‹ Persécution et souffrances de l'église catholique en RussieChapitre 2 sur 28 · BB · texte numérisé non relu

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et d'épuisement dont elle ne s'est relevée que lU puis que Tordre de succession au trône y a et établi et fixé d'après le grand et salutaire prin çipe de Tordre de primogéoiture en ligne directe ^

Au dixième siècle^ lorsque la religion chrëtiennc y eut remplacé le paganisme, la nouvelle Église de Russie vit constituer son organisation conformément à la hiérarchie établie dans TÉglise universelle : car alors le patriarche de Constantinople ïi'avait pas encore rompu avec le saint-siége ^. Toutefois Torgueil byzantin fermentait déjà au cœur du clergé de la ville impériale, qui, après la chute de la vieille Rome, soufTrait avec quelque impa^ence de se voir assujetti au pontife romain; prétendant que son patriarche, évéque de la cite impériale, devait exercer la juridiction suprême sur Tunivers chrétien. En communiquant la lumière évangélique aux peuples slaves, le patriarche de Constantinople leur avait envoyé les premiers évéques, suivis de prêtres et de moines, chargés de propager le christianisme en Russie, et d'orga^ niser son Église. A la tête de ce clergé il plaça un

^ Ce fut l'œuvre de Paul !«', qui, le jour de son couronnement, fit publier, et déposa sur l'autel de l'église de l'Assomption de Moscow, un statut réputé depuis lotlB» foiid«n«iMAld9t»tiUqui abditedui de Pîtrrel^, et éldUit à jamuûsla'tiKfifliiumpar toie et parwioeémtitft «H iign«

^ yoy. aole addîticuuldle 2.

umQuvQjvm* 7

prélat revêtu du litre de métropolite, et qui devait gouverner l'Église russe, sous la dépeodance du patriarche très-improprement dit d'Orient. Cette dépendance du chef de l'Église russe se maintint jusqu'en 1 589, époque à laquelle un patriarche de Constantinople, fugitif de son siège, vint chercher un asile en Russie. Soit reconnaissance pour Thospitalité qu'il y recevait, soit désir d y être encore mieux traité, il jugea à propos d'émanciper TÉglise russe, en élevant son métropohte à la dignité patriarcale.

Pour justifier une si grave innovation dans la hiérarchie supérieure .de l'Église, le patriarche byzantin allégua que, dès les temps primitifs, l'Église était gouvernée par cinq patriarches; ceux de Constantinople, d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem et de Borne ; mais que ceuxci se trouvant, par suite de leur hérésie, déchus de ce haut rang, il importait de leur don** ner un successeur dans le chef de l'Église de Bussie. Les historiens de ce pays se gardent bien de parler des protestations de celui qui, à cette époque, occupait le siège patriarcal prétendu d'Orient; l'on s'occupa très-peu en Russie des réclamations d'un malheureux prélat gouvernant FÊglise de Stamboul en vertu du bon plaîsîr du calîfi^y et la création d« çfi nouveau patriaroat^ si éphémère daiM sa durée, fut maintenue par les

8 INTEODUCTION.

tzars 5 charmés de rindépendance de leur Église et prévoyant déjà que cette indépendance hîëraj chique dégénérerait bientôt en dépendance pc litique. Quoi qu'il en puisse être, cette éminent dignité, d'une création si équivoque, n'eut pas jouir de plus d'un siècle d'existence : elle de vait disparaître devant le souffle impétueux d< Pierre l®'.

Le patriarche de Russie n'était pas seulement chef suprême de son Église : il occupait encore dans l'État un rang peu inférieur à celui des tzars. En sa qualité d'interprète suprême de la loi évan" gélique, il avait le droit d'adresser au souverain des remontrances équivalentes à une sorte de veto qu'il eût été peu sûr de mépriser; car son autorité absolue sur le clergé, et la profonde vénération du peuple et des grands eux-mêmes pour sa dignité, pouvaient facilement prendre le caractère d'une rébellion ouverte, à laquelle le tzar n'eût pu rien opposer, n'ayant à cette époque ni armée permanente ni autre force publique.

Tel était même le respect porté à sa dignité,

' Les souverains de Russie ne pouvaient éprouver que beaucoup de déplaisir de voir leur Eglise nationale subordonnée à l'évêque de Byzance, qui alors n'était plus couvert du brillant manteau de pasteur de l'église impériale de Sainte-Sophie. Celle-ci était devenue une mosquée, de sorte que le patriarche de Stamboul n'avait plus même de cathédrale.

INTHODUGTION. 0

que, le jour des Rameaux *, le patriarche, représentant la personne du Sauveur, suivait la procession solennelle du clergé et du peuple, monté sur un âne, bridé et caparaçonné d or, et que dans cette solennité le tzar, tenant l'animal par la bride d'or, après avoir tenu au patriarche l'étrier d'or, le conduisait dans la cérémonie sacrée. Nous citons ce fait pour donner une idée véritable de l'importance de la dignité patriarcale en Russie, dans la courte période de sa durée. Quelque grande que fût l'énergie du caractère de Pierre I", et quelque absolue que fiit l'idée que ce prince se formait de la puissance autocratriée qui lui était dévolue, il n'eût point osé attaquer de front les prérogatives du patriarcat, ni tenter brusquement de le soumettre à la puissance impériale. Il l'eût d'autant moins osé, qu'il eût suffi que le patriarche se lût déclaré pour le parti de la tzarei^na Sophie, sœur de Pierre, qui, comme l'on sait, rendit si difficiles et si orageuses les premières années de son règne, pour donner à cette faction une importance populaire immense et qui eût pu renverser son trône. Il préféra donc laisser tomber cette dignité en désuétude et en oubli. L'on sait, d'ailleurs, que ce prince avait passé sa jeunesse en

' Foy, note additionnelle 3.

10 IJfTEODïïCnOIf.

compagnie de Lefort) jeune Genevois qui , t imprégné du calvinisme de sa cité natale, n'a^ pas manqué d'insinuer à son auguste com gnon les idées genevoises sur le gouvernemi de rÉglise; idées d'ailleurs si conformes a son ractère^ et qui trouvèrent un aliment nouvc dans le séjour que fit le tzar en Hollande» Aii préparé^ et plus impatient qu'aucun de ses pr décesseurs du frein que l'autorité du patriarcl pouvait opposera sesvolontésréformdtrices^Pjer n'attendit que la vacance du siège patriarcal p^ la mort de son dernier titulaire. Ce momer étant arrivé, il ne voulut ni faire ni souffrir w choix nouveau, et pendant vingt ans à peu prèg l'Église russe, au lieu d'un chef, n'eut plu qu'un gouvernement provisoire organisé et di rigé par le t2ar. Alors seulement, se voyant af fermi sur le trône, et son peuple façonné aux idées nouvelles qu'il lui avait plus ou moins violemment imposées, il osa donner à son Église nationale une forme de gouvernement absolument analogue aux nouvelles idées genevoises et hollandaises, c'est-à-dire au calnnismey dont ij était profondément imbu.

L'empereur, au fond de son cœur, n'avait de respect ni pour sa religion ni pour ses ministres, et il se plaisait assez souvent à manifester le mé-

pris qu ii faisait de Fiine et des autres '. Ce mépris, il l'avait, comme on la dit, puisé dans les doctrines protestantes qu'il regardait comme un progrès de l'esprit humain, et auxquelles, dans son hun^eur irréligieuse^ mais surtout dans Fin* térét de son autocratie! il s était» quant à sa personne, grandement affectionné. Dans les esprits organisés comme le sien et pervertis par l'orgueil et l'amour du despotisme le plus absolu» toute puissance, matérielle^ intellectuelle ou morale f doit être concentrée dans la volonté du maître, et la religion elle-même, cet admirable lien qui rattache l'homme à son créateur, et qui par conséquent ne peut émaner que de Dieu seul, n'est plus qu'une puissante machine poUtique dont le régulateur doit reposer dans la main du souverain ^. Il ne comprenait pas qu en aspirant à la toute - puissance^ qui, suivant le texte évangélique, a été donnée au divin Bédempteur et à nul autre, l'homme commet un acte d'une

' A Moscow, Ton a conservé la mëmoire des honteuses orgies qu'il 86 |>ertiièttaii âiix}6urt gras, «a tendant, tu {lanies de traloeaia, au faubourg appelé la Slob<)de allemande, rey^tu, sjmï ^ leg compagnons de ses désordres, des ornements du sacei>doce et même de l'épiscopat, et se livrant dans ces occasions « des débauches dont le soutenir ftit fMgir. {F'oy. noco ad-* ditionnelle A.)

' Voxi verra plus bas combien cet afireux principe gouvernemental s'est profondément enraciné dans les institutions russes, mais surtout dans l'esprit de l'empereur actuel.

