‹ Persécution et souffrances de l'église catholique en RussieChapitre 6 sur 28 · DB L'BUIPIBB DB RUSSIE · texte numérisé non relu

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apparence religieuse, et qu'elle n'est en réalité que l'accomplissement forcé de la première partie d'un vaste plan politique, depuis longtemps conçu et mûri dans le secret du cabinet russe ; plan que nous avons entendu discuter plus d'une fois, et qui consiste à réunir tôt ou tard, en un seul et même corps de nation, tous les peuples dont les langues nationales sont dérivées du slave, et qui, à ce titre, devraient, au dire des Russes, ne former qu'une immense famille dont, comme il est bien entendu, l'empereur de Russie serait le chef nécessaire ^

L'on serait dans une bien grande erreur, si l'on pensait qu'un plan pareil, tant à cause de son immensité, qu'à raison de ce qu'il ne pourrait recevoir sou entière exécution que peu à peu, et par consé* quent à une époque bien éloignée, n'a pu être sérieusement conçu par la Russie. L'expenence d^un siècle et demi et l'appréciation de l'histoire militaire et politique de cet empire, dans cette courte période, font voir, par le point où il est parvenu, celui auquel il peut espérer de parvenir encore; et ces orgueilleuses espérances s'expriment assez nettement par les bouches russes, inspirées qu'elles sont de l'es-

* n est digne de remarque que cette même vue politique avait formé la base de l'association conspiratrice qui s'est dévoilée par la révolte armée du 26 décembre 1825, et qui avait pris la dénomination de société des Statues réunis ; tant cette idée poli-tique est naturelle aux Russes. Ce que la société prétendait opérer par les voies révolutionnaires, le gouvernement russe le prépare au moyen de l'extension de son Église nationale, commençant par sa Pologne, dont il veut opérer la fusion complète avec la Russie, en absorbant sa langue et extirpant sa religion.

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prit de hauta nationalité slave qui soufiAe des hautea régions.

A cet égard le règne actuel a quelque chode d'extrêmement remarquable, comparé à celui du règne précédent. Toute l'ambition de celui-ci était de figurer avec avantage dans la société européenne^ et dans ce but il se plaisait beaucoup trop, il £aiut l'avouer, dans le cercle d'idées que l'on décore du nom de progressives, de libérales, etc. L'esprit, le langage, l'étiquette de sa cour avaient un caractère plus français que russe, et le costume de cérémonie de l'impératrice et de ses dames, bien que désigné quelquefois sous le nom de robes russes, ne démentait pas le caractère général des modes de Paris et du costume obligé des cours étrangères. U en est tout autrement sous le règne çictuel. La oour féminine, l'impératricerct les grandes-duchesses en tête, ne paraissent plus, dans les occasions d'appara^ que dans le costume populaire de la fiussie. Leurs robes sont des sarafrani ^, leurs coiffures de grands cacochnikiy recouverts d'un vaste voile. C'est dans ce costume si opposé au goût européen, costume qui jusqu'à ce changement n'était porté que par les villageoises et par les nourrices venues du village (car les femmes des marchands et des bourgeois russes ne le voulaient plus porter); c'est dans cet étiange costume, qui, toutefois, ne manque pas de grâce, et qui d'ail-

* SartjfroHf robe sans manches, oraée sui* le devant, de la taille aux pieds, d'une rangée de boutons, entre deux galons ou bandes de veloiuis. Cacochnik^ coiffure élevée et arrondie qui eache les cheveux sur le front. U est ouvert en arrière pour les filles et fermé pour les femmes.

leurs te prête au développement d'uae grande magnificence, que sont peints ou gravés tous les portraits de Fimpèratrice qui sont livrés au commerce.

L'empereur, de son côté, ne veut être que Russe ; il porte avec une indicible fierté ce nom, comme étant celui de la plus puissante nation de l'univers, n veut que chez lui, autour de lui, tout soit f^sse, et cette partie de son caractère plaft si bien à son peuple, qu'elle compense cette teinte d'inflexible sévérité qui, sans cela, le ferait plus craindre qu'aimer. Ces détails, qui nous ont conduit, en apparence au moins, un peu loin de notre sujet, nous ont paru nécessaires, pour prouver la thèse politique que nous venons de proposer, et que confirmera, aux yeux du lecteur intdligent, la répétition presque fastidieuse qu'il remarquera dans les documents émanés des deux syiDodes,- de ces assurances que la population des neuf provinces polono^russes n'ont qu'une même origine, sont issues d'un même sang et parlent une même langue ; trois propositions au moins partiellement trèstontestables (surtout en ce qui concerne la Lithuanie), et desquelles cependant l'on déduit hardiment la conséquence que ces populations appartiennent, par droit de commune origine, à la Russie, et que par conséquent, et sans égard aux franchises ni aux immunités que leur assurent les traités de cession, elles ne doivent pas professer une autre religion, ni être, en matière spirituelle, soumises a une autre autorité enseignante et dirigeante, que le synode de Russie, en d'autres termes, comme nous l'avons fait voir, que l'empereur, chef spirituel et universel, aux yeux du synode, de toute l'Église gréco-slave.

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C'est donc avec une hypocrisie avérée que le manifeste, et avec lui l'acte du synode de Polotsk, ainsi que ceux du synode de Russie, invoquent, fort légèrement il est vrai, le zèle du salut des âmes, comme l'une des causes qui auraient déterminé la défection des évêques et du clergé grec-uni^ et qu'il met au rang d'une des conditions de ce salut la faculté d'entendre célébrer la liturgie dans la langue natale du peuple * .

Rien d'abord n'est en soi plus indifférent que d'assister à une messe orthodoxe célébrée dans telle langue ou dans telle autre, pourvu que l'on apporte à la participation au sacrifice les dispositions et les sentiments que ce sacrifice commémoratif, figure de celui de la croix, doit inspirer au fidèle pénétré d'une foi pleine d'amour. Que des protestants, dont le culte est réduit au prêche et au chant de quelque cantique, tiennent à ce que pour ce culte, qui n'en est pas un^ l'on se serve de la langue usuelle du peuple qui y prend part, rien de plus naturel^ rien de plus juste. Mais qu'un synode^ où se doivent trouver comme concentrées les lumières théologiques et la science de l'histoire de l'Éghse, vienne réduire les précieux gages du salut des âmes à la forme extérieure des rits et cé«

^ Nous nous permettrons, à cet égard, une réflexion aussi simple que yraie. Si rintelligence de la langue liturgique est d'une importance telle, qu'elle mérite d'être comptée parmi les

conditions du salut des âmes, l'Eglise russe devrait, en conscience, aller plus loin, en se servant pour ses offices de l'idiome

populaire bien plus intelligible au commun de ses fidèles que la langue slave, qui n'est bien comprise que de ceux qui l'ont étudiée.

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rémonies, ou à la langue liturgique, cela devient in* compréhensible jusqu'à choquer la raison.

Ce privilège d'entendre la langue liturgique n'est d'ailleurs qu'une pure fiction. En Russie, toutes les prières qui accompagnent la messe et les autres offices de l'Eglise sont récitées ou chantées dans le vieil idiome slave^ dont la langue russe n'est qu'un dérivé ; de sorte que le texte des saintes Écritures^ les hymnes, les antiennes, les prières mêmes du canon, sont difficilement intelligibles à ceux qui n'en ont pas fait une étude, et par conséquent au gros du peuple qui ne l'a jamais pu étudier. Ce qu'il peut en entendre, ce n'est que par l'analogie plus ou moins radicale des mots, à peu près comme un Italien comprend des paroles latines, voisines de sa propre langue. Cette difficulté est bien plus grande encore pour la population des provinces de l'ouest dont la langue, quoique dérivée d'une même source, a cependant contracté des modifications (surtout dans ses terminaisons et dans sa prosodie), qui la rendent aussi difficile à comprendre pour les Russes que l'idiome russe leur est devenu peu intelligible, n en est de même du fond des populations qui occupent les gouvernements composant la Petite Russie, et qui parlent un idiome particulier, bien plus éloigné du slave que la langue russe. Ce serait en effet une exception bien singulière à la marche ordinaire des choses, qu'un peuple, hétérogène dans sa composition, quoi que l'on veuille dire pour soutenir le contraire ; un peuple qui s'est soumis de vastes territoires peuplés d'habitants divers, et qui aujourd'hui se trouve répandu sur un sol immense, eut conservé, sans la moindre admixtion de langues étrangères, sans

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aucune de ces corruptions de langage que ncraa appelons patois, la langue primitive de ses aïeux ou de ses conquérants. Ce fait est impossible ; et quant à la Russie, il manque radicalement de vérité, puisque sa langue primitive, devenue langue liturgique et sacrée, c'est-à-dire à peu près langue morte, s'écrit en caractères antiques, et que la langue parlée n'a plus avec elle qu'une communauté de racines ^

Une inexactitude non moins palpable se trouve dans ces paroles flatteuses dont se sert le manifeste : Tel a toujours été le peuple russe; toujours un, toujours le même, dans toutes ks parties de sa grande patrie. Si ce passage a un sens historique, le synode sait fort bien que sa grande patrie, presque tout entière, n'offre qu'une agglomération de conquêtes. H ne pent ignorer que, dès la première période de rétablissement slave dans l'est de l'Europe, ces peuples venus d'Asie ont eu dans le nord, où ils avaient fondé la grapde Novgorod (ville neuve), à lutter contre les Vamigues, peuplade normande, qui ont fini par leur donner, de gré ou de force, des maîtres dans la personne de Rourik et de ses deux frères , et que ceux-ci ont réuni à leur nouvel état leurs domaine^ patrimoniaux; que dans le sud, où ils avaient fondé Kief, ils se trouvaient pressés et tourmentés par d'autres peuplades, celles des Polovtsi, des PetchenègueSy des

* Les prêtres russes comprennent hlen^ jujqu à un csrtam points les saintes Écritures et leurs livres liturgiques; mais assurément on n'eii trouverfiit pas un sur mille qui fut capable de prêcher en ^UtYQu, Q^ dç Hi servir de cette langue, même en conversant ej^tre e}\%. A plus forte raison cet idiome ne peut -il pas être appelé populaire.

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Drevlîani, ^t d'autres encore, que les Slaves finirent par exterminer ou par incorporer à leur nation ; que les provinces qu'ils possèdent aujourd'hui dans l'ouest leur ont très-longten^ps été disputées par les Polonais, et qu'elles ont été alternativement prises et occupées par les deux peuples, la Lithuanie, patrimoine des Jagellon, seule exceptée, qui jusqu'à ces derniers temps n'avait jamais été conquise par les armes russes.

Nous ne parlerons pas ici des acquêts postérieurs faits par la Russie, sur la Suède^ sur la Turquie, sur les Tartares, que nous avons rappelés dans notre avant-propos ; mais nous ne pouvons nous dispenser d'observer que ce sont là de singuliers éléments de cette wnité potUique et nationale, de cette unité d'origine, de sang et de langage dont le synode prétend^ dans une intention fecile à définir, et contre toute vérité historique, faire honneur au peuple russe ^

Mais si cette prétention à l'unité du peuple russe

* Cette fietio» historique aurait trop peu d'importance pour mériter d'être relevée et combattue, si, dans l'intention du gouvernement russe qui )'a dictée, elle w formait pas une de ces pierres d'«ttente destinées à relier m édifice existant aux accroissements futurs projeté^ par k propriétaire. A cette étrange prétention 4 l'unité originelle et même actuelle de ce que l'on appelle la nation russe, nous objecterons le témoignage d'un écrivain moderne, qui a donné à l'Europe savante un ta** bleau statistique de l'empire de Aussie.

• Il n'y a pas de pays au monde» dit pet auteur, où il y ait un td mélange, une telle variéié d'hahîiants; cm ils difl^bvent plus les

uns des autres, par les mcmrsy le langage, la reiigwif e|e. Sa? • loui ailleurs en a pu ebsenwr une serte de différence entre le

n'a qu'un sens purement religieux, notre étonnement sera plus grand encore^ et nous aurons le regret d'avoir à imputer à un document d'une haute importance émané d'une assemblée respectable, par Tâge et par la dignité de ses membres, une altération intentionnelle de la vérité. Car, comment l'autorité suprême et centrale de l'Eglise gréco-russe pourraît-elle ignorer l'existence des sectes nombreuses qui s'en sont séparées, et que le langage commun du pays comprend sous la dénomination très-impropre, mais générique, de Roskolniki \ schismatiques. Nous qualifions d'impropre la dénomination de schismatiques que Ton donne, en Russie, à toutes ces sectes, sans exception ni distinction entre elles, parce que la plupart sont séparées de l'Eglise dominante, non pas seulement par refus de soumission à son autorité, ni même pour cause de différences essentielles entre les rits, mais parce que beaucoup d'entre elles professent des hérésies plus ou moins monstrueuses, plus ou moins dignes d'horreur*. Elles sont d'ailleurs aussi

peuple conquis et le peuple conquérant; mais elle s'est affaiblie par degrés ; ils se sont enfin confondus : tandis qu'en Russie, on ne yoit pas seulement quelques nations, mais comme une nml' titude de nations^ avec des variétés telles, que la plus longue domination n'a pu les effacer. » Storch, Tableau de F empire de Russie,

* Mot dérivé de roskol, fente, séparation d'un même corps en plusieurs fractions, ce qui répond exactement au schisma des Grecs.Les Russes ne s'en servent pas volontiers, sachant fort bien que notre Eglise ne les considère pas autrement qu'eux ne considèrent leurs propres schismatiques. Or rien ne les offense plus sensiblement que cette définition de leur situation envers l'Eglise universelle.

^ Le synode et le véridique auteur de. son manifeste peu-

nombreuses qu'opposées entre elles, à commencer par les Storovertsi, vieux croyant s j dont une partie ne s'est séparée de l'Église dominante que pour ne pas adopter des innovations, c'est-à-dire la substitution du chant figuré au plain-chant, ou pour avoir condamné la réimpression des livres saints, d'après une correction ordonnée par le célèbre patriarche Nicon; jusqu'à la Bezpopovtschina, secte qui n'admet ni sacerdoce, ni culte public, ni sacrements ; aux Soubothniki^ Sabatkisansy chrétiens judaisants, qui confèrent le baptême et pratiquent la circoncision, qui célèbrent les pâques chrétiennes en conservant le rit des azymes, etc. ; aux Dùukhobortsij secte dont les dogmes secrets et les impures pratiques paraissent n'être pas encore suffisamment connus ; et jusqu'à cette abominable secte des SkafUiy espèces d* origénistes qui existent dans toutes les villes et surtout dans les capitales, et, par conséquent, sous les yeux du gouvernement qui les tolère. Ceux-ci, eunuques volontaires, sont mutilés en entrant dans la secte, qui, malgré une condition si dure et si honteuse, se maintient et se propage au moyen des fanatiques exhortations de ces infâmes sectaires, appuyées de leurs grandes richesses et des sacrifices

vent d'autant moins être censés ignorer l'existence de ces sectes, que la plupart d'entre elles possèdent, à Saint-Pétersbourg même, des églises ou chapelles dans lesquelles elles exercent leur culte. Gomme celles qui ont conservé la liturgie et le sacerdoce n'ont point d'évêques, elles recrutent leur clergé parmi les prêtres et les clercs que quelques méfaits ont fait destituer de leurs fonctions, et ceux-ci, trouvant par ce moyen de quoi se dédommager de la perte de leurs emplois, ne font pas la moindre difficulté de s'attacher à ces sectaires.

qu'ils font pour acquérir des prosélytes. Nous courrions risque de donner de l'ennui à nos lecteurs, si nous continuions la riche nomenclature de toutes ces sectes, connues ou encore inconnues (car il s'en forme de temps en temps de nouvelles), dont quelques-unes sont tellement détestables, que la promiscuité des femmes est leur moindre crime * .

Nous le demandons, existe- t-il en Europe un peuple qui compte dans son sein des sectes aussi nombreuses, aussi discordantes entre elles, et dont les abominables pratiques soient plus faites pour exciter l'attention du gouvernement et le zèle du synode; sectes dont l'unique principe commun est de détester à Fenvi leur Église dominante? La protestante Angleterre, les États-Unis d'Amérique, ces pays ^qui professent la tolérance la plus absolue en matière de culte, et proclament le principe de la plus entière liberté de conscience, renferment-ils des sectes aussi diverses et aussi étranges dans leurs doctrines et leurs pratiques ; et le noble auteur des Soirées de Saint-Pétershourg^ dont les ouvrages témoignent de la parfaite connaissance qu'il avait acquise de la situation religieuse de la Russie, avait-il tort, allait-il trop loin en comparant l'Eglise russe à un corps privé de vie, duquel pullulent des milliers d'êtres immondes auxquels sa putréfaction donne naissance? Et c'est en face d'une pa« reille situation que le synode de Russie ne craint pas d'appeler le peuple russe, en quelque sorte même à réclusion de tous les autres, et principalement sous k rapport religieux, un pmple taujoMrs un^ toujours le

I F'oy. note additionnelle 19.

même dans son immense patrie! Rappellerons^nous kA la religion catholique,les cultes protestants pratiqués,noa pas en vertu d'une sage tolérance, mais de plein droit, dans plus du quart des provinces russes; et rislamisme, le paganisme même se partageante peu près tout Test, et, en partie, le midi de l'empire, à la grande honte de l'Eglise nationale et du gouvernement impérial, qui, ligués^ pendant des années, pour préparer et déterminer la défection de trois prélats catholiques, re8« tent indifférents aux schismes qui déchirent leur propre Église, et ne trouvent pas le moyen de propager la lumière évangélique parmi des peuples livrés au culte du Coran, et à celui bien plus dégradant encore dea fétiches et des schamans * I C'est que, comme le dit fort bien l'illustre écrivain que nous venons de citer, l'Église russe, infidèle épouse, divorcée de Tépoux, a été, par un juste jugement, privée de sa fécondité, et devenue inhabile à donner des enfants à l'Église. Par le tableau fidèle que nous venons de tracer, en opposition à l'éloge que fait le synode de l'unité et de Timmnabilité du peuple russe en matière de foi, l'on jugera, en connaissance de cause, de la confiance que l'on peut et doit accorder s^wx antres allégations de son manifeste,

Nous y trouvons, dès la première page, une acpression dont la justesse frappera nos lecteurs. C'est celle de Latinisme, employée pour désigner l'Eghsc catholique du rit romain. Le synode a dû savoir gré à l'invepteur de cette déaonoination, qui, pour premier mérite, transforme u^e question religieuse ea une

^ f^oy. note additionnelle 20.

question de langue : ce qui nous autorise à donner à rÉglise gréco-russe la dénomination de slavonisme \ L'auteur de cette ingénieuse découverte ne s'est pas aperçu, sans doute, qu'en donnant à notre langue sacrée le tort de n'être pas orientale, et en l'érigeant en principe de séparation religieuse, il donnerait à l'Eglise grecque le droit de répudier l'Eglise de Russie, par le seul motif que, n'employant pas à sa liturgie la langue grecque, elle n'a pas le droit de se décorer de ce nom, et qu'il ne doit lui être accordé que cette autre dénomination que nous avons indiquée, et dont elle se montrerait peu flattée, de russo-slavonnienne. Au reste, il ne dépendra jamais du synode de mettre en vogue 9on latinisme j ni de trouver aucune autre dénomination à nous infliger en substitution du simple et beau nom de catholiques que nous donnent amis et ennemis dans toutes les parties de la terre ^.

