‹ Persécution et souffrances de l'église catholique en RussieChapitre 7 sur 28 · DE L*BMPIRB DB EUS8II. MS · texte numérisé non relu

DE L*BMPIRB DB EUS8II. MS

inême le dit, préparé, conduit et ordonné par l'em-» pereur. Mais si la réunion des deux Eglises n'était pas entrée dans les vues du souverain, elle n'aurait donc pu s'accomplir? Et si, comme le prétend le synode, elle était nécessaire pour la paix et le salut des àmes^ ce moyen de salut et de paix devait être refusé, aux vœux des malheureux qui l'auraient sollicité avec instance ? Affreuse soumission^ cruelle obéissance, qui rend dépendant du caprice ou de la politique du souverain ce que l'on regarde comme essentiel au salut des âmes! Oh ! non, ce n'est pas l'obéissance qui man* que au synode, c'est Y autorité légiiivM qui manque à son obéissance!

Eglise de Russie, et vous, son synode dirigeant, votre ]oie est grande, car une branche de la vigne du Père, fructifiant à l'ombre de la véritable Eglise catholique, maintenant arrachée au cep vivifiant, vous a été livrée ; elle est en vos mains, et vous l'élevez comme une palme triomphale ! Mais où est pour vous l'honneur de la conquête ? Inerte, comme toujours, vous avez laissé agir l'omnipotence impériale et les sourdes menées de son dépositaire! Est-ce votre prédication ; sont-ce de savants ou d'éloquents ouvrages, sortis de votre assemblée, qui ont porté la conviction aux cœurs de vos néophytes ? Non, le puissant monarque qui vous gouverne, et dont les volontés sont d'un poids que vous connaissez bien, conçoit la résolution semi- religieuse semi- politique, de rusii^ fier complètement la population des neuf gouvernements démembrés de la Pologne, et pour y parvenir il entreprend de les rallier à son Eglise nationale. Pour atteindre ce but, auquel il marchait avec cette in-

flexible énergie qui feit le fond de son caractère^ il iaît choix d'un système d'arbitraire, d'oppression, de corruption dont il confie l'exécution détaillée à celuilà même qui vous régente en son nom. Et d'abord^ sous pVétexte d! émancipation, il brise le lien de subor* dination, ou plutôt de sainte fraternité qui, dites^vous, soumettait l'Eglise grecque-unie à Vinfiuenœ étrangère; c'est-à-dire, qu'étranger lui-même à cette Eglise, qui obéit au pontife romain et qui ne lui accorde pas sa communion, il s'ingère, sans la moindre apparence de droit, à prescrire aux feibles évéques de cett^ Eglise, déjà si afiaiblie par son isolement, une série de me* sures, de plus en plus préparatoires d'une défection qui doit s'opérer au profit de son Eglise nationale. 11 organise renseignement théologique du jeune clergé de cette misérable Eglise, de manière à l'entraîner irrésistiblement à l'apostasie de la foi dans laquelle ce jeune clergé avait été élevé ; et pour qu'aucune victime ne puisse échapper à ce meurtre spirituel, il charge les gouverneurs et les autorités subalternes de ces provinces de veiller, avec le plus grand soin, à ce qu'aucun Grec-uni ne puisse fréquenter une église latine ni communiquer avec un prêtre latin, bien que les deux églisep n'en fissent aicore qu'une seule ^ en vertu de leur obéissance commune au pontife romain. Toutes ces mesures, aus^i cruellement imaginées que rudement exécutées, pQt enfin produit le fruit que, comme vou^-même l'énoncez, vqw en attendiez ; car ni la nature ni le but d'aucune de ces manœuvras ne vous était caché, puisque l'instrument de toutes ces ënormités était votre procureur siipréqici. Votre leUre aux évéques prévarïçataurs w fait fpi : qu'à mesure

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qu'ils avançaient dans l'œuvre sinistre à laquelle les poussait la terreur du pouvoir absolu du maître^ votre ùUe$Ue jfrandinmt» Les victimes étaient arrivées au bord du précipice ; un dernier souffle les y a fait tomber 1 TelÎB a été l'œuvre d'iniquité à laquelle votre conni<veaee vous a £sit participer ; mais, encore une fois, où est, pour vous, l'honneur d^ la conquête?

