‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 13 sur 35 · DU HANIFESTE DU STKODE ET DES PIÈCES T ANNEXÉES · texte numérisé non relu

DU HANIFESTE DU STKODE ET DES PIÈCES T ANNEXÉES

Quiconque aura lu avec quelque attention les documents dont nous allons traiter, reconnaîtra deux faits fort remarquables qu'il suffira d'indiquer. Le premier, c'est quel'acle synodal de Polotsk et la supplique des évêques à l'empereor ne sont, en réalité, que le manifeste abrégé; ce qui, poar toute personne capable déjuger de la valeur des choses, se^ vira de confirmation à ce qui est généralement su en Russie: c'est que ces deux derniers documents ont été rédigés parle synode lui-même, et simplement transmis , par son procureur suprême , à l'évêque Joseph de Lithuanie, pour le signer et f faire apposer les signatures des autres membres de l'apostate assemblée. Le second , c'est que la réunion en question n'^ ^ qu'une apparence religieuse , et qu'elle n'est en réalité (p^ l'accomplissement forcé de la première partie d'un vaste pl^^ politique, depuis longtemps conçu et mûri dans le secret à^ cabinet russe ; plan que nous avons entendu discuter pl^^ d'une fois, et qui consiste à réunir tôt ou lard , en un seul ^ même corps de nation , tous les peuples dont les langues n^ tionales sont dérivées du slave , et qui , à ce titre , devraient a^u dire des Russes , ne former qu'une immense famille donP

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comme il est bien entendu , l'empereur de Russie serait le chef nécessaire'.

On serait dans une bien grande erreur , si Ton pensait qu'un plan pareil, tant à cause de son immensité, qu'à raison de ce qu'il ne pourrait recevoir son entière exécution que peu à peu , et par conséquent à une époque bien éloignée , n'a pu être sérieusement conçu par la Russie. L'expérience d'un siècle et demi et l'appréciation de l'histoire militaire et politique de cet empire , dans cette courte période , font voir, par le point où il est parvenu, celui auquel il peut espérer de parvenir encore ; et ces orgueilleuses espérances s'expriment assez nettement par les bouches russes , inspirées qu'elles sont de l'esprit de haute nationalité slave qui souffle des hautes régions.

A cet égard le règne actuel a quelque chose d'extrêmement remarquable , comparé à celui du règne précédent. Toute l'ambition de celui-ci était de figurer avec avantage dans la société européenne , et dans ce but il se plaisait beaucoup trop , il faut l'avouer, dans le cercle d'idées que l'on décore du nom de progressives , de libérales , etc. L'esprit, le langage, l'étiquette de sa cour avaient un caractère plus français que russe, et le costume de cérémonie de l'impératrice et de ses dames, bien que désigné quelquefois sous le nom de robes russes , ne démentait pas e caractère général des modes de Paris et du costume obligé des cours étrangères. Il en est tout autrement sous le règne actuel. La cour féminine, l'impératrice et les grandes-duchesses en tête, ne paraissent plus, dans les occasions d'apparat , que dans le costume populaire de la Russie. Leurs robes sont des sarafrani""^ leurs coiffures de grands ca-

' Il est digne de remarque que cette même vue politique avait formé la base de rassociation conspiratrice qui s'est dévoilée par la révolte ^l'mée du 26 décembre 1825, et qui avait pris la dénomination de société ^es Slaves réunis; tant cette idée politique est naturelle aux Russes. Ce 9Ue la société prétendait opérer par les voies révolutionnaires , le gouvernement russe le prépare au moyen de l'extension de son Église nationale , commençant par sa Pologne, dont il veut opérer la fusion complète avec la Russie, en absorbant sa langue et extirpant sa religion.

* Sarafran, robe sans manches, ornée sur le devant, de la taille aux

cochniki^ recouverts d'un vaste voile. Cest dans ce costume si opposé au goût européen , costume qui jusqu^à ce changement n'était porté que par les villageoises et par les nourrices venues du village (car les femmes des marchands et des boa^ geois russes ne le voulaient plus porter) ; c'est dans cet étrange costume, qui, toutefois, ne manque pas de grâce, et qai d'ailleurs se prête au développement d'une grande magnificence, que sont peints ou gravés tous les portraits de l'impératrice qui sont livrés au commerce.

L'empereur , de son côté , ne veut être queRusse; il porteavec une indicible fierté ce nom , comme étant celui de la plus puissante nation de l'univers. 11 veut que chez lui, autour de lui, tout soit russe, et cette partie de son caractère plaît si bien à son peuple , qu'elle compense cette teinte d'inflexible sévérité qui, sans cela, le ferait plus craindre qu'aimer. Ces détails, qui nous ont conduit , en apparence au moins , un peu loin de notre sujet, nous ont paru nécessaires^ pour prouver la thèse politique que nous venons de proposer , et que confirmera , aux yeux du lecteur intelligent , la répétition presque fastidieuse qu'il remarquera dans les documents émanés des deux synodes ; de ces assurances que la population des neuf pro: vinces polono-russes n'ont qu'une même origine , sont issues d'un même sang et parlent une même langue; trois propositions au moins partiellement très-contestables ( surtout en ce qui concerne la Litbuanie) , et desquelles cependant l'on déduit hardiment la conséquence que ces populations apparties" nent, par droit de commune origine , à la Russie , et que p^f conséquent , et sans égard aux franchises ni aux immunités que leur assurent les traités de cession , elles ne doivent p^ professer une autre religion , ni être , en matière spirituelte* soumises à une autorité enseignante et dirigeante, que le S5' node de Russie, en d'autres termes , comme nous Pavons f^^^ voir , que l'empereur , chef spirituel et universel , aux yeU^ du synode, de toute l'Église greco-slave.

pieds, d*une rangée de boutons, entre deux galons ou bandes de velour^ Caeochniky coiffure élevée et arrondie qui cache les cheveux sur le froD^ Il est ouvert en arrière pour les filles et fermé pour les femmes.

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C'est donc avec une hypocrisie avérée que le manifeste , et avec lui Tacte du synode de Polotsk , ainsi que ceux du synode de Russie 9 invoquent , fort légèrement il est vrai , le zèle du salut des âmes^ comme l'une des causes qui auraient déterminé la défection des évéques et du clergé grec-uni, et qu'il met au rang d'une des conditions de ce salut la faculté d'entendre célébrer la liturgie dans la langue natale du peuple'.

Rien d'abord n'est en soi plus indifférent que d'assister à une messe orthodoxe célébrée dans telle langue ou dans telle autre , pourvu que l'on apporte à la participation au sacrifice les dispositions et les sentiments que ce sacrifice commémoratif , figure de celui de la croix , doit inspirer au fidèle pénétré d'une foi pleine d'amour. Que des protestants, dont le culte est réduit au prêche et au chant de quelque cantique, tiennent à ce que pour ce culte, qui n'en est pas un, l'on se serve de la langue usuelle du peuple qui y prend part , rien de plus naturel, rien de plus juste. Mais qu'un synode, où se doivent trouver comme concentrées les lumières théologiques et la science de l'histoire de l'Église, vienne réduire les prideux gages du salut des âmes à la forme extérieure des rits et cérémonies, ou à langue liturgique, cela devient incompréhensible jusqu'à choquer la raison.

Ce privilège d'entendre la langue liturgique n'est d'ailleurs qu'une pure fiction. En Russie , toutes les prières qui accompagnent la messe et les autres offices de l'Église sont récitées ou chantées dans le vieil idiome slave , dont la langue russe n'est qu'un dérivé ; de sorte queje texte des saintes Écritures , les hymnes , les antiennes , les prières même du canon , sont difficilement intelligibles à ceux qui n'en ont pas fait une étude, et par conséquent au gros du peuple qui ne l'a jamais pu étudier. Ce qu'il peut en entendre , ce n'est que par l'a-

' Nous nous permettrons, à cet égard, une réflexion aussi simple que ▼raie. Si Tinteiligence de la langue liturgique est d*une importance telle, <iu'elle mérite d'être comptée parmi les conditions du salut des âmes , l'Église russe devrait, en conscience, aller plus loin, en se servant pour ^8 offices de Tidiome populaire bien plus intelligible au commun de ses ^dèles que la langue slave, qui n'est bien comprise que de ceux qui Tont étudiée.

02 DE LA SITUATION RBLlGIBUftE

nalogie plus ou moins radicale de mots , à peu près comme oi italien comprend des paroles latines, voisines de sa propre langue. Cette difficulté est bien plus grande encore ponr h population des provinces de l'ouest dont la langue, quoiqoe dérivée d'une même source , a cependant contracté des modifications ( surtout dans ses terminaisons et dans sa prosodie), qui la rendent aussi dilficile à comprendre pour les Ruks que ridiome russe leur est devenu peu intelligible, il en est de môme du fond des populations qui occupent lesgoaverB^ ments composant la Petite Russie, et qui parlent un idioae particulier , bien plus éloigné du slave que la langue rosse. Ce serait en effet une exception bien singulière à la marche or(& naire des choses, qu'un peuple, hétérogène dans sa composition , quoi que Ton veuille dire pour soutenir le contraire; n peuple qui s'est soumis de vastes territoires peuplés d'habitants divers, et qui aujourd'hui se trouve répandu sur un sol immense , eût conservé , sans la moindre admixtion de langues étrangères , sans aucune de ces corruptions de langage que nous appelons patois, la langue primitive de ses aiecn ou de ses conquérants. Ce fait est impossible ; et quant à la Rassie, il manque radicalement de vérité , puisque sa langue prifflitive, devenue langue liturgique et sacrée, c'est-à-dire à peu près langue morte , s'écrit en caractères antiques, et que ia langue parlée n'a plus avec elle qu'une communauté de racines*.

Une inexactitude non moins palpable se trouve dans otf paroles flatteuses dont se sert le manifeste : Tel a tatgom tf le peuple russe; toujours un , toujours le même , dans touiss ta parties de sa grande patrie. Si ce passage a un sens historiqaûr le synode sait fort bien que sa grande patrie, presque toat entière , n'offre qu'une agglomération de conquêtes. Il ne pe^ | ignorer que, dès la première période de l'établissement sta^^^ dans l'est de l'Europe , ces peuples venus d'Asie ont eu da>^

* Les prêtres russes comprennent bien, jusqu'à un certain point i^ saintes Écritures et leurs livres liturgiques; mais assurément on >*'^ trouverait pas un sur mille qui fût capable de prêcher en slavon, o** jïl se servir de cette langue, même en conversant entre eni. A pins Ù>^ raison cet idiome ne peut-il pas être appelé populaire.

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le nord , où ils avaient fondé la grande Novgorod (ville neuve), à lutter contre les Varaigues, peuplade normande , qui ont fini par leur donner, de gré ou de force, des maîtres dans la personne de Rourik et de ses deux frères , et que ceux-ci ont réuni à leur nouvel état leurs domaines patrimoniaux; que dans le sud , où ils avaient fondé Eief , ils se trouvaient pressés et tourmentés par d'autres peuplades , celles des Polovtsi, des Petchenègues, des Drevliani , et d'autres encore , que les Slsives finirent par exterminer ou par incorporer à leur nation ; que les provinces qu'ils possèdent aujourd'hui dans Touest leur ont très-longtemps été disputées par les Polonais, et qu'elles ont été alternativement prises et occupées par les deux peuples, la Lithuanie , patrimoine des Jagellon, seule exceptée, qui jusqu'à ces derniers temps n'avait jamais été conquise par les armes russes.

Nous ne parlerons pas ici des acquêts postérieurs faits par - la Russie , sur la Suède, sur la Turquie , sur les Tartares, que nous avons rappelés dans notre avant-propos; mais nous ne pouvons nous dispenser d'observer que ce sont là de singuliers éléments de cette unité politiqtie et nationale, de cette unité d'origine, de sang et de langage dont le synode prétend , dans une intention facile à définir, et contre toute vérité historique, faire honneur au peuple russe'.

' Celte fiction historique aurait trop peu d'importance pour mériter d'être relevée et combattue, si, dans l'intention du gouvernement russe qui Ta dictée, elle ne formait pas une de ces pierres d'attente destinées à relier un édifice existant aux accroissements futurs projetés par le propriétaire. A cette étrange prétention à l'unité originelle et même actuelle de ce que l'on appelle la nation russe, nous objecterons le témoignage d'un écrivain moderne, qui a donné à l'Europe savante un tableau statistique de l'empire de Russie.

< Il n'y a pas de pays au monde , dit cet auteur , où il y ait un tel iQélange , une telle variété d'habitants ; où ils diffèrent plus les uns des autres , par les mœurs , le langage , la religion , etc. Partout ailleurs ^^ a pu observer une sorte de différence entre le peuple conquis et le peuple conquérant; mais elle s'est affaiblie par degrés; ils se sont eoGn ^Qfondus : tandis qu'en Russie , on ne voit pas seulement quelques na- ^ns, mais comme une mullilude de nations , avec des variétés telles,

^^^ la plus longue domination n'a pu les effacer. » Slorch , Tableau de

^'^fnpire de Russie.

S«4 lOL La fiiTiATicm innjnrsT.