Quelques lignes plus haut nous voyons le manifeste donner à l'Orient, et bien évidemment par exclusion de l'Occident, la fastueuse épithète d'orthodoxe '. Cette prétention exclusive, en faveur de cette vaste partie du

* Fojr. note additionnelle 21 .

* Les réformateurs du seizième siècle avaient incomparablement plus d'esprit, lorsqu'ils essayaient de nous donner le nom de Papistes; celui-ci exprimait au moins mie vérité en nous déclarant sectateurs soumis et fidèles de la chaire de saint Pierre, dans la personne du successeur du prince des apôtres.

' Le comble de la déraison serait de considérer, comme également orthodoxes, deux Églises dissidentes. Il n'est guère moins déraisonnable d'attacher l'idée et le prédicat d'orthodoxie à une contrée de la terre, orientale quant à l'Europe, occidentale quant à la Chine.

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monde, se trouve répétée sous toutes sortes de formes, tant dans le manifeste du synode que dans l'acte synodal de Polotsk, dicté par lui, et dans les autres documents qui y sont relatifs, et cette perpétuelle répétition confirme la haute importance que, de part et d'autre, Ton attache à cette doctrine de t'immuabilité

orthodoxe de l'Orient. Or, l'histoire de l'Eglise nous montre, presque sur toutes les pages de ses vénérables antiquités, que, bien loin d'avoir droit à cette qualification exclusive d'orthodoxe, c'est des contrées orientales que sont soities toutes les hérésies qui, dès les premiers siècles de l'Eglise, ont troublé la paix du monde chrétien. L'histoire de cette monarchie dégradée, que l'on a justement qualifiée de Bas-Empire, ne nous montre que des troubles et des révolutions religieuses, trop souvent protégées contre les décisions de l'Eglise, par cette série de princes massacrants ou massacrés, qui parvenaient au trône presque toujours arrosé du sang de ses derniers maîtres. Faut-il, en laissant de côté les hérésies des Cérinthe, des Ebion et d'autres encore, que, même au siècle apostolique, des Eglises d^Am opposaient à la saine doctrine, telle qu'elle sortait vivante de la bouche des disciples de Jésus-Christ, rappeler au savant synode de Aussie les abominables hérésies des Ârius, des Macédonius, blasphémateurs impies de la divinité du Fils de Dieu et de l'Esprit-Saint, ou des erreurs non moins impies des Nestorius, des Eutychès, des iconoclastes, et de tant et tant d'autres qui se succédaient, sans nombre et sans fin, sur le vaste théâtre qu'offrait à leurs fureurs cette Eglise si orthodoxe de l'Orient? Et pour sortir de cette légion de novateurs, engendrés par

les misérables subtilités et par l'ergotisme obstiné de l'école philosophico- monastique d'Alexandrie, de Gonstantinople, etc., d'où est venu cet abominable Manès avec son cortège de gnostiques et son satanique système du dualisme, emprunté au culte superstitieux des Parses? Qui a vu naître, qui a vomi sur la civilisation encore naissante du christianisme ce fougueux prédicateur d'un livre, qui n'aurait aucun sens, si, pour sa rédaction, le marchand illettré de chameaux ne se fut adjoint un juif et un moine hérétique de l'Eglise d'Orient ? Et contre qui donc ont été célébrés ces sept conciles que l'Église gréco-russe prétend être les seuls œcuméniques, sans doute parce que tous ont été célébrés en Orient? Et par quelle autre raison y ont-ils été célébrés, si ce n'est pour combattre sur leur propre terrain les perpétuelles erreurs que cet Orient, toujours si fetal au repos de l'Église, voyait sans cesse renaître parmi ses pasteurs eux-mêmes ?

Non, l'Orient n'a pas été essentiellement ni, comme on veut le prétendre, exclusivement orthodoxe. Nous dirons plus : l'Orient, suivant le pian divin, n'a jamais pu ni du devenir la terre classique du christianisme. Sous son ciel ardent, sur cette terre douée d'une fécondité qui tient du prodige, l'intelligence humaine, étouffée sous la puissanced'une imagination surexcitée par le luxe de la nature et par ses trop grands bienfaits, était trop encline aux rêveries, nous dirions volontiers au romantisme religieux, pour que la rehgion chrétienne pût s'y maintenir dans sa pureté native, à moins d'une autorité extérieure qui subjuguât et retînt, en matière de foi, dans de justes bornes, cette faculté Imaginative^ si dangereuse^ et toujours si prompte à

s'égarer aux périlleuses spéculations propres aux ha* bitauts de ces beaux climats. Ces peuples^ comme tous les autres, deyaient vivre et prospérer dans la foi, à Fombre des vastes branches de cet arbre immense, sorti du grain de sénevé, sous remblème duquel Jésus* CSirist nous a peint son Eghse que si souvent il appelle du nom de royaume, et qui, si elle n'avait pas un chef suprême et visible, ne serait pas même une république Uen constituée. Mais la racine, le tronc de cet arbre mystérieux avait besoin d'un autre sol. Une terre plus propre à sa prodigieuse croissance, une terre arrosée du sang des deux grands apôtres ot de millions de généreux martyrs, devait recevoir et nourrir sa racine, et ce n'est sans doute que par l'effet d'une inspiration divine, en vertu d'un commandement direct peut-être de Jèsus-Christ, que son glorieux vicaire, le prince des apôtres, quittant la voluptueuse Ântioche, et abandonnant pour toujours cet Orient si peu propre au développement de la plante évangélique, porta son siège souverain, le trône de la vérité, dans cette Rome que les prophéties avaient si clairement désignée pour être le siège de l'éternel empire du Christ sur la terre*

Où était alors cette ambitieuse Byzance qui ne devait naître que plus de trois siècles après la fondation du siège apostolique à Rome, et qui, dans un jour de folle ivresse, devait juger et condamner son maître dans la foi? Elle n'était pas née, et, comme il a été dit du disciple traître à Jésus -Christ, il eût été meilleur pour elle de ne naître jamais.

Mais admettant, comme une simple hypothèse, un principe quelconque de rivalité hiérarchique entre la

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Rome antique et sa fille^ la Rome byzantine, nous dirons hardiment que la cause pendante entre les deux cités aurait été souverainement jugée par les événements qui, pour les choses de la terre, sont le langage de la Providence et souvent de la justice divine. Toutes deux sont tombées du feite de la grandeur et de la puissance temporelle ; mais l'une, pour se relever plus grande mille fois sous le sceptre du sacerdoce royal, pour être la capitale de l'univers chrétien, la métropole de l'enseignement, le foyer de la lumière évangélique pour des centaines de millions de fidèles répandus dans toutes les régions qu'éclaire le soleil; ta Jérusalem nouvelle, ouverte aux adorations de toutes les nations, et qui répand sur elles tous les dons de la miséricorde divine ; l'autre, pour gémiVyCommeSamarie, jusqu'à la fin peut-être, et tout au moins tant qu'elle n'aura pas abjuré ses schismatiques égarements, sous les servitudes d'un dominateur mécréant, qui tient sous le joug le plus dur les successeurs de ces patriarches superbes, rebelles à la primauté des successeurs de Pierre, et réduits aujourd'hui à recevoir à prix d'argent leur bâton pastoral des mains de l'héritier de l'imposteur de Médine. O éclatantes lumières des justices divines !

Sans doute, Jésus-Christ né, suivant les prophéties, parmi le peuple de Juda, a commencé et terminé sa prédication divine en Judée ; sans doute, il a consommé à Jérusalem l'œuvre ineffable de la rédemption des hommes, et sans doute aussi le sacré collège apostolique, api^ès y avoir reçu les dons de TEspiût saint, commença la prédication évangélique dans la cité déicide. Mais de ces faits, il résulte seulement que

DE l'bmpibb de RUSSnf. 145

Jérusalem et la Judée doivent être considérées comme le berceau du christianisme, qui, loin d'être destiné à deyenir un culte oriental, doit, suivant la volonté de son divinfondateur, embrasser l'univers. Et d'ailleurs, quand même, ce que nous sommes loin d'accorder, l'autre hypothèse aurait quelque vérité, quel droit en résulterait-il pourJ'Église de Byzance^ et pour son si^e , le plus jeune de tous les grands sièges du monde chrétien, et pour son patriarche, le dernier venu dans la hiérarchie supérieure de l'Église universelle? Et que dire de cette Eglise gréco-russe, née au dixième siècle, et qui réclame contre la suprématie romaine établie et reconnue, dans le monde chrétien, près de mille ans avant que fut né ce chétif et dernier avorton de cette Eglise byzantine, si souvent infidèle à la foi, et dont le siège patriarcal était depuis si longtemps privé de ces grands docteurs, de ces vives lumières de l'Eglise, qui le disaient briller aux beaux jours de sa jeunesse ? Fille de sa décrépitude, l'Église russe, qui ne reçut d'elle qu'un débile souffle de la vie évangélique, par* tidpe à la faiblesse organique de sa mère, et sans le pouvoir politique qui la soutient en la tenant en servitude, sa dissolution extérieure aurait depuis longtemps révélé le principe de mort qu'elle porte en elle. Triste effet de l'ignorance ! Sur la foi d'un pontife ambitieux, elle le suit au sentier de perdition où il engage d'autres Eglises, ne voyant pas la verge de Dieu qui d^à grandissait en Orient, pour châtier jusqu'au sang des filles rebelles à leur mère commune ; et le spectacle d'un châtiment si sévère, loin d'éclairer l'Eghse russe, l'aveugle davantage et lui fait voir de la gloire là où abonde l'ignominie, là où les ven-

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geanœg divines se lisent en si effrayants caractères 1 Nous professons la vénération la plus profonde pour les saints conciles dont Tinfeillible jugement a si puissamment abattu les hérésies orimlnUi traduites à leur sacré tribunal. Ils sont et seront toujours les organes irrécusables de l'Esprit-Sainti qui, suivant le texte ëvangélique, Ut induit en toute vérité. Mais nous ne sau* rions leur reconnaître la même infaillibilité, en ce qui concerne certaines mesures d'organisation extérieure ou intérieure de TEglise, et variables suivant les circonstances des temps et des lieux. Pour celles-ci, ils ne sont pas à l'abri de l'imprévoyance humaine, et la preuve de ce que nous avançons se trouve dans l'imprudente tolérance de l'érection du siège de G)nstan* tinople en second patriarcat de l'Église universelle ^ Alexandrie, Antioche et Jérusalem étaient, au su du monde chrétien, des sièges apostoliques qui, à ce titre et à celui de leur haute antiquité, étaient en vénération à l'univers chrétien. Mais à quel titre l'archevêque de Byzance pouvait-il prétendre, non pas à l'égalité, mais à la supériorité sur les trois premiers sièges de l'Orient ^ ? il était, ce semble, fecile de prévoir que

^ n est à remarquer que jamais le saint-siége n'a voulu approuver le troisième canon du concile de Constantinople, premier fondement de la prérogative d'honneur et de préséance, et Inentôt de juridiction que s'arrogea le siège de Gonstantinople sur les autres sièges patriarcaux de l'Orient. Cette autorité abusive subsista, mais ne fut jamais approuvée, ni même reconnue en droit par l'Eglise romaine. Inde ira.

^ C'était, dit le synode russe, en qualité de patriarche de ]a viUe impériale. Mais les autres grands sièges avaient de tout autres droits à la préséance honorifique; et, d'ailleurs, si le pa;^

cette prérogative d'hooneur et de simple préséance, si instamment réclamée, contre tout droit, tournerait bientôt, par l'effet de l'orgueil de l'évéque de la ville impériale, en prétentions de juridiction réelle, et que cette prétention, appuyée de la puissance impériale, ne manquerait pas de l'emporter sur les droits plus respectables de l'antiquité et de la succession apostoli-» que des autres sièges ; que de là naîtrait la prétention plus dangereuse encore d'être reconnu patriarche de tout rOrienty et enfin même patriarche œcuménique^ ce qui ne tendait pas à moins qu'à dépouiller le siège de Pierre de son autorité suprême sur l'Eglise. Toutes ces prétentions, aussi audacieuses queperfides, échouèrent, il est vrai , contre là fermeté des pontifes romains ; mais ce refus d'obtempérer à tant d'ambition devint la source du schisme grec, dans lequel l'Orient tout entier se vit entraîné, par syite de la suprématie patriarcale gue^ malgré les censures du saint* siège, l'évéque df Constantinople était parvenu à étendre sur lui.

Il n'était pas plus difficile d'entrevoir le motif politique qui porterait les empereurs à appuyer les ambitieux désirs de leurs patriarches. En leur soumettant les autres patriarcats de l'Orient, ils parvenaient à gou«

triarche de GonatanUnople puUait ses droits dans sa dignité d'éYéque de la capitale de l'empire romain d'Orient, il s'ensuit qu'il les a perdus depuis que sa ville épiscopale est devenue la capitale d'un empire mécréant. A ce compte la dignité des sièges de l'Église chrétienne serait soumise aux vicissitudes des empires, et dès lors rien de plus visible que l'action divine qui, en donnant à la chaire de Pierre seule un patrimoine tempordlement souverain, lui assure, à elle seule^ l'indépendance et linunuabiUté de la juridiction universelle.

148 DK LA SITUATION mBLlOIEUSB

yerner toutes les Églises de l'empire, par le ministère de celui de leur capitale, qui se trouvait sous la main de ces princes, souvent ennemis de la foi et protecteurs des hérétiques ; et l'on sait si jamais ils se firent faute de destituer^ d'exiler ou de renfermer ceux d'entre ces prélats dont la vertu était assez forte^ assez généreuse pour résister à leurs iniques volontés.

Et quel fut le premier auteur de ce schisme qui, plus cruel que les bourreaux du Christ, déchira la robe sans couture et d'un seul tissu du Sauveur? Ce fut, chacun le sait, cet infâme Photius, cet intrus dont l'Eglise grecque et avec elle l'Eglise russe détestent et condamnent la mémoire ; qui , à l'aide du bras impérial, bannit et persécuta d' une manière si cruelle Ignace,postérieurement rétabli sur son siège par senience du pontife romain; héroïque victime, qui, placée par la même autoritéapostolique au rang des saints, est encore aujourd'hui vénérée par l'Eglise catholique et par les Eglises sckismati^ 9iitf5 elles-mêmes ! Que faut-il de plus que de remonter à la souche de cet arbre empoisonné, pour vouer son fruit mortel à toute l'exécration qui lui est due !

Passons, sans y toucher, sur les assertions prétendues historiques du manifeste, selon lesquelles la réunion des Grecs à l'Église cathoUque, en Pologne, n'aurait eu pour effet que d'y susciter des troubles et des discordes civiles, et selon lesquelles encore cette réunion n'aurait fait que mettre au jour le peu de solidité de l'union politique de la Pologne et de la Lithuanie, et préparer la chute de toutes deux. Ce résultat, s'il était historiquement démontré, comme le prétendle synode, aurait dû servir d'avertissement à la Russie, en la détournant de s'incorporer politiquement ces deux pays;

DE L'BMPIRB de RUSSIE. 149

etbien plus encore, d'imiter, d'exagérer même, comme il le fait, ce qu'il appelle les égarements de la politique polonaise, en agrégeant^ maigre euxy les grecs-unis à son Eglise nationale. S'il est vrai, surtout, qu'une œuvre si hasardée, si grosse de troubles et de discordes, ait puis* samment concouru à la chute de deux autres pays, dont la réunion cependant avait été volontaire^bien différente en ceci de la Russie et de sa malheureuse victime ; et s'il est encore plus vrai que les mêmes causes produisent les mêmes effets, l'assertion du synode n'est rien moins que rassurante pour l'avenir de la Russie.

Nous allons avoir à examiner le curieux spécimen d'histoire ecclésiastique dont nous gratifie le savant et véridique mémoire du synode de Russie. Jetons donc, aveclui, un pieux regard sur la véritable, sur l'antique Eglise de Jésus-Christ, qui de son souffle vivifiant embrasse, au dire du synode, conserve et rend heureuse sa patrie, en récompense de sa fidélité. Il vaudrait la peine, peut-être, de transcrire ici, en son entier, le tableau qu'il fait du gouvernement primitif de ce qu'il appelle l'Eglise universelle ; parole sous laquelle il entend son Eglise d'Orient. Pour ne pas nous étendre trop loin, nous nous bornerons à un simple résumé de cette déduction historique, en invitant nos lecteurs à s'édifier du texte même du manifeste.

Suivant lui, l'Eglise, une de l'unité divine \ n'avait

* Qu'entend le synode par ces expressions ? Si l'Eglise possédait Vunité dwine dans le sens de son indmsibilité absolue, elle n'aurait sans doute besoin ni d'un chef ni d'un gouvernement central. L'existence du schisme grec prouve et proclame la vanité de ce système. Dieu veut l'unité de son Eglise, et en ce sens, son imité est, en effet, JC origine dit^ine; mais il laisse aux pas-

150 DK LA SITUATlOIf BBLIOlEUSE

aucun chef^ représentant son divin auteur sur la terre. Tous les prélats, parfaitement égaux en autorité, ne se mêlaient en rien du gouvernement des ouailles d'autrui; ce qui, pour ne le dire qu'en passant^ est parfaitement £aux, même à l'égard de la Russie, puisque, gouvernée au spirituel par un métropolite unique^ qui avait sous sa dépendance les archevêques et les évêques, elle obéissait encore au patriarche de C!onstantinople dont ce métropolite était dépendant.