TomoCois, l'on se tromperait fort si l'on croyait que là se bornait la servile activité des coopérateursi ecclésiastiques ou laïques, à Tœuvre impériale. Nous allons livrer à la curioeité publique quelques échantillons des douceurs d'un gouvernement rigoureusement despotique, et dont le pouvoir est remis aux mains d'argents nécessairement impitoyables, parce que, esclaves eux-mèines des volontés suprêmes, il ne leur est pas permis d'en scruter le caractère moral, encore moins d'en modifier l'exécution, dans l'intérêt de la justice ou de leur pitié. Des pouvoirs illimités^ des blancs-seings sont aux mains des gouverneurs des neuf provinces ci-devant polonaises : ils y exercent le droit exorbitant de faire enlever et transporter ai| loin, sans que l'on puisse savoir où, tout ecclésiastique ou toute autre personne soupçonnée d'être personnellement opposée, ou d'exercer une influence opposée aux intentions du souve*rain ^ Cet efirayant pouvoir s'exerce et doit même

1 De pareils pouvoirs ne sont donnes à ces gonremeurs que contre ceux qui sont coupables, ou au moins suspects d'opposition au fougueux prosélytisme de l'Eglise nationale. Tout autre crime, même le plus atroce, est soumis à l'enquête et au jugement du tribunal criminel, séant dans chaque capitale de province, à moins qu'il ne plaise au souverain de s'en réserver la connaissance et le jugement.

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s'exercer avec une grande sévérité; car le gouverneur qui le laisserait dormir sans emploi, serait bientôt suspect lui-même et éloigné de son gouvernement. L'on a soin d'ailleurs de n'y envoyer que des hommes dont le caractère bien connu réponde d'avance aux rigueurs que l'on attend de leur 2èle. Il serait superflu d'ajou^ ter que de nombreux agents de police secrète ont soin de leur fournir des listes de sujets à suspecter, à fieiire étroitement surveiller ou à exiler.

Yenons-en aux exemples :

En l'année 4854 \ le chef des marchands de Wi^ tebsk, nommé Rackiewitch, séduit parla promesse que lui avait faite M. Schrœder^ alors gouverneur de cette province, aujourd'hui promu au rang de sénateur, en récompense des services nombreux du même genre par lesquels sa cruelle administration s'était distinguée ; cet homme, disons-nous, séduit par la promesse d'être élevé à la noblesse héréditaire et gradué au service civil, se déclara avec sa famille membre de l'Eglise russe, et ayant, par ses séductions subalternes, engagé quelques misérables encore plus bas placés que lui, à imiter son exemple, ils se mirent de concert à rédiger une liste de tous les habitants de la ville et de quelques villa*ges voisins, appartenant alors à d^s monastères de

I Le lecteur reconnaîtra facilement la vérité desfaits dont nous lui donnons le récit. Ils nous ont été transmis par une personne infiniment respectable, qui a eu la douleur d'en être témoin ocur laire, et qui, catholique elle-même, n'a échappé aux désagréments auxquels sa désapprobation, qu'elle n'avait pu s'empêcher de manifester, l'avait exposée, qu'en s'éloignant précipitamment du théâtre de ces indignités.

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religieuses catholiques, tous grecs du rit uni. Dans un mémoire qu'ils adjoignirent à cette liste^ ils présenté^ rent toute cette population (sans l'aveu de celle-ci) comme disposée à passer dans l'Eglise scfaismatique.

Bien que le gouverneur connut fort bien, et Tirrégularité de la démarche de ses affidés, et le mensonge de leur assertion, l'occasion de faire sa cour, en annon* çant un si brillant succès de son zèle pour l'accroissement de l'Eglise dominante, à laquelle cependant lui-ménie, protestant qu'il est, n'a pas le bonheur d'appartenir; l'occasion était trop beUe pour ne pas s'en prévaloir, et il adressa à l'.évéque russe de Witebsk la liste de ses nouvelles ouailles, qui furent immédiatement, et à leur insu^ inscrits aux registres des paroisses orthodoxes.