12 INTaODUGTION.

impiété détestable,s'arrogeantinsoleminentr cice du plus formidable des attributs de h vinité^saiis posséder ni sa sagesse infinie ni amour sans bornes, et accomplissant ainsi freuse promesse du tentateur : Èritis siciit Il oubliait qu'une autorité illégitime et sacri en pareille matièrey loin de fortifier le ] voir, lattaque dans sa source en faisant part, à celui-ci le soupçon d'être, comme TautrCjUsi et dépour\Ti de droit, cest-à-dire nul en abusif et tyrannique. De si hautes convicti n'étaient pas à la portée d'un esprit abruti l'orgueil du pouvoir et qui, comme le si n'admettait d'autre mobile des actions de ses jets que sa volonté, d'autre frein que sa colèr< Avec ces illusions si profondément despc ques, l'empereur était trop homme d*État pc joindre à ses autres embarras celui d'un chc cernent extérieur à introduire dans la religi de l'Etat. Le protestantisme, d'ailleurs, auqi une réforme religieuse l'eût nécessairement agi gé, ne pouvait lui convenir comme religion donner à ses sujets ^ car la doctrine du lit examen et de l'indépendance en matière de 1 eût été radicalement destructive de sa suprémal spirituelle, et celle-ci, pour être maintenue, ei eu besoin de l'appui d'une législation presqi féroce suivie du déploiement d'un système c

IHTEODUCnOir. 13

répression à la longue impossible à soutenir. Plus prudent que Henri VIII d'Angleterre,parce qu'il n'était pas, comme lui, mû par les impétueuses passions qui déshonorent la mémoire de ce prince, il lui suffisait d'ôter au clergé son chef, comprenant fort bien qu'une corporation acéphale n'a qu'une existence d'emprunt et est soumise au bon plaisir de la puissance séculière, aux mains de laquelle toute son influence doit né*-^ cessairement tomber ; car l'existence d'une société quelconque, privée d'un chef, est tellement contraire aux lois de la nature, que dès que, pour son malheur, elle refuse obéissance à son chef naturel et légitime, l'autorité, sans laquelle il lui est impossible d'exister, tombe immédiatement aux mains d'un maître illégitime et par conséquent lyrannique* S'il eût ignoré cette incontestable vérité, il l'eût apprise par l'expérience des vingt années où le siège patriarcal étant demeuré vacant, il avait été le chef véritable, quoique encore provisoire, de son Église. Jugeant le moment venu de consolider, par une institution permanente, ce qui jusque-là n'avait eu que l'apparence d'un intérim^ Pierre déclara hardiment la dignité de patriarche éteinte dans son empire et remplacée par un synode permanent, auquel, de sa pleine puissance impériale, et pour le rendre plus respectable, il accorda la qualification de très -saint.

A peirtè osa-t-on murmurcl*, très-en secret, tre une innova lion si perniciedso et si cdftt aux principes, jusque-là reconnus et révère la hiérarchie ecclésiastique.

Cette assemblée, qui reçut, en outre, la qtii cation de rfïWg'eanf^, qu'elle partage avec le se eut pour principale attribution la prùmulga des oukatès impériaux en matière religie comme le sénat a pour attribution priticipa] promulgation des oukazés en tnatière adminisi tive et civile. D'où il résulte que cette très-sai assemblée n'est qu'uh organe purement passif volontés de l'empereur. Et, de peur qu elle cherchât, quelque jour, à s'émanciper de foi lions aussi servilès, l'empereur^ en la composa des principaux prélats de l'empire, ne voulut j lui accorder une présidence ecclésiastique q exercée par quelque prélat courageux^ eût j rallier à lui les autres chefs du clergé russe, aima mieux, et pour cause, lui donner, sous nom de ôber-procuror^^ un officier laïque, pr< moteur légal et unique de toutes les délibératioi du synode, qui ne peuvent avoir Heu que sur i réquisition^ légèrement dissimulée sous la qiia

1 0^r*/9rocttror, procureur suprême; l'empire russe en deux : celui du synode et celui du sénat. La charge du preini( est d*une bien plus haute importance, parce que, éttot à J fois organe du souverain près du synode, et du synode pi'ès d souverain, il a le privilège de travailler avec l'empereur.

iMtAODCCTlON. 16

lification de proposition. Ce fonctionnaire, toujours revêtu d'un des grades les plus émînents de rÉtat, est chargé seul des travaux préparatoires et exécutoires des prétendues décisions de l'assemblée; il est à la tête d'une très- nombreuse chancellerie, toute composée de laïques, parmi lesquels, pour comble de défaîson et de dérision. Ion voit même des officiers militaires \ Lui seul travaille directement avec le souverain, recevant, d'après ses propres rapports, les ordres de l'empereur pour les notifier au synode, et rendant compté à l'empereqr des résolutions purement executives prises par cette assemblée.

Il serait difficile, sans doute, d'imaginer un Système d'asservissement plus complet de Tautorité ecclésiastique au pouvoir politique, que celui que nous venons d'exposer. Et si l'on y ajoute que c'est le procureur suprême qui propose à l'empereur toutes lés promotions à l'épiscopat, dans ses différents ordres; que c'est lui qui sollicite pour ces prélats les distinctions honorifiques dont le souverain dispose; qu'il dépend de lui seul d'appeler la disgrâce impériale sur Tun ou sur l'autre des prélats placés sous sa diirection. Ton aura une idée juste de l'immense pouvoir

* Le procureur actuel du synode, comte Pratassof , est luimême revêtu des grades militaires de lieutenant général, et d'aide de camp général de l'empereur. H professe d'ailleurs Une piét^ qui efface, en partie, le plaisant de sa position.

16 IimODUCTION.

de ce fonctionnaire, de la crainte qu'inspire mécontentement, toujours et tout au moins j de la relégation dans son diocèse, de celui aurait osé lui déplaire, sans espoir de promo ultérieure; du despotisme absolu qu'il exerce de la docilité plus que servile avec laquelle ordres sont accueillis et exécutés.

Quelqu'un demanderait-il comment il a pi faire que le clergé russe se soit laissé assujetti un servage si dur et si honteux pour la relig et pour lui-même, ou comment il se fait q l'endure, sans avoir jamais tenté même de s< lever tant soit peu le joug de fer qui pèse i lui : la réponse à ces deux questions serait da ce que nous venons de dire et dans ce qui suivre.

Nous dirons d'abord que, par l'effet d un juî et sévère jugement de Dieu, toute portion < rÉglise universelle qui se sépare du centre d'i nité gouvernementale, fondé et institué par divin auteur de la foi chrétienne dans la pei sonne de Pierre et de ses successeurs, devient l'instant même, et contradictoirement à l'insl tution divine, une Eglise nationale y c est-à-dii une institution de VEtat^ sur laquelle le chef d cet Etat exerce dès lors une juridiction plus oi moins oppressive, suivant le caractère plus oi moins absolu du prince, et suivant l'étendue di

INTROBOCnOir. 17

pouvoir politique dont il est revêtu. Cette conséquence n'a manque de se produire à aucune époque, ni dans aucun pays; ce qui prouve qu'elle ressort de la nature même des choses. Et la preuve la plus irréfragable de cette vérité se trouve dans l'histoire ecclésiastique de Russie. Bien que le patriarche de Constantinople, manquant de la légitime juridiction inséparable de la véritable succession apostolique, ne pût exercer sur l'Église de Russie qu'une autorité très*contestable, et, par conséquent, très-peu solide; tant que les métropolites de Russie lui restèrent soumis,i]s n'eurent rien à redouter des empiéfements des grands princes, ni des tzars; ils gouvernèrent leur Église dans une entière indépendance, et même avec une certaine prééminence sur le pouvoir politique. Cette indépendance se maintint encore, elle grandit même après l'émancipation de l'Église russe du siège de Byzance, à l'aide de la haute vénération que l'on portait à la nouvelle dignité de son chef, réputée suprême dans l'Église. Mais cette base était déjà, en réalité, si frêle, qu'il suffit de la volonté d'un monarque également hardi et habile pour que tout l'échafaudage de l'indépendance ecclésiastique tombât comme d'un souffle, et sans même occasionner le moindre bruit dans le pays.

H n'en serait pas autrement s'il entrait un

19 INTBOWOTION.

jour dans les conceptions politiques d'un e reur de Russie d'apporter des changement dogmes ou à la discipline de son Église ^; seulement le synode les adopterait et les h serait à son clergé , mais il porterait son o sance jusqu'au point de chercher et de tro dans lantiquité des documents justificatifs, doctrines nouvelles, afin d'en imposer au gro la nation, Veut^on la preuve de ce que t avançons? nous allons la trouver dans un fait s'est passé sous nos yeux.

Tout le monde sait que feu le grand-^ Constantin épousa, du vivant de sa premi femme, née princesse de Saxe^Cobourg, mac moisellè Grudzinska, élevée, à cette occasion là dignité do princesse de Lowicz. Outre les d ficultés politiques qui militaient contre ce alliance, il existait contre elle un empêcheme dirimant dans la doctrine de TÉglise russe, q condamne et défend, sans exception, le divorc L'empereur Alexandre, personnellement peu fi vorable au désir de son frère, mais vaincu p ses sollicitations, finit par agréer le mariage prc jeté; mais, pour le colorer sous le rapport reli

^ L'empereur Nicolas a tout récemment aboli plu&ieuis de grés de consemguinité ou d'affinité, jusqu'ici réputés empêche menls dirimants au mariage, dans l'Eglise russe, sans qu'aucui de ses prélats ait osé lui adresser la plus légère remontrano sur cette altération de l'ancienne discipline.

gîeux, et pour àiminuéf, autant f(ufe faire Se pourrait, rinévitablfe ^oaddale qoi AWhii hii fêiuh ter, i( en référa au iynoàë.

