts, et comment auraient-ils osé refuser ces magnifiques moyens ?

^ Organisés, par qui ? Pai* le pouvoir qui soldait et nommait les maîtres chargés de cet enseignement, conforme au programme qui leur était fourni par le même pouvoir ! C'est cette organisation des séminaires et des écoles préparatoires qui expliquent les quinze années qu'il a fallu pour atteindre le but. EUe

DE L*EMPIRB DB EUSSIE. 93

roisses ou d'arrondissements, une instruction vmte- Iflement orientale '. La justice exige de le dire : celte tniimction ne pouvait être comprise de quelques moines quij à rit laliny avaient passé à l'union. Mais, de peur de les gêner en matière de conscience, la liberté la plus entière leur fut donnée à tous, pour l'espace de cinq années, de retourner à leur rit précédent ; et quiconque Ta voulu a pu en profiter ^. Ceux qui étaient attachés à l'orthodoxie n'y travaillèrent qu'avec plus de zèle, et bientôt toute l'Église grecque-unie se montra, dans sa lumineuse transformation, digne de son antique origine. Sur des autels régulièrement construits, déjà partout des prêtres, revêtus d'ornements convenables, célébraient le service divin, observant le rit majestueux qui rappelait la primitive Église, et le peuple uniate, les écoutant avec plaisir, et entendant la parole de Dieu dans sa langue natale ', ne vit plus

i produit une nombreuse recrue clëricale, déjà viciée, quant à kfoi^ par leurs études, et à laquelle les évéques, dépendants du {ouyemement, s'empressaient de remettre les bénéfices et les places les plus importantes de leur Eglise.

* C'est-à-dire dogmatiquement schismatique. Ce n'est pas m& qui le disons, c'est le synode.

'C'est-à-dire que, sous prétexte d'intrusion, on eut soin deliminer les anciens fonctionnaires de l'ÉgUse, afin de faire p'aœ aux nouveaux adeptes. Nous craignons presque de faire injure à l'intelligence de nos lecteurs, en réduisant ainsi à son véritable sens le langage du synode.

^ La langue slave est loin d'être la langue natale des Polonais, «t s'ils en ont une sorte d'intelligence, c'est que, comme nous IWons dit, et contrairement aux assertions fallacieuses du «îûode, elle avait toujours servi à leur liturgie. Les Polonais in- ^its avaient bien, en gi*ande partie, étudié le slave, mais uni-

94 I>K LA SlTlIAT10^ EEI.IGIBDSE

de (iifléreiice entre ses églises et celles des P rien en cela ne l'élonnait; car, malgré toule gueurs du sort, il ne s'était jamais désaccouH s'appeler, ainsi que sa religion, russes.

Pendant que l'Eglise grecque-unie marchait c tellement rapide qu'il était presque incroya égard à la brièvelé du icinps ', elle perdit si et suprême pasteur, le très- haut el révéren Josaphat^. La place qu'il laissait vacante à la collège ecclésiastique grec-uni fut remplie par ancien membre du clerfié uniate, Joseph, évi Litbuanie.

En attendant, l'affaire entreprise et poussée zèle si vil', une activité et une rapidité si gran prochait de son dénoûment. L'année présen commencée, et le <2 février restera mémorah mais dans les annales de l'Église de toutes les I Ce jour-là, où, d'après le cours du temps et { constances, elle célébrait cette même année le

quemcnt comme languo-mére de leur dialecte; à j comme en France l'on apprend le latin pour mieux se )a littérature française.

' Plus haut l'on assurait que dèi le commencement da. iutl, l-EgUse grecque-unie inclina ^tUe-mgme vers : Eglise; ici l'on s'étonne de la rapidité de sa marche, i dant elle employa quinze années i en atteindre le bu malgré la toute-puissante impulsion de la volonté iii C'est que, comme nous l'avons fait remarquer, il fallait créer un clergé nouveau, imbu des principes du schis U légitime suprématie du monarque sur l'Église de pire. Alors elle tomba comme d'elle-même.

• yor- note additionnelle 16.

che de l'orthodoxie ' (premier du grand carême*), s'assemblèrent à Polotsk tous les évéques grecs^unis de Russie avec tout leur clergé supérieur, et tous eusemble signèrent un acte par lequel, exprimant le pur désir de leur cœur d'appartenir à l'Église de leurs aïeux, ils prononcent leur résolution de supplier le très-auguste Seigneur d'ordonner l'accomplissement de ce désir. ( V. l'annexe nM .) A cet acte ils joignaient les assurances autographes du clergé qui leur est subordonné, et qui, lui aussi, était pénétré du même sentiment d'adhésion à l'antique orthodoxie. Us terminèrent cette importante action par l'ardente prière, Épte dans leur cathédrale de Polotsk, pour que le suprême chef de TEglise et Seigneur Jéius-Christ accorde l'accomplissement de leur ferme intention de mettre, en son nom, une sainte fin à la division des Éghses russes ', mettant Tacte rédigé par eux, ainsi qu'une très-soumise supplique (F. l'annexe n** 2), aux mains du plus ancien d'entre eux *, Tévéque de Lithuanie,

• Cette singulière dénomination sera expliquée aux notes additionnelles.