Une opposition hautement prononcée de la presque totalité des prétendus néophytes se manifesta bientôt par leur refus de consommer le schisme, en recevant la communion de la main des prêtres russes et même d'assister à leurs offices. Cela n'empêcha pas de les maintenir au nombre des paroissiens orthodoxes; et comme de leur côté ils persistaient a fréquenter les églises du rit uni et à y recevoir les sacrements, il en résulta des réclamations violentes de la part des pré«* très russes, qui, recevant une rétribution pour la dispensation des sacrements ^ se voyaient considërable-

' Cette rétribution leur est due particulièrement pour la confusîon pascale f et nous le disons avec une vive horreur, mais appuyés de témoignages dignes de toute foi, que le pénitent se présente tenant à la main sa rétribution, dont la plus ou moins grande quotité sert ordinairement de régulateur à la sévérité ou à l'indulgence du confesseur. C'est à ce point qu'une Eglise

818 m l'A siruATioai ebucubuse

ment lésés dans leur intérêt. pécuniaire. Ils dénoneèr rent, tant à leur évéque qu'au gouverneur, bon nombre d'employés civils, ainsi que la totalité des prêtres du rit grec-uni (leurs frères aujourd'hui), comme les auteurs de cette résistance, ce qui occasionna la destitution des uns et Tiloignement de quelques-uns des autres.

Ces châtiments, toutefois, ne parurent pas su$sants au gouverneur pour rendre témoignage de son zèle ; il institua une commission inquisitoriale à laquelle il donna ses instructions, en lui déléguant une partie du pouvoir dont lui-même faisait un usage si rigou* reux.

L'enquête de la commission commençait toujours par l'arrestation des récalcitrants, et par leur dépôt aux cachots de la ville, chargés de fers ^ Ils restaient dans cet état pendant des mois entiers, souffrant avec la feim toute espèce de misères^ qui leur étaient infli-r gées dans l'espérance d'abattre avec leurs forces physiques leur courage religieux. L'on avait soin, dès le premier jour, de leur raser la tète^ comme cela se pratique en Russie^ à l'égard des grands criminels ; car ils étaient censés apostats^ et, comme on le verra plus bas, l'apostaçie en Russie est considérée comme crime d'Etat. Les verges et les fouets ne leur étaient p^f

abandonnée de l'Esprit saint a laissé dégrader le sublime ministère de la réconciliation de l'homme avec son créateur.

* Ce n'était pas en qualitéde récalcitrants^ mais comme cn'iiwW^f d^aposlasiêf qu'ils éprouvaient un si oruel traitement. Car leurs noms ayant été inscrits au catalogue des orthodoxes ^ ils étaient tels, au terme des oukases, et toute réclamation de leur part, loiii de changer leur sort, ne faisait que l'aggraver.

m l'uwiu p^ mossui. $119

épargnés, et ce traitement barbare continuait jusqu'à ce qu'ils fussent revenus à résipiscence. Si au moyen de ces tortures l'on parvenait à arracher au prétendu criminel quelque parole qui pût indiquer le moindre encouragement dans sa résistance, malheur à celui qui se trouvait ainsi compromis !

Les précautions les plus minutieuses étaient prescrites aux autorités locales pour empêcher toute communication des nouveaux convertis avec leurs anciens coreligionaires et leurs églises. Si dans quelques éghses du rit i|ni, il se célébrait quelque fête, Ton établissait des gwdes à toutes les issiies de la ville ou des villages ainsi ramenés au bercail de l'EgUse dominante, afin d'inteircepter toute communication ayeq l'autre Eglise. L'on a vu pendant la nuit de Pâques, çn "1857, des hommes de police pénétrer de vive force dans les églises CQtholiques et en enlever violemment, aux cris et aux gémissements de Tassistance, de ces malheureux réputés orthodoxes, et les traîner, parmi les coups et les injures, dans les églises déjà livrées aux prêtres schismatiques.

En i85&, l'on avait déj4 vu briser, ^ coups de haebes^ l'église A'Ouùêuag (gouvernement dq Witebsk) dans les terres des comtes Plater, appartenant à ces seigneurs, afin d'y introduire une poignée de game« ments que Ton avait eu soin de gorger d'eau-de-vie, et qui dans leur brutale ivresse se déclarèrent membres de l'Ëglise ortMom. Mops n^ voulons pas nous appesantir sur les profanations qui s'ensuivirent S et

^ A ce sujet, nous ne pouvons cependant taire un fait dont

3^0 DE lA SITUATION KBLlGIEUSE

nous nous contenterons de dire que, sur cette déclaration, toute la paroisse fut réputée orthodoxe.