Maifc si cf'iie j»mf*DtioD h. roniiê dn pnpi« raase n^a qa*iB MOU jmremefit reUgieux, noire éionnom sen plus gmd eDcore , €*t iiaitt> auron» le r^prei d'avoir à iapaterànadocaiDf'iii d'uD<- haute imporuiDce émaDê d'une asBemblée respeouible, par l'âge ei par la dipiiiê de ses Desbres, aae altén- LioD ÏDteDLioDneiie de la vérité. Glt, coament raatorilé sapr^me et oentrale de l'Eglise greoo-msse poarTait<«lle igaoïer l'eiisieDcedes&ecaes uombreDses qui sea sont séparées, etqoe le langage commoD du pays comprend soos la dénoaiiiatîoi IIV&.- impropre, maisgéDérique, deAotioIiM&i', schîsmatiqaeL Nous qualifions d'impropre la dénoBinatîoi de schîsmatîqies que l'on donne, en Russie, à tontes œs séries, sans exceptkw ni difiiiociion entre elles, parce que la plupart sont séparés de rÉgli-ie dominante, non pas aenlementpar refos dieaoïmission à son :jutorJté, ni même pour cause de différeocei f.sseriti^]|''s entre les rîis, mais parce que beaucoup d'entre elles professent des hérésies plus ou moins monstmenses» plus ou moins dignes d'horreur\ Elles sont d'ailleurs aussi nombreuses qu opposées entre elles, à commencer par les StoroverUi, vieux croyanU^ dont une partie ne s'est séparée de FEr glisf* dominante que pour ne pas adopter des innoTatioos» c'est-à-dire la substitution du chant figuré an plain-chant, oa pour avoir condamné la réimpression deslivres saints, d'après une correction ordonnée par le célèbre patriarche NîconjjttS^ qu*à la Bezpopoviêchina^ secte qui n'admet ni sacerdoce 9 ni

• Mot dérWé de roskol, fmte, séparation d'un iDéme corps en p!usi«ii» fractions , ce qui répond eiactemeut au schisma des Grecs. Les Ra«« ne sVn servent pas volontiers, sachant fort bien que notre Église ne 1» considère pas autrement qu'eux ne considèrent leurs propres schisffl»llqucs. Or rien ne les offense plus sensiblement que cette définition d« leur situation envers l'Église universelle.

• Te flyriode et le véridique auteur de son manifeste peuvent d'aultnl moins être censés ignorer l'eiislence de ces sectes, que la plupart d'entre elles possèdent, h Saint-Pétersbourg même, des églises ou chapelles dtw leiquelles elles exercent leur culte. Comme celles qui ont conservé l« liturgie et le sacerdoce n'ont point d'évôques, elles recrutent leur clcrg* parmi les prêtres et les clercs que quelques méfaits ont fait destiiaer de leurs fonctions, et ceux-ci. trouvant par ce moyen de quoi se dédomiiinger do la porte de leurs emplois, ne font pas la moindre difficulté de N ni tacher à ces sectaires.

HE l'empire db rossie.

te public, El sacrements; anx Soubùihniki^ Sabathisans^ chrétiens jiidaisants, qui cotifèreat le bapléme et pratiquent —a circoQcisiofi, qui célèbrent les pùques cbrétieanes en con- ^rvaut le rit des azymes, elc* ; aux Dùnkhoborlsi^ secle dont es dogrnes secrets et les impures pratiques paraissent n'être pas encore suffisamment connus; et jusqu'à celte abominable lecte des SMpisiy e^pèct^û'origêtmtes qui existent dans toutes es villes et surtout dans les capitales, et, par conséquent, lotis les yeux du gouvernement qui les tolère.

Ceux-ci, eunuques Toloutaires , sont mutilés enentrantdaDs a s^te, qui , malgré une condition si dure et si honteuse » sa fiaîntlentet se propage au moyen des fanatiques cKbortalious !e ces înrâDiesseciaires, appuyées de leurs grandes richesses K desiicrifices qu'ils font pour acqnérir des prosélytes* Nous contrions risque de donner de Tennui à nos lecteurs, si nous mmûnnlùtiB la riche nomenclature de lotîtes ces seetes, connes oti encore inconnues (car il s'en forme de temps en temps e nouvelles), dont quelques-unes sont tellement détestables, ne la promiscuité des Temmes est leur moindre crime*. Nous la demandons, exîste-t-îl en Europe un peuple qui ^fiipte dans son sein des sectes aussi nombreuses , aussi dis- Mrdantes entre elles, et dont les abominables pratiques soient lits faîte* pour exciter l'attention du gouvernement et le xèle ittnode; sectes dont Tunique principe commun est de déràrenvileur Église donnnanie? La protestante A ngle- , IcsÉtats Unis d'Amérique, ces pays qui professent la nre la plus absolue en matière de culte, et proclament tïcipe de la plus cntièrelibertédeconscience, renfermentit des siècles aussi diverses et aussi étranges dans leurs docirlet leurs pratiques ; et le noble auteur des Soirées de Saintbourg ^ dont les ouvrages témoignent de la parfaite îssance qtiHl ïivait acquise de la situation religieuse delà , avait il tort, alkit-il trop loin en comparant TÉglise i un corps privé de vie» tluquel pullulent des milliers immondes auxquels sa putréfaction donne naissance? ï'cil eu face d'une pareille situation que le synode deRussîe

f^. iiol« addUionnelle i^.

ne craint pas d'appeler le peuple russe, en quelque sorte même à Texclusion de tous les autres, et principalement sous ie rapport religieux, un peuple toujours tin, toujours le mémedatu son immense patrie! Rappellerons-nous ici la religion catholique , les cultes protestants pratiqués , non pas en vertu d'aoe sage tolérance, mais de plein droit, dans plus da quart des provinces russes; et Tislamisme, le paganisme même sepa^ tagcant à peu près tout Test , et , en partie, le midi de Teopire, à la grande honte de TÉglise nationale et du gonvemement impérial , qui, ligués, pendant des années, pour préparer et déterminer la défection de trois prélats catboliqaes, restent indiflérents aux schismes qui déchirent leur propre Église, et ne trouvent pas le moyen de propager la lumiàre évangélique parmi des peuples livrés au culte du Coran , eti celui bien plus dégradantencore des fétiches etdesschamaDsM C'est que, comme le dit fort bien Tillustre écrivain que nous venons de citer, rÉglisc russe , inGdèle épouse, divorcée de répoux, a été, par un juste jugement^ privée de sa fécondité, et devenue inhabile à donner des enfants à TÉglise. Par le tableau fidèle que nous venons de tracer , en opposition à Téloge que fait le synode de Tunité et de Timmuabilité du peuple russe en matière de foi , Ton jugera, en connaissance de cause , de la confiance que Ton peut et doit accorder aux autres allégations de son manifeste.

Nous y trouvons, dès la première page, une expression dont la justesse frappera nos lecteurs. C'est celle de LatimstM, employée pour désigner l'Église catholique du rît romain. I^ synode a dû savoir gré à l'inventeur de cette dénomination, qui, pour premier mérite, transforme une question religieuse en une question de /an^ue.* ce qui nousantorise à donner ^ l'Église gréco-russe la dénomination de slavonisme*. L'auteur de celte ingénieuse découverte ne s'est pas aperçu , sans doute, qu'en donnant à notre langue sacrée le tort de n'être pas orientale, et en l'érigeant en principe de séparation religieuse , il donnerait à l'Eglise grecque le droit de répudier l'Église de

' Voy. note additionnelle 20.

* Voy* note additionnelle 21.

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Russie, par le seul motif que, n^employant pas à sa liturgie la langue grecque , elle n'a pas le droit de se décorer de ce nom , et qu'il ne doit lui être accordé que cette antre dénomination que nous ayons indiquée, et dont elle se montrerait peu flattée , de rtMSO'êlavonnimne. Au reste, il ne dépendra jamais du synode de mettre en vogue son laUnisme, ni de trouver aucune autre dénomination à nous infliger en substitution du simple et beau nom de catholiques que nous donnent amis et ennemis dans toutes les parties de la terre' .

Quelques lignes plus haut nous voyons le manifeste donner à rOrient, et bien évidemment par exclusion de TOccident, la fastueuse épithèle dVModdâpe'.Celte prétention exclusive, en faveur de cette vaste partie du monde , se trouve répétée sous toutes sortes de formes , tant dans le manifeste du synode que dans Tacte synodal de Polotsk , dicté par lui , et dans les autres documents qui y sont relatifs, et cette perpétuelle répétition confirme la hante importance que, de part et d'autre, l'on attache à celte doctrine de rimmuabilité orthodoxe de rO^ rient. Or, l'histoire de l'Église nous montre, presque sur tontes les pages de ses vénérables antiquités , que , bien loin d'avoir droit à cette qualification exclusive d'orthodoxe, c'estdes contrées orientales que sont sorties toutesles hérésies qui, dès les premiers siècles de l'Église, ont troublé la paix du monde chrétien. L'histoire de cette monarchie dégradée, que l'on a justement qualifiée de Bas-Empire, ne nous montre que des troubles et des révolutions religieuses, trop souvent protégées contre les décisions de l'Eglise» par cette série de princes massacrants ou massacrés, qui parvenaient au trône presque toujours arrosé du sang de ses derniers maîtres. Faut-il , en lais-

' Les réformateurs du seizième siècle avaient incomparablement plus d'esprit, lorsqu'ils essayaient de nous donner le nom de Papistes; celui-ci eiprimait an moins une vérité en nous déclarant sectateurs soumis et fidèles de la chaire de saint Pierre , dans la personne du successeur du Prince des apôtres.

' Le comble de la déraison serait de considérer, comme également orthodoxes , deux Églises dissidentes. Il n'est guère moins déraisonnable d'attacher l'idée et le prédicat d'orthodoxie à une contrée de la terre , orientale quant à l'Europe , occidentale quant à la Chine.

sant de côté les hérésies des Gérinthey des Ébion et d'auti^M encore, que, même au siècle apostolique, des Eglises âHAn^^ opposaient à la saine doctrine , telle qu'elle sortait vivante delà bouche des disciples de Jésus-Christ, rappeler au savam % synode de Russie les abominables hérésies des Arius» des H&^ cédonius, blasphémateurs impies de la divinité du Fils d^ Dieu et de PEsprit-Saint , ou des erreurs non moins impies des Nestorius , des Eutychès, des iconoclastes, et de tam M. d'autres qui se succédaient, sans nombre et sans fia, snx" le vaste théâtre qu'offrait à leurs fureurs cette Eglise si orlA<^ — doxe de l'Orient? Et pour sortir de cette légion de novateurs -^ engendrés par les misérables subtilités et par Tergotisme ob — stiné de l'école philosophico-monastique d'Alexandrie» d^3 Gonstantinople, etc., d'où est venu cet abominable Manèsavec^ son cortège de gnostiques et son satanique système du dua- — lisme, emprunté au culte superstitieux des Parses? Qui a vur* naître, qui a vomi sur la civilisation encore naissantedu chris-*-*

tianisme ce fougueux prédicateur d'un livre, qui n'aurait au

cun sens, si, pour sa rédaction, le marchand illettré de cha

meaux ne se fût adjoint un juif et un moine hérétique deVEgliÊ^^ d*Onent? Et contre qui donc ont été célébrés ces sept concile^^ que l'Église gréco-russe prétend être les seuls œcuméniques ^vsans doute parce que tous ont été célébrés en Orient? Et pai*"^ quelle autre raison y ont-ils été célébrés, si ce n'est pourcom-?-^ battre sur leur propre terrain les perpétuelles erreurs que cec* Orient, toujours si fatal au repos de l'Eglise, voyait sanscess^ renaître parmi ses pasteurs eux-mêmes?

Non , l'Orient n'a pas été essentiellement ni , comme on veut le prétendre, exclusivement orthodoxe. Nous dirons plus: rOrient, suivant le plan divin , n'a jamais pu ni dû devenir la terre classique du christianisme. Sous son ciel ardent» sur cette terre douée d'une fécondité qui tient du prodige» l'inteN ligence humaine, étouffée sous la puissance d'une imagination surexcitée par le luxe de la nature et par ses trop grands bienfaits, était trop encline aux rêveries, nous dirions volontiers au romantisme religieux, pour que la religion chrétienne pât s'y maintenir dans sa pureté native, à moins d'une autorité extérieure qui subjuguât et retint» en matière de foi» dans de

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justes bornes, cette faculté imaginatiyey si dangereuse, et toujours si prompte à s'égarer aux périlleuses spéculations propres aux habitants de ces beaux climats. Ces peuples, comme tous les autres, devaient vivre et prospérer dans la foi , à l'ombre des vastes branches de cet arbre immense, sorti du grain de sénevé , sous l'emblème duquel Jésus-Christ nous a peint son Eglise que si souvent il appelle du nom de royaume, et qui, si elle n'avait pas un chef suprême et visible, ne serait pas même une république bien constituée. Hais la racine , le tronc de cet arbre mystérieux avait besoin d'un autre sol. Une terre plus propre à sa prodigieuse croissance , une terre arrosée du sang des deux grands apôtres et de millions de généreux martyrs, devait recevoir et nourrir sa racine, et ce n'est sans doute que par l'effet d'une inspiration divine, en vertu d'un commandement direct peut-être de Jésus-Christ , que son glorieux vicaire, le Prince des apôtres, quittant la voluptueuse Antioche , et abandonnant pour toujours cet Orient si peu propre au développement de la plante évangélique , porta son siège souverain , le trône de la vérité , dans cette Rome que les prophéties avaient si clairement désignée pour être le siège de l'éternel empire du Christ sur la terre. Où était alors cette ambitieuse Byzance qui ne devait naître que plus de trois siècles après la fondation du siège apostolique à Rome , et qui, dans un jour de folle ivresse , devait juger et condamner son maître dans la foi ? Elle n'était pas née, «t, comme il a été dit du disciple traître à Jésus-Christ, il eût été meilleur pour elle de ne naître jamais.