Gelui^^i, bien infbrmë de la cotidciscéndance de Fempereur, ne manqua pas, dans la décision $y* nodale qui fut publiée sur ce sujet^ do déclarer le nouveau mariage licite et valide^ et pour étayer cette décision si contraire à la doctrine ordinaire et connue deson Èglis«, il cita le hid^ tième canon de saint Basile. Grande fut la sur* prise du public de voir 1 austère archev^ljaé de Gésarée transformé en prédicateur, ou ou irioihs en régulateur du divorce, si opposé aux préceptes de YÉvangile; et quelques personnes tent soit peu méfiantes et curieuses allèrent compulser les œuvres de saint Basile, afin de vérifier la citation^ à la fidélité de laquelle elles ne pouvaient crpirç* Or voici ce que disait cette règle, qui, d'abordf ne pouvait être un canon ^ puisqu'elle émanait d un archevêque dont la juridiction ne s'étea^dait que sur la Cappadoce et sur Texarcat du Pont, et que par conséquent elle ne pouvait être prescrite, comme règle disciplinaire, qu'à son Église propre, et, tout au plus, à celles qui dépW'daient de sa juridiction métropolitaine :

Si une femme adultère a abandonné sùn époux ^ et en prend un autre y quelle soit excommuniée jusquà la fin de sa vie. Et si

90 nmoDucnoH.

t époux abandonné console à d'autres no

il ne sera pas soumis au même anathèm

Il fallait assurément une grande force en tière d'interprétation pour trouver dans c loi de simple discipline, donnée par saint Basi son Église, la moindre analogie réelle avec le soumis au synode de Russie; car la grande-^ chesse Anna Feodorovna n'avait pas abandoE le grand-duc pour prendre un autre épou et aucune enquête n avait établi contre elle le f de \ adultère. Il était d'ailleurs évident que sai Basile, loin de justifier, dans le cas donné, le s cond mariage de l'époux, se bornait à mesurer peine canonique à infliger à tous deuxy à grandeur respectii^e des crimes commis ps eux, et qu'en vertu de ce principe de justice dit tributive, il se montrait moins sévère envers Vé poux abandonné par une femme infidèle, qu'en vers l'épouse qui, la première, avait brisé le sacr( lien du mariage. Tous deux d'ailleurs encou raient, suivant la pratique universelle de rÉglise, les rigueurs de la pénitence canonique, quoiqu'à des degrés différents; mais assurément ce prétendu canon ne renfermait ni implicitement ni explicitement rien d approbatif du mariage projeté par le grand - duc , et sur lequel le synode était appelé à prononcer. Mais qu'importait à la très -sainte assemblée que la citation fût juste

nmoDVGTioH. M

ou noo? elle jetait de la poudre aux yeux du public et satisfaisait au désir du souverain ; c'était la seule tâche qu elle eût à remplir *.

Quant à la question de savoir comment Tépiscopat russe tolère avec tant de patience un si odieux servage, il ne sera pas plus difficile de la résoudre.

Personne n'ignore que depuis le règne de Pierre P la société, en Russie, se trouve classée en quatorze catégories appelées classes ou tsichini, c'est-à-dire rangs, lesquels sont exacten^ent coordonnés à l'échelle des grades militaires* Ces rangs y sont d'une telle importance, qu'ils prévalent, jusqu'à un certain point, sur les titres héréditaires de la noblesse, et qu'ils fonctionnent, dans l'ordre sQcial, comme une machine à niveler ; car il n'est rien moins que rare de voir en Russie des hommes sortis de la dernière classe du peuple, de celle même des serfs, qui, parvenus, par l'échelle des rangs, à l'une des classes les plus élevées de l'État, contractent des alliances avec les familles les plus illustres et les plus éminentes de l'empire. Ces rangs d'ailleurs confèrent seuls la capacité d'occuper, suivant leur échelle propre, les places subalternes ou les emplois les plus élevés *j c'est sur eux que se règlent essentielle-

^ Voy. note additioimelle 5.

' S'il est questioDi par exemple, de nommer à un emploi

ment les faveurs, les grâces et les distinction fi norifiques qu accorde Tempereur; en un i ils forment le principe et la condition pren dèh vie politique et sociale en Russie. L'auteu cette institution était beaucoup trop habile j ne pas s'en servir comme du meilleur instrun d'asservissement à Tégard du clergé, de nu quil en avait fait usage, et Ton sait avec c succès, envers les descendants de ces boyards fiers de leur origine, et dont la postérité n plus reconnaissable de nos jours. L'emper n'eut donc rien de plus pressé que de coordonj les dignités de TÉglise à son échelle des grac et rangs militaires et civils, et d'imaginer, pc les prélats, des prédicats correspondants à ce d'excellence et de haute excellence, qu'il av décernés aux: quatre premières classes de son ei pire. La hiérarchie ecclésiastique est donc entn coknme partie intégrante, dans la classificati< politique, de sorte qu'un métropolite a le rai d'un général en chef et d'un conseiller privé a tuel; un archevêque, celui d'un lieutenant génér

Je gQVTerneiir de proTÎnoe, ou à la présidence d'un tribum l'on ne s'informe nullement si le candidat qai se présen pour Tune ou pour Tautre de ces places possède les sçieno Sidminktratives, ou s'il a pris seâ licences eh dî^it ; il" sufi qu'il possède le grade de conseiller d'État , de conseiller c collège, etc., pour être reconnu parfaitement apte à remplir 1 pUm en quistioii.

et d un conseiller prive ; un ëvéque, celui d'un gëuëral-major et d un conseiller d'Etat actuel, et les ordres de chevalerie, aux premières classes desquels ces prélats sont ordinairement agrégés, leur sont toujours conférés d après la capacité qu ils tirent de leur rang *.

Si le dergé de Russie pouvait admettre dans son sein des fils d^illustres familles ou de grands fioms, peut-être une semblable recrue serait-elle un peu moins sensible à Faction d'un pareil levier. Maïs l'Église russe a pourvu elle-même à ce que ce moyen régénérateur ne puisse pas venir combattre en elle son principe d'asservissement. Uon sait d'abord que le clergé séculier, astreint au mariage^ est exclu de Tépiscopat, et que la vocation au sacerdoce n'est pas libre en Russie comme en tout autre pays, étant rigoureusement circonscrite dans la descendance des prêtres, des diacres et des clercs; d'où il suit qu'un noble qui voudrait se vouer à l'Église serait obligé de s'aller perdre dans quelque monas-

* Ainsi un métropolite est apte h être décoré du cordpn de Saijit-Àndré, le prenûer de l'empire ; un archevêque, du cordon de Saint-Alexandre, ou de Saint-Wladimir, ou de l'Aigle-Bl^nc de Pologne. Un évêque n'obtient guère, eu égard à sa catégorie personnelle, que les cordons de Sainte-Anne ou dç Saint- Stanislas de Pologne. La même gradation est observée pour le» prélats de TÉglise catholique, ce qui est loin d'être favorable à l'exercice de leur ministère.

tère, où, précisément à cause de son ex trac nobiliaire, il aurait peu à espérer de la bi veillance de ses chefs plébéiens. Et c'est de ceu cependant que dépendrait uniquement son mission, ou, pour parler plus exactement, sa p motion aux ordres sacrés. Ceux-ci ne sont pas s'en faut bien, communs à tous les moines; ce sont cependant les premiers degrés pour p^ venir aux dignités à'igoumen et d'archima drite \ et de la à l'épiscopat. A moins de haul protections extra-claustrales, ce noble n'aurait se promettre qu'un entier et fatal oubli. L'c peut donc dire, en toute vérité, qu'en Russie, carrière ecclésiastique est la seule qui soit fei mée à la noblesse.

Or, l'on comprend à merveille que des prélat issus exclusivement de races plébéiennes soien dominés par la seule passion qu'il leur soit pos sible de satisfaire. C'est pour chacun d'eux um destinée presque fabuleuse de se trouver assi-

* Igoumen est le titre du chef d'un monastère qui n'a pas le titre abbatial. H répond à peu près à celui de prieur. ArchîmandrUe est le titre d'un abbé mitre ; il y en a de trois classes, suivant l'importance ou l'antique célébrité du monastère. Les métropolites sont toujours abbés commandataires du principal monastère de leur éparchie. Alors ces monastères, prennent le titre de Lawra, comme la Petcherskaîa Laufroy à Kief; près de Moscow, la Troïtsko-Serghie/skaîa Lawra; à Saint-Pétersbourg, l'abbaye d'Alexandre Newsky.

mnoDUCnoif. 25

nûlés en rang aux plus hautes posi lions sociales, et de se montrer couverts de plaques et de cordons bleus ou rouges, réservés à des classes dont l'éclat les éblouissait aux premières années de leur vie. Acquérir, à tout prix, la possession de cet éclat est pour eux un besoin d autant plus grand, qu'élevés dans le principe d'une soumission absolue à l'autorité souveraine, ils ne peuvent, en lui cédant, éprouver ni embarras ni remords. C'est ce que sait très-bien le gouvernement russe, et c'est pourquoi il ne se fait pas faute de serrer, le cas échéant, la chaîne d'or qui meurtrit les épaules de son clergé.