Il est vrai que cet ordre de choses remontait aux premiers jours de l'Eglise de Russie^ qui, comme l'on sait et comme elle est forcée de se l'avouer à elle-même, sont bien éloignés des premiers jours de l'Église catholique, n fout donc nécessairement admettre, ou que l'énoncé du synode russe manque de vérité, et que, dès l'origine, il y a eu dépendance des sièges à l'égard les uns des autres, ce qui serait un premier acheminement vers la doctrine d'un pouvoir unique et central ; ou qu'il s'était introduit de grands changements dails le gouvernement des Eglises ; proposition qui aurait le grave inconvénient de combattre la prétention du synode d'appartenir à une Eglise qui n'a admis aucune innovation ni dans la foi, ni dans la discipline^ ni par conséquent dans le gouvernement spirituel, depiiis les temps apostoliques.

Or, si tes provinces de la grande monarchie spirituelle que nous appelons l'Eglise étaient gouvernées d'une manière centrale et uniforme, sous l'autorité de

çions humaines leur libre opposition à sa sainte volonté, et c'est pour obvier à leurs funestes eflFets qu'il a établi Tautorité coercitive de son vicaire sur la terre.

M L'B»im« DB BII89IB. 161

leurs patriarches, et si ce mode de gouvernement avait été jugé nécessaire pour le maintien d'une harmonie toute sainte et toute fraternelle entre les prélats infé* rieurs de cette province^ comment oserait-on contester la nécessité bien plus grande d'une autorité universelle et centrale, pour coordonner toutes les parties d'une si vaste monarchiCi et surtout lorsque le dogme et le fiait même de l'institution divine de cette autorité universelle et centrale sont si clairement énoncés et con^ firmes dans vingt pages des saints Évangiles ? lorsque Jésus'Christ lui-même a si souvent désigné Pierre comme porteur de cette autorité, comme gUide^ ducteur et pasteur même de ses frères I

k défont de témoignages aussi irréfragables, la sim«* pie raison et l'expérience des siècles démontreraient la nécessité d'une pareille institution, d'une clef perpé-* tueJJe de cette voûte immense sans laquelle elle aurait déjà couvert le monde de ses débris ^ • Cette doctrine d'une Eglise acéphale eût été désavouée par les patriar^ cbes de Constantinople eux-mêmes; car si elle était conforme à la vérité^ de quel droit et à quelle fin ces prélats se seraient-ils arrogé une autorité^ une juri« diction supérieure sur tous les évéques d'Orient^ en attendant qu'ils pussent parvenir à l'accomplissement

* Si le divin fondatettr de l'Eglise eût oublié de lui faire Tin» dispensable don d'un pouvoir central et universel, il se fut montré (nous parlons de son adorable personne dans une bypo^ thèse contraire à notre foi) le plus inepte de tous les législateurs ; car l'histoire ne nous montre pas un seul, parmi ces hommes ^minents qui sont devenus les fondateurs de monarchicrs ou de républiques, négligeant cette première condition de la i^tàbilité des États.

de leur dernier vœu, en supplantant le successeur du prince des apôtres? A quelle fin se seraient-ils qualifiés patriarches de VOrient, et auraient-ils, plus explicitement encore^ aspiré à celle de patriarches œcumé-niques ? Si ces criminels prélats se sont enfin déterminés à rompre l'unité des Eglises, en se séparant de la communion de Rome, toutes les circonstances qui ont précédé et amené cet attentat final ne prouyent-elles pas qu'il n'a été que la conséquence dernière de l'impossibilité de parvenir eux-mêmes, par une autre voie, à la dignité et au pouvoir du suprême pontificat?

C'est donc une erreur évidente et volontaire de la part du synode d'établir, en point de £ait historique, la négation d'un gouvernement central établi et reconnu, dès l'origine du christianisme, par l'Eglise entière, pour y maintenir l'unité de la foi et de la morale évangélique, et de faire de cette Eglise, que le Sauveur, comme nous l'avons déjà fait remarquer, désignait sous la dénomination de royaume des deux, une rèpubhque fédërative, mais sans législation commune, sans capitale, sans chef, sans pouvoir souverain. Cette doctrine, qui répugne au bon sens, est encore, comme l'on sait, formellement démentie par tous les témoignages de l'histoire des premiers siècles de l'Église. Celle de Constantinople, égarée par Photius, le premier auteur, et par Michel Cérulaire, le consommateur du schisme, ne l'a ni avancée ni soutenue. Bien au contraire, elle a accusé le pape et l'Eglise romaine d'avoir prévariqué de la foi et de la discipline antiques ; et, en vertu de ce reproche aussi impie qu'insensé, puisque, dans la personne de son successeur, il s'adressait à Pierre lui-même, auquel le Rédempteur avait dit :

DE L'KMPIRE DB RUSSIE* IKS

J*ai prié pour tot, afin que ta foi ne défaille jamais ; c'est par ce vain motif, dont le temps et la vérité ont foit justice, qu'ils osèrent successivement, et de leur autorité privée, déclarer le chef des pasteurs décku de sa dignitéet de son pouvoir pontifical, et se séparer de sa oommunion. Le siège de Rome leur faisait ombrage, il est vrai, à cause de sa suprématie de juridiction uni* verselle qui ne leur laissait que la prétention au second rang dans l'Eglise ; mais ils étaient si loin de nier cette prééminence aussi ancienne que l'Eglise elle-même, que c'était à elle qu'ils aspiraient, non pas à titre d'institution divine, mais en qualité de pontifes de la ville impériale. Pour y parvenir, ils déclarèrent ceux qui étaient assis sur ce siège traîtres à la foi, hérétiques et indignes de l'occuper. Ils voulaient tuer moralement le possesseur pour hériter de sa dignité primatiaJe ; semblables aux vignerons de l'Evangile, qui, voyant venir à eux l'héritier de la vigne, complotent sa mort pour posséder son héritage. Mais ils ne niaient pas l'existence de la vigne; ils étaient trop habiles pour commettre une faute qui aurait mis à néant le fruit de leur attentat. Cette négation, d'ailleurs, n'était pas soutenable encore à cette époque, puisqu'elle eût été contraire à un fait établi et qui subsistait encore la veille du jour où elle eût été proclamée. C'est dans ces faits que se trouve la vérité que nous a transmise l'histoire, et non pas dans l'absurde négation du pouvoir central âans l'Eglise primitive. Nous engageons, en toute charité, le synode de Russie à tâcher de se mettre, sur ce point, d'accord avec cette Eglise d'Orient, ou, pour parler plus juste, avec cette Eglise de Constantinople, si parfaitement orthodoxe à ses yeux,

154 DK LA ilTCATIOn RfeLUUBUSB

et à laquelle il lait gloire à son Église d'appartenir, au moins par droit de filiation; et d'éviter à l'avenir d'oublier le respect qu'il porte à sa mère, au point de se mettre en contradiction flagrante avec elle. Sa thèse, sur ce point, a plus d'analogie avec les doctrines protestantes qu'avec celles de l'Eglise byzantine; et c'est une remarque que, bien à regret, nous nous verrous trop souvent obligés de répéter dans le cours de notre controverse.

Poursuivons maintenant les allégations ultérieures du maniieste. Nous y verrons d'abord que, malgré le soin, qu'à son dire, prenaient les pasteurs de ne point s'immiscer dans le gouvernement des ouailles qui ne leur étaient pas confiées, ils veillaient cependant à ce qu'aucune altération de la foi ne s'introduisit parmi elles. Nous observerons à ce sujet que cette surveillance, qui, sans doute, était dans leur droit, renferme une modification presque contradictoire avec l'espèce d'indifférence pour les ouailles d'autrui qui est imputée à ces évéques. Le cas d'hérésie arrivant (ce qui, comme l'on sait, avait lieu assez fréquemment dans Yorthodoxe Orient, et ce cas ayant été remarqué, des épîtres fraternelles venaient au secours de la foi attaquée; et, lorsqu'elles étaient infructueuses, l'on avait recours au jugement d'un concile.

L'on sait assez le peu d'effet que produisent sur l'orgueilleux esprit d'un hérésiarque les^remontrances fraternelles, qui avaient, de plus, le grand inconvénient de laisser gagner du temps, et, par conséquent, des prosélytes à l'hérésie ; c'est-à-dire de permettre à l'erreur de prendre des forces en se répandant, et plus encore en se développant au moyen même des dis-

ra L'upuB DK mosni. iS6

cussiong que ne pouvait manquer d'enfenter cette fraternelle corret^pondance. Ces corrections fraternelles manquant leur effet, il ne restait plus^ suivant le synude, qu'à recourir à un concile. Mais ce remède était encore plus lent que le premier ; car il £aut bien du temps pour la convocation et ponr l'arrivée de> membres d'un concile ; et, pendant ce temps, la saine doctrine, manquant d'organe autorisé à la définir et à mettre les fidèles en garde contre Terreur, celle^ci^ gagnant de plus en plus du terrain, donnait à son auteur une force très-grande pour résister aux arrêts du concile. Sa convocation, d'ailleurs, n'était qu'un re^ mède éventuel et toujours incertain, puisqu'il dépendait du consentement, du pouvoir politique, qui pouvait, a\i moyen de la puissance matérielle dont il dispose, empêcher la convocation du concile ou mettre obsta* cle au i^oyage des évéques \ Avec ce système, l'Église de Jésus-Christ restait donc exposée à tous les ravages de l'hérésie ; et l'exercice de la souveraineté apostolique en matière de foi, ne pouvant avoir pour organe qu'un concile souvent impossible à assembler, elle n'a* vait plus ni liberté, ni indépendance. Et si l'Eglise n'avait point de chef, qui donc avait l'autorité nécessaire pour convoquer ce concile? Les empereurs, sans doute I Mais lorsque les empereurs eux-mêmes, comme Constance et Valens, étaient les premiers et les plus

ï LTiistoire ecclésiastique nous fait voir que les Césars byzantins, lorsqu'une fois ils s'étaient laissé infatuer d'une erreur, ne se contentaient pas de mettre obstacle à la convocation de conciles orthodoxes, mais qu'ils en convoquaient eux-mêmes, composés d'évêques complaisants ou corrompus, que l'orthodoxe Orient était toujours prêt à leur fournir.

furieux hérétiques, à qui recourir pour obtenir le seul remède contre l'hérésie qu'ils soutenaient de toute leur puissance ? L'on ne dira pas que Jésus-Christ était assez puissant pour prévenir un concours de si funestes circonstances, puisqu'elles se sont présentées plus d'une fois dans l'histoire de l'Eglise 1 La puissance^ sans doute, ne manquait pas à Fauteur de notre foi, ni la préscience de pareilles tribulations que son Eglise aurait à souffrir; mais sa sagesse et sa puissance avaient borné leur action réunie à établir dans Pierre et dans ses successeurs des juges indéfectibles de la foi, et à leur assurer, en communauté avec les évéques, son assistance journalière, jusqu'à la fin des temps. Que dirait-on de la sagesse du Sauveur du monde et de son amour pour l'Eglise, cette pure épouse qu'il s'est acquise au prix de son sang, s'il l'avait livrée, sans défense prompte, énergique et certaine , aux scandales dont lui-même avait prédit et proclamé la nécessité ?

Heureusement il n'en a jamais été ainsi. Le roc insurmontable aux flots de l'erreur, invincible aux portes de l'enfer, Pierre était là, toujours présent dans ses successeurs, dont la bouche, infaillible en matière de foi, foudroyait le blasphème du novateur ; et si des conciles postérieurs étaient assemblés, ce n'était que pour donner une forme encore plus solennelle au jugement précédent du pontife romain, et pour écraseravec encore plus de vigueur la tête du serpent. Les délibérations du concile avaient lieu en présence du pontife ou de ses représentants, et ses canons n'acquéraient force de loi pour l'Eglise universelle, que lorsqu'ils avaient reçu la sanction du pasteur suprême.

Ces faits seraient faciles à constater par des citations

DB L'BHPUB m KU881B. 157

nombreuses, tirées des actes des premiers conciles, de ceux-là mêmes que l'Église russe reconnaît pour œcuméniques. Mais nous n'avons pas l'honneur d'ap* partenir au sacerdoce, et la science canonique, ainsi que la théologie proprement dite, si elles ne nous sont pas tout à fait étrangères, n'ont pas cependant été l'objet constant de nos études. C'est par ce motif que nous nous abstenons^ autant que possible, de nous engager sur le terrain théologique , qui n'est pas le nôtre ^ . Mous nous contentons, pour combattre des assertions si erronées, des armes que nous fournit la droite raison, appuyée des témoignages de l'histoire. Le manifeste du synode n'est pas d'ailleurs une œuvre théologique, tant s'en faut, et dans la lutte que nous avons entreprise pour la défense de la vérité, nous nous sommes prescrit une loyauté trop entière pour transporter le combat sur un terrain autre que celui de notre adversaire.

Les premiers conciles, dit encore le manifeste, consolidaient, une fois pour toutes, les dogmes de la foi, et si sous cette proposition il n'y avait pas un serpent caché, nous v souscririons volontiers. Par cette expression, une fois pour toutes, il devrait être simplement entendu qu'un concile oecuménique postérieur ne pouvait pas réformer la définition dogmatique, le jugement canonique, en matière de foi, prononcé par un

' Nous oserons cependant, dans la troisième partie de notre ouvrage, entrer en lice, sur des matières théologiques, avec le très-saint synode. L'on y verra que pour soutenir un combat victorieux contre les théories avancées par cette illustre assemblée, il n'est pas besoin d'armes plus puissantes que celles qu'un catholique véritable tire de son catéchisme.

IM htt LA fllf UATIOlf ftlLiailUSE

concile précédent, dont les décrets avaient reçu la sanction du successeur de Pierre. Et cela, en efifet^ était d'une impossibilité absolue, puisqu'un concile universel, légitimement assemblé et dirige par la su* préme autorité pontificale, est l'organe iniaillible de l'esprit de vérité, et que dès lors deux conciles ne peuvent se ccmtredire, à moins que l'on ne veuille dire, ce qui donne de Fhorreur à penser, que l'Esprit- Seint peut ou s'être trompé ou devenir un esprit de mensonge. Mais cette infaillibilité, il faut le répéter, n'est le magnifique privilège que d'un concile légitimement assemblé, dirigé dans ses délibérations par le successeur de Pierre, ou dont les canons ont été sanctionnés de son approbation suprême. La véritable Eglise est insurmontable aux puissances de l'enfer ; mais c'est, selon la divine parole du vainqueur de l'enfer, à la condition d'être assise sur le roc que luimême a établi et fortifié pour la porter. Si, comme les malheureuses Églises de l'Orient, elles sont tombées du roc; si, comme l'Eglise synodale de Russie, Tune d'elles en vient à ce degré de démence de nier même l'existence de ce roc, qui, depuis près de deux mille ans, brave et brise tous les flots du ténébreux océan des erreurs, des hérésies et des schismes ; celles-là sans doute ont perdu tout droit à un enseignement infeillible, et il n'en serait pas autrement d'un concile jugeant hors de ces conditions de régularité; car, après tout, un concile œcuménique n'est autre chose que l'Eglise universelle, assemblée dans ses légitimes pasteurs. Il ne peut donc être que ce qu'est l'Eglise : infeillible sous la condition d'être appuyée sur le roc de la principauté de l'apostolat.

OB L'BMFIU DB B0âilE. I5f

Oe ce qui vient d'être dit, il suit avec la plus haute évidence que, bien que tout concile œcuménique exerce la nmème autorité souveraine en matière de foi, et possède au même degré le précieux don de TinfaillilHlité divine, il n'y a aucune possibilité que l'un d'eux réforme ou abolisse des canons qu'un autre aurait portés en matière de foi ou de morale évangéiique. Mais est-ce là ce que prétend ou ce que veut établir le synode russe, par ces paroles : une fois pour toutes ? Non certes, et sa pensée va bien plus loin, puisqu'il nie l'existence de véritables conciles cecuméniques, postérieurs aux sept premiers, auxquels seuls il lui plaît d'accorder le caractère de légitimité et d'in&illibilité. Et comme, d'après ce que nous avons vu, il ne connaît, après les admonitions fraternelles, d'autre moyen d'arrêter le cours d'une hérésie que la convocation d'un concile, cela revient à la proposition passablement insensée ; qu'après ces sept conciles qui, une fois pour toutes j ont consolidé la foi, il ne pouvait plus se pro^ duire d'hérésie nouvelle (ce qui est contredit par les Mu), ou que désormais il n'y avait plus, dans la véri-table Eglise, de remède contre elle. C'est dire encore que l'infiiillibilîté de l'Esprit^int est épuisée, ou bien que l'époque de son assistance et de son inspiration étant finie, il s'est retiré de l'Eglise de Dieu I Â quels in* eroyables excès de folie parvient la raison de l'homme , lorsque, dominée par quelque passion, elle se déter<mine à fermer les yeux à la lumière de vérité !