Mais admettant, comme une simple hypothèse, un principe quelconque de rivalité hiérarchique entre la Rome antique et «a fille, la Rome byzantine, nous dirons hardiment que la cause pendante entre les deux cités aurait été souverainement Jugée par les événements qui, pour les choses de la terre, sont le langage de la Providence et souvent de la justice divine. Toutes deux sont tombées du faite de la grandeur et de la puissance temporelle ; mais l'une , pour se relever plus grande mille fois sous le sceptre du sacerdoce royal, pour être la capitale de l'univers chrétien , la métropole de l'enseignement , le foyer de la lumière évangélique pour des centaines

iOO DE LA SITUATION RELIGIEUSE

de millions de fidèles répandus dans toutes les régions qu'éclaire le soleil ; la Jérusalem nouvelle, ouverte aux adorations de toutes les nations , et qui répand sur elles tons les dons de la miséricorde divine; Tautre, pour gémir, comme Somme, jusqu'à la fin peut-être, et tout au moins tant qu'elle n'aura pas abjuré ses scliismatiques égarements , sous les servitudes d'un dominateur mécréant, qui tient sous le joug le plus dur les successeurs de ces patriarches superbes, rebelles à la primauté des successeurs de Pierre , et réduits aujourd'hui à recevoir à prix d'argent leur bâton pastoral des mains de l'héritier de rimposteur de Médine. O éclatantes lumières des justices divines !

Sans doute, Jésus-Christ né, suivant les prophéties, panai le peuple de Juda, a commencé et terminé sa prédication divine en Judée ; sans doute, il a consommé à Jérusalem rœovre ineffable de la rédemption des hommes, et sans doute aussi le sacré collège apostolique, après y avoir reçu les dons de l'Esprit-Sainl, commença la prédication évangélique dans b cité déicide. Mais de ces faits, il résulte seulement que Jénsalcm et la Judée doivent être considérées comme le berceia du christianisme, qui , loin d'être destiné à devenir un calte oriental, doit , suivant la volonté de son divin Fondateur, embrasser l'univers. Et d'ailleurs , quand même , ce que nous sommes loin d'accorder , l'autre hypothèse aurait quelque vérité, quel droit en résulterait-il pour TEglise de Byzanee, et pour son siège, le plus jeune de tous les grands sièges du moniôchrétien, et pour son patriarche, le dernier venu danslahii^ rarchie supérieure de l'Eglise universelle? Et que dire de cette? Eglise gréco-russe , née au dixième siècle, et qui réclame contre la suprématie romaine établie et reconnue , dans le monde chrétien, près de mille ans avant que fût né ce chétif et dernier avorton de cette Eglise byzantine, si souvent infidèle à la foi , et dont le siège patriarcal était depuis si longtemps privé de ces grands docteurs , de ces vives lumières de l'Eglise, qui le faisaient briller aux beaux jours de sa jeunesse? Fille de sa décrépitude, l'Eglise russe, qui ne reçut d'elle qu'un débile souffle de la vie évangélique, participe à la faiblesse organique de sa mère, et sans le pouvoir politique qui la sou-

tient en la tenant en servitude, sa dissolution extérieare aurait depuis longtemps révélé le principe de mort qu'elle porte en elle. Triste effet de Tignorauce! Sur la foi d'un pontife ambitieux , elle le suit au sentier de perdition où il engage d'autres Eglises , ne voyant pas la verge de Dieu qui déjà grandissait en Orient» pour châtier jusqu'au sang des filles rebelles à leur mère commune; et le spectacle d'un châtiment si sévère , loin d'éclairer l'Eglise russe , l'aveugle davantage et lui fait voir de la gloire là où abonde l'ignominie» là où les vengeances divines se lisent en si effrayants caractères!

Nous professons la vénération la plus profonde pour les saints conciles dont l'infaillible jugement a si puissamment abattu les hérésies orientales traduites à leur sacré tribunal. Ds sont et seront toujours les organes irrécusables de TEsprit- Saint, qui» suivant le texte évangélique» kê induit en toute vérité. Hais nous ne saurions leur reconnaître la même infaillibilité y en ce qui concerne certaines mesures d'organisation extérieure ou intérieure de l'Eglise» et variables suivant les circonstances des temps et des lieux. Pour celles-ci » ils ne sont pas à l'abri de l'imprévoyance humaine » et la preuve de ce que nous avançons se trouve dans l'imprudente tolérance de l'érection du siège de Gonstantinople en second patriarcat de l'Eglise universelle '. Alexandrie» Antioche et Jérusalem étaient» au su du monde chrétien» des sièges apostoliques qui, à ce titre et à celui de leur haute antiquité» étaient en vénération à l'univers chrétien. Mais à quel titre l'archevêque de Byzance pouvait-il prétendre» non pas à l'égalité» mais à la supériorité sur les trois premiers si^es de l'Orient* ? il était»

' 11 est à remarquer qae jamais le Saint-Siège n'a voulu approuver le ^''oîsième canon du concile de Constantlnople , premier fondement de la P>*^rogatiye d'honneur et de préséance, et bientôt de juridiction que ^'^rrogea le siège de Constantlnople sur les autres sièges patriarcaux de ^'Orient. Cette autorité abusive subsista , mais ne fut jamais approuvée , ^î même reconnue en droit par TÉglise romaine. Inde irœ,

* C'était , dit le synode russe , en qualité de patriarche de la ville impériale. Mais les autres grands sièges avaient de tout autres droits à la Pi'ésèance honorifique; et, d'ailleurs, si le patriarche de Conslaotinople Puisait ses droits dans sa dignité d^évêque de la capitale de l'empire romain d'Orient , il s'ensuit qu'il les a perdus depuis que sa ville épisco-

oe semble , facile de prévoir que celle prérogative d'honnenr l'i (le simple préséance , si inslammenl réclamée, contre tout droii, lournerait bientôt , par l'effet de Torgueil de Févéqw de la ville impériale» en préleniions de juridiction réelle, et (|uo celle préieniion, appuyée de la puissance impériale, ne manquerait pas de remporter sur les droits plus respectables de 1 antiquité et de la succession apostolique des aatrei siéi;e$ ; que de là naîtrait la prétention plus dangereuse encore ifèire reconnu pairiarche de lout TOrient , et enfin mène patrùtrvhc (vatmènique , ce qui ne tendait pas à moins qu'à dé* pouiiler le siêj^e de l^ierre de son autorité suprême sur Itj;lise. Toutes ces prétentions, aussi audacieuses que perfides, êelionèreni, il est vrai, contre la fermelé des pontifes romains ; mais ce refus d'obtempérer à tant d'ambition devint la scinree du sdiisme tîrec, dans lequel TOrient tout entier sévit entraîné, par suite de la suprématie patriarcale que, malgré l(*s censures du Saint-Siège, l'évèque de GonstantiQople était parvenu à étendre sur lui.

Il n\uaii pas plus dilHciie d'entrevoir le motif politique qai porterait les empereurs à appuyer les ambitieux désirs de leors patriarches. Kn leur soumettant les autres patriarcats del'Orienl, ils parvenaient à gouverner toutes les Eglises de Teinpiixî, par le ministère de celui de leur capitale, qui se trouvait sous la main de ces princes, souvent ennemis de la foi et prolecteurs des hérétiques; et Ton sait si jamais ils se firent faute de destituer , «l'exiler ou de renfermer ceux d'entre ce8 prélats dont la vertu était assez forte, assez généreuse pour résister à leurs iniques volontés.

Et quel fut le premier auteur de ce schisme qui , pluscrnel que les bourreaux du Christ , déchira la robe sans couture et d'un seul tissu du Sauveur? Ce fut, chacun le sait , cet infâme

pale est devenue la capitule d'an empire mécréant. A ce compte la dignité des siégCB de PÉglisc chrétienne serait soumise aux vicissitudes des empires , cl dès lors rien de plus visible que Faction divine qui, en donnant à la chaire do Pierre seule un patrimoine temporellement souverain , lui assure, à elle seule, rindépendance et l'immuabilité de la juridiction universelle.

0M L £HHEE &£ RUSS1£.

Pbotius , cet intrus dont TEglise grecque et a^ec elle TEglise russe détesi€fit et coudatUDeat b juémoire ; quU ^ Taide du braâ inipériaU banuîL et per&écuia d'une manière sî cruelle Ignace, postérieurcnient rétabli sur son si^e par sentence du pmiiifo romain ; héroïque victime » qui, placée par la même autorité apostolique au rang des saiuts, est encore aujourd'hui vénérée par l'Eglise catUolique et par les Eglises schigmaliques clleà-mi^mes! Que f^ut-ll de plus que de remouier à la souche deceiarbi^ eûipoisonné, pour vouer son fruit mortel à toute reukï-aiîon qui lui est due !

P:i\sûns, sans y toucher, sur les assertions prétendues hisionL]ueâ da maiiifëste, selon l^quelles la reunion des Grecs a rËglise catholique , en Pologne, n'aurait eu pour eiFet que d'j aiiaciier des troubles et des discordes civiles, et selon les^ qndlie encore celle réunion n'aurait fait que meilre au jour k' peti de solid lié de Tu n ion politique de la Pologne et de la Li- Auûiïie, et préparer la chute de toutes deux. Ce résultat , s'il étm liistoi iquement démontré, comme le prétend le synode ^ •Wuii dû servir d'avertissement à la Russie ^ eu la détournant ^ i^iflcorporer politiquement ces deux pays; et bien plus ^iH^ore, d'imiter, d'exagérer même, comme il le fait, ce qull ypt>elle les égarements de la politique polonaise , en agréè^'tiQt, maigre eu35 , les G rocs-unis à son Eglise nationale. S'il ^i vrai, surtout , qu une œuvre si basardée, si grosse de trou- Mi^s H de discordes ^ ait puissamment concouru à la chute de tirai autres pays, dont la réunion cependant avait été \olon- ^ire, bien différents en ceci de la Russie et de sa malheu- ''*'w$e victime ; et s'il est encore plus vrai que les mêmes causes produisent les mêmes effeis, rassenion du synode n'est rien •XHDfi que rassurante pour Tavenir de la Russie.

Kûus allons avoir à examiner le curieux spécimen d'histoire «tléiiastiquc dti/ii nous gratiiie le savant et véridique mémoire <Jn «ytiode de Russie. Jclons donc, avec lui , uu pieux regard *irli véritable, sur I antique EgUse de Jésus-Christ, qui de •On soutnp vivifiant embrasse, au dire du synode, conserve et miii heureuse sa patrie > en récompense de sa fidélité. Il van* dmi la |Hîine, peut-élre, de transcrire ici , en son entier, le Ul^leau qu'il fait du gonvcruement primitif de ce qu'il appelle

l'Eglise universelle ; parole sous laquelle il entend son Eglise d'Orient. Pour ne pas nous étendre trop loin, nous nous bo^ nerons à un simple résumé de cette déduction historique t a invitant nos lecteurs à s'édifier du texte même du manifeste.

Suivant lui, TËglise , une de runité divine', n'avait aacni chef, représentant son divin Auteur sur la terre. Tous les prélats, parfaitement égaux en autorité, ne se mêlaient en net du gouvernement des ouailles d'autrui ; ce qui , pour ne b dire qu'en passant, est parfaitement faux, même à l'égard de la Russie , puisque , gouvernée au spirituel par un métropolite unique, qui avait sous sa dépendance les archevêqaeset les évêques, elle obéissait encore au patriarche de Gonstanlinople dont ce métropolite était dépendant.

Il est vrai que cet ordre de choses remontait aux premien jours de l'Eglise de Russie, qui^ comme Ton sait et comme elle est forcée de se l'avouer à elle-même, sont bien éloigné des premiers jours de l'Eglise catholique. H faut donc nécessairement admettre, ou que l'énoncé du synode russe manque de vérité, et que, dès l'origine, il y a eu dépendance des sié* ges à l'égard les uns des autres, ce qui serait un premier acheminement vers la doctrine d'un pouvoir unique et central; on qu'il s'était introduit de grands changements dans le goavernement des Eglises; proposition qui aurait le grave incoBvénient de combattre la prétention du synode d'appartenir i une Eglise qui n'a admis aucune innovation ni dans la foi, BÎ dans la discipline, ni par conséquent dans le gouvemeiieit spirituel, depuis les temps apostoliques.

Or , si les provinces de la grande monarchie spirituelle qa0 nous appelons l'Eglise étaient gouvernées d'une manière centrale et uniforme, sous l'autorité de leurs patriarches, et fl

' Qu'entend le synode par ces expressions? Si FÉgiise possédait VuiM divine dans le sens de son indiviHbUHé absolue , elle n'aurait sanedeate besoin ni d'un chef ni d'un gouYernement central. L'existence du sdiii^e grec prouve et proclame la vanité de ce système. Dieu veut l'unité de iO* Église, et en ce sens, son unité est, en effet, d'origine divine; f^ il laisse aux passions humaines leur libre opposition à sa sainte volonté» et c'est pour obvier à leurs funestes effets qu'il a établi l'autorité co0'' citive de son vicaire sur la terre.

DE l'empire de RUSSIE. 105

e mode de gouvernement avait été jugé nécessaire pour le Qainlien d'une harmonie toute sainte et toute fraternelle entre es prélats inférieurs de cette province ^ comment oseraii-on lontester la nécessité bien plus grande d'une autorité univer^ lelle et centrale, pour coordonner toutes les parties d'une si raste monarchie , et surtout lorsque le dogme et le fait même le rinstitution divine de cette autorité universelle et centrale ^nt si clairement énoncés et confirmés dans vingt pages des iaints Evangiles? lorsque Jésus-Christ lui-même a si souvent iésigné Pierre comme porteur de cette autorité, comme guide, iocteur et pasteur même de ses frères !