Si d'ailleurs cette chaîne est un peu lourde à j)orter, son poids est allégé, ou au moins compensé par l'autorité despotique qu'à son tour le haut clergé, et le synode surtout, exercent sur toute la hiérarchie inférieure qui leur est soumise. Ainsi s'est fait l'homme : Plus il se sent froissé par Vesclas^agey plus il aime à le faire peser sur ce qui est au-dessous de lui. Aucun prêtre en Russie n'y a des droits réels. Il peut être, suivant le caprice de son évêque, privé du sacerdoce et enrôlé dans l'armée. L'on voit assez souvent des évêques réduire des prêtres séculiers à une sorte de travaux forcés, en les employant comme des galériens, et sans rétribution aucune, à la culture de leurs jardins, et cela pour un

Stf IliTaO01JÛTIOll.

temps dépendant de leur seule volonté, c'eâ dire de leur intérêt* Bien plus, n a-^t-on pas vu i8i3, le synode, mû par un zèle de comman faire à l'empereur un don patriotique de trd milh séminaristes^ qui furent immédia tem< exclus du clergé pour être incorporés dans armées ?

Une dernière réflexion terminera le table d'un si indigne esclavage. Ce n est pas une p litique malhabile, quelque odieuse qu elle pui^ être, que celle que le cabinet russe a reçue de s prédécesseurs, et qu il met en pratique avec cet constance qui n'appartient quaux gouverna ments despotiques. — Tout agent de Vautc rite impériale n^est qu'une nullité politigu aux yeux du souverain *, mais en re\^anche \ est un épous^antaïl aux yeux de ses inférieurs De cette sorte, la main du souverain pèse à la foi sur tous les points de son immense empire. Touti existence supérieure dépend du monaraue e de ses bonnes grâces : toute existence suhal terne dépend du bon vouloir ou du caprice de

^ Une personne de marque s'étant servie du mot de grand sêignmr^ ÇA parlant à l'empereur Paul d'un des principaux dignitaires de sa cour, ce prince lui répondit, avec im mouvement d'humeur très-marquée : Apprenez que chez moi il ny a de grctnd jteigneur qu$ celui à qui je parle^ et pendant que je lui parts, dette clause restrictive est caractéristique et peint à mervpille la négation de toute impoortance même relative, en face de la toute-puissance du monarque.

son chef. Ceftt là la première maxime du gouver* nement russe, et Ton comprend combien elle rend flexible, au gré du souverain, ainsi que de aes mandataires militaires, civils ou ecclésiastiques, tous les instruments de ses volontés. Si, d'une purt, ceux*-ci sont certains d'être emportés par le seul souffle de sa disgrâce, d'autre part, il leur départit, à l'égard de leurs subordonnés, une si large part à son absolue puissance; il leur ac-^ corde sur eux une prééminence si grande et si éclatante, qu'ils se soumettent volontiers aux chances de la servitude, pour s'en dédommager par les jouissances que leur donne l'orgueil, quckj^ue circonscrit que puisse être le théâtre de leur splendeur. Car l'orgueil humain se satisfait principalement en traitant ses semblables avec mépris, ignorant qu'^n méprisant ceux de son espèce^ ^orgueilleux se méprise lui-même. De fait , nul en Russie n a une situation qui ne soit essentiellement précaire ; elle dépend toujours de son chef, qui peut la briser à son gré ; dé sorte que là où le pouvoir absolu du maître ne peut pas, à ce qu'il semble, arriver, il agit par des intermédiaires tremblans devant luî^maîs devant lesquels tremblent milleauti es : la crainte, ce grand et unique ressort du gouvernement despotique, comme les liquides, presse en tous sens, et l'autoritf? pcétendtie suprême de l'Église de Russie

tS IHTBODUCnON.

ressent cette pression et la fait ressentir au sous d'elle, tout autant, au moins, qu'elli ressentie par tout autre corps de Tempire.

Jetons maintenant un regard attentif su situation que s'est faite te gouvernement r envers les confessions étrangères. Et dit d'abord que cette dénomination officielle qu donne la direction des cultes dissidents a le d\ ble vice d'être un artifice de langage et upe fa seté d'expression.

Elle tsl artificieuse^ en ce qu'elle a pour but faire croire qu'il existe en Russie un droit, . mode d^existence commun à tous les cultes d sidents, ce qui est si loin d'être vrai, que le co] traire est d'une évidence incontestable. Nous démontrerons par actes et documents, en ce q concerne l'Eglise catholique.

Elle estfaussCj parce qu'en réalité il n'existe e Russie aucune religion qui soit véritablemer étrangère au pays, comme nous allons le de montrer.

L'immense étendue de l'empire se compose, ej très-majeure partie, de pays conquis. Au non elle possède tout le littoral de la Baltique et di golfe de Bothnie, jusqu'au ruisseau de Tornéa Ces grandes provinces, ayant appartenu à k Suède, professent le luthéranisme^ le grand duché de Finlande, avec les formes épiscopales; les

INTRODCCnOIC. i9

autres avec les formes consistoriales. Les provinces de Fouest, ayant longtemps, et plusieurs dentre elles dès l'origine, appartenu à la Pologne, sont restées catholiques, sous deux rits différents, mais longtemps unis par la plus étroite communion. Les provinces du midi, en grande partie démembrées de la Turquie, ont une nombreuse population musulmane* Les conquêtes transcaucasiennes s'étendent sur une partie de l'Arménie, peuplée de chrétiens monothéUtes^ vulgairement appelés Arméniens', et sur une partie de l'Asie Mineure oii domine le Coran; les vastes steppes qui s'étendent \\ Test, et les effrayants déserts de la Sibérie, sont peuplés, les premiers, de races tartares nomades, professant en partie l'islamisme; quelques-unes, dit- on , soumises à l'autorité pluâ ou moins effective du Dalaï-Lama; et la Sibérie, dans ses affreux déserts, compte d'autres peuplades adonnées à la plus honteuse idolâtrie, le schamanisme *•

■ Le gouYemement russe donne complaisamment aux Arme* niens hérétiques, dont le chef s'intitule orgueilleusement caûio- ^f , l'épithète de Grégoriens; comme si saint Grégoire T/Z/ttmmaieur, qui a été l'apôtre des peuples d'ArméniCi eût enseigné la détestable doctrine de la confession des deux natures en Jésus-Christ, ou au moins de l'unité d'opération de ces deux natures ! Mais ils sont rebelles au pape : cela suffit pour s'enteûdre avec eux.

' Grossière idolâtrie qui parait consister à rendre un culte

Toutes ces populations^ incorporées aujourd'l à la nation russe, ont importé leurs cultes difTérents dans l'empire; et elles les y professe: non pas à titre de tolérance, mais k titre droit; de sorte que, pour ne parler que des co fessions chrétiennes, le luthéranisme et le cath locisme sont les religions indigènes d'une par notable du pays, et ne pourraient par conséque être appelées étrangères, qu'en excluant de Fer pire les provinces où elles ont une existence < droit, fondée sur les traités de cession, ou, défaut de traités, sur une possession d'état bi< plus que séculaire. Qualifier de confessions étrai gères ces cultes chrétiens, serait donc exclui les provinces du nord et de l'ouest de la nati( nalité russe, et cç n'est pas là, tant s'en faut, i pensée du gouvernement. Dès lors il commi une inconséquence palpable, en donnant a c( confessions le nom d'étrangères \

Après ces observations préliminaires, non allons esquisser brièvement le tableau de la si tuation toute ea:ceptionnelle que le gouverne

craintif au mauvais esprit Ces peuplades n*oiit ni temples^ r sacrifices. Une espèce de magiciens, appelés Schamans^ opposeï leurà grotesques conjurations aux maladies et aux phénomène nuisibles de la nature. C'est la seule fonction de leur noir sacer doce. Le peuple les croit en communication directe avec le mauvais espritS| causes uniques de ses souffrances, î roy. note additionnelle 6.

mtfU)i>u€ndoii. Si

ment a fait à la religion catholique en Russie ; tableau qui fera ressortir l'artifice de langage que Qous avons signalé.

La Russie se dit tolérante par excellence, et eUe Test en effet, en tant qu'elle n inquiète^ ni n'exclut individuellement, et pour cause de religion, qui que ce soit du service de l'État, ni par conséquent des avantages qui y sont attachés; les cas de défection de la religion nationale étan t, comme nous le verrons, seuls exceptés de cette tolérance. Mais elle est loin de pratiquer cette vertu dans le sens administratif, erwers la religion catholique^ parce que celle-là est la seule qui puisse lui contester l'orthodoxie dont se vante son Église, et parce qu'elle est aussi la Seule dont elle redoute la propagation, au détriment de l'omnipotence impériale. C'est par suite de cette rivalité et de cette crainte qu'elle l'opprime dans son gouvernement spirituel et dans la liberté de son culte. Les documents que nous produirons plus bas démontreront surabondamment cette triste vérité.

C'est proprement de l'invasion des Polonais, à la suite du Tharévitch, vrai ou prétendu^ appelé le faux Dmitry (car la qualité réelle de ce personnage est et sera peut-être toujours une énîgmè historique ^ } } c'est de cette époque que date l'aver-

* Foy» note additionnelle 7.