Des pensées si blasphématoires n'étant pas aperçues du synode russe, ne sont sans doute pas entrées dans la rédaction de son manifeste. Il n'y avait, dans la dause que nous avons cru devoir relever, qu'un léger

tribut payé à cette théorie si inconsidérée, de l'iUégù timité radicale de tout concile postérieur au septième. Faudra-t-il feire observer aux défenseurs de cette tbéorie que, si elle était vraie, ce septième concile étant le dernier des conciles œcuméniques, légitimes et infaillibles, tout était fini dans l'ordre de renseignement futur de l'Eglise, qui, dans ce cas, n'avait plus aucun besoin ni de l'assistance journalière de son divin époux, ni de l'inspiration perpétuelle de l'Esprit de vérité. Que, dès lors, s'il y a erreur à croire et à confesser la procession du Saint- Elsprit des deux premières personnes divines, il n'y avait plus, au onzième siècle, époque de la proclamation du schisme oriental, aucune autorité compétente pour condamner cette erreur. En la jugeant, la condamnant et excluant en conséquence tout l'Occident de sa communion, le patriarche faisait acte de pouvoir souverain dans l'Eglise ; et par cette usurpation même de l'autorité suprême, en matière de foi, il reconnaissait et proclamait l'existence de cette autorité, qui jamais, en effet, n'eut été plus indispensable pour la conservation de la pureté de la foi, qu'à une époque où, suivant le système russe, emprunté à l'Eglise d'Orient, l'ère des conciles œcuméniques était close et ses définitions, en matière de foi, établies une fois pour tout et à tout jamais. Quoi de plus remarquable que de voir ainsi les doctrines erronées d'une Eglise condamnée par les faits émanés d'elle-même; et que deviennent, en leur présence, ces insoutenables théories des épitres fraternelles, comme remèdes de l'hérésie et de l'absence d'une autorité souveraine, perpétuelle, ne fut-ce que pour suppléer à l'extinction du pouvoir des conciles postérieurs aux

De l'empire UB BUSSIE. 161

sept premiers, extinction érigée en doctrine par l'Eglise de Russie? Il nous paraît évident, en mettant en regard Tune de l'autre les deux doctrines de l'absence de iofUe autorité souveraine dans VÉgliêe, et de ta négation de la légitimité des conciles célébrés postérieurement au kuUième siècle, qu'il n'existait plus au onzième aucune autorité compétente pour juger la doctrine delà procession de l'Esprit-Saint, et que, par conséquent, cette doctrine n'a pu être validement condamnée, ce qui l'excuserait d'hérésie; car celle-ci n'existe que par l'obstination qui refuse de se soumettre aux décisions du tribunal dogmatique et infaillible de l'Église.

Pour plus de clarté dans nos raisonnements à ce sujet, qu'il nous soit permis de les résumer en les présentant sous la forme syllogistique, et prenant pour leur base les principes mêmes de l'Eglise de Russie.

Elle se qualifie d'orthodoxe, donc elle reconnaît qu'il existe des doctrines hétérodoxes, des erreurs, des hérésies.

Si ces erreurs pouvaient être souffertes et professées dans l'Église, elles altéreraient, elles corrompraient, elles absorberaient enfin les doctrines orthodoxes ; de sorte que, contrairement aux promesses du divin auteur de la foi, l'erreur, cette porte de l'enfer, aurait fini par prévaloir contre son Eglise : donc il est nécessaire de les extirper.

Cette extirpation si indispensable de l'erreur ne peut s'opérer qu'au moyen d'une infaillible définition de la vérité, suivie de l'exclusion du corps de l'Église de tous ceux qui se refuseraient à l'admettre ; donc il &ut un juge infaillible pour donner cette définition ; un tribunal souverain pour prononcer cette exclusion.

IM DB Là tlTOATIOII EBUAninB

Ce tribanal «ouTerain doii donc exister dans TÉ* gUse, À peîoe pour elle de mourir do veaiià dte hé«* réiieÉ.

Or ce tribunal ne peut être que de deux espèce» : Tun que nous appellerons indivitluel^ parce qtt4 sa ju» ridiotion s'exercera par un seul : c^est ie êuftémi f>aa» Hfiicat; Fautre que nous appellerons totUctif : m êmit £rt souftVtfi.

Le synode russe nie Texistenoe, dans 1 Eglise, du suprême p<mtificat; de sorte que^ suivant oette néga^ lion^ le tribunal indMdml ^ souverain ^ n'y a famdê existé*

D'autre part il ne veut pës admettre, qu'aprèd les premiers sept conciles qui^ suivant lul^ ont défini là toi une fûiê ppur toutes, d^autres conciles puissent être légitimement assemblés ; de sorte que le tribunal nôi* lêcîif, souverain^ n'e^ëieplue.

Telle est \û doctrine gréco^russe daâs sa plus simple expression^ dans son résumé logique.

Venons-en maintenant à son application rationnelle aU feit du schisme d'Orient.

L'Ëgliée dite d'Orient affirme et soutient que Vtâ* prit-Saint procède du Père 5 et elle émet cette propoéition dans (» sens \ qu'il ne procède ^ue ikt Père.

L^ÉgHse d'Occident {pour nous servir de Texpres* sion abusive admise chez les Grecs) enseigne, au con^ traire, que lé Saint-Esprit procède </h Pké si eu fUs ; elle eondamne la proposition contraire.

Nous aVonë vu que, suivant la théorie russe, il n'a jûméiê eoôisié ée tribunal iuéipiduel, et qu'il n'en eâ^iste ptui 4é eoUeèiif ûatkis l'Église. Qui donc jugera ce dil^ {«rend?

S'il n'est point jugé, leê deux doctrines opposées, •ur la procession du Saint-Esprit» restent indécisesi et rÉglise d'Occident n'est pas plus coupable de re* tenir la sienne que l'Eglise d'Orient ne l'est de con» server celle qui lui est propre. Mais alors quel motif donner à la séparation des deux Eglises? Malgré l'er» reur tpii existe néce^êairemeni dans l'une des deux propositions, puisqu'elles se contredisent, la pèix eût dû être maintenue, puisque le procès ne pouvait étrt jugé (c'est la théorie protestante) ; mais alors l'auteur ei les feuteurs du schisme sont inexcusables^ et k schisme luMnime eu un crime. C'est à cette conséquence irréfragable que conduit la double négation érigée en doctrine historico- dogmatique par le synode de Kus^e*

Malheureusement Michel Cerulaire n'était pas homme à se laisser entraver» dans son ambition, par la puissance de la logique et d'un raisonnement auquel ni lui ni le synode actuel de Russie n'auraient rien eQ de solide à opposer. Il trancha yertemeot la difficulté en excommuniant, sans procès, le pape et tout l'Occident, c'est-à-dire les trois quarts et au delà de l'univers chrétien. Cétait, de sa part, un coup de tête dont la hardiesse égalait l'injustice et la violence; car il exerçait ainsi, comme nous l'avons fiait remarquer, dans l'Église universelle, une juridiction souveraine qui, suivant la théorie russe, ne pouvait ni ne devait y exister. Nous ne nous arrêterons pas à rechercher de quel droit il faisait un usage si visiblement abusif de cette juridiction qui n'existait pas de droit ; nous nous bornons à constater, par cet acte, que lui-même et eon Église orientale croyaient à l'existence de cette

autorité souveraine, contradictoirement au principe du synode de Russie qui nie cette existence. Cette négation, l'Eglise russe ne la tient donc pas de sa mère, YAgar byzantine, elle lui appartiendrait en propre, s'il n'était visible qu'elle lui est dictée par le pouvoir politique qui la tient sous le joug, et qui a intérêt de nier toute autorité souveraine, individuelle ou collective, dans l'Eglise, afin d'y subsistuer la sienne. Il ne feut pas oublier d'ailleurs que l'auteur de cette servitude a puisé ses doctrines dans les idées genevoises et hollandaises, et qu'il a pris soin de les faire introduire dans l'enseignement clérical de son Église.

Nous donnerons donc au synode russe un conseil tout de bon vouloir, c'est celui d'être au moins aussi conséquent que ses amis les protestants. Ceux-ci nient bravement l'inspiration de tous les conciles, et^ par une conséquence juste , leur infaillibilité. Mais ils ne poussent pas, nous n'osons dire l'extravagance, mais au moins l'inconséquence jusqu'à soutenir que cette inspiration , cette infaillibilité ont été le don et la prérogative des sept premiers conciles, qui, une fois pour toutes j ont arrêté tous les articles de foi et les ont consignés dans un symbole tellement sacré, qu'il ne peut plus être permis à aucun concile subséquent d'y rien ajouter : étrange proposition qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, ne va pas à moins qu'à interdire la célébration de tout concile postérieur, en annulant d'avance son autorité, inséparable de son infaillibilité; c'est-à-dire qu'à l'avenir aucun concile n'oserait plus se servir de la formule apostolique : // a plu au Saint- Esprit et à nous. Et comme, suivant le synode, l'Eglise de Jésus-Christ n'a jamais eu et ne doit jamais

DB l'empire de RUSSIE. 163

avoir d'autre organe de la vérité que des conciles œcuméniques, ses ennemis n auront qu'à se réjouir de la trouver à jamais muette, et les fidèles n'auront plus qu'à gémir de ne plus trouver en elle une doctrine infaillible contre les erreurs nouvelles. ' Nous avons dgà fait remarquer la lenteur, les difficultés et même l'éventualité de la tenue des conciles, comme remède unique contre les doctrines hérétiques, et nous en avons induit, logiquement à ce qu'il nous semble, la nécessité indispensable d'un autre tribunal, toujours vivant et en possession, en matière de foi, d'une autorité infaillible et souveraine. Cette conclusion se déduirait, avec une puissance de logique bien plus grande encore, de la doctrine de l'Église d'Orient, en tant qvVelle ne veut plus admettre de concile postérieur au septième. Car, si l'autorité des conciles a cessé, si leur pouvoir est éteiat à tout jamais, à qui les fidèles auront-ils recours en cas d'erreurs nouvelles? Le peuple russe est assez heureux pour n'éprouver à cet égard aucun embarras : il a son trèssaint synode, qui a son inspirateur dans son procureur suprême, lequel va chercher la vérité dans le cabinet de son maître. Cela doit maintenir cet heureux peuple en plein repos de conscience. Mais le reste de l'Église chrétienne, qui ne jouit pas de ces inappréciables avantages, à qui doit-il s'adresser ?

Pourtant nous oserons poser au synode une question un peu embarrassante pour son système. Si l'Église venait à juger nécessaire de déclarer article de foi pour s^s enfant la croyance qu'elle professe sur l'éminent privilège de la conception sans tache de la Mère divine, et qu'en conséquence elle insérât au

16e DE LA SinTATlOM RBLMIEVSB

symbole après ces paroles : né de Marie la vierge, Té* pltbète d'immaculée ; nous demanderons au synode si rÉglise qu'il représente s'élèverait avec autant d'a^ nimosité contre cette insertion^ elle qui professe la réalité de ce privilège si grand, de cette exception à la loi générale, avec un zèle si ardent, qu'elle l'étend même jusqu'à la mère de la Vierge divine, Taïeule du Sauveur? Si le synode voulait être d'une parfaite sincérité, il Qous répondrait : Sans doute si cette addition était ordonnée par les vénérables patriarches de l'oiv thodoxe Ûrient, nous l'accepterions aveo respect, «ous la réserve toutefois du consentement impérial, mani- £s8té par un oukase; mais si elle nous arrivait de l'Oi^cident, noua ne pourrions l'adopter : d'abord, parc# qu'aucun oukase ne viendrait nous y autoriser, et puis, parce que l'Occident n'est pas orthodoxe, lors même qu'il partage notre foi. Cette réponse serait on ne peut plus satisfeisante pour le bon sens, et elle met ua terme respectueux à notre indiscrète curiosité.

Ce qui va suivre n'est que le germe de la consé* quence que nous venons d'indiquer ; c'est un principe glissé d'une manière presque imperceptible dans le manifeste, et qui pourtant renferme un élément mortel pour rindépendanee de l'Église, et par conséquent pour la foi, dont la certitude dépend de la liberté da son enseignement.

Len oonciles, dit le syQode, après avoir consolidé la fo^ . !7égl9ient les rapports de pasteurs à pasteurs, ainsi que les rapports de ceux-ci Qvee la préimnenle puiêèa%e$ impériéU. La puissance impériale, prééminente sur le ministère paitorali tur la sainte hiérarchiç rt même iur VEfflîie assemblée ! A quel concile Iç synode ptàn

M I.*BIIPmB BB BVSilB. ItT

tmàAl avoir emprunté une si étrange doctrine^ et de qael canon oeeraiMl la déduire? Il ftiut avoir vu el la de 668 yeux un écrit imprimé non-seulement avee l'approbation du synode, mais par son ordre, pour croire qu'une doctrine si erronée, si monstrueuse puisse être érigée en doctrine canonique de TEglise. Quant h nous, nous dirons hardiment que le crime de ceui qui livrent l'Eglise À la puissance politique n'est pas moins grand que celui de Tapdtre qui a livré lésuf* GhriBt lui-nii^me aux fureurs de Caîphe. L'Eglise est, suivant le docteur des nations, le corps de Jésus-Christ, elle est Tépouse immaculée de l'agneau sans tache^ elle est le pur objet de son éternel amour; et comme PApôtre déclare l'union conjugale des chrétiens une image de l'union indissoluble du Christ avec son Eglise, il est encore plus vrai de dire de cette union mjstiqoe qu'ils sont detix dans une même ekair, que cela n'est vrai de la chaste union des chrétiens. Désormais la sacrée personne de Jésus-Christ est hors des atteintes dei traîtres et des meurtriers j ce n'est plus que sur son épouse chérie qu'il leur est encore donné d'exer* eer de perfides et même de «anglantes persécutions | ee n'est plu^ que sur elle que peut s'accomplir la sa« crilége trahison de Judas, et cette trahison est le crime de tous ceux qui livrent TÉglise de Jésus-Christ à la tyrannie d'un pouvoir qui, d'un jour à l'autre, peut la mettre aux fer^.

La prééminence impériale sur le çaçré sacerdoce de

1» nouYell^ alliance' ! S^t-çQ àonç h ç^xi^ putsianœ

* Les livrtsde l'Ancien Testament montrent elaireme^t Tindépendanœ du sacerdoce d'Aaron de la puissance des rois, même

qu'il a été dit : Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde ! Livrer cette lumière à la puis • sance du siècle, afin qu'elle puisse, à son gré, la cacher sous le boisseau et élever à sa place la torche des erreurs I

Cette prééminence, qui n'est autre chose qu'une suprématie réelle sur les successeurs des apôtres, doit avoir quelque fondement certain ; elle doit reposer sur quelque document irréfragable. Quel est ce document inconnu? Le trouvera-t-on dans les pages évangéliques? Le contraire s'y trouve souvent et clairement exprimé, et le synode de Russie le sait si bien, qu'au lieu d'en chercher l'origine dans les récits du Nouveau* Testament, ou au moins dans les traditions apostoliques, il rapporte l'institution de la suprématie religieuse des empereurs aux conciles, sans dire lequel des sept s est rendu coupable d'une si grande prévarication. Il oublie d'ailleurs que le premier des conciles œcuméniques a été célébré l'an 325, alors que FÉglise comptait déjà trois siècles d'existence, et qu^ apparemment elle n'avait pas été tout ce temps sans gouvernement, et bien éloignée surtout de reconnaître la prééminence des Césars si acharnés à sa perte. IL £au-

de la race sacrée de David. Et pourtant ce sacerdoce n'était qu'une ombre du sacerdoce futur de l'Eglise chrétienne, et la race royale des Juifs avait été choisie par Dieu lui-même pour gouverner son peuple. Comment croire que la suprématie spirituelle que Dieu avait refusée aux rois, ancêtres du Messie, il l'eût accordée, par l'organe des conciles, à des princes qui ne pouvaient avoir aucun des titres qui distinguaient la postérité du roi-prophète !

DE l'empire de B€SSIE. 169

draity au lieu d'une simple énonciation d'un fait aussi grave et aussi préjudiciable à Tinstitution divine, nonseulement des témoignages historiques, contemporains et incontestables, mais la citation du texte même des canons, pour pouvoir y ajouter la moindre foi. Le synode ne nous donne ni les uns ni les autres ; ainsi, il faudra, au lieu de discuter des monuments historiques dont il parait s*étre réservé la connaissance, nous borner à dire, qu'en alléguant si légèrement un fiiit aussi impossible, il n'a fait qu'obéir aux nécessités de sa propre situation, toujours commandée par l'irrésistible empire des volontés impériales.

Il nous semble, à nous, que rien au monde n'est plus anti-évangélique que la sujétion de l'Ëglise au pouvoir temporel. L'on a souvent, abusant de la réponse de Jésus-Christ à Ponce-Pilate : Mon royaume nestpasdpce monde, voulu en inférer insidieusement que le pouvoir politique est non-seulement parfeitement indépendant du pouvoir spirituel (dont, après tout, la compétence ne comprend que le ciel et l'enfer), mais qu'il lui est même supérieur *, et c'est, au

' Les conséquences des doctrines erronées se montrent toujours et partout les mêmes. L'on commence par réclamer l'éga' lité -parfaite^ ï indépendance absolue de deux pouvoirs coexistants. De leur égalité, de leur indépendance absolues naissent des luttes ; des luttes, la victoire de l'un, la défaite de l'autre, ce qui prouve l'impossibilité de cette parfaite indépendance. La puissance politique obtient le plus souvent la prépondérance, à l'aide de laforce matérielle dont elle dispose ; mais cette victoire, précisément parce qu'elle ne peut avoir prise que sur les corps et sur le temps, n'a qu'une réalité apparente et peu durable. Elle nune même et détruit lentement, il est vrai, mais infailliblement le

IVO BB LA SnUATlON KBLMimSB

fendy la doctrine au synode comme de tous les Etats protestants. Maison n'a pas réfléchi qu'en proférant ces humbles paroles, Jésu8*Christ était abtmé dans les humiliations de sa passion, et qu'il les adressait à un païen, incapable d'en comprendre d'autres. L*on a voulu oublier qu'au jour du triomphe de sa glorieuse humanité, ses dernières paroles à ses disciples, son testament, au moment de quitter la terre, furent d'une toute autre espèce : Touie puissance m* a été donnée au eiet et en la terre. Allez donc, instruisez, baptises, ensei^ez toutes les nations (leurs cheh sans doute y compris); par où l'on voit que cette toute-puissance qui lui a été donnée, il la lègue i ses apAtres, et que sa divine parole ne leur impose, en matière spifitueUe, aucun devoir de soumission envers la puissance temporelle.

Et comment, en effet, en eût-il pu être autrement T L'Église reçoit, dans la personne de Simon, surnommé Képhas, un cheF suprême, lieutenant perpétuel du Fils de Dieu, mais ce n'est que parce que le Fili de Dieu « prié pour lui afin que sa foi ne défaille jamais. Il est donc dépositaire perpétuel de l'infaillibilité divine, et l'on voudrait prétendre que, dans l'exercice de son ministère sacré, il soit subordoufté aqx princes de la t^rre; qw l'iQlisiilUble soit soumis au faillible; que h saiuteté du sacerdoce chrétien soit souillée par le contact pu**

périeur d'un César, souvent ipfidèle à la foi, plut sou* vent subjugué par l'ardeur des passions les plus immondes * ? Non, certes, l'Homme-Dieu n'a pas ainsi

pouvoir politi(|ue, tandis que le pouvoir spirituel ne perd réellement rien de sa vigueur, quoique souvent mtfconntie, parce quHl a pour principe la délégation et la constitution divines. 1 Cette conséquence inévitable de la prééminence hiérarelii-

prMtîtuë m pure épouse ; oe n'est pas ainsi qu^il a pourvu à sas destinées futures. Ce ne sont pas las chai«> oat de Faselavage qu'il a rivées à ses mains sacrées ; il y a plaeé les précieux bracelets de la liberté, il a mis sur son chaste front le royal bandeau de l'indépen» dance!