A défaut de témoignages aussi irréfragables , la simple raison et l'expérience des siècles démontreraient la nécessité d'une pareille institution , d'une clef perpétuelle de cette voûte immense sans laquelle elle aurait déjà couvert le monde de ses débris'. Cette doctrine d'une Eglise acéphah eût été désavouée par les patriarches de Constantinople eux-mêmes; car si elle était conforme à la vérité, de quel droit et à quelle fin ces prélats se seraient-ils arrogé une autorité, une juridiction supérieure sur tous les évéques d'Orient, en attendant' qu'ils pussent parvenir à l'accomplissement de leur dernier ^<Bu , en supplantant le successeur du Prince des apôtres ? A quelle fin se seraient-ils qualifiés patriarches de VOrient, et enraient- ils, plus explicitement encore, aspiré à celle de patriarches œcuméniques? Si ces criminels prélats se sont enfin déterminés à rompre l'unité des Églises, en se séparant de la communion de Rome , toutes les circonstances qui ont précédé et amené cet attentat final ne prouvent-elles pas qu'il n'a été que la conséquence dernière de l'impossibilité de parveuir eux-mêmes , par une autre voie, à la dignité et au pouvoir du suprême pontificat?

' Si le divin Fondateur de l'Église eût oublié de lui faire l'indispensable ^n d'un pouvoir central et universel, il se fût montré (nous parlons de ^ adorable Personne dans une hypothèse contraire à notre foi ) le plus ii^pte de tous les législateurs ; car Thistoire ne nous montre pas un seul, ^nni ces hommes éminents qui sont devenus les fondateurs de monar- ^^esoa de répubUques, négligeant cette première condition de la stabi- ^t* des États.

106 DE LA SITUATiOR RELIGIEOSE

G^est donc une erreur évidente et volontaire de la part (h synode d'établir , en point de fait historique, la négation d*u gouvernement central établi et reconnu , dès l'origine di christianisme , par TEglise entière , pour y maintenir runilé de la foi et de la morale évangélique , et de faire de cette Église, que le Sauveur, comme nous Tavons déjà feit rem»* quer, désignait sous la dénomination (fe royaume desekita^, une république fédérative, mais sans législation commnHe, sans capitale , sans chef, sans pouvoir souverain. Cette do6 trine, qui répugne au bon sens, est encore, comme Ton nUt formellement démentie par tous les témoignages de l'histoin des premiers siècles de TÉglise. Celle de Constantinopb, égarée par Photius, le premier auteur, et par Michel Gënh laire, le consommateur du schisme , ne Ta ni avancée ni soitcnue. Bien au contraire , elle a accusé le Pape et TÉglise romaine d'avoir prévariqué de la foi et de la discipline antiques; et , en vertu de ce reproche aussi impie qu'insensé, puisque, dans la personne de son successeur , il s'adressait à Pierre lui* même , auquel le Rédempteur avait dit : J'aipriépour toi, afiê que ta foi ne défaille jamais; c'est par ce vain motif, dont le temps et la vérité ont fait justice , qu'ils osèrent successiie' ment , et de leur autorité privée , déclarer le chef des pasteon déchu de sa dignité et de son pouvoir pontifical , et se séparer de sa communion. Le siège de Rome leur faisait ombrage, 3' est vrai, à cause de sa suprématie de juridiction univers^ qui ne leur laissait que la prétention au second rang dans 1^ glise; mais ils étaient si loin de nier cette prééminence amiï. ancienne que l'Église elle-même , que c'était à elle qu'ils aspiraient, non pas à titre d'institution divine, mais en qoafité de poniifes de la ville impériale. Pour y parvenir, ils déclarèrent ceux qui étaient assis sur ce siège traîtres à la foi, hérétiques et indignes de l'occuper. Ils voulaient tuer moralemeet le possesseur pour hériter de sa dignité primatiale; semblable aux vignerons de l'Evangile, qui, voyant venir à eux l'héri*'^ tier de la vigne , complotent sa mort pour posséder son héritage. Mais ils ne niaient pas l'existence de la vigne ; ils étaient ] trop habiles pour commettre une faute qui aurait mis à néant le fruit de leur attentat. Cette négation , d'ailleurs , n'étaA^

DE l'empire de RUSSIE. 107

pas soutenable encore à cette époque , puisqu'elle eût été contraire à un fait établi et qui subsistait encore la yeille du jour où elle eût été proclamée. C'est dans ces faits que se trouve la vérité que nous a transmise rbistoire, et non pas dans Tabsurde négation du pouvoir central dans l'Eglise primitive. Nous engageons , en toute charité » le synode de Russie à tâcber de se mettre , sur ce point , d'accord avec cette Eglise d'Orient , ou, pour parler plus juste, avec cette Eglise de Cou* stantinople , si parfaitement orthodoxe à ses yeux , et à laquelle il fait gloire à son Eglise d'appartenir » au moins par droit de filiation ; et d'éviter à l'avenir d'oublier le respect qu'il porte à sa mère, au point de se mettre en contradiction iagrante avec elle. Sa thèse , sur ce point , a plus d'analogie avec les doctrines protestantes qu'avec celles de l'Eglise byzantine; et c'est une remarque que , bien à regret , nous nous verrons trop souvent oblige de répéter dans le cours de notre controverse.

Poursuivons maintenant les allégations ultérieures du manifeste. Nous y verrons d'abord que , malgré le soin , qu'à son dire , prenaient les pasteurs de ne point s'immiscer dans le gouvernement des ouailles qui ne leur étaient pas confiées, ils veillaient cependant à ce qu'aucune altération de la foi ne s'introduisit parmi elles. Nous observerons à ce sujet que cette snrveillance, qui , sans doute , était dans leur droit , renferme «ne modification presque contradictoire avec l'espèce d'indifférence pour les ouailles d'autrui qui est imputée à ces évé- : qaes. Le cas d'hérésie arrivant (ce qui, comme Ton sait, avait '■■ lieu assez fréquemment dans Vorthodoœe Orient) , et ce cas ayant été remarqué , des épttres fraternelles venaient au secours de la foi attaquée ; et, lorsqu'elles étaient infructueuses, fon avait recours au jugement d'un concile.

On sait assez le peu d'effet que produisent sur l'orgueilleux ^rit d'un hérésiarque les remontrances fraternelles , qui avaient, de plus, le grand inconvénient de laisser gagner du ^mps, et, par conséquent, des prosélytes à l'hérésie; c'esl- Mire de permettre à l'erreur de prendre des forces en se répandant, et plus encore en se développant au moyen même te discussions que ne pouvait manquer d'enfanter cette fra-

tcrnelle correspondance. Ces corrections fraternelles manquant leur effet, il ne restait plus, suivant le synode, qu'à recourir à un concile. Mais ce remède était encore plus lent que le premier ; car il faut bien du temps pour la convocation et pour Tarrivée des membres d'un concile; et, pendant ce temps, b saine doctrine , manquant d'organe autorisé à la définir et à mettre les fidèles en garde contre Terreur , celie*ci , gagnant de plus en plus du terrain , donnait à son auteur une force très-grande pour résister aux arrêts du concile. Sa convocation, d'ailleurs, n'était qvkun remède éventuel et toujours iocerlain , puisqu'il dépendait du consentement du pouvoir politique, qui pouvait, au moyen de la puissance matérielle dont il dispose , empêcher la convocation du concile ou mettre obstacle au voyage des évéques '• Avec ce système, l'Eglise de Jésus-Christ restait donc exposée à tous les ravages de l'bérésie ; et l'exercice de la souveraineté apostolique en matière de foi, ne pouvant avoir pour organe qu'un concile souvent impossible à assembler , elle n'avait plus ni liberté ni indépendance. Et si l'Eglise n'avait point de chef, qui donc avait l'autorité nécessaire pour convoquer ce concile? Les empereurs» sans doute ! Mais lorsque les empereurs eux-mêmes , comme Constance et Valons , étaient les premiers et les plus furleox hérétiques, à qui recourir pour obtenir le seul remède contre rhérésie qu'ils soutenaient de toute leur puissance? On ne dira pas que Jésus-Christ était assez puissant pour prévenir un concours de si funestes circonstances, puisqu'elles se sont présentées plus d'une fois dans l'histoire de l'Eglise ! La |>t«tfsancey sans doute , ne manquait pas à l'Auteur de notre foi, ni la préscience de pareilles tribulations que son Eglise aarait à souffrir; mais sa sagesse et sa puissance avaient borné lenr action réunie à établir dans Pierre et dans ses successeurs des juges indéfectibles de la foi , et à leur assurer, en communauté avec les évéques, son assistance journalière, jusqu'à la

* L'histoire ecclésiastique nons fait voir que les Césars byzantins , lorsqu'une fols ils s'étaient laissé infatuer d'une erreur , ne se contentaient pas de mettre obstacle à la convocation de conciles orthodoxes , mats qu'ils en convoquaient eux-mêmes, composés d'évéques complaisants ou corrompus , que l'orthodoxe Orient était toujours prêt à leur fournir.

DB l'eMPIRB DB ROSftlB. 109

fin des temps. Que dirait-on de /a^o^eMeduSauveur da monde et de son amour pour TEglise , cette pure épouse qu'il s'est acquise au priiL de son sang, s'il Tavait livrée* sans défense prompte, énergique et certaine, aux scandales dont lui-même avait prédit et proclamé la nécessité?

Heureusement il n'en a jamais été ainsi. Le roc insurmontable aux flots de Terreur , invincible aux portes de Fenfer , Pierre était là, toujours présent dans ses successeurs, dont la bouche, infaillible en matière de foi, foudroyait le blasphème du novateur ; et si des conciles postérieurs étaient assemblés, ce n'était que pour donner une forme encore plus sotennelle au jugement précédent du Pontife romain, et pour écraser avec encore plus de vigueur la tête du serpent. Les délibérations du concile avaient lieu en présence du pontife ou de ses représentants , et ses canons n'acquéraient force de loi pour l'Eglise universelle , que lorsqu'ils avaient reçu la sanction du Pasleur suprême.

Ces faits seraient faciles à constater par des citations nombreuses, tirées des actes des premiers conciles, de ceux-là mêmes que l'Eglise russe reconnaît pour œcuméniques. Mais nous n'avons pas l'honneur d'appartenir au sacerdoce, et la sdaice canonique, ainsi que la théologie proprement dite, si dies ne nous sont pas tout à fait étrangères, n'ont pas cependtatété l'objet constant de nos études. C'est par ce motif que Boatnous abstenons, autant que possible, de nous engager nr le terrain théologique, qui n'est pas le nôtre '. Nous nous coBtentons, pour combattre des assertions si erronées, des armes que nous fournit la droite raison, appuyée des témoignages de l'histoire. Le manifeste du synode n'est pas d'ailleurs 1B6 œuvre tbéologique, tant s'en faut, et dans la lutte que nous iTons entreprise pour la défense de la vérité , nous nous som- I mes prescrit une loyauté trop entière pour transporter le com- 1 Vat sur un terrain autre que celui de notre adversaire.

' Nous oserons cependant, dans la troisième partie de notre ouvrage , ntrer en lice, sur des matières théologiques, avec le très-saint synode. On y verra que pour soutenir un combat victorieux contre les théories mncées par cette illustre assemblée, il n*est pas besoin d*armes plus poissantes que celles qu'un catholique véritable tire de son catéchisme.

liO DE LA SITUATION RELIGIEUSE

Les premiers conciles , dit encore le manifeste » consolidaient , une fois pour toutes, les dogmes de la foi » et si sons cette proposition il n'y avait pas nn serpent caché, nous y souscririons volontiers. Par cette expression» une fois pour toutes, il devrait être simplement entendu qu'un concile oecnmënique postérieur ne pouvait pas réformer la dé6nition dogmatique, le jugement canonique, en matière de foi, prononcé par un concile précédent , dont les décrets avaient reçn la sanction du successeur de Pierre. Et cela, en effet, était d'une impossibilité absolue , puisqu'un concile universel, légitimement assemblé et dirigé par la suprême autorité pou* tilicale , est l'organe infaillible de l'Esprit de vérité , et que dès lors deux conciles ne peuvent se contredire , à moins qoe Ton ne veuille dire, ce qui donne de l'horreur à penser , qoe TKsprit-Saint peut ou s'être trompé ou devenir un esprit de mensonge. Mais cette infaillibilité, il faut le répéter, n'est le magnifique privilège que d'un concile légitimement assemblé, dirigé dans ses délibérations par le successeur de Pierre, ou dont les canons ont été sanctionnés de son approbation suprême. La véritable Eglise est insurmontable aux puissances de l'enfer; mais c'est, selon la divine parole du vainqueur de l'enfer, à la condition d'être assise sur le roc que lui-méinea établi et fortifié pour la porter. Si , comme les malheureuses Églises de l'Orient, elles sont tombées du roc; si, comme l'Église synodale de Russie , l'une d'elles en vient à ce degré de démence de nier même l'existence de ce roc , qui , depuis près de deux mille ans, brave et brise tous les flots du ténébreux océan des erreurs , des hérésies et des schismes ; celleslà sans doute ont perdu tout droit à un enseignement infaillible , et il n'en serait pas autrement d'un concile jugeant hors * de ces conditions de régularité; car , après tout, un concite œcuménique n'est autre chose que l'Eglise universelle, as* semblée dans ses légitimes pasteurs. Il ne peut donc être qo^ ce qu'est l'Eglise : infaillible sous la condition d'être appuyé^ sur le roc de la principauté de l'apostolat.