32 nmoDCcnoN.

sion des Russes {>our la religion catholique ro-^ maine. Ce jeune prince, qui, à l'aide de la Pologne, parvint à monter sur le trône des tzars, avait, diton, embrassé la religion catholique du rit latin, et sans attendre qu'il fût assez solidement établi sur le trône, il paraîtrait avoir voulu la faire adopter, sans préparation, à ses boyards et à son peuple; tentative qui, au dire des historiens du temps, lui coûta le trône et la vie. Cet épisode dans l'histoire de Russie, épisode dans lequel le prin cipe religieux se trouva si malheureusement mêlé aux désordres et aux malheurs inséparables de l'invasion et de l'intervention étrangères, ainsi qu'à l'intrusion sur le trône deRourik d'un prince qualifié par les chroniques contemporaines d'usurpateur et d'apostat; cet épisode , disons-nous, devint la source intarissable de haines nationales et religieuses entre la Russie et la Pologne. Dès lors la religion catholique fut proscrite dans l'empire, comme une sorte d'ennemi public, et des monuments, subsistants encore de nos jours, attestent et conservent le souvenir de cette proscription ', malgré l'existence de droit que la reli-

' Dans la cour de la TrdUsko-Serghiefskàla Lmora, Ton voit encore un obélisque dont les inscriptions consacrent le ressentiment historique des Russes, contre l'introduction du catholicisme et des jésuites, à la suite de V apostat et des Polonais^ ses alliés.

Introduction. 33

gion catholique a acquise, en Russie, par le fait de laequisition de vastes et nombreuses provinces depuis enlevées à la Pologne.

A Fépoque où fut accompli le démembrement définitif de ce malheureux pays, l'impératrice Catherine, dont la politique astucieuse et cruelle avait préparé et mis à profit la série de discordes et de malheurs que couronna cette catastrophe inouïe dans l'histoire moderne, sentit Vindispensable nécessité de reconnaître Texistence de droit de l'Église catholique dans ses nouveaux domaines, et de faire disparaître, au moins superficiellement, les traces de la proscription, devenue impolitique, qui pesait sur elle. Protestante par le fait de sa naissance et de son éducation, philosophe incrédule par ses liaisons autant que par sa morale dépravée, mais avant tout maîtresse absolue d'un empire qui ne reconnaît de loi que la volonté actuelle du monarque, elle ne pouvait être qu'hostile à la seule Église qui, de droit apostolique, prétend, non-seulement à sa propre indépendance, mais encore au gouvernement de toutes les Églises, et dont la puissance enseignante et dirigeante s'étend, de fait, sur la plus grande partie des chrétiens répandus sur les deux hémisphères. Toutefois, il faut le reconnaître, dans tout ce qu'elle établit, relativement à rorganisation du clergé et du gouvernement

9A IUrTRQIWGTlQSr.

de rÉgli^ catholicj^ue dans ses États, riinipératri€e s'abslint de rien faire que d'accord avec k priacîpe fondamental du cathoUebme, c est-à-dire du consentement du saim-siége^ Elle avait devant les yeux la résistance héroïque du clergé de France è la coastitutiou prétendue civile (|ue, da»s sa folle impiété^ rassemblée dite constituante avait osé lui imposer; ^t, aioaî qu^ tou& les încrédulesj^. elle, était persuadée qu€^ la perse» cuitiQn est le véritable moyen d'étendre «i de consolider iiue religion quelconque ^ Ce théorème historicQ-religieux lui ?ivait été fouriu par l'absurde école voltairienne diomt le& adeptes s çfforçaieût, à leuvi, de réduire à iwe cooséqueace toute natordle de la perséicutLom ies Géi^ars et du fanatisme des martyrs^la propagation de la foi chrétienne, et le miracle si évident de la substitutioni de la pacifique doimisiatickil d^& sue* cesseurs du pécheur de Galilée^ crucifié sur le Jajaicule, à l'effroyable tyraxinie dea impeir^to^-.

Eu couséqtAeniee de négpctatio«i& ioétvïoJeuse& aases. longtemps^ poursttivies> avec le sainitHsîi^^,, et qui n'atteigAii^ent leur teime fijoàl qi^e schasi le

« Ctet axiome philosophique est littéralement exprimé dans Ife code- de Kgislation dont Ckdierine a Mssé le projet, rédigé de sa maift^ et. que Von montre auoc CKiieux comme «t monumeaiD de sa 9^e3S^. Il est^ diéposé i.racadémi« impéiûale des scleocec^ à Saint-Pétersbourg.'

* Foy. note additionnelle 8.

règae vivant, l'on éuhlit, pour VÈ^iia^ catholî* que du rit Latia, six évèchèsjâkynt le pla^^tfiDcki) sans xx)iiipardi$OQ, puisqu'il comprend les deux capitales et que virtuellement il ^'^ tend j^^squ'aux frontières de la Cfain^ celui de JVfaUlef, fut éici^ en archevêché, et^ de sa propre autorité, i'ettipereur joignit à ia dignité drdbiépisci^pale h titre d£ métrapoUte^ inconnu dans la hîérardiie romaine, mais que la bienveillance impériale, ou plutôt le désir de le mieuiL asMijauir, déoema au prélat revêtu de oette dignité^ alia de le mettre au niv^u des ^b^efs âe l'Église dofttinante^

n €ist bon q4ie l'on fiacbé que, là celte é^i4H{Wd^ toas les départeni^nte, depuis ési^ «n minislè^ re^ avaient la forme collégiale; c est-à-dii^ que le d^rtement des aIZsires étran^resi, par <exem^ |>le, s'appelait •oûilége et se oomposait d« meot^ bres et «d'assesseurs ^ecûfs ou «implemiwt tilbii^ laires, dirigés <et présidés par le cbacicaber de l'empire. Il en était de miême des départements

> I?cm ccmtent de cette distitictiota, Pmil drniatada'et obtint da «BUlMÎége, pour scdi niëtropolhe cadbdiipK, 'la peraiiwicni de se décorer des inflâgnes du cardinalat. Nous ne savons ai cotte «coii^ cession eut un caractère personnel, ou si elle fut accordée à la primaUe épiscopale en Russie. Nous savons setilement que le gmreiaiemeïMt russe admet la seconde hypdthèse, ^et ^me JThiiipereur Nicolas à adressé au métrqjpolite .actuel, nomtné|par lui, m^tts pas encore confirmé par le pape, le reproche de s'être pré^ sente devant lui sans porter les'bas rouges.

de Tamirauté, de la guerre, etc. Daprès celte organisation, qui datait du règne de Pierre I*^, Ton institua un collège ecclésiastique catholique romain^ présidé parle métropolite- archev^ue de Mohilef, et composé de trois prélats mitres et de députés de tous les chapitres cathédraux de chacun des six évéchés, élus pour trois ans. Il s'entend que ces élections se faisaient , comme elles se font encore, sous Tinfluence directe du gouvernement, qui s'était également rendu maître du choix des évêques. L'on comprend fort bien que ce collège ecclésiastique n'était dès lors qu'un instrument plus ou moins assoupli à la volonté impériale. Ses attributions, d'ailleurs, se bornaient à peu près à la promulgation des oukazes impériaux dont cette assemblée, ainsi que le sénat et le synode, ordonnait en ce qui le concernait, et assurait l'exécution. A ce collège était agrégée une section particulière pour le gouvernement de l'Église catholique du rit grec uni. Le président spécial de cette section était le métropolite de ce rit; mais en cas de délibération collective des deux rits et de leur réunion en assemblée générale, c'était larchevêque métropolite de Mohilef qui la présidait en i chef. L'on avait eu soin, d'ailleurs, de la grati- , fier de la présence d'un officier impérial qui, à ^ l'instar du procureur suprême du synode, lui .

INTAODUCTIOM. 37

manifestait les intentioDS impériales et en re* quérait l'exécution. Du reste^ et dans toutes les causes majeures , le recours au jugement du saint-siège était réservé au collège.

La forme collégiale des grands départements de Terapire subsista, avec des modifications amenées par le temps, jusqu'à l'empereur Alexandre, sous le règne duquel elle fut entièrement abolie et remplacée par des ministères assez exactement calqués sur l'organisation intérieure de la France. Par une exception que l'on ne pourrait expliquer, si l'on perdait de vue le servage auquel dép le gouvernement, aidé des coupables connivences du métropolite Stanislas Siestrencézevicz- Bohusz ', était parvenu à réduire ce collège ; lui seul 9 dans tout l'empire, fut excepté de cette suppression générale et maintenu, moins les libres recours à Rome, dans la forme de sa primitive institution. C'est que le gouvernement russe, n'osant encore afficher la prétention de soumettre à son bon plaisir le régime et la discipline de l'Église catholique, préférait la régenter d'une manière médiate y c'est-à-dire en lui faisan^ notifier ses volontés souveraines et les lui faisant accepter et exécuter par l'intermédiaire d'une autorité ecclésiastique, que lui-même tenait sous sa main, par le fait de la résidence continuelle de

* y^jr. note addidonnelle 9.

9à lirratostrcsTiôif.

lassenbl^e et de son chef dans la capitale^ et par kl fait bîcB f^us grave encore de l'autorité sans bornett qu'exerçait scm déiëgué sur les délibérations et sur \e$ résolutiofis de celte malheureuse asfiiCJtablée. Par les documeuts q^ni seront mis sous les yeu:»; du tecteur, l'on verr^ combieu les effets de c>e calfcul insidieux OAt répondu aux vues op^pressives du gouvernement russe.