'L'Eglise russe célèbre quatre carêmes dans l'année : celui de la Saint-Pierre et Saint-Paul, qui commence le lendemain de la Toussaint, octave de la Trinité ; celui de l'Assomption, qui dure du !•' au 14 août; celui de l'Avent, qu'ils appellent conununément de la Saint-Philippe, qui commence le 15 novembre ; et enfin le carême pascal, appelé par excellence le Grand, Il est de sept semaines, sans y comprendre la semaine dite grasse, parce qu'on y fait encore usage de beurre.

'Sacrilège prière, adressée au fondateur de l'Eglise et de sa sainte unité, au moment même où ces Judas brisent le lien qui les maintenait au bercail du divin pasteur!

^Le mot ancien^ employé dans cette acception, en Russie, ne

96 DE LA SITUATION RBLIGIEUflB

Joseph^ afin de remporter dans la capitale et delà soumettre en toute humilité au très-haut examen du seigneur empereur^ par l'organe du procureur suprême du trèssaint synode, auquel appartient la connaissance des affiaires de leur confession, le comte Pratassoff.

L'empereur ayant reçu une nouvelle si agréable à la piété de son cœur *, et pénétré d'un profond sentiment de gratitude envers le Roi des rois, daigna ordonner que l'acte qui lui était présenté, avec les annexes, fut porté au très-saint synode pour y être examiné et être statué ce qui est conforme aux règles de l'Eglise \ {V. l'annexe n* 5.)

Recevant avec joie de la très-auguste main ces gages précieux de la salutaire détermination du clergé

signifie pas l'ancien d'âge, mais le plus élevé en dignité, comme l'était l'évêque de Lithuanie, non pas en sa qualité d'évéque, mais comme président du collège ecclésiastique grec-uni.

* Qui croira qu'il y ait eu là une nouvelle pour l'empereur ? Le synode de Polotsk ne pouvait s'assembler sans sa permission, et pour l'obtenir il fallait bien que l'empereur eût reçu la confidence du but de cette réunion. Rien n'avait pu être délibéré ni résolu, à cet égard, hors de la présence du procureur, et sans une proposition faite par lui au nom du souverain. L'empereur d'ailleurs n'avait-il pas, au dire même du synode, tout préparé à cette fin ? Quelle basse hypocrisie de langage ?

^ Nous laissons au jugement de chacun l'appréciation de cette dernière comédie, qui couronne si dignement une telle série d'intrigues. Le synode n'était apparemment instruit de rien ; il était sérieusement appelé à prononcer un jugement indépendant sur les actes qui lui étaient communiqués. C'était, pour lui aussi, une bonne nouvelle qui devait lui causer une douce surprise ! Ne serait-ce pas le cas de demander, avec un personnage comique très-connu : Qui donc veut^on tromper ici?

DE l'cmpirb de EUSSIE. 97

grec-uni, et glorifiant le céleste chef des pasteurs pour ce nouvel accroissement de son troupeau , le très-saint synode décida, d'après les règlements et les exemples des saints Pères : de recevoir les évéques, le clergé et tout le troupeau formant jusque-là l'Église grecque-unie, en l'entière et par&ite communion de la sainte orthodoxo-cathoUque Eglise d'Orient, et spécialement, comme membre intégrant et inséparable de l'Eglise de toutes les Russies, et de soumettre au seigneur empereur cette résolution synodale en forme de doklad \ (V. l'annexe n*4.)