A cette époque les choses n'en étaient pas encore venues au point de tyrannique violence où elles sont arrivées, par suite des actes de réunion synodaux de Polotsk et de Saint-Pétersbourg, de sorte que sur le refus formel et constant de la population de ratifier la brutale déclaration faite en son nom, Ton se con-* tenta, finalement et en désespoir de cause, de confisquer leur église, malgré les protestations de la famille Plàter, dont elle était la projHÎété, et de les adjoindre aux paroisses du voisinage du rit grec-uni. L'on continua cependant d'user de toutes sortes de moyens, de persuasion et de coaction, pour les détacher de l'union catholique ; et voyant que l'on ne pouvait y parvenir, défense fut faite aux prêtres grecs-unis de les recevoir à la confession ni à Ja communion, même pascale. La noble constance de ces

nous avons ëtë témoin et qui fera connaître les fanatiques préjugés du clergé russe.

En 1809, une jeune fille, appartenant au rit grec-uni, et donnée en mariage à un paysan schismatique, fut contrmnte d'embrasser la religion de son futur époux. Le prêtre chai^^é de la recevoir dans son église, ayant vu qu'elle portait un scapulaire, l'obligea à l'arracher de son cou et à le fouler aux pieds, malgré la vénération que l'Église schismatique porte aux images de la mère de Dieu. C'est que, dans leursupei*stitieuse ignorance, les Russes ne considèrent comme images (ikoni) que celles qui sont peintes sur bois, dans la manière byzantine; toute autre n'est pour eux, malgré la sainteté de son type, qu'un objet de mépris. Le synode n'aurait rien trouvé à reprendre dans le zèle aveugle du prêtre, parce que le scapulaire n'est qu'une de ces inuentions humaines qu'il se montre si pressé d'extirper du culte oriental.

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pauvres villageois ne se laissa pas encore abattre; eux-mêmes baptisaient leurs eniants et enterraient leurs morts, privés qu'ils étaient de toute assistance du ministère sacerdotal. Là aussi des commissions inquisitoriales furent mises en œuvre, déployant leurs rigueurs accoutumées, de sorte que, réduits aux dernières extrémités, par suite des continuelles clameurs du prêtre schismatique qu'on leur avait donné et qui y ne pouvant pratiquer son ministère, ne trouvait pas à vivre sur son poste, ainsi que des avanies et i^exations sans nombre que leur infligeaient les commissaires du gouvernement, ces infor lunés avaient fini par chercher un refuge dans les forêts, abandon* nant terres, maisons et ménages pour échapper à cette perséculion cruelle. Quelques-uns d'entre eux ayant été découverts et saisis, on résolut de s'en servir pour faire des exemples capables d'intimider leurs compagnons. On leur fit donc subir une rigoureuse détention de plusieurs mois, accompagnée de la décalvation et des autres tortures dont il a été parlé plus haut ; et c'est à ce prix que l'on a fini par obtenir quelques accessions forcées au schisme^ que ces malheureux détestaient au fond de leur cœur.

Les principaux instigateurs de si perfides cruautés étaient, outre le conseiller intime Sckrœder, alors gouverneur de Witebsk, un colonel en retraite, du nom A'Agafomf^ et un jeune prêtre russe, du nom de Pa • romsky, qui, au moyen de son zèle de commande, cherchait à couvrir ou à se faire pardonner la dissolution de ses mœurs. Telle œuvre, tels agents, car l'on ne trouvera jamais un seul homme de bien qui consente à servir d'instrument à de pareils méfaits.

2S3 DE LA SireÀTrOft AELtQlfiUSB

Maintenant que nous connaissons à fond la marche de Tensemblé elles détails de cette œuvre que salue le synode avec admiration envers son auteur et avec d'hypocrites actions de grâces envers celui qui est témoin et qui sera juge et vengeur de tant d'horreurs, que dirons-nous du front avec lequel la très^ainte et très-sincère assemblée félicite ses nouveaux frères^ les évéques apostats de l'union catholique, de la tikrê unanimité \ avec laquelle cette défection s'est opérée?