Originaireinent, et jusqu'à ces dernien temps, le gouvernement russe avait au moins eu la pru* dence de ne confier l'important emploi de proe^ureur ififipéfîal près le coUége catholique qvlk un fonctionnaire catholique, et^ e^tea^ il uq lui ét^t |As diffidyie de trouver ^ (>our remplir ce fosl^j assee, de catholiques de nom. qui^ eu pvati^ qiie> n'auraient comiu d'antre religion que le Ottlte dea volontés impérialesb. Mais à quoi bon aimp<^ef le ^g d'une convenance estérieure, et de qaû droit exigeraitK>n d'un pouvoir despotique de se pirescrire à lui-même la moindre ^ne danale c^imx de ses agents? Pour plus de Ëbêrtë, et peut-être aussi pour iâir^ profession plus* exptîeitei de son omnipotence, l'empereur a nommé à cet emploi M. Bloodoff , rosse de reKgion, et , qui plus est, ennemi déclaré et acharné de la wfKgifHï eatholiqftte. C'est de lui que dépend le per^ouncJ des chancelleries, pris indifféremment parmi les adhérents de totta Isa Mites f à lu* ap-

nmiODircTioN. 39

partîcnt le droit exorbitant, lorsque, sous la forme dérisoire d^une proposition^ il a notifié à fassemblée quelque volonté souveraine^ d'assister à ses délibérations, de tenir note du vote de chacun de ses membres^ et d^en faire porter le résumé, ainsi que le résultat final de la délibération, au protocole tenu par un greffier qui ne dépend que de lui seul. C'est lui encore qui élabore tous les rapports relatifs aux affaires du culte catholique que le ministre de Tintérieur^ duquel ressort la direction générale Açs cultes étrangers, net sous les yeux de l'empereur; et^ lorsque, dans Texercice de ses Ibnctions, il déclare quelque nouvelle volonté de «ou maître ^ c'est ïexécution de ^e^ propres im^entionst^ mais déjà agréées ^^ reiapereuf, qu^îl propose à racceptadoa du collège.

HAows eu appelons, avec pleine coiifianoe, au jugement impartial dte clucuo de nos lecteurs, « quelque culte qu'il appartienne, et nous lui demaTidcrcns si jamais, dam aucun pays de la terre, les pays inahométans y compris^ il a été imagiuiê et mi» eu pratique un fiy«tèm6 plus odieuse» ment parlait d'oppression d'nttc part, et de sujétion de f autre, en matière de religion? Et c'est ici le caê d^ rapp^W que ee éystème tout eneep^ tkmnel ne Vâpplique, en Russie, ^u'à la sisiuîe Église catholique^ objet tout spécial des baïnes

40 INTRODITCTION.

invétérées du gouvernement et des peurs qu'elle lui inspire.

Les deux grandes divisions de Thérésie protestante, réunies, en 1818, par ordre de Fempereur Alexandre et à la suggestion de la Prusse % se gouvernent par leur consistoire^ composé de pasteurs et de laïques ; et ce consistoire se trouve bien aussi placé sous la juridiction de la direction générale des confessions étrangères. Mais cette juridiction n'a rien d'oppressif pour elles : d'abord parce quelle est très-pen active, attendu que le gouvernement, n'ayant ni crainte ni méfiance du protestantisme, avec lequel il fraternise malgré l'opposition des dogmes religieux, lui laisse une entière liberté. Cette liberté, le consistoire en use largement, particulièrement en matière matrimoniale, pratiquant, sans difficulté, sa doctrine aussi immorale qu'an ti-é va ngélîque sur le divorce *, et cela sans que le pouvoir politique s'en mêle, malgré le principe diamétralement

' Cette réunion, formellement exigée des consistoires luthérien et calviniste, ne s'est pas cependant opérée sans quelques difficultés, qu'encourageait le caractère doux et tolérant de l'empereur Alexandre. Actuellement même, elle est en Russie plus iq>parente que réelle, plus superficielle qu'intime.

^ Le dévergondage en cette matière va si loin en Russie, ^ ^ parmi les protestants, qu'on y a vu assez souvent des époux . praidre le divorce, se remarier chacun de son côté, se divorcer ' encore et se reprendre en contractant entre eux un second ma- ^^ [ rïau^l Proh pudor / *^,

INTRODUCTIOlf. 41

opposé que professe le loi religieuse et cinle en Russie, et malgré les inconvénients de toute nature qui nécessairement résultent de cette déviation si considérable de la législation matrimoniale qui régit Terapire. Cette suprématie de la direction générale des cultes n a d ailleurs rien d abusif en elle-même, quant aux protestants, puisque, dès lorigine de la prétendue réforme, ses auteurs, forcés d abdiquer toute indépendance rdigieuse, proclamèrent d'eux-mêmes le souverain, régulateur de la doctrine et des intérêts de leurs sectes nouvelles; de sorte que, malgré la disparité des cultes, l'empereur de Russie se trouve être, en vertu de cette doctrine, évêque suprême des cultes protestants dans ses États. Ceux-ci ne connaissent ni collège ecclésiastique, ni oukazes restrictifs de la liberté de leur culte, ni lamère dérision de propositions, sur le fond desquelles il ne peut plus même être permis de délibérer ; ni la barbare nécessité imposée à des prélats et à des prêtres de comprimer le cri de leur conscience en sanctionnant de leur vote des mesures quelquefois sacrilèges et toujours illicites. Encore si, comme en tout pays autre que la Russie, ces infortunés pouvaient se soustraire à une tyrannie, la plus cruelle de toutes, puisqu'elle les met aux prises avec leur conscience, et ne leur laisse que le choix d'obtempérer à des com-

41 iirrftODiiCTioN.

ïaandements détestables, en bravant la colère divine, ou d'encourir l'indignation souveraine en s'y refusant j si, disons-nous, ils pouvaient se soustraire à une alternative si cruelle en donnant la démission de leurs périlleux emplois! Maïs cette ressource ne leur est pas laissée; le service de membres et de députés au collège ecclésiastiqtie est obligatoire; la démission serait réputée protestation, c'est-à-dire nébellion k la volonté du souverain. Et malheur à cduî contre leqod cette accusation pourrait être portée I

Dirons-nous que le clergé de la Pologne russe, qui seul ligure au collège ecclésiastique, ne fait que courber la tête sous le JQug de la terreur qui lui est imposée, et que, par conséquent, il p est que passivement coupable de la violation de toutes les lois, de touç les canons de l'Églisej violation à laquelle sa faiblesse connive d'une manière si déplorable ? Nous voudrions le croire et le direj mais^ hélas! Thomme est partout homme; et, s'il n'est en garde perpétuelle contre le principe d'orgueil et de cupidité qui ravage son cceur, il est bientôt envahi par l'ambition, passion dans laquelle viennent s'unir les désirs effrénés des honneurs et de la richesse. Ce second instrument d'asservissement est souvent employé, et cela avec habileté, par Iç gouvwnement russe qui, directement ou indirectement, dispose des évé-

nrniODUcmoN. 43

elles ^ des canonîcats 5 des cures même*, et, en général, de tous les bénéfices de TÉglise; et là se trouve Texplication la plus réelle peut-être de la suprématie abusive que les souverains russes ont successivement acquise sur le colle5gc ecclésiastique non moins que sur le synode, et, par conséquent, sur le culte catholique autant que sur celui de son Église nationale.

Veut-on quelque exemple de cette suprématie, exercée, au nom de son maître, par le directeur général des cultes étrangers, sur les cérémonies et jusque sur la liturgie même de l'Église catholique? Nous allons en citer un qui ne laissera aucun doute sur le pouvoir que ce fonctionnaire s arroge cîrca sacra.

Un beau Jour, il seprésenta à l'esprit de M.Bloudoff une pensée qui, sans doute, lui était dictée par le vif intérêt que lui inspire le bonheur spirituel et temporel de son maître. Il glisse aussitôt, comme propre à faire ressortir la fidélité et le dévouement du clergé catholique, la propo-

> B n'est rkn moins que rare en Pùlogné de roir oonf Arer des cHireft i ^ ecclésiastiques d^ en jiosaefision d'autre^ béné* fices, appartenant très-sourent à d'autres diooèsesw Cet «bus criant paraît avoir, sinon de tout temps, au moins depuis lie» k>]igte»ipe$ stdsislé àum l'Égliie de Fokgtie. Dod» œ cas, le nouveau titulaire perçoit les revenus fonciers de sa cure, et

U^ i. VA \ic4«ç. pçjcïjpy^eia: \^ froits du ^m\¥à\. Ne mus

étonnons pas que cette Église soit ainsi yisitâ?^ et Ir^pfée» <^ la verge du Seigneur.

44 IHTRODUGTION.

sition d'introduire dans le canon même : messe des prières nominatives pour l'empi et pour tous les princes et princesses appartei ou agrégés à la famille impériale, à YïnstaLV c qui se pratique dans la liturgie orientale *. ce qu'il lui est représenté, avec crainte et tn blement, que le souverain pontife, lui seul^ i pouvoir d'ordonner ou d'autoriser quelque i dition au canon de la messe, et que, sans ce\ autorisation, nul prêtre catholique ne pourra sous peine de sacrilège, célébrer les saints my^ tères en récitant les prières du canon aint altéré, M. Bloudoff , après d'assez longues insis tances, finit par exiger que les prières en question, exactement conformes à celles qui se disent dans la liturgie russe^ fussent au moins chantées à l'issue de toutes les messes solennelles. Et, bien instruit des cérémonies catholiqueSy il voulut que les Jours où la grand' messe est célébrée devant le saint sacrement exposé, le chant de ces prières précédât la bénédiction finale, pour obliger, par ce moyen, autant qu'il est en son pouvoir, le clergé et tous les fidèles à y prendre part. 11 serait superflu de dire que le collège, fort heureux d'avoir obtenu une capitulation si honorable et si douce en comparaison

* Ces prières sont appelées en gréco-russe £itouï. fl ea sera parlé plus loin.