El qu^ls sout donc cas Césars que les conciles au-i

raieut gratifiés de la «ilutaira prééminence sur la saintsi

biérarobîe ? Ils sont aujourd'hui remplacés, pour Vtt^

gliie d'Oriaut» par un sultan, qui se qualifie rieaira du

^pbètç, at qui, par droit de suceesaion au^E droits

4e» vaincue) «a trouve, m affat, revêtu de la préémi«

nence dont parle le synode ; oar, au lieu de buUea

d'institution çaAouiqua que les évéques reçoivent de

^oma, ils reçoivent, eux, de ces sultans des firmana

d'invostiturai pour l'achat desquels ils sunt soumis

à UQ lourd ^t honteux tribut. Ëuoora ne leur as*-

surp^t-il la pp^ies^iQii de laur siéga déshonoré que

jusqu'à ç^ qu'un coiupétileur, plus riche ou plus heu-

riux, réussisse.à le foira agréar par rintarmédiaire de

quelque vigir vénal , et de £iire destituer (s'il na lui

arrive pis ^),h poMasicurde la digmté qu'il convoita.

%m du pouvoir impérial s'^&t en qHd({ua sorU; pçniQqmfl^ H^

ravénemçnt au trône de Russie d'une princesse étrçuig^rç, pro** testante et philosophe par sa naissance çt par ses liaispns ; adultère et rappelant par ses dissolutions d'autres impératrices devenues fluqeuses au même titre, et painlessus tout, meurtrière de son époux et usurpatrice de son trône. Elle n'en a pas moins exercé, dans tout^ sa plénitude, la suprématie impériale ^ur le très-saijit synode, et, par lui, ^yr l'Eglise orthodoxe dç tputef I^s Russies.

I L'on se rappelle qu'en Tannée 1821^ le sulfan V9ul§||t fe défaire du patriarche schismatique de sa résidence, le fit, sans

Et c est à ce degré d'avilissement qu'il aurait plu à rHoinme-Dieu d'abaisser son Église orthodoxe, l'objet de ses complaisances divines? Nul ne pourra le croire, et il faudra donc demeurer convaincu que Gonstantinople, devenue la Samarie chrétienne, est tombée sous un même anathème ; et que son Eglise, ainsi livrée à Timpur attouchement d'un sultan infidèle, a souillé, par un adultère spirituel, la couche de son divin époux ; à moins dHmaginer que la sagesse éternelle, incarnée pour notre salut, n'ait pas embrassé dans son infinie prescience le futur esclavage de son épouse fidèle et chérie, par suite du triomphe du croissant sur ce vil débris de l'empire romain.

Et à quelle fin un concile aurait-il compromis le bien le plus précieux de l'Eglise, sa sainte indépendance, en la plaçant sous la tutelle de la puissance impériale ? L'unique but qu'il eût été possible de lui supposer eût été d'assurer davantage, au prix de sa liberté, l'unité de TEglise. Mais, indépendamment delà malédiction divine dont l'Écriture menace celui qui met sa confiance au bras de l'homme , ce moyen d'assurer l'unité eût été précisément le plus périlleux, pour cette unité, qu'il eût été possible d'imaginer. Déjà le partage de l'Etat romain en deux empires, indépendants l'un de l'autre, aurait mis en grand danger cette précieuse et indispensable unité, puisque les deux empereurs auraient, chacun de son côté, exercé sa supréma-

plus de façon, pendre avec tous ses prêtres assistants, à la porte de son église, le jour même de Pâques, à l'issue de l'office patriarcal. Son corps fut livré aux juifs, et secrètement racheté pai* l'ambassade russe.

DB L'EMPIBB de BUSSIB. 173

tie personnelle sur son Eglise^ et souvent dans deux intérêts diamétralement opposés. Mais, déjà avant la cbntede l'empire d'Occident, des peuples sortis du nord et de Touest de notre continent lui avaient arraché ses plus vastes provinces, et les chefs de ces peuples conquérants succédaient nécessairement à tous les droits des princes vaincus par eux. Ces droits sur l'Eglise, ils les transmettaient à leurs successeurs; de sorte que, par suite de ces mutations politiques, l'Eglise se serait trouvée fractionnée en une multitude de parties incohérentes entre elles ; et comment, en une situation si déplorable , l'Eglise, cessant de pouvoir être appelée universelle, aurait-elle pu conserver l'unité que la violence du pouvoir politique pouvait rompre à chaque instant, et que même il était dans son intérêt de

détruire !

Avec combien plus de sagesse, la prescience divine, à laquelle aucune de ces révolutions futures n'était cachée, avait-elle pris soin de l'unité de son Église ! Une suprématie spirituelle avait été fondée par elle pour le cours de tous les siècles,et afin de mieux assurer l'exercice continu de cette suprématie, aussi ancienne que l'Église elle-même, elle avait conduit les événements extérieurs de manière à ce que, contre toute prévision, et indépendamment de toute conception humaine, Rome, le théâtre des plus beaux, des innombrables triomphes de la foi et de la patience chrétiennes, devint l'inamissible patrimoine de l'humble pécheur de Galilée, mis en croix sur l'une de ses collines ; et que le foudroyant Capitole n'ombrageât plus, au lieu du trône sanglant des Tibère, des Néron, des Dioclétien,

174 DE LA «TUATIOK MttQllinSB

que It chaire pacifique et Indeitructible du prince dei ap6lres.

En un mot, là auprématie du pouvoir politique aur le pouvoir pontifical ne pouvait et ne peut encore produire que dea ÈyUntt ntHonoUi, oe qui eat le ayatème le plus oppoaé qui ae pttiaae imaginer é l'ea- ]»*it qui a préaidé à la fondation de la religion ohré* tienne. La conséquence de la (ransformation de rEglite de Jëaua-Chriat en diviaions nationales détruit radies •> lement son unités et, indépendamment de ce premier mal, elle dégrade néceaaairement Tinatitution divine^ au point de n'être plus, comme noui l'avona dit^ qu'une manivelle politique dont la poignée eat aux mains du aouverain« Àioai réduite en eadavage^ elle n'a plus part aux promesses divines^ car il eat écrit : Is fiU de l'esclave m sera pas héritier avec le fils de l'ipmiêê, et cet orede explique par&itement la différente destinée qui se manifeste dans la situation de la S(Êra et de l'ijor modernes.

U noua est pénible de formuler le jugement que prononcera le lecteur sur la question qui noua Occupe* U reconnaîtra combien leé feita sont faussés^ combien profondément la vérité est offénaée dana le manifeate» en tout ce qui concerne le gouvernement de la primitive Eglise, et spécialement en ce qu'il avancé «er /e frié^inème accordée par les premiers conciles au pou* voir impérial sur l'autorité et sur la hiérarofaie de rÉgliae. L'excuse que nous pouvons et devons, en toute justice« allouer en faveur du aynode de Rttâai^^ c'eat que ce document a été rédigé dans aea chancelle* ries> sOus lesauapicel de son procureur suprême, et par

dei éeri?aiiife courbés soUs robéiisaiiee peuive «xigée parleur chef. Des écrivains laïques, quelques-uos m^e militaires» et noo moins étrangers à l'étude de Thistoire ecdésiastique qu a la connaissance des canons, n'ont &it qu'amplifier le texte qui leur a été fourni, et dont k bat était priiicipalement de baser, sur les coutumei et les institutions supposées de la primitive Église, le servage de l'Église russe, qui ne date, en réalité, que de la suppression du patriarcat dans l'empire , c'est^ ànlire du règne de Pierre I**".

Suit un tableau fort séduisant des testas, des beau^ tes, dei mérites de l'Eglise onbodoxe, aux yeux de son divili fondateur. Nous ne reprocherons à ce tableau tijuè la GOnfosion qui se trouve dans l'épi thète d'or^ ihodoxe que l'auteur, on le sait, donne toujours et par prédilection à sa chère Eglise d'Orient , quoique la plupart des traits sous lesquels il peint l'Eglise, oon* viennent par&itement à l'Église romaine , très peu à cdle de G>nstantinople, et beaucoup moins à celle de Russie* A l'époque dont parle le manifeste, époque des [dus magnifiques triomphes de la foi, où était l'imper* ceptible Byzance ? Quelle était la situation des peuples de Russie? L'une n'avait pas encore d'existtoce connue dans rÉglise, l'autre dormait à l'ombre de la mort, et Ton ne voit pas trop de quel frout l'auteur du manifeste réclame ^ pour la gloire de son Église, Iss €ub limes eocploik d^ la paUmce, qui, plus qu'à toute autre, appartiennent à cette Église romaine, où forent jetés les fondements de la foi, où fot rétabli le roc divin qui doit, jusqu'à là fin, porter et soutenir la vérita* ble Église de Jésus -Christs A elle appartient le titre

176 DE LA SrrUATiON BELlGIBinSB

glorieux de prédicatrice de la croix ; à elle, au milieu d'une persécution de trois siècles, les triomphes d'une armée de martyrs, plus nombreux que tous ceux du reste de l'univers ; à elle la pacifique conquête de tout ce queTEurope enserre de royaumes et d'Etats ; à elle la victorieuse défense des dogfnes de la foi contre les innombrables hérésies sorties de l'Orient ; à elle enfin toutes les grandeurs, tous les charmes de l'immortelle épouse du Christ : c'est le christianisme romain qui a opposé une barrière insurmontable à l'invasion de ce redoutable Islam, sous les coups duquel est tombé l'Orient, et qui a si cruellement absorbé le christianisme de cette vaste partie du monde ; à elle le sublime privilège d'être cette lumière placée sur le chandelier pour luire à tous ceux qui sont da»$ la maison; cette glorieuse cité, bâtie sur la montagne, et qui ne peut être cachée à la vue de personne. Eglise orientale, dispersée comme l'infidèle Israël parmi les mécréants, odieux Stamboul, aujourd'hui siège du commandeur des croyants, où est votre gloire ? Etes*vous, aux yeux de tous, ce qu'est Rome, siège de l'apostolat universel, diadème dans la main du Seigneur ?

Cette humiliation profonde, ce juste et terrible châtiment du schisme, fruit de l'orgueil, n'a pas échappé à la pensée de l'organe du synode ; mais, loin d'y reconnaître la peine d'un crime, il regarde cette humiliation, ce honteux esclavage de son Église orientale, comme un témoignage de la bonté divine^ comme le moyen choisi par elle pour préserver cette Eglise du retour à ses premiers égarements, que, fort légèrement, il qualifie de vaines et curieuses recherches

tur tes mystères de l* essence divine : comme si les erreurs d'Âriiis et de Macédonius, radicalement destructives de la nature divine, n'étaient pas d'odieux blasphèmes, et pouvaient être, en justice et en vérité, dissimulées sous la dénomination d'un tort, au lieu de celle d'un efiroyable attentat à la Divinité elle-même !

Nous concevons fort bien que le bâton d'un exacteur turc, chargé de rançonner un monastère, £asse oublier aux moines grecs les vaines et curieuses recherches dont, pour le malheur et le scandale du monde et de l'Église, s'occupaient leurs prédécesseurs; mais nous ne voyons pas de même que ce résultat compense parfeitement un changement de situation si déplorable, et il nous semble qu'une censure dogmatique venue de Rome était moins rude et plus supportable, comme moyen curatif, que le fouet de l'agent d'un pacha !

Nous abandonnons sans difficulté les détails que nous donne le manifeste sur les persécutions exercées en Pologne contre les Grecs demeurés schismatiques, parce que ce sujet est entièrement étranger à notre controverse. On sait que, de tout temps et partout, les dissensions religieuses, lors surtout qu'elles s'étayaient de haines politiques, ont occasionné des violences. Elles ne peuvent, en justice, être imputées à rÉglise, qui ne les prescrit ni ne les approuve, et, au terrible jugement de Dieu , elles retomberont moins sur les exécuteurs que sur les véritables auteurs de ces violences, qui ne sont que l'effet des passions ordinaires e notre coupable humanité. Ces auteurs, ces premiers excitateurs, ne sont autres que les novateurs *

en matière de foi. Ceux-là ressentiront, en leur entier ^

le poids insupportable des vengeances divines^ et à cet égard qui voudrait entrer en partage de la responsabilité encourue par les Photius et les Michel Gérulaire?

Toutefois, nous espérons que le lecteur impartial se prescrira une grande circonspection dans la foi qui lui est demandée quant aux détails de boucherie qu'on met sous ses yeux^ et aux broches, aux grilles, aux chaudrons et autres ustensiles de cuisine que Ton étale à son regard que détourne le dégoût. Il faudrait des témoignages bien authentiques et surtout bien dégagés des passions contemporaines, pour familiariser notre esprit, même avec la probabilité de si grandes horreurS; et le manifeste, parmi tant de témoignages qu'il invoque^ ne trouve à citer que l'extrait d'un ouvrage périodique assez obscur^ qui se publie a Cracovie, où le gouvernement russe peut y faire insérer tout ce qui lui parait propre à servir ses intérêts. Ces extraits mêmes sont^ dit-on, tirés d'une chronique dont l'auteur ni le titre ne sont nommés^ de sorte que cette citation plus qu'équivoque, quand elle serait parfodtement sincère, serait bien éloignée du caractère d'un témoignage véritablement historique.

On sait aujourd'hui avec quelle profonde perfidie Catherine II avait préparé la dissolution politique de la malheureuse Pologne, gouvernée par un roi qui avait figuré au nombre des amantef de cette princesse, et qui< en retour de ses empressements, avait reçu d'elle la couronne des Jagellons. On sait qu'en tête des ressorts que, du fond de son cabinet immoral, elle feisait jouer pour préparer le démembrement de cette équivoque monarchie^ figurait la protection qu'elle

DS l'hupuib QB RUSHE. 170

prétendait avoir droit d'accorder dans un royaume étranger, -^ dirouB-noua à ses coreligionnaires? -* non ; à tous les sectaires possibles renfermés par elle sous la dénomination de dissidents. De sorte que sou arrogante protection s'ëtendait aux protestants de toutes les confessions, jusqu'aux sociniens et à leurs frères les unitaires, dont il se trouve un assez bon nombre en Pologne. Toutefois les principaux agents de la faction russe étaient, comme on peut le croire, les Grecs schismatiques, les plus nombreux et les plus ardents antagonistes du gouvernement polonais.

Or, c'est sur cette faction russe que s'exerçait principalement l'influence de Catherine, et cette politique, qui consiste à créer à son ennemi des embarras, au moyen de rébellions intérieures, n'a jamais iait défaut à la Russie, et sera toujours mise en œuvre par elle. La Turquie n'en a pas moins que la Pologne fait l'expérience * .

L'impératrice, donCf jugeant le moment arrivé de faire jouer sa mine, excita parmi les Grecs schismatiques une prise d'armes, comme le récit du synode le dit lui-même , mais en taisant la part qu'y avait cette Catherine, dont un peu plus bas il proclame le règne heureux et digne d'une éternelle gloire. Des combats

I Nous connaissons les instructi<xis données à cet égard aux agents russes dans l'Orient, et pour preuve nous nous borner(His à citer leurs restions avec le fameux bandit Teherny-Georges, que, pendant la guerre de 1807 à 1812, la Russie soutenait de ses conseils et de secours d'argent dans sa révolte contre le sultan. Malgré les atrocités connues de sa vie aventureuse, l'empereur Alexandre lui avait même octroyé le grade de général-major avec le oordon de Ssinte-Anne*

s'ensuivirent, mais sans succès pour les rebelles. Beaucoup de leurs chefs, parmi lesquels des instigateurs de la guerre civile, des agents de la Russie, furent pris et renvoyés par- devant des tribunaux. C'était ce que voulait cette femme que le philosophe athée de Ferney appela la Sémiramis, mais dans laquelle le chrétien verra plutôt la Jézabeldu iVorrf; c'était la réussite entière de son scélérat calcul. Car, s'était-elle dit, je ferai trèsostensiblement intercéder pour ces misérables, par mon ambassadeur. Si l'on a égard à mon intervention, que je rendrai aussi menaçante que possible, la confiance que mon parti ne peut manquer de prendre, tant en mon pouvoir qu'à l'intérêt dont j'aurai fait preuve pour lui, grandira outre mesure, et j'aurai dans le pays auquel j'en veux, une armée prête à prendre les armes pour moi ; que si mon intervention venait à échouer, ce serait, pour la grandeur de ma puissance, une offense irrémissible, et qui me servirait, lorsque je le voudrais, de motif de guerre. Les rebelles furent condamnés et exécutés, comme il ne pouvait guère en être autrement; mais le Machiavel en robe atteignit le but qu'elle avait en vue, et auquel elle venait de sacrifier le sang de tant de malheureux ; elle fit la guerre de destruction qu'elle méditait contre la Pologne, et dans les motife de son manifeste furent bien soigneusement consignés les supplices si justement infligés à ses chers dissidents.

Tels sont les faits historiques dont le synode dissimule une partie et exagère l'autre. Mais de croire que ces exécutions, déplorables puisqu'elles tombaient sur des hommes égare's par un sentiment religieux, dont se masquait une femme sans religion et sans pudeur.

DE L'EMPIRB de RUSSIE. 181

et qui cependant exerçait le pontificat suprême de leur chétive Eglise ; de croire qu'au milieu de Varsovie, qui, à cette époque, pouvait servir de modèle pour la douceur et l'élégance des mœurs aux deux ca-» pitales de la Russie, des supplices si atroces aient pu être publiquement infligés à ces malheureux ; il fau* draity pour le croire, une foi plus que robuste aux allégations du synode, qui, comme nous croyons l'avoir assez solidement prouvé, ne brillent pas toujours d'une incontestable vérité.