Le 25 mars, jour de la fête de l'Annonciation de la très-sainte Mère de Dieu, et veille de la plus grande des solennités de l'Eglise, la résurrection de Notre- Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, le doklad du synode fui jugé digne de la ratification suprême, par cette résolution apposée de la propre main de Sa Majesté : Je rends grâces à Dieu et j'approuve^ et une rumeur^ secrète encorcy commença à répandre la bonne nouvelle qu'un clergé et un peuple nombreux, habitant les provinces occidentales de la Russie, du rit grec-uni, était ressuscité pour une vie nouvelle au moyen de la plus étroite réunion : — pour le Ciel avec l'antique Eglise

^ Ces charitables résolutions du synode ne pouvaient recevoir leur effet sans l'assentiment ou plutôt sans un oukase du sérénissime monarque de toutes les Russies. Si donc cette réunion n'avait pas été son œuvre, rien n'eût pu s'accomplir, et les églises dites russes restaient séparées, sans égard pour le bien spirituel qui devait en résulter pour les grecs-unis. Transportez les faits à Constantinople, et jugez d'un pareil système de gouvernement ecclésiastique !

gg DE LA ftirVATtOK MLlGlEUdE

universelle d^ Jésus-Christ — et pour la terre, avec son ancienne patrie, la Russie '.

L'assentiment impérial fut communiqué, le iO mars, au synode, tous ses membres assemblés ; puis l'on arrêta les dispositions propres à mettre à exécution ta suprême vélùnté. Après quoi le procureur supérieur du très^-saint synode introduisit dans sa séance le i^?érendissime évoque de Lithuanie, Joseph. Le membre préséant % métropolite de Novgorod et Saint-Pétersbourg, Séraphin, informa le chef et représentant du clergé réuni de l'accomplissement de ses vœux, en même temps qu'au nom et de la part de l'EgUse de toutes les Russies il le félicita d*un événement si heureux *.

Après lui, le métropolite de Kief et de Gabteh,

* Sî telles sont les conditions de la résurrection religieuse et politique d'une population jusque-là catholique, pourquoi le gouvenaernent russe ne cberche-t*il pas à le» faire goûter aux provinces protestantes de l'empire?.. Sa chanté est-*dle trop étroite pom* s'étendre jusqu'au littoral de la Baltique, ou croirait-il moins important de russifier ces provinces, eu leur procurant une résurrection semblable à celle qu'il a si habilement préparée à ses sujets polonais?

^ Telle est la jalouse méfiance du gouvernement envers l'auto* rite centrale de sa religion (autorité que lui-même a étabUe au mépris de toutes les formes antiques du gouvernement de TEgtîse), et malgré la précaution de s'y faire représenter par un procureur impérial, organe constant des volontés du souverain , et maître absolu des délibérations du synode, qu'il n'a garde de donner ou de reconnaître un président réel à cette très-soumise

assemblée.

* On voit qu'il ne fut question ni d'abjuration d'erreurs ni

même d'une profession explicite de foi ; preuve évidente que^

De l'empirk de RCSSIB. 99

Philarète, fit lecture de Tépître synodale adressée aux évêques et au clergé (v. Tannexe n^ 6), qui fut remise au révérendissime Joseph par le métropolite Séraphin ; et le métropolite Philarète, de Moscou, fit lecture de la sanction suprême ' donnée à la résolution du synode (voy. l'annexe n® 6), relativement à la transnomination du collège ecclésiastique grec-uni en collège ecclésiastique de Russie Blanche et de Lithuanie ; à la nomination dudit Joseph à sa présidence, et à son élévation à la dignité d'archevêque *. De son côté, le révérendissime Joseph offrit au très-saint synode les actions de grâces des réunis, et, après s'être mutuellement embrassés, tous ensemble se rendirent à l'église synodale, où, à l'instant même, l'on célébra un office d'actions de grâces au Seigneur Dieu, avec acclamations de longue vie au défenseur couronné de Dieu, de l'Église de toutes les Russies, au gouvernement centrât de cette Église ', et aux patriarches orthodoxes oecii-

malgré la profession publique de la foi catholique romaine par l'Eglise grecque-unie, elle n'avait rien perdu de son orthodoxie, c'est-à-dire qu'il ne pouvait lui être reproché l'adoption d'aucune erreur dogmatique ; et preuve encore que le ministère des évêques, bien qu'exercé de l'autorité et sous la juridiction suprême de Rome, n'en était pas moins parfaitement légitime.

I Entête du très-soumis dokead du très-saint synode. (Voy. l'annexe n9 5, note du manifeste.

' A quel prix cette promotion est-elle achetée ! Ne rappelle-telle pas la parole du Sauveur à celui qui le livrait aux Juifs : Amij à quelle fin es-^tu venu ?

3 Comment, dans sa situation, le synode peut-il se décerner cette qualification? A peine devrait-il se considérer comme une administration centrale!

méuiques. En ce solennel instant, rassemblée des archipasteurs de Novgorod, de Kief, de Moscou, de Kazan, de Pskof et de Lithuanie, représentait FEglise de toutes les Russies, qui, dans les transports de sa joie, étendait ses embrassements à ses enfants réunis, et appelait en témoignage de cette joie le divin chef des pasteurs lui-même, avec toute son Eglise des cieux et de la terre '.