IHTBODUGnOir. 45

des Ordres dont il se voyait menacé, s empressa d adopter cette pioposition mitoyenne, et d'en prescrire la stricte observation dans toutes les églises catholiques de Tempire, où ces ordres s'exécutent avec la plus grande ponctualité*. Les documents que nous produirons plus bas montreront l'ingérance tyrannique du gouvernement russe sur l'administration des sacrements de pénitence et d eucharistie, aux grands risques et périls des confesseurs catholiques, principalement dans les neuf gouvernements, ou provinces, démembrés de Tancienne Pologne. L'on y verra de même les mesures de rigueur nouvellement prescrites, et dont l'introduction dans le code criminel de Tempire a été ordonnée, mais sans publicité y contre ceux qui sont, à tort ou à raison, qualifiés d'orthodoxes et qui oseraient se séparer de l'Église dominante. Ces rigueurs, bien entendu, ne s'appliqueront qu'à ceux qui ont embrassé le culte catholique; car il est de notoriété publique qu'aucune punition n'atteint ceux

' L'on ne supposera pas, sans doute, que l'empereur et son oi^iane attachent à ces prières l'espérance d'une plus active protection du ciel. Ni l'un ni l'autre ne professent un assez grand respect pour le culte catholique romain, qui, à leurs yeux, n'a rien de bien recommandable. C'est la prétention effrénée du despotisme, qui se plaît à étendre sa rude main jusque sur le culte <{iie l'homme rend à son créateur, et d'y apporter des modifications dans le seul but d'exercer son orgueiUeuse omnipotence même en matière divine.

qui 6^ donjlieiii à l'ua^ de^ sectes qui^ sous , noîn générique de Roskolniki^se sont sépiare^^ d l'Église dominante, et qu'il e$t à peu près san exemple qu'ua or thodote russe ait passé à Tan des sectes prottstantes. Le meilleur commentair par lequel nous puiasioiis dore cette douloureuse esquisse de f esdai^ge et de l'abjectioa à laquelle se trouve réduite l'ÉgUse catholique en Russie^ se trouvera dans les deux lettres suivantes qui, dans le tempS) nous sont parvenues, ^ dans lesqedles on trouwa des détails qui réuniront en un véridique tabkau le système raisonné d'opprensioii q«re £iit peser sur l'ÉgKse catholique l'omnipotent impériak exercée par un fonctionnaire fanatisé par l'amout du jsdbÂsme^ et maître ab^ohi de» précendoes délibérations du icollége ecclésiastique catholique romain. La confiscation des biens ^ecclésiastiques dans tous les neuf gouvernements de l'ancienne Pologne, «onfiscatioîi l'écemment décrétée par l'empereur, en contradiction formelle avec les stipulations des divers traités de partage de ce malheureux pi^ySi, est tin lait encore peti feotinn, sînoti tîntièrenent îgnoK e^ Europe.

« La position de llÊglîsè câlhôJîque leYi Riresie est en ce moment d'une difficulté extrême.

£Ue est en lutte contre ua pouvoir immense et qui ne se laisse arrêter dda& son exercice par aucune considératÎQa de drokj de justicep ni même d'humanité^ lorsqu il s'agjit pour lui d atteindre le hut politique qu'il s'est proposé. C'en est un actuellement d'éteindre gradueUement^ dans toute Tétendue de ce vaste empire, le catho* lidsme, que l'on y regarde^ et non sans raison , coiAme le principal appui de la nationalité polonaise^ vouée à une destruction complète et sans retour. Ce cruel système a été adopté lors de la dernière insurrection de ce peuple infortuné, et, en le suivant avec une persévérance si passionnée, V empereur ne fait qu'exécuter à la rigueur la proclamation qui précéda l'ouverture des hostilités, et dans bqudUie il déclarait aux insurgés que le premier coup de canon tiré sur ses troupejs tuerait la Pologne. Depuis ce tempe, tous ks, acteS) toutes les mesures émanées du gonvetnemcnt tendent à ce but avec une vio-» leuce et des artiiices inouïs jusque-là^ quoî^ qu'on ne puisse nier que,, bien avant l'avéne* ment de M. Blaudoff à la direaion générs^ des confessions étrangères, l'action, continiue du gouvememeat ue décelât des sentinMoiits* et des vùea profondément hostiles à la religion eatholaque. Vous le savez» le gouvernement rossjs a toc^urs^ professé irn^ tolérance absc^e, non^seulemiffiiC

48 HfTEODVCTlOM.

pour les cultes dissidents venus de Tétranger, mais même pour les schismatiques de sa propre Église. L'Église catholique, elle seule, a toujours fait exception à cette règle de politique générale, parce qu'elle seule, appuyée sur sa haute antiquité, sur son immense étendue, et bien plus encore sur son gouvernement souverain et universel, placée, d'ailleurs, hors des atteintes de l'autocratie russe, lui faisait ombrage. Cette hostilité, cependant, se manifestait plus par ses tendances habituelles que par des actes criants, et il a fallu les événements de Pologne et le créditdeM.Bloudoff pour lui faire prendre le caractère d'oppression et de persécution manifeste qu'elle a pris de nos jours. C'est depuis que ce haut fonctionnaire a pris en main la direction des cultes, qu'a commencé la série de menées ténébreuses qui amenèrent enfin la rupture définitive du lien qui rattachait plusieurs millions de catholiques du rit oriental au grand centre d'unité. L'effet désastreux de ces menées est aujourd'hui connu par des documents officiels, et vous êtes trop au fait de toutes choses pour que j'entre avec vous dans le détail des séductions, des menaces et des violences physiques et morales mises en œuvre, pendant ces dernières années, pour obtenir l'apostasie des trois évéques, et la défection d'une grande partie du clergé supérieur, entraîné par

IMnODUCTlOlf. 49

eux dans cette grande prévarication. Ces malheureux ont, à leur tour, entraîne dans leur chute leurs ouailles longtemps récalcitrantes, mais incapables, après un si triste exemple, de résister au pouvoir, armé de toutes ses rigueurs. Forcées de subir le gouvernement de leurs infidèles pasteurs, elles ignorent même en partie le schisme dans lequel ceux-ci les ont précipitées.

a Je ne vous entretiendrai pas plus longtemps de ce sujet d une affliction d'autant plus profonde que ce mal est sans remède, et je ne vous parierai que de la position non moins critique où se trouve actuellement TEglise catholique du rit latin, des dangers très-sérieux dont elle est de plus en plus menacée, et des difficultés journalières qu'elle est réduite à combattre avec tant de désavantages.

a La principale est, comme vous savez, son mode d'administration centrale par un collège qui peut tout sur elle et contre elle, et rien pour elle. Avec la faculté qu il avait de recourir à Rome, en toute cause majeure, et d'en référer simplement aux décisions du saint-siége, cette autorité eût pu être protectrice des intérêts de l'Eglise qu'elle représente; mais depuis que par l'institution du ministère de l'intérieut, et, qui plus est, d'un directeur général des cultes, elle a reçu un chef direct laïque, aujourd'hui même

schismaliqUe et ennemi déclare dn culte et delà foi catholique^ elle se trouve soumise à un ennemi, supérieur par son crédit et par sa position^ au président du collège, vainement décoré du titré de tnétropolitCé Cette assemblée n a plus que le choix d'une soumission absolue ou d'une répression (truelle, et aucun de ses membres n'a la sainte vocation du mârtyre« Il faut donc savoir gré à M, Bloudoff de ce qu'il ne porte pas plus loin l'exercice de son omnipotence; car s'il lui plaisait, au moyen d'un ordre souverain, qu'il ne lui serait pas difHcile d'obtenir, d'interdire, paf exemple, tout culte solennel dans nos églises, comme pouvant attirer à lui des orthodoxes j de supprimer toutes les fêtes particulières de TEglise catholique j de ne permettre que la célébration d'une ou deux messes basses, les dimanches et les fêtes, et de réduire l'administration des sacrements, à l'instar de ce qui se pratique chez les Husses, à la confession et à la communion pascales; je ne sais, en vérité, ce que ferait le collège ecclésiastique, ni comment il pourrait éviter de sanctionner toutes ces sacrilèges servitudes, et d'en prescrire l'exécution aux évêques diocésains et à leur malheureux clergé! ÎRésister à la volonté impériale! c'est d'une audace dont tjul ne se sent capable. Et d'ailleurs, si un seul l'osait, et cela en présence du procureur impérial, sait-il

unmoMjtiTioii^ Il

s'il ne serait pas abandonDé par ses collègues et sacrifié immédiatement tons avantage réel pour la religion ? Cest ainsi que ohacuti raisonne en son particulier^ et croit pouvoir mettre en repOs sa Gonsciencei