De ce qui vient d'être dit, il suit avec la plus haute évidence que , bien que tout concile œcuménique exerce la mêmeail^'' torité souveraine en matière de foi , et possède au mêmed^"

DE l'bMPIRE de RUSSIE. Hl

gré le précieux don de Finfaillibilité divine « il n'y a aucune possibilité que l'un d'eux réforme ou abolisse des canons qu'un autre aurait portés en matière de foi ou de moraie ivangéîique. Mais est-ce là ce que prétend ou ce que veut établir le synode russe , par ces paroles : une fois pour toutes ? Non certes, et sa pensée va bien plus loin , puisqu'il nieTexistencede véritables conciles œcuméniques, postérieurs aux sept premiers, auxquels seuls il lui plaît d'accorder le caractère de légitimité et d'infaillibilité. Et comme , d'après ce que nous avousvUy il ne connaît, après les admonitions fraternelles, d'autre moyen d'arrêter le cours d'une hérésie que la convocation d'un concile, cela revient à la proposition passablement insensée : qu'après ces sept conciles qui , une fois pour toutes, ont consolidé la foi , il ne pouvait plus se produire d'hérésie nouvelle (ce qui est contredit par les faits) , ou que désormais il n'y avait plus, dans la véritable Église , de remède contre elle. C'est dire encore que l'infaillibilité de l'Ësprit-Saint est épuisée, ou bien que l'époque de son assistance et de son inspiration étant finie , il s'est retiré de l'Eglise de Dieu ! A quels incroyables excès de folie parvient la raison de l'homme, lorsque , dominée par quelque passion , elle se détermine à fermer les yeux à la lumière de vérité !

Des pensées si blasphématoires n'étant pas aperçues du synode russe , ne sont sans doute pas entrées dans la rédaction de son manifeste. Il n'y avait , dans la clause que nous avons cru devoir relever, qu'un léger tribut payé à cette théorie si inconsidérée , de Villégitimité radicale de tout concile postérieur au septième, Faudra-t-il faire observer aux défenseurs de cette théorie que, si elle était vraie, ce septième concile étant le dernier des conciles œcuméniques , légitimes et infaillibles , tout était fini dans l'ordre de l'enseignement futur de l'Eglise, qui , dans ce cas , n'avait plus aucun besoin ni de l'assistance journalière de son divin Époux , ni de l'inspiration perpétuelle de l'Esprit de vérité. Que, dès lors, s'il y a erreur à croire et à confesser la procession du Saint-Esprit des deux premières personnes divines, il n'y avait plus, au onzième siècle, époque de la proclamation du schisme oriental, aucune autorité compétente pour condamner cette erreur. En la ju-

géant , la coDdamnant et excluant en conséquence tout rOoddent de sa communion , le patriarche faisait acte de pouvoir souverain dans TEglise; et par cette usurpation même de Taiitorité suprême, en matière de foi , il reconnaissait et procbmait Texistence de celle autorité , qui jamais , en effet, n'eût été plus indispensable pour la conservation de la pureté de la foi y qu'à une époque où , suivant le système russe» enprunté à TEglise d'Orient , Tère des conciles œcuméniquei était close et ses définitions , en matière de foi , établies um fois pour toutes et à tout jamais. Quoi de plus remarquable qie de voir ainsi les doctrines erronées d'une Eglise condamnée par les faits émanés d'elle-même; et que deviennent, en leflr présence, ces insoutenables théories des épttres fi*aternelles, comme remèdes de l'hérésie et de l'absence d'une autorité souveraine , perpétuelle , ne fût-ce que pour suppléer à ^extio^ lion du pouvoir des conciles postérieurs aux sept premiers, extinction érigée en doctrine par l'Eglise de Russie ? li nous parait évident, en mettant en regard l'une de l'antre les deox doctrines de Vabsence de toute autorité souveraine dansVEgUse, et de la négation de la légitimité des conciles célébrés postérieure' ment au huitième siècle , qu'il n'existait plus au onzième aucune autorité compétente pour juger la doctrine de la prooeS' sion de l'Esprit-Saint , et que , par conséquent , cette doctrine • n'a pu être validement condamnée, ce qui l'excuserait d'héré^ sie; car celle-ci n'existe que par l'obstination qui refuse de s^ soumettre aux décisions du tribunal dogmatique et infaillible de l'Église.

Pour plus de clarté dans nos raisonnements à ce sujet, qn'i^ nous soit permis deles résumer en les présentant sous la forme "^ syllogistique, et prenant pour leur base les principes mêmes de l'Église de Russie.

Elle se qualifie d'orthodoxe, donc elle reconnaît qu'il existe des doctrines hétérodoxes ^ des erreurs, des hérésies.

Si ces erreurs pouvaient être souffertes et professées dans l'Église, ellesalléreraient, elles corrompraient, elles absorberaient enfin les doctrines orthodoxes; de sorte que, contrairement aux promesses du divin Auteur de la foi, l'erreur , cette porte de l'enfer, aurait fini par prévaloir contre son Eglise : donc il est nécessaire de les extirper.

BB l'expire de RUSSIE. 113

Cette extirpation si indispensable de rerrenme peut s'opérer qu'au moyen d'une infaillible définition de la vérité « suivie de l'exclusion du corps de l'Église de tous ceux qui se refuseraient à l'admettre, donc il faut uo juge infaillible pour don- Der cette définition ; un tribunal souverain pour prononcer cette exclusion.

Ce tribunal souverain doit donc exister dans l'Église , à peine pour elle de mourir du venin des hérésies.

Or ce tribunal ne peut ôtre que de deux espèces : l'un que nous appellerons individuel , parce que sa juridiction s'exercera par un seul ; c'est le suprême pontificat; l'autre que nous appellerons collectif : ce sont les conciles.

Le synode russe nie l'existence, dans l'Église, du suprême pontificat; de sorte que, suivant cette négation, le tribunal individuel^ souverain, n'y a jamais existé.

D'autre part il ne veut pas admettre, qu'après les premiers sept conciles qui , suivant lui, ont défini la foi une fois pour toutes, d'autres conciles puissent être légitimement assemblés; de sorte que le tribunal collectif, souverain , n'existe plus.

Telle est la doctrine gréco-russe dans sa plus simple expression, dans son résumé logique.

Venons-en maintenant à son application rationnelle au fait du schisme d'Orient.

L'Église dite d'Orient affirme et soutient que FËsprit-Saint procède du Père; et elle émet cette proposition dans ce sens : qu'il ne procède que du Père.

L'Église d'Occident ( pour nous servir de l'expression abusive admise chez les Grecs) enseigne, au contraire, que le Saint-Esprit procède du PèreetduFUs; elle condamne la proposition contraire.

Nous avons vu que, suivant la théorie russe, il n'sL jamais eocisié de tribunal individuel y et qu'il n'en eociste pl%M de collectif dans l'Église. Qui donc Juger» ce différend ?

S'il n'est point jugé, les deux doctrines opposées, sur la procession du Saiot-Esprrt, restent indécises, et l'Église d'Occident n'est pas plus coupablede retenir la sienne que l'Église d'Orient ne l'est de conserver celle qui lui est propre. Mais ^lors quel motif donner à la séparation des deux Églises?

Malgré Terreur qai existe nécessairement dans Tane des deoi propositions , puisqu'elles se contredisent, la paix eût dû être maintenue, puisque le grocès ne pouvait être jugé ( c'est fa théorie protestante ) ; mais alors l'auteur et les fauteurs di schisme sont inexcusables, et le schisme lui-même est un crime. C'est à cette conséquence irréfragable que conduit la double négation érigéeen doctrine historico-dogmatique par le synode de Russie.

Malheureusement Michel Cenilaire n'était pas homme à se laisser entraver, dans son ambition , par la puissance de 11 logique et d'un raisonnement auquel ni lui ni le synode actuel de Russie n'auraient rien eu de solide à opposer. Il tranchi vertement la difficulté en excommuniant, sans procès, le Pape et tout l'Occident, c'est-à-dire les trois quarts et aa-delàde l'univers chrétien. C'était, de sa part, un coup de tête doit la hardiesse égalait l'injustice et la violence ; car il exerçait ainsi, comme nous l'avons fait remarquer, dans l'Église uni* verselle,une juridiction souveraine qui, suivant la théorie russe, ne pouvait ni ne devait y exister. Nous ne nous arrêterons pas à rechercher de quel droit il faisait un usage si "visblement abusif de cette juridiction qui n'existait pasdedroit; nous nous bornons à constater, par cet acte, que lui-mêaieet son Église orientale croyaient à l'existence de cette aitorité souveraine, contradictoirement au principe du synode deBns^ sie qui nie cette existence. Cette négation, l'Église russe neU tient donc pas de sa mère , VAgar byzantine , elle lui appaî" tiendrait en propre , s'il n'était visible qu'elle lui est dietê^ par le pouvoir politique qui la tient sous le joug, etqm * intérêt de nier toute autorité souveraine, individuelle on ti^ lective, dans l'Eglise, afin d'y substituer la sienne. Il ne fai^^ pas oublier d'ailleurs que l'auteur de cette servitude a pni^ ses doctrines dans les idées genevoises et hollandaises, et qa'l-' a pris soin de les faire introduire dans l'enseignement clérie»! de son Église.

Nous donnerons donc au synode russe un conseil tout d^ bon vouloir , c'est celui d'être au moins aussi conséquent qn^ ses amis les protestants. Ceux-ci nient bravement l'inspiratio» de tous les conciles, et, par une conséquence juste , leur in^

DE l'empire de RC8SIE. 115

!àillibiUté. Mais ils ne poussent pas , nous n'osons dire Tex- IravagaDce, mais au moins l'inconséquence jusqu'à soutenir que cette inspiration, cette infaillibilité ont été le don et la prérogative des sept premiers conciles^ qui , une fois pour fcmtes , onl arrêté tous les articles de foi et les ont consignésdans un symbole tellement sacré, qu'il ne peut plus être permis à EtncuB concile subséquent d'y rien ajouter : étrange proposition quit comme nous l'avons déjà fait remarquer, ne va pas à moins qu'à interdire la célébration de tout concile postérieur* en annulant d'avance son autorité , inséparable de son infadUibilité; c'est-à-dire qu'à l'avenir aucun concile n'oserait plus se servir de la formule apostolique : Il a plu au SaitU' Egpriieié nous. Et comme 9 suivant le synode, l'Église de Jésus-Christ n'a jamais eu et ne doit jamais avoir d'autre organe de la Térité que des conciles œcuméniques , ses ennemis n'aanmt qu'à se réjouir de la trouver à jamais muette, et les fidèles n'auront plus qu'à gémir de ne plus trouver en elleune doctrine infaillible contre les erreurs nouvelles.

Nous avons déjà fait remarquer la lenteur, les diflScuItés et mime l'éventualité de la tenue des conciles , comme remède fuùqueocmtreles doctrines hérétiques, et nous en avons induit, kgiqnementà ce qu'il nous semble, la nécessité indispensable d'u autre tribunal, toujours vivant et en possession, en matière de foi , d'une autorité infaillible et souveraine. Cette oosolosion se déduirait , avec une puissance de logique bien plus grande encore, de la doctrine de l'Église d'Orient, en tant qu'elle ne veut plus admettre de concile postérieur au t^tième. Car, si l'autorité des conciles a cessé, si leur pouvoir est éteint à tout jamais, à qui les fidèles auront-ils recours ^ cas d'erreurs nouvelles? Le peuple russe est assez heureux ponr n'éprouver à cet égard aucun embarras : il a son tressât synode, qui a son inspirateur dans son procureur su- IMréme, lequel va chercher la vérité dans le cabinet de son i&attre. Cela doit maintenir cet heureux peuple en plein repos de conscience. Mais le reste de l'Églisechrétienne, qui ne jouit pa8 de ces inappréciables avantages, à qui doit-il s'adresser? Pourtant nous oserons poser au synode une question un peu ^barrassante pour son système. Si l'Église venait à juger

4i6 DE LA SITUATION RELIGIEUSE

nécessaire de déclarer article de foi pour ses enfants la croyance qu'elle professe sur réminent privilège de la conception sans tache de la Mère divine, et qu'en conséquence elle InsérâUH symbole après ces paroles : né de Marie la vierge , Tépithète d'immaculée ; nous demanderons au synode si l'Église qoH représente s'élèverait avec autant d'animosité contre cette insertion, elle qui professe la réalité de ce privilège si grtnd, de cette exception à la loi générale, avec un zèle si ardent, qu'elle l'étend même jusqu'à la mère'de la Vierge divine, l'alenle du Sauveur ? Si le synode voulait être d'une parfaite sincérité, il nous répondrait : Sans doute si cette addition était or* donnée par les vénérables patriarches de l'orthodoxe On$iU, nous l'accepterions avec respect, sous la réserve toutefois di consentement impérial , manifesté par un oukase; mais si elle nous arrivait de VOccident, nous ne pourrions l'adopter : dV bord , parce qu'aucun oukase ne viendrait nous y autoriser, e( puis, parce que TOccident n'est pas orthodoxe, lors même qu'il partage notre foi. Cette réponse serait on ne peut ploi satisfaisante pour le bon sens , et elle met un terme respectueux à notre indiscrète curiosité.

Ce qui va suivre n'est que le germe de la conséquence qne nous venons d'indiquer; c'est un principe glisséd'une manière presque imperceptible dans le manifeste, et qui pourtant renferme un élément mortel pour l'indépendance de l'Église; et par conséquent pour la foi , dont la certitude dépend de h liberté de son enseignement.