* Quant à la liberté j nous savons déjà ce qu'il faut en croire ; et quant à Vufumimiiéj un cakul bien simple la réduira à sa juste valeur. Le synode de Polotsk a produit, en témoignage de l'adhésion de son clergé, treize cent cinq signatures, tant de prêtres que de moines^ et c'est ce nombre trop grand de malheureux apostats qui excita l'admiration et la joie du synode de Russie. Mais ce nombre équivaut à peine au quart, ou au tiers du clergé grec-uni. L'on sait que la population de ce rit, dans les neuf provinces polono-russes, allaita deux millions et demi d'âmes et au delà ; le synode russe lui-même en avoue deux millions. Or, nous verrons, dans la troisième partie de notre ouvrage, que les oukases fixent, en Russie, les paroisses desservies par un seul prêtre à quatre cents âmes, et ainsi en proportion ascendante les paroisses desservies par plusieurs prêtres, mais toujours en conservant la base des quatre cents âmes pour un prêtre. Or les treize cent cinq signatures étant réparties sur les deux milUons d'âmes avouées par le synode russe, donneraient pour chacun de ces prêtres quinze cents âmes; encore faudràit-il pouvoir défalquer du nombre de ces prêtres les moines qui n'exéi^-' cent pas le ministère pastoral. Il est donc évident qu'en conse]>vant, pour base du calcul, l'échelle légale de quatre cents âmes pour un prêtre^ il faudrait pour deux millions d'âmés cinq mille prêtres. D'où il résulte, comme nous l'avons énoncé, que les treize cent cinq signatures représentent au plus le quart ou le tiers des nombres effectifs du clergé grec-uni, ce qui est loin d'être confirmatif de runaiiiini/<f prônée par le synode^

Dfi L'KBI^lilB M KtrSSIt. SU

C'est une lamentdbiô Térité, qu'une paftie trop ton* sidérdble du clergé greouni s'est vendu, lui et son troupeau, aux volontés suprêmes qui lui étaient inti* mées par l'organe de ses propres chefe, les évéques et les membres du collège ecclésiatique ; fetal exemple des inévitables conséquences de premières feiblesses I Cependant le synode n'ignore point que beaucoup de prêtres, et notamment ceux qui étaient plus rap« proches de la frontière, préférant au crime d'aposta* sieun exil volontaire, avaient , à grands frais et périls, trouvé le moyen de fuir en se jetant sur le territoire d'Àtttrîche, où ils furent i'eçus et traités avec respect et charité ; que d'autres, coupables du même crime de résistance aux volontés du souverain et aux ordres de leurs évéques, ont été enlevés et expient au fond de quelques monastères russes ^ des provinces les plus éloignées, leur fidélité à la foi, qu'à leur ordination ils Ont jurée au pied des autels; que d'autres, enflammés de la charité des premiers siècles, se tiennent cachés, comme aux jours de la grande persécution, en France, dans les plus obscurs réduits, satisfaits de souffrir, s'il leur est donné de consoleç, de fortifier, de sauver les âmes de leurs frères ; et quant aux simples fidèles, pour peu qu'ils soient d'une condition plus élevée, ils courent les mêmes dangers, joints à celui de la confiscation de leurs biens ', et s'ils sont de la classe de serfs ou des bourgeois, jeunes ils sont feits

*■ Voyez, à lafin de notre ouvrage, le dernier oukase rendu par l'empereur sur ce sujet, et qui jusqu'ici, autant que nos dernières informations seraient exactes, est mis à exécution quoiqu'il n'ait pas été publié. En Russie les sévices légaux s'exercent d'abord, et les lois sont publiées plus tai*d.

aSIi DE LA SITUATIOU RBUGIEOSS

soldats, et ordinairement envoyés à larmée anthropophage du Caucase; vieux, ils sont emprisonnés, battus, ou employés aux travaux de la voie publique. Ces faits sont constants, connus du synode, comme du public, ce qui n'empêche pas cette assemblée de charitables prélats de s'extasier, dans des actes solennels, sur la libre unanimilé de la soumission de l'Église grecque-unie à son autorité, et de la qualifier de modèle quasi inimitable^ et qui, à ses yeux, n'avait pas d'exemple dans les fastes de l'ÉgUse !