Ce consolant spectacle, donné dans la résidence et cité de Saint-Pierre, devait se renouveler au milieu des diocèses réunis, et sa première occasion fut le passage, par la ville de Witebsk, du révérendissime Philarète, métropolitede Kief, se rendant de la capitale dans son diocèse. Le 4 4 mai, jour de la sainte Trinité ^, la cathédrale de cette ville, sous le titre de l'Assomption, montra la première, dans son enceinte, la charitable et fraternelle communion du clergé d'ancienne orthodoxie et du clergé réuni. La liturgie fut célébrée par le révérendissime Philarète, assisté des révérendissimes évéques Isidore de Polotsk , administrateur

I Nous abandonnons aux sentiments de nos lecteurs le jugement à porter sur des acclamations si odieuses à une oi'eille vraiment catholique. Quant à nous, il nous semble entendre une voix venant d'ailleurs que des cieux, répondre à ces acclamations si injurieuses, à celui qui veut bien Tunité, mais l'unité catholique et non celle des sectes entre elles !

^ Le cinquantième jour après Pâques , la Pentecôte, porte, en Kussie, le nom de fête de la Trinité, et ce n'est que le lendemain qui est appelé doukhof-den^ fête de l'Esprit. Ce qui paraîtra en- (

core plus singulier, c'est qu'à cette fête de la Trinité l'Église russe joint, à l'office du soir, la commémoraison des morts.

DE L'BMPIBE DB EUSSIB. lOl

du diocèse réuni de la Russie Blanche *, et Bazile^ d'Orcha, ainsi que de huit prêtres des deux diocèses, quatre de chacun. L'innombrable peuple, accouru à cette solennité religieuse, priait avec ferveur, et prétait l'attention la plus vive à une cérémonie qui jusque-là n'avait point été vue ; et lorsque, après avoir terminé la liturgie ainsi que les prières de vêpres au Saint- Esprit, Ton fit lecture de l'oukase du très-saint synode, relatif à la réunion, terminé par les touchantes paroles du monarque : Je rends grâce à DieUy et j'accepte, tous les yeux se remplirent de larmes de joie et de componction. En cet instant, le métropolite, debout sur l'ambou, entre les évéques des deux diocèses, éleva la voix, et, s'adressant à Dieu, il s'écria : Gloire à loi, qui nous montres la lumihe ! Les voûtes du temple retentirent longtemps de l'hymne de louanges : Gloire à Dieu, au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ^ 1 Le lendemain, jour où l'Éghse orthodoxe continue la solennité de l'Esprit-Saint, le révérendissîme métropolite, à la prière des citoyens appartenant au diocèse réuni , célébra encore la divine

1 Cette réunion arbitraire de plusieurs diocèses sous l'admir nistration d'un seul évéque était une mesure préparatoire au schisme. On diminuait ainsi le nombre des prélats, et en les favorisant sous les rapports des revenus de plusieurs évêchésy on les disposait à toute espèce de condescendance aux vues du souverain.

^ L'hymne des anges, presque littéralement conformeau texte de celui que l'Église romaine récite à la messe, est chanté, dans l'Église d'Orient, à l'office du soir dont il fait partie. U est toujours précédé de l'exclamation du célébrant : Gloire à toi gui nous montres la lumière. C'est une espèce d'invitatoire.

103 DE hk SITUATIOM RELIGIEUSE

liturgie, assisté des mêmes évéques, et récita les mêmes prières d'actions de grâces, dans la cathédrale réunie, des chefs des apôtres saint Pierre et saint Paul. Bientôt après, d'autres villes des gouvernements occidentaux, — Polotsk, Vélije, Souraje, Orcha, Elimsk, Yilna, Jiravitsi, — furent témoins de la magnifique coucélébration des saints mystères par les deux clergés^ qui s'étaient assemblés à dessein i pour cet objet, au nombre de cinquante, de quatre-vingts et même de cent cinquante prêtres, non compris les diacres et les clercs. Leurs sentiments étaient entièrement partagés par le peuple, auquel ce spectacle rappelait la piété et la mutuelle charité des premiers chrétiens. Partout le troupeau réuni, à Tégal des ouailles d'ancienne orthodoxie, se pressait pour recevoir la bénédiction des archipas-* teurs concélébrants, et ceux-ci étaient obligés de marcher à pied, souvent pendant une heure entière, pour condescendre à leur pieuse ferveur.