Les conciles, dit le synode, après avoir consolidé la foi»'^ glaient les rapports de pasteurs à pasteurs , ainsi que les rapports de ceux-ci avec la prééminente puissance impériale. Û puissance impériale, prééminente sur le ministère pastorilf sur la sainte hiérarchie et même sur l'Église assemblée! A quel concile le synode prétend-il avoir emprunté une si étrange doctrine, et de quel canon oserart-il la déduire? Il faut avoir vu et lu de ses yeux un écrit imprimé non-seulement a^^ecTapprobationdu synode , mais par son ordre, pour croire qn'one doctrine si erronée, si monstrueuse puisse être érigée endoctrine canonique de l'Église. Quanta nous, nous dirons hardi* ment que le crime de ceux qui livrent l'Église à la puissance

DB L'EMPiRE DB RUSSIE. il7

politique n'est pas moins grand que celai derapôtreqaialivré Jésus-Christ lui-même aux fureurs de Galphe. L'Eglise est « suivant le Docteur des nations , le corps de Jésus-Christ , elle est réponse immaculée de l'agneau sans tache, elle est le pur objet de son éternel amour; et comme TApôtre déclare l'union conjugale des chrétiens une image de l'union indissoluble du Christ avec son Église , il est encore plus vrai de dire de cette union mystique qu'ils sont deux dans umméme chair, que cela n'est vrai de la chaste union des chrétiens. Désormais la sacrée personne de Jésus-Christ est hors des atteintes des traîtres et des meurtriers; ce n'est plus que sur son épouse chérie qu'il leur est encore donné d'exercer de perfides et même de sanglantes persécutions ; ce n'est plus que sur elle que peut s'accomplir la sacrilège trahison de Judas, et cette trahison est le crime de tous ceux qui livrent l'Eglise de Jésus-Christ à la tyrannie d'un pouvoir qui , d'un jour à l'autre, peut la mettre aux fers.

La prééminence impériale sur le sacré sacerdoce de la nouvelle alliance' ! Est-ce donc à cette puissance qu'il a été dit : Tous êtes le sel de la terre; vous êtes la lumière du monde! Livrer cette lumière à la puissance du siècle, afin qu'elle puisse, à son gré, la cacher sous le boisseau et élever à sa place la torche des erreurs !

Cette prééminence, qui n'est autre chose qu'une suprématie réelle sur les successeurs des apôtres, doit avoir quelque fondement certain ; elle doit reposer sur quelque document irréfragable. Quel est cedocument inconnu ? Le trouvera-t-on dans •es pages évangéliques? Le contraire s'y trouve souvent et clairement exprimé, et le synode de Russie le sait si bien , qu'au Heu d'en chercher l'origine dans les récits du Nouveau-Testa-

' Les livres de FAocieD Testament montrent clairement l'indépendance ^ sacerdoce d'Aamn de la puissance des rois, même de la race sacrée tA ^ Bavid. Et pourtant ce sacerdoce n'était qu'une ombre du sacerdoce n futur de TÉglise chrétienne, et la race royale des Juifs avait été choisie k^l V^ Dieu lui-même pour gouverner son peuple. Comment croire que la jÀ *Qprématie spirituelle que Dieu avait refusée aux rois , ancêtres du Messie , ^1 il Teùt accordée, par Forgane des conciles, à des princes qui ne pouvaient \ ^voir aucun des titres qui distinguaient la postérité du roi-prophète !

lis DE LA SITUATION RELIGIEOSE

ment, ou au moins dans les traditions apostoliques, il rapporte rinstitution de la suprématie religieuse des emperears aux conciles, sans dire lequel des sept s'est rendu coupable d'une si grande prévarication. Il oublie d'ailleurs que le premier des conciles œcuméniques a été célébré Tan 525 , alors que rÉglise comptait déjà trois siècles d'existence, et qu'apparemment elle n'avait pas été tout ce temps sans gouvernement, et bien éloignée surtout de reconnaître la prééminence des Césars si acharnés à sa perte. Il faudrait au lieu d'une simple énonciation d'un fait aussi grave et aussi préjudiciable à l'institution divine, non-seulement des témoignages historiques, contemporains et incontestables, mais la citation da texte même des canons , pour pouvoir y ajouter la moindre foi. Le synode ne nous donne ni les uns ni les autres , ainsi, il faudra, au lieu de discuter des monuments historiques dontîl paraît s'être réservé la connaissance, nous borner à dire, qn'en alléguant si légèrement un fait aussi impossible , il n'a fait qu'obéir aux nécessités de sa propre situation ; toujours commandée par l'irrésistible empire des volontés impériales.

Il nous semble , à nous , que rien au monde n'est plusanti* évangélique que la sujétion de l'Eglise au pouvoir temporel. On a souvent, abusant de la réponse de Jésus-Christ à Ponce- Pilate : Mon royaume n'est pas de ce monde, voulu en inférer insidieusement que le pouvoir politique est non-sealemeDt parfaitement indépendant du pouvoir spirituel (dont, après tout, la compétence ne comprend que le ciel et l'enfer ), mais qu'il lui est même supérieur', et c'est, au fond, la doctrine

' Les conséquences des doctrines erronées se montrent toujours et pa^ tout les mêmes. On commence par réclamer V égalité parfaite, V%ndipi»e dance absolue de deux pouvoirs coexistants. De leur égalité, de leur indépendance absolues naissent des luttes; des luttes, la victoire de ToDi la défaite de Tautre , ce qui prouve l'impossibilité de cette parfaite indépendance. La puissance politique obtient le plus souvent la prépondénnes, à Taide de la force matérielle dont elle dispose; mais cette victoire , précisément parce qu'elle ne peut avoir prise que sur les corps et sur le temps, n'a qu'une réalité apparente et peu durable. Elle mine niéme et détroit lentement, il est vrai, mais infailliblement le pouvoir politique, tandis que le pouvoir spirituel ne perd réellement rien de sa vigueur, quoique souvent méconnue , parce qu'il a pour principe la délégation et la constitution divines.

HB LBMPIRE lïE RUSS1£*

u synode comme de tous les Etals protestanls. Mais an »^a pas réflëcbî qu'en prorérani ces humbles paroles, Jésuslirist étuitnbimé é:m^ les liuminâtlons de sa pnssiûn , el qu'il les adressait h un puien ^ incapable d'en comprendre d'au ires. n a voulu oublier qu'au jour du triomphe de sa glorletise uiioanitë, ses dernières paroles à ses disciples, son testament u nionieni de qniuer la terre » furent d'une tout autre esce : Toute puissance ma été donnée au ciel ei en la terre* AU donCf instruisez» baplisez, enseignez toutes les nattom leurs chefs sans doute y compris) ; par où Ton voit que cette ul^' puissance qui lui a été donnée, il la h*gue ;\ ses opôtreSt l q ue sa d i V i n e f >a ro l e n c le 11 r î m p se , eiï matière $p iritu die , ncun devoir de soumission envers la puissance temporel le*

Et comment, en effet, en eùi-il pn être auiremeni? L' [église reçoit^ dans la personne de Simon ^ surnommé Kêpba&« un ^ef suprême, lieutenant perpEkuel du Fils de Dieu , mais ce *est que parce que le Fils de Dieu a prié pour lui afin que sa fei ne défaiUe jamais. II est donc dépositarre perpétuel de Vin- 'âillIbiUlé divine , et Ton voudrait prétendre que, dans Texerice de son ministère sacré , il soit subordonné aux princes de la terre ; que rinfailUble soit soumis au faillible ; que la inteié du sacerdoce chrétien soit souillée par le contact su pé- Waur d\m César, souvent infidèle u la foi , plus souvent sub- ;ué par Tardeur des passions les plus immondes'? Non , rtes, THomme-Dieu n'a pas ainsi prostitué sa pure épouse • l'est pas ainsi qu'il a pourvu a ses destinées futures. Ce ne pas les chaînes de l'esclavage qu'il a rivées à ses mains s ; il y a placé les précieux bracelets de la liberté, il a ■ I chaste front le ro\«d bandeau de l'indépendance! .<jni donc ces Césars que les conciles auraient gra*

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i20 DE LA SITUATION RBL1GIBD8E

tifiés de la salutaire prééminence sur la sainte hiérarchie? Ils sont aujourd'hui remplacés, pour r£glised*Orient, pir un sultan y qui se qualifie vicaire du prophète» et qui^pir droit de succession aux droits des vaincus , se trouve » eo effet, revêtu de la prééminence dont parle le synode; car,n lieu de bulles d'institution canonique que les évéqnes reçoivent de Rome, ils reçoivent, eux, de ces sultans des fimni d'investiture, pour Tachât desquels ils sont soumis à nn loord et honteux tribut. Encore ne leur assure-t-il la possession de leur siège déshonoré que jusqu'à ce qu'un compétiteur, phi riche ou plus heureux , réussisse à se faire agréer par ^inta^ médiaire de quelque vizir vénal , et de faire destituer (s'iiae lui arrive pis'), le possesseur de la dignité qu'il convoitei Et c'est à ce degré d'avilissement qu'il aurait plu à l'Homme-Diea d'abaisser son Eglise orthodoxe , l'objet de ses complaisanoei divines ? Nui ne pourra le croire , et il faudra donc demeurer convaincu queConstantinople , devenue la Samariecbrëtienne, est tombée sous un même anathème ; et que son Eglise, aifliî livrée à l'impur attouchement d'un sultan infidèle , a souillé, par un adultère spirituel, la couche de son divin époux, i moins d'imaginer que la sagesse étemelle, incarnée ponr notre salut, n'ait pas embrassé dans son infinie prescience le futur esclavage de son épouse fidèle et chérie, parsaîtedo triomphe du croissant sur ce vil débris de l'empire romaân. ^ Et à quelle fin un concile aurait-il compromis le bien le. j plus précieux de l'Eglise, sa sainte indépendance, en lapb- ^ çant sous la tuelle de la puissance impériale? L'unique bit qu'il eût été possible de lui supposer eût été d'assurer davai* tage, au prix de sa liberté^ l'unité de l'Eglise. Hais, iodé* pendamment de la malédiction divine dont l'Ecriture menaeo celui qui met sa confiance au bras de l'homme, ce moyend'BS^ 4 surer l'unité eût été précisément le plus périlleux , pour ceU0 \

' On se rappelle qu'en l'année 18S1 , le sultan voulant se défaire à^ patriarche schismatique de sa résidence, le fit , sans plus de façon, peO'^ dre avec tous ses prêtres assistants , à la porte de son église , le joi>^ même de Pâques , à l'issue de l'office patriarcal. Son corps fut livré ai*^ juifs , et secrètement racheté par l'ambassade russe.

M l'£MP1RS de RU881B. 431

unité, qu'il eût été possible d'imaginer. Déjà le partage de l'Etat romain en deux empires » indépendants l'an de l'antre » aurait mis en grand danger cette précieuse et indispensable unité, puisque les deux empereurs auraient , chacun de son côté, exercé sa suprématie personnelle sur son Eglise, et souvent dans deux intérêts diamétralement opposés. Hais , déjà avant la chute de l'empire d'Occident , des peuples sortis du nord et de l'ouest de notre continent lui avaient arraché ses plus vastes provinces , et les chefs de ces peuples conquérants succédaient nécessairement à tous les droits des princes vaincus par eux. Ces droits sur l'Eglise, ils les transmettaient à leurs successeurs; de sorte que, par suite de ces mutations politiques , TEglise se serait trouvée Tractionnée en une mul<titttde de parties incohérentes entre elles ; et comment , en une situation si déplorable, l'Eglise , cessant ;de pouvoir être appelée universelle, aurait-elle pu conserver l'unité que la violence du pouvoir politique pouvait rompre à chaque instant , et que même il était dans son intérêt de détruire !

Avec combien plus de sagesse, la prescience divine, à laquelle aucune de ces révolutions futures n'était cachée , avaitelle pris soin de l'unité de son Eglise ! Une suprématie spiri« tuelle avait été fondée par elle pour le cours de tous les siècles, et afin de mieux assurer l'exercice continu de cette suprématie, aussi ancienne que l'Eglise elle-même, elle avait conduit les événements extérieurs de manière à ce que, contre toute prévision, ei indépendamment de toute conception humaine, Kome, le théâtre des plus beaux, des innombrables triomphes delà foi et de la patience chrétiennes, devint l'inamissible patrimoine de l'humble pêcheur de Galilée , mis en croix sur l'une de ses collines; et que le foudroyant Capitole n'ombrageât plus, au lieu du trône sanglant des Tibère, des Néron , des Dioclétien , que la chaire pacifique et indestructible du Prince des apôtres.

En un mot, la suprématie du pouvoir politique sur le pouvoir pontifical ne pouvait et ne peut encore produire que ie& Eglises nationales; ce qui est le système le plus opposé qoi se puisse imaginer à l'esprit qui a présidé à la fondation de la religion chrétienne. La conséquence de la transforma-

im

lion de TEglise de Jésus-Christ en divisions nationales détruit radicalement son anilé, et , indépendamment de ce premier mal f elle dégrade nécessairement T institution divine, au point de n'être plus, comme nous l'avons dit, qu'une manivelle po» litique dont la poignée est aux mains du souverain. Ainsi ré» duiie en esclavage , elle n'a pius part aux promesses divines » car il est écrit ; Lu fils de V esclave ne sera pas héritier avec h fils de Vépotiset i*l cet oracle explique parrahement la différente destinée qui se manifeste dans la situation de la Saraei de VAgar modernes.