(( Différents oukàsés nouvellement reûduâcirca sacra^ et que je trouve moyen de vous faire parvenir^ vous prouveront que la redoutable hypo^ thèse que j'ai posée plus haut n'est pas sans fondement é Elle vous fera voir comment, au moyeb de ses i^xéXtxiAxi^^ propositions ^ le directeur des cultes ordonnance et réglemente à gré et à volonté, même ladminiâtration des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Pourtant il faut que )e vous dise que Tart* à de Toukase du 3i dé^ cembre dernier, dont je vous envoie, ainsi que du précédent et des suivants ^ copie authetiti* que, ayant paru au collège établir un précédent trop dangereux dans ses conséquenceS| en matière sacramentelle^ il a hésité pendant troia jouira avant d'y adhérer par un vote formel. Sa résistance n'a pu aller plus loin^ mais le président actuel 5 larchevêque iiômmé de Mohileff, s'est dévoué pour tous, au point de demander une audience particulière à l'etnpereuri afin d'exposer à Sa Majesté ses scrupules de conscience que partageait tout le collège^ L'empereur^ déjà prévenu par M* Bloudoff, donna t{Uelqttes a&8ttrânee&

5t INTRODCCTlOir.

tranquillisâmes, c'est-à-dire qu'il s'excusa de Tinteution de vouloir violenter les consciences en matière de dogme \ et fit écrire, par son ministre, une lettre conçue dans ce sens, et que vous trouverez aussi jointe à mon envoi. Une modification légère, et qui laisse subsister en son entier le principe de la défense de recevoir à contësse des personnes étrangères à la paroisse des confesseurs, parut au collège pleinement satisfaisante, et il promulgua^ sans difficultés ultérieures, loukase impérial.

cf Toutefois cette démarche du prélat, qui à tout autre eût paru très-dangereuse, et dont le succès vous semblera aussi douteux qu'imperceptible, ne laissa pas de produire quelque effet sur M. Bloudoff. Il paraît actuellement un peu moins pressé de solliciter et de notifier, en matière purement spirituelle, des volontés souveraines^ mais il ne faut pas s'y tromper, sa circonspection actuelle n'est qu'apparente et passagère, et le ressentiment que lui inspire ce simulacre de résistance le portera à prendre sa revanche le plus tôt possible.,

« L'on a essayé dernièrement d'obtenir du clergé du royaume de Pologne, qui jusqu'à pré-

* Gomme si la parfaite indépendance du saint ministère, en matière sacramentelle surtout, n'était pas un des premiers et des plus importants dogmes de la foi catholique!

sent a pu conserver une administration propre et tout à fait indépendante du collège de Saint- Pétersbourg, la demande de s'y réunir, en entrant sous son obédience et y envoyant ses députés '. C'eût été tresser, de ses propres mains, une corde pour se faire étrangler. Aussi a-t-îl eu le bon esprit de se refuser à des propositions faites de la manière la plus séduisante, et précédées de nombreuses décorations distribuées ad captandam beneçolentiam. Il faudra voir actuellement si le gouvernement ne se déterminera pas à emporter d'autorité ce qu'il n'a pu obtenir sous l'apparence d'une libre concession. En attendant, et pour peu que l'oppression dure (^.neore^ ce malheureux pays, ainsi que les provinces russo-polonaises, n'auront plus ni évéques,ni prêtres, ni églises, ni peut-être des fidèles, à moins toutefois qu'il ne plaise au Seigneur de venir au secours de son héritage.

w Que vous dirai-je de notre Académie de Vilna, seul établissement institué et même toléré pour former des candidats au sacerdoce catholique? Les emplois de professeurs, tous à la no-

' L'on remarquera l'astuce avec laquelle le gouyerûement procède en pareille matière, tantôt en fractionnant le collège eod^iastique en deux parties indépendantes, comme cela a eu lieu pour l'émancipation deâ grecs-unià ; tantôt en fondant en un Kol les collèges ecclésiastiques de Russie et du royaume de Po« logne i mais toujours dans des buts nuisibles au catholidsme.

M IMTReDVGTIOM.

mination du gouvernement, sont, en majeure partie, donnés à des laïques et même à des schis^ matiques, et le cours entier de l'instruotion est réglementé par le ministère de rinstruction publique, d'aecord avec la direction générale des eultes étrangers. Uautorité épiscopale n'a sur oet établissement aucun pouvoir, aucqne influence quelconque. Le grand, je dirai plutôt Tunique but de cette institution, comme de toutes celles de l'empire, que vous connaissez aussi bien que moi, c^est de donner aujK élèves une forte reli- ^on politiquey ^n leur inculquant, toujours et à toute occasion , le devoir d'une soumission absolue aux vues du gouvernement, et une vénération exagérée jusqu'à labsurde pour la personne %l pour les volontés du monarque. Xj'on comprend tout ce que peut et doit produire un pareil système d'édiication, appliqué aux candidats du sacerdoce catholique romain. »

« La mesure, depuis longtemps proposéq, d'enlever au clergé catholique l'administratipn des biens et domaines considérables qu'il possède en Russie, vient enfin d'être adoptée et décrétée

par Veropereur en pergonne. Ce ne sewit pas

peut*- être un malheur bien grand, car la priva-^ tion de biens temporels épurerait les vocations

clf riwles, et compenserait la dîminntÎQD dti nombre des pasteurs par leurs éminente^ vertus, Cela

IMTEODITGTIOM. 55

s'est VU ailleurs et se reverrait probablement en Bussie. Mais tous les efforts qu a faits jusqu'ici notre gouvernement pour circonscrire le culte catholique dans les limites les plus étroites possibles, doit faire craindre qu'en se saisissant de l'administration des biens de l'Église, qui vont être livrés à des mains rapaces et infidèles, le gouvernement n'ait, dès à présent, l'intention de supprimer encore une autre partie de nos

^lifte^, ^ons le prétexte qu'elles n ont plus de moyen» suflSsants pour subvenir aux frais du culte» Déjà il en reste si peu, que plusieurs paroisses ont des rayons de quatre-vingts et de cent verstes \ et quand une si grande étendue de pays n'a, pour le service paroissial, qu'un ou deux prêtres au plus, l'on peut juger de la difficulté qu'il y a pour eux de pourvoir au salut des âmes, et à quels périls sont exposés les malades, les infirmes, les vieillards, « l^t^ni bien certain de la sûreté de l'occasion

qui se présente aujourd'hui^ je puis m'en servir

pour vous adresser un document d'autre nature, qui, bien qu'il établisse des pénalités nouvelles contre ceux qui abandonneraient la religion dominante (vous save^s que cela signifie : qui deviendraient eatbûljques), reste epcore enfoui

• Vinçt et yingt^cin^ lieues. La vcrçte équivaut presque à im quart de lieue.

dans les cartons du ministère de Tintérieur, pour être exécuté dès que le gouvernement le jugera convenable. D'ici là personne ne le connaîtra, ceux-là seuls exceptés que leur position personnelle met à même de connaître des choses longtemps cachées au public. Vous pouvez ajouter foi pleine et entière à la copie que je vous envoie. >»

La communication que nous avons cru devoir donner à nos lecteurs^ de cette partie de notre correspondance, servira, nous lespërons, à établir notre parfaite droiture dans la cause que nous allons débattre au grand jour de la publicité européenne. Cet important débat portera sur deux points distincts, quoique intrinsèquement liés entre eux : Thistorique de la défection de TÉglise grecque-unie de Russie et la perte de près de trois millions d'âmes, enlevées, malgré elles pour la plupart, à la seule, unique et véritable Église catholique, au bercail de Jésus-Ctrist. En livrant à la publicité des documents relatifs à ce déplorable événement, nous serons conduits à en combattre la teneur, en tant qu'elle se montrera contraire à la vérité historique et dogmatique^ opposition que nous essayerons de démontrer par les deux seules voies qui se présentent à nous : le récit historique de l'origine et de 1 ac-

llfTROIHTCTfOlf. ft7

compiissement du schisme, et I examen des dogmes controversés entre les deux Églises. Noos terminerons l'ouvrage que nous avons entrepris par Texposé, bien et dûment documenté, de l'oppression toujours croissante sous laquelle gémit, en Bussie, TLglise catholique du rit latin, dont la suppression graduelle est dans les vues (lu gouvernement. Une médiocre attention à ces documents suffira pour ne laisser aucun doute à cet égard; elle découvrira à tous les yeux lanimadversîon constante du gouvernement russe pour une Église dont l'influence lui paraît d'autant plus à craindre, que, par le fait de son existence, elle proclame le principe de Vindépendance spirituelle de VÉglisey de la puissance temporelle f principe détesté d'un gouvernement basé sur l'omnipotence absolue de son chef.

Nous réclamerons ici l'indulgence du public pour le texte de la traduction française que nous lui donnons de documents imprimés et d'autres inédits. Le lecteur judicieux comprendra le devoir impérieux imposé, en pareil cas, au traducteur; et il nous saura gré d'avoir sacrifié le choix de termes réputés synonymes, et quelquefois même les formes élégantes de la construction française, au besoin d'être, avant tout, exact et littéral : à cet égard nous ne craindrions pas

59 iimoDUcriON.

]a critique, même la moins bienveillante, et bien moins encore le jugement impartial de toute personne suffisamment instruite des deux lan-^ gués que nous avons mises en œuvre avec la plus scrupuleuse fidélité.

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