A quelle fin, d'ailleurs, le manifeste rappelle-t-il des faits d'un autre siècle, qui, quand ils seraient parfaitement vrais, ne décideraient nullement la question qui nous occupe, et qui, au fond, n'ont d'autre objet réel que de mettre dans son véritable jour ce qu'a de légitime et de sincère, de libre et d'unanime, la réuoion actuelle des catholiques du rit grec avec TEglise scbismatique qui domine en Russie? A lire l'œuvre du synode, qui en ceci n'est que l'éditeur prête-nom d'un écrit du gouvernement, l'on ne peut s'empêcher de reconnaître que cet écrit n'est propre qu'à enflammer et exaspérer la haine du peuple russe contre le peuple qu'il a subjugué, et dont le ressentiment est assez juste pour que l'on puisse craindre qu'il ne résiste même au temps qui adoucit tant d'autres amertumes. Il faut l'avouer : jamais nation, déchirée par ses crises intérieures, n'a été plus affreusement sacrifiée à l'ambition et à la noire politique d'une femme dégradée, et dont jamais la pensée n'a été effrayée de l'idée du juste juge qui déclare dans les Écritures que les fumants seront puissamment tourmentés. Mais en faisant la part de l'horreur due aux noirceurs de Cathe-

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rine, nous ne pouvons nous empêcher de faire celle des légèretés et des coupables espérances de la Pologne. Toujours elle a cherché son refuge dans la France ; et, en d'autres circonstances, le recours eut été, sans doute, aussi sage qu'efficace. Mais à quelle France s'est-elle si aveuglément, si obstinément attachée. C'est toujpurs à la France révolutionnaire qu'elle accordait une confiance toujours déçue. En ^828, lorsque la Russie s'était engagée, sans motif légitime dans une guerre contre la Turquie , et qjae sa première campagne avait eu une issue si peu brillante , guerre que désapprouvait l'Europe tout entière, la Pologne avait certes une belle occasion de se lever contre ses conquérants, et la moitié des efforts qu'elle a faits trois ans plus tard, outre qu'ils auraient trouvé de la sympathie dans tous les cabinets, auraient suffi peut-être pour lui faire reconquérir son indépendance. Mais avec l'inconcevable aveuglement dont elle avait déjà feit preuve, en 4794 et A 795, il lui feUait en France un pouvoir révolutionnaire ; c'est de lui qu'elle attendait le signal de la liberté, et bien qu'il ne fut pas malaisé de prévoir qu'une levée de boucliers, entreprise sous de pareils auspices, lui vaudrait la perte immédiate de toutes les sympathies des cabinets de l'Europe, elle n'a pu se refuser à l'impulsion qui lui était venue du comité républicain de Paris. Tout son sang répandu, avec une bravoure incontestée, dans la lutté la plus inégale, Ta donc été en pure perte. Ses fers ont été rivés avec une dureté nouvelle et inouïe jusqu'à ce jour, et le manifeste du synode, considéré ôomme déclat^atîon officielle du gouvernement rUsse, proclame hautement l'implacable ressentiment de son souverain, en même

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temps qu'il provoque et tend visiblement à assimiler à sa vindicative colère le sentiment universel de toute la nation russe, au risque d'envenimer et de rendre incurable la haine déjà si profonde de deux peuples, que pourtant on a la prétention de fondre en un seul corps de nation.

Nous arrivons maintenant à l'exposé de mesures, pleines d'une sage prévoyance^ qui préparèrent de longue main, et déterminèrent enfin la déplorable défection des évêques catholiques du rit grec, et l'absorption de leurs ouailles dans l'Eglise schismatique ; et comme le synode rapporte à l'empereur, en personne, l'idée première et la mise en œuvre de ces mesures, nous nous voyons contraints d'entrer avec lui dans la lice qu'il nous ouvre, quelle que soît la sincère répugnance que nous éprouvons à compromettre le nom d'un grand monarque dans la juste appréciation de moyens entachés d'un visible défaut de droiture, et employés à une fin moins honorable encore. Un grand roi avait prononcé, au milieu de nous, ce royal axiome : Si la bonne foi disparaissait de dessus la terre^ elle devrait se retrouver au cmir des rois. Quel regret nous éprouverons en démontrant, par les dires mêmes du manifeste synodal, éclaircis par les faits et les circonstances dont nous nous sommes condamnés à faire le récit, que cette bonne foi royale, si belle et si aimable dans l'âme d'un souverain, a cédé, dans ces faits et dans leurs circonstances, à ce qu'on appelle, bien souvent sans raison, la raison d'Etat !

Nous voyons d'abord qu'une des premières opéra-» tions du règne actuel fut ce que le synode appelle l'émancipation de l'Eglise grecque -unie, de l'Eglise

catholique romaine. L'on se rappelle que la première était administrée par une section particulière du collège catholique ecclésiastique romain, présidée par son propre métropolite, et par conséquent on ne peut pas plus libre, quant à TEglise romaine, dans tout ce qui se rapportait à son administration particulière. Pour premier prélude de la séparation finale des deux Eglises, elles se virent complètement disjointes dans leur administration centrale et commune. C'était l'application très-exacte du principe politique : diviser et régner. Il était évident que cette division en deux collèges indépendants diminuerait la force des deux Eglises, mais surtout celle de l'Eglise grecqueunie, plus exposée aux séductions du gouvernement. A cette première mesure, l'on en joignit deux autres, qui, aux yeux les moins clairvoyants, dévoilaient le but véritable de la première.

A la mort du dernier métropolite, auquel le synode accorde le prédicat significatif de bien interUionné *, l'on se dispensa de lui donner un successeur, afin de faire exercer la présidence du nouveau collège par un prélat du troisième ordre, dans la hiérarchie de son Eglise, parce que cette position, toute provisoire et très-infime pour l'emploi auquel on l'appelait, devait le rendre plus craintif et plus flexible aux vues du gouvernement, qui lui faisait entrevoir une position plus élevée pour prix de ses complaisances ; et pour

* Nous rappelons à la mémoire de nos lecteurs'notre note additionnelle 16, afin de préserver la mémoire de ce vénérable prélat de la tâche que veut lui imprimer le mémoire du synode, en lui décernant l'insidieuse épithète de bien intentionné.

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rendre sa position encore plus gênée et plus dépen** dante^ on lui donna pour procureur du collège le fonctionnaire russe qui exerçait le même emploi au synode : de sorte que, par l'introduction de cet officier impérial, tout se trouvait subordonné à ses proposi" tionsj couvertes du redoutable manteau des volontés impériales, et, par conséquent, toujours plus entraînantes vers le schisme et la réunion à F Eglise natio* nale. Ce n'est pas à dire qu'il en eût été autrement, si Ton eût attaché au collège un commissaire ou procureur catholique. Celui qui se serait chargé de fonctions de cette nature eût été très-certainement choisi dans cette classe d'hommes si nombreuse, en Russie et ailleurs, pour qui la religion n'est qu'un nom ; mais au moins une sorte de décence eut éié gardée, et le projet de conduire le collège dans les voies de l'accession au schisme eût été moins manifeste. Mais c'est là précisément où se caractérise le mieux le gouvernement russe, qui se garde bien de s'assujettir, en cas pareil, à aucun frein, même de convenance. I^a nomination du procureur suprême du synode aux mêmes fonctions dans la section grecque-unie du collège catholique avait même cçla d'utile à ses vues, qu'elle les dévoilait assez pour que les membres de cette assemblée dussent se familiariser avec elles. Cette situation si pleine de périls, dans la constitution extérieure du collège, l'était bien plus encore dans les rapports secrets et confidentiels auxquels elle assujettissait le président fictif avec le président réel. Qui dira toutes les insinuations , toutes les négociations, toutes les menaces, toutes les transactions secrètes amenées par cette situation réciproque? Dieu les a entendues. Dieu les a jugées, et une confession sincère

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de Tévêque de Lithuanie pourrait seule compléter la révélation de ces odieux mystères.

L'on sait qu'en recevant l'Eglise grecque de Pologne à la communion de l'Eglise romaine, le saint siège lui avait conservé sa langue sacrée, son ancienne liturgie, ses rites et cérémonies \ son calendrier canonique, et même l'usage du mariage, en faveur des prêtres marié? avant leur ordination '. Cette condescendance est de principe dans l'Eglise romaine, qui vénère à Tégal des siennes propres les antiquités liturgiques des autres Eglises; appliquant à la mère, à la reine des Eglises, ces paroles du psalmiste parlant du Messie futur : « A sa droite est la reine, vêtue d'une robe d'or (suivant le texte hébraïque, le front ceint d'un diadème d'or ) , et entourée de variété , c'est-à-dire couverte d'un manteau orné de mille fleurs de diverses couleurs. »

Malgré cette diversité des rites, les deux Eglises catholiques de Pologne étaient unies par une fraternité si

* Le saint-Siége n'en agit pas autrement avec les Grecs, les Arméniens et les autres hérétiques ou schismatiques de l'Orient; par la raison que ces Eglises dissidentes sont en possession d'observances liturgiques et autres, qui, bien plus anciennes queleurs erreurs, leur ont été données par de saints pasteurs dont l'Eglise romaine honore la mémoire.

' Quant à ce dernier point, il faut dire, à l'honneur du clergé grec-uni, que peu à peu il reconnut de lui-même la supériorité morale du prêtre célibataire sur le prêtre marié, et sa plus grande indépendance du pouvoircivil, lorsqu'il n'était pas chargé d'une famUle à nourrir, à éduquer et enfin à établir. Il s'en est suivi que, de plus en plus, les candidats au saint ministère s'abstenaient de contracter le lien conjugal. Il reste à voir si le synode soumettra son clergé nouveau à l'obligation du mariage.

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étroite, que leurs prêtres célébraient les saints mystères dans les Eglises des deux rits, et qu'ils conféraient les sacrements aux fidèles de Tun et de l'autre sexe. Par suite de cette union, alors réputée indissoluble, l'Eglise grecque-unie, bien qu'elle n'ait pas introduit dans son calendrier canonique la solennité votive que l'Église latine voue au culte de la très-sainte eucharistie, prenait cependant part à cette grande et triom* phante solennité, en s'adj oignant à la procession du jour, et alors à chaque reposoir on chantait l'Évangile dans les deux langues et par l'organe de diacres des deux rits. Peu à peu des Eglises du rit grec avaient adopté le culte extérieur du saint sacrement^ et son exposition publique sur ses autels. Une si scandaleuse innovation ne pouvait pas échapper au zèle du procureur russe du collège ; car ce culte, si raisonnable et si saint, est mis, par son Église schismatique, au rang des inventions humaines qui ont altéré les rits primitifs de rÉglise universelle, et en conséquence il dut être proscrit. Une proposition laite, en vertu de la volonté souveraine, en fit justice; et comment le collège, déjà en réalité assujetti à la direction impériale, aurait-il osé se refuser à la plus stricte obéissance? Il va sans dire que bien avant d'avoir si pieusement, et par un respect si bien entendu pour la sainte antiquité, supprimé le culte eucharistique, l'on avait défendu aux prêtres grecs de célébrer la messe dans des églises latines, ou d'en permettre la célébration, par des prêtres latins, dans leurs églises. Toute participation conmiune aux sacrements^ par le ministère de prêtres de l'un et de l'autre rit, fut interdite avec la même sévérité. L'on venait de gagner du terrain, et pour

18g M LA SfTUATKM aBUGOlISB

assurer la marcbe lente et astucieuse du gouverue* ment, il suffisait, pour le moment, d'avoir brisé le sceau extérïeor de l'unioD.

Le repos toutefois ne fat pas de longue durée. Une proposition nouvelle, et d'avance revêtue de la sanction souveraine, fut portée au collège par son infatigable procureur. Cette fois il s'agissait de rendre à l'intérienr des Eglises grecques -unies ce que le synode appelle la msgoificenf» des temples anciens. Pour la parfaite întelbgence de cet article, nous nous voyons obligés d'introduire nos lecteurs dans l'intérieur d'une ^lise russe.

Celles de ces églises qui sont construites parfeitement dans le style ancien *, et pour lesquelles on a rigourement conservé l'ignoble style byzantin , se composent de trois parties distinctes, et que l'on dirait ajoutées l'une k l'autre, sans vue de l'ensemble. La première est une espèce de porche ou de vestibule d'une nudité parfeite, et qui donne entrée dans la nef ^. Celle-ci présente toujours, dans la rigueur du

* Depuis quelque temps, l'on se permet de déroger ( à l'esté tcrieur seulement) aux prescriptions architecturales du Bas- Empire, et cela devait arrÏTcr tout uaturellement depuis que l'on avait confisqué tant d'églises catholiques au profit du culte schis- ■natique. A Moscou, l'on a même poussé le dévergondage des innovations dans ce genre, jusqu'à bâtir, dans un coin du Kreml un temple en briques rouges, où, sans la moindre entente de la légèreté et de la finesse des proportions de l'architecture du moyen âge, l'on a produit une lourde et basse image du style gothique.

' Il parait que cette espèce d'antichambre représente le portique que, suivant l'antique usage de l'Eglise, devaient occuper '"* '■"'•''■Ijumùiies et les pénitents.

DR L'BMPIBE de KUSSIE. 189

Style ancien, dont les églises modernes commencent à s'écarter beaucoup, un espace parfaitement carré, au fond duquel s'ouvrent trois portes qui donnent ent rce au sanctuaire. Celui-ci n'offre qu'une méchante abside, sans hauteur ni profondeur, et sert en même temps de chœur et de sacristie.il est toujours tourné à l'est, et cette loi est tellement de rigueur^ qu'on lui sacriRe toutes les convenances du terrain, toute règle de symétrie archîtectonique extérieure.

 peu près au milieu du sanctuaire, est placé Tautel du sacrifice, flanqué sur sa gauche d'une petite crédence appelée Jertvennik ( victimaire ) , où le prêtre prépare, d'après le rit de son Eglise, les fragments de pain non-azyme ' et le vin du sacrifice, et où, après la communion réelle ou fictive des fidèles, il dépose, jusqu'à la consommation finale, qui n'a lieu qu'a* près ia fin de la messe , les espèces consacrées et mêlées dans le calice. Au fond du sanctuaire est tou-

* Pour cela il se sert d'une espèce de couteau à manche, dont la lame présente la forme d'im fer de lance, percé, dans sa plus grande largeur, d'une ouverture en forme de croix. Au moyeu de cet instrument il détache des pains sanctifiés par ses bénédictions, des fragments triangulaires en tous sens, en prononçant le texte évangélique : L'un des soldais out^rù son câté d'une lanccy et lien sortit aussitôt du sang et de l'eau Le premier et le plus grand des fragments de pain que le prêtre détache ainsi, est appelé, par excellence, l'agneau ; les autres sont successivement détachés des pains bénits {Prosvyra), en mémoire de la sainte mèi« de Dieu, du saint précurseur, d'apôtres ou d'autres saints ; particulièrement du titulaire de l'Église, et de ceux dont on célèbre la fête, et souvent en commémoraison des défunts recommandés aux prières du célébrant. Tout cela se fait sur le petit autel latéral, appelé victimaire.

jours une fenêtre, pour recevoir la Itmière de l'orienl «. L'autel principal est construit en cube parftiit, ou à peu près^ mesurant trois à quatre pieds dans les trois dimensions. Un simple tapis étendu devant lui rem* place les marches sur lesquelles nous élevons les nôtres. Il est isolé des quatre côtés, afin que le célébrant et son diacre puissent pratiquer, à Tentour, les encensements qui sont fréquents dans les cérémonies orientales. Rien n'est déposé ni souffert sur Vautel^ si ce n'est une espèce de tabernacle, où sont gardées des parcelles de pain consacré, et réservé pour le viatique, la croix ^ et le livre des Evangiles. A la messe, celui-ci est placé debout en regard du célébrant ; après la messe, il reste couché sur le milieu de lautel, recouvert d'un voile de soie, ou d'une étoffe plus commune, suivant les facultés de l'église. Un ou deux, quelquefois trois chandeliers, chargés de cierges qui s'allument pendant la messe, et qui sont un peu plus hauts que l'autel, sont placés derrière lui à terre, et le pupitre qui soutient le missel est placé à la gauche du prêtre, mais jamais sur l'autel. En fece du sanctuaire, souvent au milieu de la nef, est établi l'ambon, que nous appelons aussi jubé, composé de un ou de deux degrés, ronds ou octogones, élevés au-dessus du sol. Là se place le diacre lorsqu'il chante l'Evangile ou qu'il récite les prières à l'usage du peuple ; en certaines parties de l'office, le prêtre ou l'évêque y monte également pour lui donner sa bénédiction .

I La franc-maçonnerie nous serait-elle aussi venue de TOrient ? ^ Les Russes ne se servent jamais de crucifix^ tout au plus le Sauveur crucifié se voit peint sur la croix*

DE l'empire de RUSSIE. 191

Le sanctuaire, oomme nous l'avons dit, a trois sorties qui communiquent avec la nef. Celle du milieu s'appelle porte royale, parce que c'est par elle que sort le prêtre lorsqu'il offre à l'adoration du peuple les sacrés mystères. Le prêtre seul y peut passer ^ ainsi que le diacre , mais ce dernier seulement lorsqu'il tient aux mains le livre des Évangiles ^ ou lorsque, marchant devant le célébrant, il porte sur sa tête le pain destiné à la consécration, et qui, pour la première fois, doit être déposé sur l'autel \ Les deux portes latérales servent au passage des clercs et du diacre, lorsqu'il sort du sanctuaire pour réciter les prières publiques, ou pour encenser les images et l'assistance.

Ces trois portes, ou au moins celle du milieu, sont percées à jour au moyen d'espèces d'arabesques plus ou moins richement dorés, et décorés des images de Jésus-Christ, de la Vierge, d'anges ou des quatre évangéiistes. La porte royak a de plus, derrière elle, un rideau d'étoffe couleur de pourpre, qui est tiré pendant tout le canon de la messe, afin d'empêcher les assistants du dehors de rien voir des actions du célébrant * ; ce qui n'empêche pas les prêtres, lorsqu'il se

* Ce qui prouve la confusion des idées du peuple comme du clergé russe, sur le sacré mystère eucharistique, ce sont les prostemements du premier devant les espèces ainsi introduites au sanctuaire, longtemps avant leur consécration; adoration, au moins extérieure, non moins profonde que celle que, plus tard, il rendra aux espèces consacrées.