Il nous est pénible de formuler le jugement que prononcera le lecteur sur la question qui nous occupe. Il reconnaîtra combien les faits sont faussés, combien profondément la vérité est offensée dans le manifeste, en tout ce qui concerne le gouvernement de la primitive Eglise, et spécialement en ce qu'il avance sur la prééminence accordée par les premier;» conciles au pouvoir impérial sur Taulorité et sur la hiéi^rchiedfl TEglise. L'excuse que nous pouvons et devons» en toute justice , alléguer en faveur du synode de Russie, c'est que ce document a été rédigé dans ses chancelleries, sous les auspices de son procureur suprême, et par des écrivains courbés sous Tobéissance passive exigée par leur chef. Des écrivains laïques, quelques-uns même militaires » et non moins étrangers à l'étude de riiisioire ecclésîaslique qu'à la connaissance des canons, n'ont fait qu'amplifier le texte qui leur a été fourni, et dont le but était principalement de baser, sur les coutumes et les institutions supposëesde la primitive Eglise , le servage de TEglise russe, qui ne date, en réalité, que delà suppression du patriarcat dans Tempire, c'est-à-dire du règne de Pierre P^

Suit un tableau fort séduisant des vertus, des beautés» des mérites de TEglise orthodoxe , aux yeux de son divin Fondateur, Nous ne reprocherons à ce tableau que lacoûfusion qui se trouve dans Tépithète d'orthodoxe que Fauteur, on le sait , donne toujours et par prédilection à sa chère Eglise d'Orient, quoique la plupart des traits sous lesquels il peint TEglise, conviennent parfaitement à TEglise romaine, très-peu à celle de Constant rnopïe , et beaucoup moins à celle de Russie. A

DB l'eHPIRB DB RUSSIE. iâS

Tépoqae dont parle le manifeste, époque des plas magnifiques triomphes de la foi , où était TimpeFceptible Byzance ? Quelle éiait la situation des peuples de Russie? L'une n'avait pas encore d'existence connue dans TEglise, l'autre dormait à l'ombre de la mort, et l'on ne voit pas trop de quel front l'auteur du manifeste réclame, pour la gloire de son Eglise, les iublimes exploits de la patience^ qui, plus qu'à toute autre, appartiennent à cette Eglise romaine , où furent jetés les fondements de la foi , où fut rétabli le roc divin qui doit , jusqu'à la fin, porter et soutenir la véritable Eglise de Jésus- Gbrist. A elle appartient le titre glorieux de prédicatrice de la croix ; à elle, au milieu d'une persécution de trois siècles, les triomphes d'une armée de martyrs , plus nombreux que tous ceux du reste de l'univers; à elle la pacifique conquête de tout ce que l'Europe enserre de royaumes et d'Etats ; à elle la victorieuse défense des dogmes de la foi contre les innombrables hérésies sorties de l'Orient, à elle enfin toutes les grandeurs, tous les charmes de l'immortelle épouse du Christ : c'est le christianisme romain qui a opposé une barrière insurmontable à l'invasion de ce redoutable Islam, sous les coups duquel est tombé l'Orient, et qui a si cruellement absorbé le christianisme de cette vaste partie du monde; à elle le sublime privilège d'être cette lumière placée sur le chandelier pour luire à tous ceux qui sont dans la maison; cette glorieuse cité, 3>âtie sur la montagne , et qui ne peut être cachée à la vue de j^ersonne. Eglise orientale, dispersée comme l'infidèle Israël parmi les mécréants, odieux Stamboul, aujourd'hui siège du commandeur des croyants , où est votre gloire ? Ëtes-vous, aux ^eux de tous, ce qu'est Rome, siège de l'apostolat universel , diadème dans la main du Seigneur?

Cette humiliation profonde , ce juste et terrible châtiment 4a schisme, fruit de l'orgueil , n'a pas échappé à la pensée de l'organe du synode; mais, loin d'y reconnaître la peine d'un crime , il regarde cette humiliation , ce honteux esclavage de son Eglise orientale, comme un témoignage de la bonté divine , comme le moyen choisi par elle pour préserver cette Eglise du retour à ses premiers égarements, que, fort légèrement , il qualifie de vaines et curieuses recherches sur les

mystères de ressence divine : comme si les erreurs d'Arias et de Macédonius » radicalement destructives de la nature divine, n'étaient pas d'odieux blasphèmes, et pouvaient être, en j»tice et en vérité, dissimulées sous la dénomination d'un tort, au lieu de celle d'un'effroyable attentat à la Divinité elle^^néme!

Nous concevons fort bien que le bâton d'un exacteur tare, chargé de rançonner un monastère, fasse oublier aux moines grecs les vaines et curieuses recherches dont , pour le malheur et le scandale du monde et de l'Eglise , s'occupaient leirs prédécesseurs^ mais nous ne voyons pas de même que ce résultat compense parfaitement un changement de situatioia déplorable , et il nous semble qu'une censure dogmatique Tenue de Rome était moins rude et plus supportable , comoe moyen curatif , que le fouet de l'agent d'un pacha !

Nous abandonnons sans dilBculté les détails que nousdooae le manifeste sur les; persécutions exercées en Pologne coitre les Grecs demeurés schismatiques, parce que ce sujet est entièrement étranger à notre controverse. On sait que, detont temps et partout, les dissensions religieuses, lors surtont qu'elles s'étayaient de haines politiques , ont occasionné des violences. Elles ne peuvent, en justice, être imputées àr£glise, qui ne les prescrit ni ne les approuve, et, au terrible jugement de Dieu, elles retomberont moins sur les exiMffBXS que sur les véritables auteurs de ces violences , qui ne sont que l'effet des passions ordinaires de notre coupable hum»' nité. Ces auteurs , ces premiers excitateurs , ne sont autr* que les novateurs en matière de foi. Ceux-là ressentiront, ^ leur entier^ le poids insupportable des vengeances divines,*' à cet égard qui voudrait entrer en partage de la responsabili^ encourue par les Pholius et les Michel Cérulaire?

Toutefois, nous espérons que le lecteur impartial se pre^' crira une grande circonspection dans la foi qui lui estd^^ mandée quant aux détails de boucherie qu'on met sous s^ yeux , et aux broches, aux grilles, aux chaudrons et autr0^ ustensiles de cuisine que l'on étale à son regard que détourna le dégoût. Il faudrait des témoignages bien authentiques &^ surtout bien dégagés des passions contemporaines, pour bu^ miliariser notre esprit , même avec la probabilité de si graft'^

DE l'empire de RUSSIE. 125

des horreurs, et le maDÎfesfe, parmi tant de témoignages qu'il invoque, ne trouve à citer que l'extrait d'un ouvrage périodique assez obscur, qui se publie à Gracovie, où le gouvernement russe peut y faire insérer tout ce qui lui parait propre à servir ses intérêts. Ces extraits mêmes sont, dit-on, tirés d'une chronique dont Fauteur ni le titre ne sont nommés , de sorte que cette citation plus qu'équivoque , quand elle serait parfaitement sincère , serait bien éloignée du caractère d'un témoignage véritablement historique.

On sait aujourd'hui avec quelle profonde perfidie Catherine 11 avait préparé la dissolution politique de la malheureuse Pologne, gouvernée par un roi qui avait figuré au nombre des amants de cette princesse , et qui , eu retour de ses empressements , avait reçu d'elle la couronne des Jagellons. On sait qu'en tète des ressorts que , du fond de son cabinet immoral , elle faisait jouer pour préparer le démembrement de cette équivoque monarchie, figurait la protection qu'elle prétendait avoir droit d'accorder dans un royaume étranger, — dirons-nous à ses coreligionnaires? — non; à tous les sectaires possibles renfermés par elle sous la dénomination de dissidents. De sorte que son arrogante protection s'étendait aux protestants de toutes les confessions, jusqu'aux sociniens et à leurs frères les unitaires , dont il se trouve un assez bon nombre en Pologne. Toutefois les principaux agents de la faction russe étaient, comme on peut le croire, les Crées schismaliques, les plus nombreux et les plus ardents aintagonistes du gouvernement polonais.

Or, c'est sur cette faction russe que s'exerçait principalement l'influence de Catherine, et .cette politique , qui consiste à créer à son ennemi des embarras , au moyen de rébellions intérieures, n'a jamais fait défaut à la Russie, et sera toujours mise en œuvre par elle. La Turquie n'en a pas moins que la Pologne fait l'expérience'.

' Noos oonnaiMonsles instraetions données à cet égard aux agents rosses ^ns rOrient, et pour preuve nous nous bornerons à citer leurs relations avec le fameux bandit Teherny-Georges , que , pendant la guerre de 1807 à 1812, la Russie soutenait de ses conseils et de secours d'argent dans sa révolte contre le sultan. Malgré les atrocités connues de sa vie aven<

i26 DE LA SITUATION BELI0UU8E

L'impératrice, donc, jugeant le moment arrivé de faire jooer sa mine, excita parmi les Grecs schismatiques une prise d*u^ mes, comme le récit du synode le dit luinnéme, mais en taisant la part qu'y avait cette Catherine, dont un peu pins tas il proclame le règne heureux et digne d'une éternelle glom Des combats s'ensuivirent, mais sans succès pour les rebeUeSi Beaucoup de leurs chefs, parmi lesquels des instigateande la guerre civile^ des agents de la Russie, furent pris et reivoyés par-devant des tribunaux. C'était ce que voulait cette femme que le philosophe athée de Ferney appela la Seminr mis, mais dans laquelle le chrétien verra plutôt la JexaMéê ATord; c'était la réussite entière de son scélérat caicnL Car, s'oiatt-elle dit , je ferai irès-ostensibUimnt intercéder poarcfli misérables, par mon ambassadeur. Si l'on a égard à mon iatervcnlion, que je rendrai aussi menaçante que possible, h confiance que mon parti ne peut manquer de prendre, taot en mon pouvoir qu'à l'intérêt dont j'aurai fait preuve pour lai, grandira outre mesure, et j'aurai dans le pays auquel j'en vcux^ une armée prête à prendre les armes pour mot ; queii mon intervention venait à échouer , ce serait , pour la gras* deur de ma puissance, une offense irrémissible, etqaîM servirait , lorsque je le voudrais , de motif de guerre. Les rebelles furent condamnés et exécutés, comme il ne poirnit guère en être autrement, mais le Machiavel en robe atteignit le but qu'elle avait en vue, et auquel elle venait de sacrifier le sang de tant de malheureux ; elle fit la guerre de des^nctioi qu'elle méditait contre la Pologne , et dans les motifs de iob manifeste furent bien soigneusement consignés les supplice^ si justemenlt infligés à ses chers dissidents.

Tels sont les faits historiques dont le synode dissimule vfi^ partie et exagère l'autre. Mais de croire que ces exécatio^ déplorables puisqu'elles tombaient sur des hommes égar^ par un sentiment religieux , dont se masquait une femif ^ sans religion et sans pudeur, et qui cependant exerçait le po^' tificat suprême de leur chétive Eglise; de croire qu'au mîlie^

tureuse, Tempcreur Alexandre lui atait même octroyé le grade de séaéra^^ loajor avec le cordon de Sainte-Anne.

DE l'empire de RUSSIE. 427

de Varsovie, qai, à cette époqae, pouvait servir de modèle pour la douceur et rélégance des mœurs aux deux capitales de la Russie, des supplices si atroces aient pu être publirpiemeot infligés à ces malheureux; il faudrait, pour le croire, une foi plus que robuste aux allégations du synode, qui, comme nous; croyons Tavoir assez solidement prouvé, ne brillent pas toujours d'une incontestable vérité.

A quelle fin, d'ailleurs, le manifeste rappelle-t-il des faits d^un autre siècle, qui, quand ils seraient parfaitement vrais, ne décideraient nullement la question qui nous occupe 9 et qiH, au fond, n'ont d'autre objet réel que de mettre dans son véritable jour ce qu'a de légitime et de sincère , de libre et d'unanime, la réunion actuelle des catholiques du rit grec avec l'Ëglise schismatique qui domine en Russsie? A lire l'œuvre dm synode, qui en ceci n'est que l'éditeur préte-nom d'un écrit du gouvernement, l'on ne peut s'empêcher de reconnaître que cet écrit n'est propre qu'à enflammer et exaspérer la haine du peuple russe contre le peuple qu'il a subjugué, et dont le ressentiment est assez juste pour que l'on puisse craindre qu'il ne résiste même au temps qui adoucit tant d'autres amertumes. Il faut l'avouer : jamais nation, déchirée par ses crises intérieures, n'a été plus affreusement sacrifiée à l'ambition eiàla noire politique d'une femme dégradée, et dont jamais h pensée n'a été effrayée de l'idée du juste Juge qui déclare dans lesEcri tures que les puiêsants seront puissamment taurmen" Us. filais en faisant la part de l'horreur due aux noirceurs de Catherine , nous ne pouvons nous empêcher de faire celle des légèretés et des coupables espérances de la Pologne. Toujours ^ a cherché son refuge dans la France; et» en d'autres cirooastances, le recours eût été, sans doute, aussi sage qu'eifieace. Mais à quelle France s'est-elle si aveuglément, si obstinément atuchée. C'est toujours à la France révolutionnaire qu'elle accordait une confiance toujours déçue. En 1838 , lorsque la Russie s'était engagée, sans motif légitime , dans une guerre contre la Turquie, et que sa première campagne avait ^ une issue si peu brillante , guerre que désapprouvait l'Ëuit)pe tout entière, la Pologne avait certes une belle occasion ^e se lever contre ses conquérants , et la moitié des efforts

ise

DB hk SITUAtlGH RELIGIEUSE

qu'elle a fails trois ans plus tard, outre qu'ils auraient trouvé de la sympathie dans tous les cabiuets , auraient suflî peut-être pour lui reconquérir son indépendance. Mais avec l'inconcevable aveuglement dont elle avait di*jà fait preuve, en 1794 et i795» il lui iallait en France un pouvoir révolutiontiaire; c'est de lui qu'elle attendait le signal de la liberté, et bien qu'il ne fût pas malaisé de prévoir qu'une levée de bouctîers, entreprise sous de pareils auspices, lui vaudrait la perte Immédiate de toutes les sympathies des cabinets de TËuropet elle n'a pu se refuser à l'impulsion qui lui était venue du comité républicain de Paris. Tout son sang répandu , avec uae bravoure Incontestée , dans la lutte la plus inégale , Ta donc été en pure perte. Ses fers ont été rivés avec une dureté nouvelle et inouïe jusqu'à ce jour, et le manifeste du synode , considéré comme déclaration olFicielle du gouvernement russe, proclame hautement Timplacable ressentiment de son souve^ rain, en même temps qu'il provoque et tend visiblement à assimiler à sa vindicative colère le sentiment universel de toute la nation russe , au risque d'envenimer et de rendre incurable la haine déjà ai profonde de deux peuples , que pourtant on a la prétention de fondre eu un seul corps de nation.