Eh quoi ! vous n'êtes donc plus, vous pasteurs des âmes, de ces prédicateurs de la croix, emblème de tou* tes les miséricordes divines, qui étendaient le royaume de Jésus-Christ, au prix de leur propre sang. Cet éloge que votre manifeste donne à vos premiers apôtres ne vous est point dû, et vous ne le décernez à d'autres que pour votre propre confusion! Mais vous aurez pour juge le suprême pasteur, auquel vous avez ravi ses brebis, et dont vous avez si cruellement ravagé le sacré bercail ! Âh ! qu'il vaudrait mieux pour vous, comme pour les auteurs de tout scandale, qu'une pierre meulière eût été attachée à votre cou, et qu'ainsi vous fussiez descendus aux abimes de la mer.

Nous avons vu le manifeste du synode reprocher à l'ancien gouvernement polonais la transformation d'églises schismatiques en églises du rit grec -uni, ce qui^ réduit à de plus justes expressions, signifie simplement l'adoption successive, de la part de paroisses schismatiques, de l'union avec l'Eglise catholique; accession dont la conséquence naturelle était la conservation de leurs églises paroissiales, et dans ce sens seulement y leur transformation en églises du rit grec-

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uni : mais parcourez maintenant les provinces russopolonaises, celles même du royaume de Pologne, et nombrez, si vous le pouvez, toutes les églises, nonseulement du rit grec-uni, mais aussi du rit latin, les monastères même, enlevés et confisqués, au profit de FEglise russe. Des religieux de divers ordres sont pressés dans un seul monastère, sous prétexte qu'ils étaient trop peu nombreux pour occuper les maisons qui leur appartenaient, et pour desservir leurs églises; et les lois nouvelles, promulguées depuis quelques années snrce sujet, ont en effet créé tant d'obstacles à la vocation monastique, que le nombre des religieux va toujours décroissant. Cette migration opérée, les couvents et leurs églises ainsi évacués, rien de plus simple que de les pourvoir d'autres desservants, c'està-dire de les livrer au cler^îé russe! Ainsi des églises enlevées aux seigneurs territoriaux qui les avaient édifiées dans un but pieux, quelquefois pour servir de sépulture à leurs familles, ont été d'abord closes, puis ouvertes au culte de la religion de l'Etat, sans égard aucun aux plaintes des propriétaires. Vous parcourriez la Pologne tout entière, nous ne craignons en ceci aucune contradiction, que vous n'y trouveriez pas une seule église enlevée au culte grec et livrée au culte latin. Vous parcourriez de même la Russie tout entière sans y trouver une seule mosquée, un seul temple protestant, enlevé au culte maliométan, ou au prêche, pour être convertis en églises russes ; l'on a pour cela un respect trop profond pour la tolérance religieuse et pour la propriété. Mais des églises catholiques, auxquelles on a fait cet outrage, villes et campagnes vous en ofiEriront de toutes parts le triste spec-

2M' PB ïjK> situation^ RBUaiHDSB

taolej et' telle est la rapsM^lë du gcraveroement et* de l'Église de Russie, qu'en oonfisquant lès églises, l'on se saisit' également^ et bien. que l'on ne* puisse guère eaifaire usaige, au (moins dans leur élataduel^ des vases sacrés et des oroemeats sacerdotaux^ peur> peu que rétofFe^en^ait'qiidique valeor'.

Qnek est dwae le principe moteur de ces spoliations ' toutes esceptionnelles, de cette criante intolérance, dent le gouvernement russe et son E|fltee nationale font preuve envers one Eglise qui, comme nous le ver^ rons, devrait être réputée sa sœur par l'identité dé là foi ? Nous en avons donné* une première explication par la haine politique du pays contre l'invasion polonaise à la fin du seizième et au commencement dé dix* septième siècle ; mais cette explication serait insuffrjsant^, si l'on perdait de vue le caractère particulier dé l'Eglise catholiijue. Elle a pour elle la première dé toutes les antiquités, puisqu'elle date son origine de l'ère apostolique, et que son fondement est le prince dés apôtres, celui que le Sauveur lui-mêiiie a déclaré son alter ego sur la teire. Par son gouvernement unique et central, par l'uniformité de ses rites et dé sa langue sacrée*, elle est douée d'une force, d'un principe de vitalité que rien ne peut abattre ni même altérer; et auquel participent toutes lés églises particûlièi'es qui ' lui sont soumises. Elle obéit^ et elle) professe, comme