^ Cette observance n'est suspendue que pendant la semaine de Pâques* Pendant cette octave la porte royale reste constamment ouverte, en mémoire, sans doute, du voile du temple déchiré à la mort du Sauveur. L'on dit alors que le Paradis est owertj et,

présente quelque personne à l'égard de laquelle ils se prescrivent de la prévenance ou une courtoisie particulière (fût -elle même d'une religion différente), de l'admettre au sanctuaire et de la placer à peu de distance de l'autel. Les femmes seules sont rigoureusement exceptées " de ce privilège-, dont nous avons personnellement et fréquemment joui.

Le sanctuaire, dont le cintre est toujours beaucoup moins élevé que celui de la nef, a aussi beaucoup moins de largeur que cette nef, où se trouvent à peu près toutes les décorations de l'église. Toute la largeur du mur qui fait le fond de la nef, et au milieu duquel se voient les portes du sanctuaire, est couvert de bas en haut d'images de saints, dont les principaux occupent l'étage inférieur, afin de recevoir de plus près le pieux hommage des fidèles. A la première place d'honneur, c'est-à-dire aux deux côtés des portes saintes, se voient toujours les images du Sauveur et de sa sainte Mère, le plus souvent peintes en pied, et devant elles pendent des lampes plus ou moins riches de métal et de cise-

par suite de cette idée commune à tous les Russes, ils regardent comme des bienheureux tous ceux qui meurent pendant cette octave. En conséquence de ce préjugé, l'on s'abstient de faire, près du corps, la lecture continue du psautier, que, dans les auti*es temps de l'année l'on y fait tout au moins, depuis le moment de la mort jusqu'à l'inhumation du défunt.

' La seule exception qui soit faite à cette règle a lieu dans les monastères de femmes, mais elle n'est faite qu'en faveur de oel-> les qui ont passé un certain âge. Les infirmités mulièbres constituent dans l'Eglise russe, comme chez les juifs, une impureté légale, à laquelle elle attache une importance si grande, qu'elle A*accorde pas même le viatique aux accouchées.

DE L'EMPIBIS de RUSSIE. 193

luresy mais dans lesquelles, au lieu d'huile^ l'on voit de gros cierges toujours allumés pendant le service divin. Cette immense agglomération d'images est appelée Yiconostagej place des images. L'intérieur de toutes les églises gréco-russes est toujours et rigoureusement conforme à notre description ; aucune ne pourrait s'en écarter, parce qu'elle est réputée seule canonique et appropriée aux saints mystères.

Or, il était arrivé, pendant les deux à trois siècles qu'avait duré l'union catholique des deux rits, et par suite de l'unité de communion dont nous avons parlé, que les Grecs avaient compris qu'il n'y avait rien d'essentiel dans la forme géométrique d'un autel, et que même, si l'on voulait contester sur la valeur intrinsèque des deux usages^ celui de la forme du parallélogramme généralement adoptée dans l'Église latine semblait plus conforme à la sainte antiquité, parce que, se rapportant beaucoup plus aux proportions d'un sépulcre, elle rappelait mieux la coutume de la primitive Église de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs. Ils avaient compris qu'il n'y avait rien de réellement sacrilège à placer des chandeliers sur les gradins d'un autel, ni le missel, où l'on trouve la parole de Dieu, tirée des Ecritures et de l'Évangile, sur la table sainte, parce que rien de ce qui sert au culte légitime de la Divinité ne peut offenser sa suprême majesté. Ds s'étaient persuadés que les images du Christ, de la Vierge et des saints seraient au moins tout aussi convenablement placées dans le sanctuaire que dans la nef d'une église, et que la clôture du sanctuaire ayant eu, dans la haute antiquité, pour objet de voiler la partie la plus sainte du sacrifice aux

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yeux des profenes^ des catéchumènes, dont la foi ne paraissait pas encore suffisamment assurée» cet usage avait pu être fort convenablement supprimé depuis que tous les mystères de la foi et du cuite des chrétiens avaient pu et dû être dévoilés aux yeux de tout l'univers. Ces considérations, fort peu édifiantes aux yeux du synode scbismatique, quoique fort raisonnables en elles-mêmes, avaient peu à peu détaché les Grecs-unis de pratiques, vénérables par leur haute antiquité, mais auxquelles aucune importance réelle ne pouvait être raisonnablement attachée^ et il s'en était suivi des changements locaux qui excitèrent toute la ferveur du zélé du procureur du collège. De là une proposition de mettre tous ces changements , venus du latinisme, au néant^ et de tout remettre à Finstar de TEglise russe^ qui, comme Ton sait, n'a jamais admis des inventions humaines, ni rien laissé périr de ce que, par l'intermédiaire de sa vénérable mère, l'Eglise byzantine , elle avait reçu de la primitive Église' .

Quelle douce consolation, en efFet^ de voir, nous devrions dire d'entendre chanter la messe sur un autel carré plutôt qu'oblong; d'être séparé, et comme exclu du sanctuaire, par des portes et un rideau pendant ce sacrifice, dont les cérémonies sacrées pénètrent si vivement le cœur du chrétien ; d'avoir devant les yeux, au lieu de la croix qui , dans nos églises , attire la vue continuelle des fidèles, des images bizarrement groupées et représentant de saints personnages dont les noms et les vertus sont ignorés de la plupart des spectateurs ! Tout cela devait paraître fort regrettable au double procureur du synode et du collège, et ce der-

« roy. note additîonneUe 22.

nier ne pouvait manquer d'agréer une proposition déjà revêtue de la sanction impériale, et iîiite dans les for* mes courtoises dont nous verrons plus tard de trèsséduisants modèles.

L'empereur pourvut aux grosses dépenses qu'entraînait cette réhabilitation des formes extérieures du culte oriental. Il y pourvut avec une munificence qui put étonner les paroisses russes^ souvent si mal pour*vues des choses nécessaires au culte; mais il avait atteint un but important. Les Eglises catholiques du rit grec s'étaient assimilées aux Eglises schismatiques, et le peuple pouvait au moins, jusqu'à un certain point, se familiariser avec l'idée de l'identité de son Eglise avec celle à laquelle on voulait la soumettre.

La lamentable catastrophe approchait ; tissu dans les ténèbres, l'impitoyable réseau allait être jeté ; il allait embrasser dans la prévarication, déjà résolue du collège, les deux à trois millions d'àmes soumises, par la force, à des pasteurs qui en trafiquaient à leur pro«* fit. Une seule chose manquait encore : c'était l'introduction des livres liturgiques de TEglise russe dans les Églises du rit grec, qui déjà n'étaient plus catholiques que de nom. Une proposition de l'ardent procureur y pourvut. Les complaisants évêques apprirent de lui que leurs missels et leurs rituels, soigneusement examinés (par le synode, sans doute), renfermaient des variantes qu'il n'était plus possible de tolérer. ï^es altérations que l'on signalait étaient, en effet, de nature à allumer le courroux d'un officier, aussi zélé pour la gloire de son maître que pour la pureté du culte. C'élait) outre l'addition hérétique du Filioque au symbole de IKicée, celle du nom du pape, en tête des ekhté«

nii ', et avant ceux de l'empereur et des princes et princesses de sa famille. La mémoire du pape était conçue en ces termes : Le très-saint et universel pontife iV..., pape de Rome. Il fut donc proposé au collège, et résolu par lui, d'exposer au* très-saint synode que, par le laps du temps et par suite d'impressions fautives, les livres liturgiques dont se servait sa sœur, l'Eglise grecqueunie, avaient subi des altérations considérables et pernicieuses à la pureté de son culte, redevenu tout oriental , et qu'en conséquence le collège suppliait le synode de lui accorder la délivrance d'exemplaires tirés de sa propi^ imprimerie, pour plus grande assurance que le texte de ces livres était pur de tout alliage étranger, et parfaitement conforme au texte orthodoxe de la liturgie orientale. Une volumineuse édition était déjà prête, tant on connaissait d'avance l'issue de la proposition du procureur ; elle leur fut délivrée avec un empressement facile à concevoir. De ce moment, le schisme put être regardé comme consommé, car la radiation du nom du pape équivalait

■ Ekhénii, sorte de Utanies souvent répétées dans tous les offices de l'Eglise russe. Le diacre les récite à haute voix, placé sur l'ambon, et tenant son orarion (étole) de la main droite. L'Ekhténie commence toujours par la longue nomenclature individuelle de la famille impériale, le nom de l'empereur en tête ; viennent ensuite les invocations en faveur du très-saint synode, de l'ordinaire, de tout le clergé orthodoxe, des armées chéries du Christ, de tous les ordres civils, des constructeurs et bienfaiteurs du temple, vivants ou morts, et enfin pour tous les besoins et nécessités publics et privés, dans l'ordre spirituel et temporel. Le chœur, au nom du peuple, répond à chacune de ces invocations par le chant du Gospodi Pomylouij le kyrie eleison, des Grecs.

DE L'EMPIBE de RUSSIE. 197

évidemment à la renonciation formelle à son obédience. La trahison judaïque du clergé grec-uni était accomplie, et l'ennemi du genre humain put parodier le cri sublime du Rédempteur expirant : Tout est con" sommé !

Toutefois, et malgré tant de précautions prises par le gouvernement russe, d^accord avec les évêques et le clergé prévaricateur, l'on ne jugea pas encore le peuple suffisamment préparé au nouveau joug qui allait lui être imposé. L'attentat commis par l'introduction des livres schismatiques dans les églises grecques-unies date de l'an >i85^ ; et le synode apostat ne fut convoqué, pour mettre à la lumière sa défection déjà consommée, qu'au commencement de l'année 4859. Cette période de près de cinq années fut employée parle clergé, subjugué à la volonté de ses évêques, à séduire le peuple, en lui persuadant qu'au fond rien n'était changé dans sa religion, puisqu'il conservait les anciennes formes du culte de ses pères, et qu'en se réunissant à l'Eglise russe, il ne ferait qu'une action agréable à l'empereur, et qui, sans compromettre en rien sa foi, le réintégrait complètement à la nationalité russe, dont il n'était plus qu'imperceptiblement séparé par la situation particulière de son Eglise, à laquelle il ne manquait que de se soumettre au très-saint synode. Au fond ils disaient la vérité; car l'on voit, par l'acte même du synode russe, qu'une fois cette soumission promise et proclamée, il uy avait plus rien à leur demander; et, par le récit que nous venons de faire, et qui n'est qu'une sorte de narration mieux circonstanciée que celle du synode, l'on voit que, sous ce rapport même, il n'y avait rien

198 ra LA SITUATION RBLIGIBUSB

de réelleiDent exigible du collège , puisque depuis longtemps son Egliôe était, à l'instar de celle de Russie, régentée et gouvernée par le pouvoir politique, avec la seule et bien légère différence que les volontés impériales lui étaient notifiées sans l'intervention patente du synode. En émancipant^ pour nous servir de l'expression synodale, l'Eglise grecque-unie^ l'empereur n'avait fait que substituer son autorité directe à l'autorité, depuis longtemps plus qu'équivoque, de l'Eglise catholique romaine, et dès lors il ne restait plus qu'à déclarer, par un acte formel, ce qui, depuis des années, avait acquis la plus déplorable réalité.

Cette criminelle manifestation d'une apostasie déjà consommée fut enfin ordonnée et accomplie. L'acte qui la proclamait, délibéré et rédigé par le collège ecclésiastique grec-uûi, sous les yeux et sous la dictée de son procureur, reçut d'avance la sanction souveraine, et fut porté, par son président, l'évêque de Lithuanie, à Polotsk, ville de son diocèse, où le collège venait de convoquer ce qu'il appelle le vénérable concile de sa communion, c'est à-dire ses trois évéques et la partie supérieure de son clergé. Le gouvernement avait fixé, pour cette convocation, le >! 2-24 février, premier dimanche du carême, appelé, comme on l'a vu, dimanche de Torthodoxie \ L'acte synodal lu à l'assemblée qui déjà en connaissait le contenu, fut loué, adopté et signé par elle, avec Une si whanime Bervilitéf que pas une seule voix n'osa s'élever contre lui.

Détournons le regard et la pensée de ce nouveau

* Le lecteur GOtnprencl fort bien le motif qui a porté le gouvernement russe à choisir ce jour pour raccomplissèment final dé son ceuTre de séduction.

Dl L*BllPni DB BVSSIB. 199

flanhédrini où Jésus-Chrigt fut encore une fois vmUk et condamné à la mort, dans la multitude d'âmes livréesi malgré elles^ à l'aide de la trahison et de la violence , au schisme, et séparées de la vigne vivifiante qui seule peut donner à nos âmes la sève et la vie spirituelles ! Détournons notre ouïe des invocations blasphématoires par lesquelles la sacrilège assemblée termina l'acte, si cruel envers elle-même et envers ses malheureuses ouailles , acte auquel lavaient entraînée l'oinni potence de ses chefe appuyés de la terrible puissance impériale. Adorons avec crainte et tremblement la redoutable justice de celui qui» pouvant tout, n'a paa cependant voulu détourner de ^a sainte Eglise ce nouveau calice d'une si graïuie auiei tume 1

Quelques personnes peut-èlre, en Russie surtout (si quelque exemplaire de notre opuscule peut y parvenir), trouveront quelque exagération dans nos plaintes et quelque chose de trop amer dans nos gémissements* Elles pensent peut-être que le schisme » fourvu (fuê l'intégrité de la foi 4lkrétienne n'en soit pas al* térée^ n'est pas un nuil si grand qu'il puisse entraîner ks âmes dans le gouffre de l'éternelle perdition. Â ces personnes nous répondrons d'abord que là où le pouvoir institué par l'Homme-Dieu lui4néme, le pouvoir enseignant et définissant, en matière de foi, ne trouve plus Pobéissance j là où sa voix ne peut plus se faire entendre^ la foi^ manquant à la fois de régulateur et de sanction, est sans cesse exposée aux dangers les plus évidents, et que l'hérésie devient la conséquence naturelle du schisme. Nous dirons de plus que le schisme lui-même n'est jamais exempt d'hérésie, puisque celle-ci, consistant dans la négation ou dans l'ai-

tération d'une vérité révélée, la protestation contre le gouvernement légitime de l'Eglise^ fondé sur des par rôles si claires et si précises du Sauveur du monde, n'est pas moins hérétique que tout autre refus de se soumettre à tel ou à tel autre point de la doctrine évangélique.

Il est, d'ailleurs, quant au péril du schisme, une autre considération qui n'est pas d'une moindre importance. Dans les Eglises affligées de ce mal cruel, le caractère sacré de l'épiscopat et du sacerdoce n'est pas à la vérité éteint^ lorsque, par une circonstance quelconque, la transmission apostolique n'a point éprouvé d'interruption. Mais la juridiction a cessé d'exister, puisqu'elle ne peut émaner que de celui à qui tes clefs du royaume ont été exclusivement remises et confiées. Et pour que l'on ne puisse pas se tromper sur la'signification véritable de cette expression figurée, le Sau\reur ajoute : Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera Hé dans les deux, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans tes deux. De ces paroles divines il résulte que nul ne peut faire usage de la mystérieuse clef du royaume, c'est-à-dire en ouvrir la porte au moyen de la rémission des péchés, que celui à qui Pierre, dans la personne de son successeur, a accordé la participation au pouvoir de ces clefe ; de sorte que, dans une Eglise schismatique, il n'y a plus d'absolution valide des pé* chés, le cas d'article de la mort seul excepté. Or, y a-t-il rien de plus terrible, pour le chrétien qui a foi au dogme de la rémission des péchés, que la perte d'une si grande grâce, dont il se trouve privé par le malheur de la séparation de son Eghse de l'unique source d'où découle le fleuve de la miséricorde divine.

Cette œuvre abominable ayant été accomplie au préjudice de tant de nos frères^ il nous reste à extraire le principe, à résumer la marche et à déduire les conséquences d'un si grand méfeit.

Tous les souverains hétérodoxes, c'est-à-direhostiles, à quelque titre que ce soit, à TËglise catholique, ont imaginé un principe politique qu'ils appliquent rigoureusement à tout pays peuplé de catholiques, et qui a le malheur de tomber sous leur sceptre, soit par la force des armes, soit par la force des congrès. Ce principe, cette maxime érigée en raison d'ÉkU ( ce qui, comme Ton sait, la dispense d'être conforme, l'autotorise même à être opposée à la raison commune), consiste à regarder le pontificat romain, non comme un sacerdoce royal j mais comme une royauté sacerdotale qui exerce, au préjudice de leur puissance souveraine, et par conséquent à leur grand déplaisir et dommage, une autorité qu'ils qualifient de puissance étrangère* Toujours inquiets, d'ailleurs, de l'avenir de leurs acquisitions nouvelles, ces souverains ne croient pas qu'elles puissent s'incorporer à leurs Etats héréditaires tant qu'ils ne seront pas parvenus à soustraire ces contrées à cette puissance étrangère, soit en attri* buant aux ordinaires des pouvoirs exagérés, et en leur inculquant le goût de Tindépendance pastorale ; soit en introduisant, au moyen des mariages mixtes, une population hétérodoxe ou au moins indifférente dans leurs nouveaux États. La Russie, en ce point, ne suit pas une autre politique que sa protestante voisine, la Prusse ; et si quelque chose, en tout ceci, peut étonner, c'est d'entendre le manifeste du synode russe reprocher à la politique, qu'il qualifie de funeste et if m-

m DB LA SITUATION &BtiQIB1TSB

ienséej derancienne république de Pologne, les mêmes efforts, la même violente tendance dont se rend coupable son propre gouvernement. Car si, d'une part, vous entendez le manifeste synodal expliquer rétal>li8^ sèment de l'union en Pologne, par la volonté du gouvernement de séparer de plus en plus ses provinces orientales de la Russie, en les soustrayant à l'obédience du patriarche de ce pays, ne voit^on pas, d'autre part, tous les actes relatifs a l'apostasie des Grecs-unis répéter à l'envi, qu'au moy^n de cette défection ils rentraient entièrement dans la condition de la naturalité russe? Cet aveu, du reste, était parfaitement su-* perflu. L'on sait assez que les Etats livrés à la rébellion contre la légitime autorité spirituelle, bien différents de la véritable Eglise de Jësus-l hrist, qui ne comidère ei ne recherche que l'unité de la foi et le salut des âmes, ne s'occupent, eux, que d'une politique purement matérielle à laquelle ils sacrifient, ou plutôt devant laquelle ils annulent toute considération puisée dans cet autre ordre de choses qui^ suivant la parole du Sauveur^ est la seule néeeesaire.