Dans cet admirable événement, chacun voit la confirmation d'une incontestable vérité : c'est que tout tend à retourner à .son origine ^, et la réunion de l'Église ci-devant grecque-unie avec l'Eglise orthodoxe n'a offert, dans sa réalité, rien qui pût paraître nouveau ni à l'une ni à l'autre. Ce qui, d'une part, était consanguin s'est réuni à ce qui l'était de l'autre j la

I Pourquoi , s'il en est ainsi, le synode russe ne parvienVî! pas à ramener dans son bercail ses propres scfaisraatiqueB, bien "fias évidettiinent infidèles à leur origine? C'est qu^ le gouveAiement n'a qu'un seul intérêt, celui de mutiler l'Eglise catholique^ en attendant qu'il parvieniie à lui enlever encore ses oUaiUea du rit latin.

m l'bmpibb m EDSCHB; 108

fOisessioH tégitime ê'esi rangée «ont le pouvoir légitime '• Aujourd'hui, le clergé des deux, ou pour parler plus exactement, d'une seule et même Eglise, ofïrent ensemble le sacrifice non sanglant dans toute l'étendue des diocèses réunis, et aux mêmes lieux où autrefois tombaient les victimes infortunées d'une superstition chielle. Aux moyens, hais de Dieu, d'une époque pas* sée et pleine de malheurs. Ton a opposé des moyens de persuasion ^, et autant l'éloignement des enfants du sein de leur mère était affreux, autant aujourd'hui leur retour allège leurs cœurs et les comble de joie. Les anciennes plaies se sont cicatrisées, les dogmes de la foi sont confirmés, l'esprit et la conscience des peuples sont rassurés, une branche tout entière de l'Eglise russe est revenue de la prétendue union à la véritable unité universelle , et la Russie , avançant de plus en plus dans les choses de la foi par les soins, par ta sagesse, ainsi que par l'exemple de son très- auguste monarque, s efforce avec lui de se répandre en actions de grâces envers le céleste auteur d'un pacifique triomphe, dont

' Ofallait dire, pour être sincère et vrai, la possession politique est venue se ranger à tohéissanee polAigue^ c'est-à-dire, ceux que noufl{iréténd<ms Avoir toujours été Russes de na/ioft,iiou8 les avons obligés à se faire Russes de religion.

* Cette assertion a quelque chose de révoltant pour la bonne foi. L'exposé du s^nbde, auquel nous en appelons, n'indique pas la moindre ttiesure d'instruction ou de persuasion employée envers le peuple. On y voit que l'on s'est Borné à é'àssurcr du clergé, qui a disposé dé son troupeau sans son aveu, et nos documents siibséfjuents mettront au jour lé^ mesures prises par lé gouvèrtièi^eiit pôur'ihiaîntenir, au moyen de là fbrbe, le peuple grec-uni dans ï'èbéissèmee à ses ihfidèlès pasteurs.

les heureuses suites sont incalculables \ À dater d'aujourd'hui y Ton peut hardiment affirmer qu'en n'exceptant que ceux qui eux-mêmes se désignent sous les noms de Litvi et de Jmoudi ^, toute la population des provinces occidentales de l'empire est non-seulement russe^ mais orthodoxe ^, et tous les efforts de ses ennemis pour assurer le contraire, au mépris ^de la vé« rite historique et de la réalité des faiits, n'auront jamais aucun succès. Leur opinion ne trouvera point d'écho parmi les habitants aborigènes de ces contrées ; ils se souviennent trop bien de leur origine, de leur langue et de leur antique religion *.

* Les conséquences futures d'un fait où les consciences des pasteurs ont été achetées, et celles des fidèles étrangement violentées, sont en effet incalculables. Les empereurs du Ba»-Empire et leurs patriarches n'avaient pas non plus calculé que leur schisme, en les séparant de la famille européenne, les livrerait au sabre musulman, et placerait sur le sommet de Sainte-Sophie le croissant au lieu de la croix!

^ C'est assurément une chose bien extraordinaire, et aussi difficile à expliquer qu'à croire, qu'une partie des habitants de la Lithuanie professe encore de nos jours une religion ou plutôt une superstition, reste de l'ancien paganisme, et qui en a tous les caractères. Ce sont, dit-on, des descendants des Aborigènes mêlés de Tartares. Les premiers sont les Lit(^i et les autres les Jmoudi,

' Le synode se plait sans doute à faire abstraction politique des catholiques romains. Il est vrai qu'opprimés et muselés comme ils le sont, cette sainte assemblée peut, jusqu'à un certain point, oublier leur existence.

^ Ces dernières paroles, bien entendues, dévoilent la crainte où l'on était que la réunion ne fût pas aussi bien accueillie par les populations qu'on aurait voulu le faire croire. C'est qu'en effet elles n'avaient pas été consultées, mais livrées en bloc par

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