I Au»gr^ monastère de »Kief,rapp^ Peethersàma'^Là'wm, iKM^iavouB vu^ dans le trésor de Tabbaye^des ealioesj defr ostensoirs, des cibcHres catholiques, ainsi que des chasubles et des dahnatiques de drap d'or, qui, enlevés d'églises cathoUques, y sont conservés comme des cuiiositésu

' Fhf. note additionnelle 25.

DE l'EMIVM Iffi 'H7SSIE. 127

son plus hesm tii-re à uDe immuable durée, cette inviolable obéissance au pasieur suprême, qui seul, parmi tous les pasteurs de l'Eglise, jouit d'une indépendance absolue, au moyen 'de k souveraineté que la providence "du fils de Dieu lai a assignée sur la terre, et que par un miracle toujours subsistant, et que, sui vaut les lois ordinaires, nul ne peut expliquer, les souverains rebelles à son autorité sont eux-mêmes forcés de reconnaître. Elle se proclame d'ailleurs la •légitime héritière de la puissance absolue donnée à l'homme-Dieu sur la terre, l'unique gardienne et dépositaire inviolable des vérités révélées, l'arche enfin hors de laquelle il n'y a que les flots mortels de k colère divine. Or, l'Eglise russe, quoique k plus jeune de toutes les Eglises, prétend, elle aussi, à cette immuabilité de doctrine, et même des rites qu'elle tient delà schismatique Byzanoe. Delà, de sa part, une^riva- Jité insensée, mais haineuse, qu'elle ne peut porter à aucune secte chrétienne, encore moins aux cultes 'qui ne le sont pas. Par cette jalouse rivalité seule peut s'expliquer l'inimitié irréconciliable qu'elle porte à l'Eglise catholique et dans laquelle elle est soutenue et fortifiée par le gouvernement temporel, que blesse, au*de8sus'de tout, le frein mis à son omnipotence, eu moyen de la soumission* catholique à un- chef spirituel, placé hors des atteintes du pouvoir politique, et que celui-ci ne parviendra jamais à courber sous ses infi^ibles volontés. Il est de la nature du despotisme de sUrriter àla seule pensée de rencontrer-un' obstacle contre lequel viendrait se briser sa brutdle puissance, et lorsque cet obstacle existe dans une sphère si élevée au-dessus de k science, qu'il ne peut y atteindre, son

irrationnelle colère devient aussi violente qu'elle est implacable. Tels sont les véritables ëlémenis de celte inimitié exclusive de FEtat et de l'Eglise russes envers la sainte Eglise catholique, malgré l'identité de la foi des deux Eglises ( celle de la primauté apostolicoromaine exceptée), ou, pour nous exprimer avec plus de justesse et d'exactitude, précisément à cause de cette identité.

En parcourant, comme nous l'avons fait, et soumettant à une rapide critique le manifeste et les autres actes émanés du synode russe et publiés par lui, nous avons sommairement établi, toutes les fois que le sujet s'y est prêté, cette identité réelle et intrinsèque de la foi des deux Eglises, et le lecteur intelligent l'aurait déduite de lui-même du silence absolu gardé par le synode sur toutes les questions en litige entre le schisme et la catholicité. Il en aura pris une conviction plus entière encore dans la condescendance soj-disant apostolique du synode, qui se déclare satisfait sur tous les points de foi, du moment où les évéques défectionnaires se furent rangés à son obéissance. Toutefois, il nous paraît, dans l'intérêt de la vérité, d'être moins discret, moins circonspect que l'organe du synode, et de fournir les preuves les plus convaincantes de l'inanité des accusations portées par l'Église byzantine contre l'Eglise catholique, et ces preuves nous les déduirons, en premier lieu, de l'historique de l'établissemeiU du schisme, et, en second lieu, de l'examen des motifs du schisme, tels que nous les avons trouvés énoncés, exphqués, soutenus dans les traités de théologie en usage en Russie. Ce double examen formera la

matière des seconde et troisième parties de notre ouvrage.

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