Cette méfiance, disons-mieux, cette aversion pour la papauté, bien qu'elle soit dépourvue de tout fonde^ ment raisonnable, renferme cependimt, au fond, un hommage très-involontaire^ quoique très-réel, rendu au pontificat romain. Ces princes sentent fort bîen^ quoi qu'ils fassent pour se le dissimuler à eux-^mémeS) que le souverain pontife est le plus grand et le plue au»gUste des monarques de la terre. Il Test, parce que de droit divin il commande aux intelligences , lorsque les princes temporels n'ont prise que sur le corps et sur les biens de leurs sujets. Il l'est encore, parce que

M l'smpuib de EUSSU. 908

de» centaines de millions d'hommes appartiennent au royaume spirituel dont il est le chef, le docteur^ Ta* pôtre. Vicaire de THomme-Dieu sur la terre, et successeur indéfectible du dépositaire des defe du royaume des cieux, c'est par loi que la parole de la croix parcourt la terre et les mers. Envoyés par Tapô* tre des apôtres^ d'héroïques prédicateurs appellent au salut^ non pas à l'aide de l'épéci comme le prétend le synode russe, mais au prix de leur sang \ les iles les plus lointaines de l'immense Océan; et» par là, il devient bien plus vrai de le dire que ne le disait l'orgueil* leuse prétention des rois d'Espagne : Que le soleil ne se couche jamais dans les immenses domaines de l'Église catholique. Les deux hémisphères, les cinq parties de notre univers, les continents et les iles, tout a ètè abordé par les saintes missions envoyées des souverains pontifes^ Par eux s'accomplit et doit s'accomplir de plus en plus la prédiction du dernier des prophètes de l'ancienne alliance : Du lever du soleil jiêi^ qu'à son ceuelmt^ mon nom est grand parmi les nations^ et en tous lieux m'est offerte l'hostie sans tache ; car mon nom est grand parmi les nations^ dit le Seigneur,

En face d'une souveraineté si noble, si élevée^ si étendue, qui n'a ni ne peut avoir de rivale^ et qui, unique sur la terre, défie l'histoire de tous les siècles de rien montrer qui lui soit analogue, qu'elle est petite la souveraineté temporelle ; qu'il est étroit cet empire de Rusdie lui-même, qui| parce qu'il possède

* Au moment où nous écrivons ceci, la sublime Eglise catholique romaine btille d'unc nouvelle auréok de gloire à raison des triomphes des géliétént martyrs qu'a nouvellement mois*sonnés le glaive de la persécution en Chine, dans le Tonkin et dans la Cochinchine.

soi DE LA SITUATION RELIGIEUSE

quelques millions de lieues carrées d'une terre dont les solitudes et la dépopulation sont l'effi^i des criminels qui y sont déportés ; et parce qu'elle est parvenue à former quelques établissements sur les bords glacés du nord de l'Amérique, prétend étendre ses bras sur trois parties du monde ! C'est que cette autre monarchie n'est rien moins que l'empire universel donné d'en haut au Fils de Thomme, empire qui doit grandir et durer toujours ; tandis que ceux qu'a formés la puissance des armes, après avoir passé par toutes les vicissitudes humaines, se briseront en poussière, comme la statue vue en songe par le roi de Babel. Elle est si lucide, si éclatante, cette incontestable vérité, qu'elle domine^ malgré eux, les cabinets hétérodoxes qui proclament hautement la crainte qu'elle leur inspire, par les précautions mêmes qu'ils prennent à l'envi pour amoindrir, autant qu'ils croient le pouvoir, la puissance de cette monarchie universelle. Elle grandira toujours, cependant, et ne diminuera jamais, puisque, comme nous l'avons énoncé, elle n'est rien moins que la monarchie donnée à l'Homme-Dieu pour prix de son martyre.

Vienne donc cette Église si stérile de Russie, qui ne sait pas même convertir à la foi chrétienne ses nombreuses populations musulmanes ou païennes* 1 Qu'elle vienne, en compagnie de toute son Église orientale que la massue de l'islamisme a brisée en échu isolés, et sans cohésion entre eux ; Église à laquelle elle décerne le titre, nous dirions volontiers le sobriquet d'universelle; qu'elle vienne et qu'eUe soumette au jugement du simple sens commun sa prétention à l'u-

I roy. noie additionnelle 23.

DB l'empire de KU8gfE. 205

niversalitéy en présence de cette vénérable Église ro maîne, de cette véritable épouse de Jésus-Christ^ dont la légitime union avec son divin époux n'a besoin d'autre attestation que celle de sa fécondité ! Qu'elle essaye de remplacer la lumière placée sur le chandelier pour luire à toute la maison, la céleste cité bâtie sur la montagne pour être vue de la terre entière ; elle qui n'a commencé à exister, pour le reste du monde, que depuis qu'une série d'événements difficiles à prévoir ont procuré à son souverain des succès miUtaires et des acquisitions politiques qui ont fait très-nouvellement sortir cet empire et cette Église si modernes, de l'obscurité quelle partageait avec sa chère Église d'Orient.

D'ici nous voyons le synode de Russie se promettre le gain final du grand procès qu'il plaide en faveur de cette Église d'Orient. Le trône des sultans va tomber, et l'aigle impériale de Russie ombragera de ses ailes puissantes le siège des patriarches de Byzance ; la terreur du nom russe lui soumettra les antiques patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, et l'Église d'Orient, revivifiée par tant de gloire, présentera au monde la réalité d'une Église universelle; son premier patriarche (qui, comme nous l'avons fait voir, devrait être le dernier), sera le glorieux pasteur d'une papauté d'Orient, le chef d'un gouvernement central, rival heureux du pontificat romain. Telle sera, se disent les aveugles défenseurs du schisme, le destin final de notre Eglise. Eprouvée par une longue et dure captivité, comme autrefois le peuple de Juda aux rives del'Euphrate, elle refleurira sous l'aile victorieuse de l'aigle de Russie ; une longue période de gloire rachè-

tera les humiliations qii*elle a subies, sans dévier de la foi de la primitive Eglise.

Quelque disposé que nous soyons à admettre dans la pensée de Fempereur des projets de conquête qui, depuis le règne de son aïeule, entrent comme principal élément dans les vastes conceptions du cabinet russe, nous doutons, et avec quelque raison , qu*il se joigne à ces projets d*agrandissement de l'empire celui de réaliser un rêve aussi flatteur pour le patriarche de Constantinople, parce que, pour le transformer en une réalité, il faudrait, avant tout, se dessaisir de sa suprématie spirituelle et pastorale dans ses propres Etats pour en revêtir son pape de Byzance ; il faudrait, pour cela, lui sacrifier Futile établissement de son synode pour mettre sous la dépendance du patriarche de Constantinople toute la prélature de son empire, sauf à s'en réserver la nomination et à le maintenir sous son obéissance. Puis, nous observerons que cette organisation, quand même elle aurait lieu, ce que nous sommes loin de pouvoir admettre, aurait un effet diamétralement contraire au but proposé, puisque le pa triarche, loin d'être, comme le pape, souverain pontife de son Eglise, ne serait plus que le lieutenant de l'empereur ; situation également subalterne et précaire qui détruirait radicalement tout le prestige que l'on compterait établir sur ce système. Si, d'ailleurs, les empereurs de Russie n'ont pu supporter à côté d'eux un patriarche particulier pour leurs États, comment croire qu'ils consentissent jamais à en établir un autre, en donnant à sa juridiction une étendue heauroup plus grande que n'a jamais pu être celle du patriarche particulier des Russes? U parait bien plus probable

0B l'BMPIBI m AVSgIS. t07

qu'il étendrait à TOrient tout entier son système protestant des synodes, en tête desquels il placerait d'énergiques procureurs chargés de leur notifier ses vo** lontës et de leur en enjoindre l'exécution sous forme de propositions. Mais avec de pareilles institutions, où trouver une place pour une papauté orientale, indépen* dante et souveraine comme le suprême ponlifUat romain ?

Nous venons d'établir nos raisonnements sur l'hypothèse, si populaire en Russie, de la conquête de Gonstantinople et de la réunion de œtte cité à l'em* pire des Slaves. Maïs sans entrer ici dans la discussion d'éventualités plus ou moins prochaines \ plus ou moins problématiques, et qui sont du domaine exclusif de la politique, nous oserons, sans aspirer à émettre des prévisions prophétiques, établir une théorie à laquelle, pour notre part, nous accordons notre conviction la plus profonde.

Le Sauveur du monde, qui a prévu toub les scandales, qui les a même déclarés nécessaires pour l'épreuve de la foi de ses fidèles, a laissé naître et se propager, en leur posant toutefois des barrières dans le temps et dans les lieux, mille hérésies diverses, depuis et bien avant le blasphème arien jusqu'au protestantisme, le complément et la dernière de toutes les hérésies possibles; puisqu'en accordant à chacun le droit de se forger, à l'aide de la Bible bien ou mal entendue, un système de foi, ou, pour mieux dire, de croyance à sa guise, il a détruit, pour ses sectateurs, tout principe de certitude en matière de foi. Jusque-là , a dit la souveraine puissance aux flots de l'Océan, et pas plus loin 1 C'est aussi ce que la sagesse divine a dit à Thé-

908 DB LA SrrUATlON RBLIGIBUSB

résie, et elle ne dépassera pas la limite qui lui a été tracée. Tant que le siège de Pierre brillera sans rival, au centre de la chrétienté, le triomphe de l'hérésie sera impossible, parce que le simple fidèle élèvera son regard vers la dté sainte, d'où vient toute lumière ; et, semblable aux tribus d'Israël, qui, pour échapper aux morsures des reptiles du désert, n'avaient qu'à jeter les yeux sur le serpent d'airain, élevé par Moïse sur l'endroit le plus apparent du camp, en recourant au jugement du successeur de Pierre, le catholique fidèle n'aura rien à craindre du venin des serpents de l'hérésie. Nous le disons donc hardiment, et sans crainte d'être démenti par Tavenir : Toute tentation est possible, hors celle de l'incertitude de l'autorité légitime dans l'Église, et nous en concluons que l'établissement d'une papauté orientale, le scandale d'un fantôme d'autorité apostolique, qui pourrait égarer la simplicité des fidèles, ne sera pas plus permis au plus puissant des monarques de la terre, qu'il n'a été permis à Vapostat Julien de convaincre de mensonge ou d'erreur la sacrée parole de Jésus-Christ en reconstruisant le temple de Judée, dont la destruction entière et finale avait été si clairement prédite. Si soumis lui-même à la chaire de vérité, le souverain d'une si puissante et si valeureuse nation voulait ou pouvait se donner la haute et bienfaisante mission de ramener au bercail les peuples de l'Orient, peut-être lui serait-il dit, comme à Cyrus que le Seigneur avait pris par la main : « Je marcherai devant toi, et j'humilierai les grands de la terre ; je briserai devant toi les portes d'airain et les gonds de fer. » Mais de faire des conquêtes lointaines, nuisibles au royaume de Jésus-Christ, puis d'user de ses victoires au profit du schisme, et pour ériger un pon-

OB l'bmpirb m aussib. SM

tificat rival de celui de Pierre, cela ne sera donné à qui que ce soit, pas même à l'homme du péché, à l'impie des derniers jours !

Revenons maintenant au principe, à la causeeffidente de la déplorable défection dont nous nous occupons ; disons-le sans crainte comme sans passion, qu'indé* pendamment de la haine plus ou moins déguisée que porte au gouvernement pontifical, et par conséquent à la sainte indépendance de l'Eglise catholique, le souverain actuel de la Russie, semblable en ceci à tous les princes hétérodoxes, il avait, nous ne saurions trop le répéter, il avait un but politique auquel, depuis son avènement au trône, sa pensée s'était fortement attachée. Ce but était (les actes du synode de Russie, ainsi que ceux du synode de Polotsk, en font foi à chaque page) d'écarter, dans l'union catholique des habikmUs des neuf provinces démembrées de la Pologne, l'obstacle réputé essentiel et unique, à leur entière incorporation à son empire, et la même pensée, le même désir détermine que conduite analogue de la part des agents impériaux dans k royaume de Pologne. Tout ce que disent à ce sujet le jnanifeste et les actes synodaux (celui même que l'empereur a corroboré de sa signature), ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet, et il y a même lieu de s'étonner de la franchise qu'ils mettent à cet aveu. Y aurait-il donc de l'injustice, de notre part, à considérer comme l'expression d'une odieuse hypocrisie, le peu que ces actes disent de l'intérêt du salut des àmes^ lorsque le synode russe ne trouve rien à leur demander, en £ait de foi, après s'être assuré de la soumission des évêques à son obédience, c'est-à-dire après avoir reçu d'eux la promesse de reconnaître la supré-

210 DB LA SitUAtlOff tlBLlAllSCSB

ifaatfe Spirituelle du souverain ? ÉA quoi donc le sâlui des âriies pouvait-il être comptomis^ lorsque, de l'aveu clair et explicite du synode russe, aufcune erreur ne pouvait leur être imputée? Excuserous-nous de participation à cette hypocrisie la formule d'approbatioû donnée par Tempereur, et cette expression d'actions de grâces rendues à Dieu du succès de manœuvres ténébreuses, dont la nature, le but et les moyens étaient aussi bien connus du souveraiA que de son intermédiaire ? Sacrilèges actions de grâces qui , au grand jour des justices, pèseront, nous le craignons, d'un poids terrible Sur la conscience de tous ceux qui osèrent, à ce point, profaner la Divinité en la rendant complice de leur forfiiit 1

Ah 1 si le xèle du salut des âiiies vous eût véritablement inspirés, tfatl autre, quel plus beau, quel plus vaste champ B*ouvrait pour vous aux glorieux travaux de la prédication èvàngélique ! Qu'étaît-il besoin de donner treize années à d'obscures intrigues, où d'ignobles espérances étaient o^rtes en coJiipensation de la menace d*encOUrir la disgrâce d*ùn maître omnipotent? Dêfe millions d'îûfidèles, des millions peutêtre (ear qui pourra les ribmbrer) de sectaires sortis de Votre propre Eglise, n'attendraient que le victorieux spectacle des Vertus apostoliques de vos mîssion- ÉaîreS) pour ouvrir les yeux aux lumières de \a foi, où pour rentrer au èein de votre stérile Eglise.

Vous appelez, et avec raison, dans votre langage éaeré, l'Esprit saint consommateur de toutes vkoses, et il Test en effet, puisque tout se consomme par la charité dont il est le tout-puissant, l'iiifini principe. Mais si ehiez vous rien ne se consomttie, rien même ne s'en*

M L'BMPtRfi M RUS6IB. SU

treprend, en vertu de cette charité, plus forte que la mort, qui a soif du ^alùt des àmes^ qui vm les cher^ cber au priic des larmes, des privations, de la souf» france et du martyre même ; si tous tous bornez à feire trafic des âmes, en séduisant leurs infidèles pas^ teurs, comprenez donc enfin qu'au jour où vous aTci rompu le lien de l'unité catholique^ l'Esprit consommateur s^est retiré de Tous, que Tous êtes inféccMids par son absence.

Prédicatrice de la croix, cette Eglise orientale^ que TOUS nous proposez pour modèle de foi et de patience^ rendait alors, dites-Tous, témoignage non par le fer et par le feu ^, mais par son propre sang à la diTinité de la doctrine conservée chez elle. C'est qu'afor^ elle était ce qu'elle n'est plus aujourd'hui. Aiûrs elle était une branche superbe de l'arbre sorti du grain de sénevé dont elle tirait la séTC et la vie ; aton ses pasteurs recevaient leur mission de celui qtlî tient en main les clefs du royaume ; ahrs^ fidèle à l'époux, elle était douée de la fécondité des épouses t Et maintenant qu'êtes- vous ? Est-ce donc la constance des martyrs qui vous est demandée ? Votre gouvernement est assez fort pour protéger vos jours : les coïnmodités de la vie vous manqueront sans doute parmi des peuples nomades; ou fixés sur une terre sans cesse durcie par

* Nous avons pourtant vu, de nos jours, les Grecs s'armer de fe)f et de feu contre les ennemis de leur fin, et la Rusne leur prêter assistance. L'Occident avait fait des efforts hien plus grands, en portant la croix jusqu'à Jérusalem. Cek doit^il s'appeler un témoignage rendu à la divinité de notre samte religion? Gc n'était que se défendre des invasions de l'islamismei en portant chez lui les armes dont il nous menaçait^

su DE LA SITUATION RELIGŒU»

les frimas. Mais cette considération a-t-elle jamais enchatné le courage de missionnaires dignes de ce beau nom? C'est qu'il n'y a pas de missionnaires là où il n'y a pas de mission légitime; c'est qu'à défaut de cette mission nul n'élèvera parmi les infidèles ni parmi les hérétiques le flambeau de la foi ! Jésus*Christ^ Dieu coétemel, consubstantiel, en tout égal à son Père, n'a pourtant voulu entreprendre son œuvre divine qu'en vertu de la mission de son Père. Comme mon Père m'a ênvof/éy je vous envoie, dit à ses disciples le Sauveur des hommes, et sans légitime mission rien de grand \ rien de stable n'a jamais été accompli dans Tordre de la foi : c'est que, comme dit l'Ecriture, Yhomme obéissont, lui seul prononcera de victorieuses paroles.

Quoi donc, est* ce à dire que le synode et son clergé manquent d'obéissance? Non certes, et sa soumission, qui ne va pas, comme celle du Sauveur, jusqu'à accepter la mort sur la croix pour le salut de ses Irères, va au contraire jusqu'au meurtre spirituel des siens. Nous voyons avec quelle humble et profonde soumission il supplie l'empereur de rendre un oukase confirmatif des résolutions qu'il avait prises pour recevoir les Grecs-unis à sa communion. Cet oukase ne se fit pas attendre, parce que tout ce que le synode venait de résoudre, à cet égard, avait été, comme lui-

' Cette vérité est aujourd'hui surabondamment constatée par les minces et équivoques succès des prétendus missionnaires, qu'à si grands frais la riche et puissante Angleterre envoie de tous côtés, lestés de Bibles falsifiées, et environnés de femmes et d'enfanu, qui les occupent autant au moins que la prédication évangélique.

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