Nous arrivons maintenantà Tex posé de mesures,p/eift«s d'une sage prévoyance j qui préparèrent de longue main, et déterminèrent enlîu la déplorable défection des évéques catlioliques du rit grec , et Tabsorption de leurs ouailles dans PEglise schismatique; et comme le synode rapporte à Fempereur » ea personne, Tidée première et la mise en œuvre de ces mesureSi nous nous voyons contraints d'entrer avec lui dans la lice qu'il nous ouvre, quelle que soit la sincère ré(>ugnance que nous éprouvons à compromettre le nom d'un grand monarque dans la juste appréciation de moyens entachés d'un visible défaut de droiture, et employés à une fin moins honorable encore. Un grand roi avait prononcé, au milieu de nous, ce royal axiome : Si la bonne foidisparaisBait de dessus la terre , elle dûvraii Be retrouver au cœur des rois. Quel regret nous éprouveronsen démontrant, par les dires mêmes du manifeste synodal, éclaÎFCÎs par les faits et les circonstances dont nous nous som-

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mes condamnés à faire le récit , que cette bonne foi royale , si belle et si aimable dans l'âme d'on sonverain, a cédé, dans ces faits et dans leurs circonstances, à ce qu'on appelle» bien tonvent sans raison, la raison d'Etat !

Nous voyons d'abord qu'une des premières opérations du règne actuel fut ce que le synode appelle l'émancipation de l'Eglise grecque-unie, de l'Eglise catholique romaine. On se rappelle que la première était administrée par une section particulière du collège catholique ecclésiastique romain, pré* sidée par son propre métropolite , et par conséquent on ne pent pas plus libre, quant àl'Eglise romaine, dans tout ce qnî se rapportait à son administration particulière. Pour premier prânde de la séparation finale des deux Eglises, elles se yirent complètement disjointes dans leur administration centrale et commune. C'était l'applicalion très-exacte du principe politique : diviter et régner. Il était évident que cette division en deux collèges indépendants diminuerait la force des deux Eglises , mais surtout celle de l'Eglise grecque-unie, plus exposée aux séductions du gouvernement. A cette première mesure , l'on en joignit deux autres , qui , aux yeux les moins clairvoyants, dévoilaient le bat véritable de la première.

A la mort du dernier métropolite, auquel le synode accorde le prédicat significatif de bien inieniUmné* ,ron se dispensa de lui donner un successeur, afin de faire exercer la présidence du nouveau collège par un prélat du troisième ordre, dans la hiérarchie de son Eglise, parce que cette position , toule provisoire et très-infime pour l'emploi auquel on l'appelait, devait t^ rendre plus craintif et plus flexible aux vues du gouveme- Qient, qui lui faisait entrevoir une position plus élevée pour X^rix de ses complaisances ; et pour rendre sa position encore X^los gênée et plus dépendante, on lui donna pour procureur ^B collège le fonctionnaire ms$e qui exerçait le même emploi ^Q synode: de sorte que, par l'introduction de cet officier im-

' Nous rappelons à la mémoire de nos lecteurs notre note additionattlle 16, afin de préseryer la mémoire de ce vénérable prélat de la tache ^e veut lui imprimerie mémoire du synode, en lui décernant Tinsidiease ^piUiète de hkn inlMimné.

périal» tout se trouvait subordonné à sespropositions f couve^ tes du redoutable manteau des volontés impériales, et,ptr conséquent, toujours plus entraînantes vers le schisme et h réunion à TEglise nationale. Ce n'est pas à dire qu'il en eài été autrement , si Ton eût attaché au collège un commissaire ou procureur catholique. Celui qui se serait chargé de fonctions de cette nature eût été très-certainement choisi dans cette classe d'hommes si nombreuse, en Russie et ailleurs, pour qui la religion n'est qu'un nom; mais au moins une sorte de décence eût été gardée , et le projet de conduire le collège dans les voies de l'accession au schisme eût été moins manifesle. Bf aisc'est là précisément où se caractérise le mieux le gouvernement russe , qui se garde bien de s'assujettir, en cas pareil, à aucun frein , même de convenance. La nomination du procih reur suprême du synode aux mêmes fonctions dans la sectioB grecque-unie du collège catholique avait même cela d'utile à ses vues, qu'elle les dévoilait assez pour que les membres de cette assemblée dussent se familiariser avec elles. Cette sitiuh tion si pleine de périls, dans la constitution extérieure da collège , Tétait bien plus encore dans les rapports secrets et confidentiels auxquels elle assujettissait le président fictif àtec le président réel. Qui dira toutes les insinuations , tontes les négociations, toutes les menaces, toutes les transactions secrètes amenées par cette situation réciproque? Dieu lésa ettendues, Dieu les a jugées, et une confession sincère de Téfèque deLithuanie pourrait seule compléter la révélation deoes odieux mystères.

On sait qu'en recevantl'Église grecque de Pologue à lacoiD^ munion de l'Église romaine, le Saint-Siège lui avait conaer^ sa langue sacrée , son ancienne liturgie, ses rites et cérémO^ nies', son calendrier canonique, et même l'usage du mariage « en faveur des prêtres mariés avant leur ordination'. Cette oo^'

' Le Saint-Siège n'en agit pas autrement avec les Grecs, les Arméai»l^ et les autres hérétiques ou schismatiques de TOrient; par la raison q«^ ces Églises dissidentes sont en possession d'observances liturgiques ^ autres, qui, bien plus anciennes que leurs erreurs, leur ont été dono^^ par de saints pasteurs dont l'Église romaine honore la mémoire.

' Quant à ce dernier point, il faut dire, à l'honneur du clergé gr^

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descendance est de principe dans TÉglise romaine, qoi vénère à régal des siennes propres les antiquités litargiqaes des autres Églises ; appliquant à la mère , à la reine des Églises, ces paroles du Psalmiste parlant du Messie futur : « A sa droiteest la reine, vêtue d'une robe d'or ( suivant le texte hébraïque, le front ceint d'un diadème d'or), et entourée de variété, c'està-dire couverte d'un manteau orné de mille fleurs de diverses couleurs. »

Malgré celte diversité de rites, les deux Églises catholiques de Pologne étaient unies par une fraternité si étroite, que leurs prêtres célébraient les saints mystères dans les églises des deux rils, et qu'ilsconféraient les sacrements aux fidèles de l'un et de l'autre sexe. Par suite de cette union , alors réputée indissoluble, l'Église grecque-unie, bien qu'ellen'ait pas introduit dans son'calendrier canonique la solennité votive que l'Ëglise latine voue au culte de la très-sainte Eucharistie, prenait cependant part à cette grande et triomphante solennité, ens'adjoignantà la procession du jour, et alors à chaque reposoir on chantait l'Évangile dans les deux langues et par l'organe de diacres des deux rits. Peu à peu des Églises du rit grec avaient adopté le culte extérieur du Saint-Sacrement, et son exposition publique sur ses autels. Une si scandaleuse innovation ne pouvait pas échapper au zèledu procureurrtMM du collège; car ce culte , si raisonnable et si saint, est mis , par son Église scbismatique , au rang des inventions humaines qui ont altéré les rits primitifs de l'Église universelle, et en conséquence il dut être proscrit. Une proposition faite, en vertu de la volonté souveraine , en fit justice; et comment le collège, déjà en réalité assujetti à la direction impériale, aurait-il osé ^ refuser à la plus stricte obéissance? Il va sans dire que bien ^Tant d'avoir si pieusement, et par un respect si bien entendu

^Bi, que peu à peu il reconout de lui-même la supériorité morale du Wire célibataire sur le prêtre marié , et sa plus grande indépendance ^a pouvoir civil, lorsqu'il n'était pas chargé d'une famille à nourrir, h ^<Iuquer et enfin à établir. Il s'en est suivi que , de plus en plus, les candidats au saint ministère s'abstenaient de contracter le lien conjugal. Il ''^te à voir si le synode soumettra son clergé nouveau à Tobligation du

ponr la sainte antiquité, soppriiné le culte eucharistique, Too avait défendu aux prêtres grecs de célébrer la messe dans da églises latines, ou d'en permettre la célébration, par des prè* très latins, dans leurs églises. Toute participation commone aux sacrements, parle ministère de prêtres de Tun et de raotre rit, fut interdite avec la même sévérité. On venait de^ gner du terrain, et pour assurer la marche lente et astacieose du gouvernement, il suffisait, pour le moment, d*avoir brisé le sceau extérieur de Funion.

Le repos toutefois ne fut pas de longue durée. Une proposition nouvelle , et d'avance revêtue de la sanction souvenine^ fut portée au collège par son infatigable procureur. Cette fois il s'agissait de rendre à Tintérieur des ^lises grecques-oaiei ce que le synode appelle la magnificence des temples ancieBS. Pour la parfaite intelligence de cet article , nous nous voyons obligés d'introduire nos lecteurs dans Tintérieur d'une église russe.

C e s de ces églises qui sont construites parfaitement dans le style ancien' , et pour lesquelles on a rigoureusement oobserve l'ignoble style byzantin , se composent de trois parties distinctes, et que l'on dirait ajoutées l'une à l'autre, sans vue de l'ensemble. La première est une espèce de porche on de vestibule d'une nudité parfaite, et qui donne entrée dans la nef*. Celle-ci présente toujours, dans la rigueur du style ancien, dont les églises modernes commencent à s'écarter beaa« coup, un espace parfaitement carré, au fond duquel s'ouneat trois portes qui donnent entrée au sanctuaire. Celui-ci n'oin

' Depuis quelque temps, Ton se permet de déroger (à l'extérieur se» lement) aux prescriptious architecturales du Bas-Empire , et cela devaK arriver tout naturellement depuis que Ton avait confisqué tant à'éfif^ catholiques au profit du culte schismatique. A Moscou, l'on a m^ poussé le dévergondage des innovations |dans ce genre, ju8qu*à bâtir « dans un coin du Kreml un temple en hriques rouges, où , sans la noiii^ entente de la légèreté et de la finesse des proporUons de rarcfaitestsi* du moyen Age , Ton a produit une lourde et basse image du style S^ thique.

» II paratt que celte espèce d^antichambre représente le Portique a*"' suivant Fantique usage de l'Église, devaient occuper les catéchumènes «^ les pénitents.

DE L^'fiMPlEE DE RUSSIE. i35

qu'une méchante abside, sans hauteur ni profondeur, et sert en même temps de chœur et de sacristie, llesttoujours tourné à Test, et cette loi est tellement de rigueur, qu'on lai sacrifie toutes les convenances du terrain , toute règle de symétrie archi tectonique extérieure.

A peu près au milieu du sanctuaire, est placé Tautel du sacrifice, flanqué sur sa gauche d'une petite crédcnce appelée /er^etîntA: (victimaire), ou le prêtre prépare, d'après le rit de son Eglise, les fragments de pain non-azyme' et le vin du sacrifice, et où, après la communion réelle ou fictive des fidèles, il dépose, jusqu'à la consommation finale, qui n'a lieu qu'après la fin de la messe ^ les espèces consacrées et mêlées dans le calice. Au fond du sanctuaire est toujours une fenêtre, pour recevoir la lumière de l'orient*.

L'autel principal est construit en cube parfait, ou à peu près, mesurant trois à quatre pieds dans les trois dimensions. Un simple tapis étendu devant lui remplace les marches sur lesquelles nous élevons les nôtres. Il est isolé des quatre côtés , afin que le célébrant et son diacre puissent pratiquer , à l'entour, les encensements qui sont fréquents dans les céré» monies orientales. Rien n'est déposé ni souffert sur l'autel, si ce n'est une espèce de tabernacle , où sont gardées des parcelles de pain consacré, et réservé pour le viatique , la croix ' a

■ Pour cela il se sert d'une espèce de couteau à manche , dont la lame présente la forme d'un fer de lance, percé, dans sa plus grande largeur, d'une ouverture en forme de croix. Au moyen de cet instrument il détache des pains sanctifiés par ses bénédictions, des fragments triangulaires en tous sens, en prononçant le texte évangélique : L*un des soldats ouvrit son côté d^une lance, et il en sortit aussitôt du sang et de Veau. Le premier et le plus grand des fragments de pain que le prêtre détache ainsi, est appelé, par excellence, l'agneau; les autres sont successive* ment détachés des pains bénits ( Prosvyra) , en mémoire de la sainte Mère de Dieu, du saint précurseur, d'apôtres ou d'autres saints; particulièrement du titulaire de l'Église, et de ceux dont on célèbre la fête, et souvent en commémoraison des défunts recommandés aux prières du célébrant. Tout cela se fait sur le petit autel latéral, appelé viclimaire.

' La franc-maçonnerie nous serait-elle aussi venue d'Orient?

3 Les Russes ne se servent jamais de crucifix ; tout au plus le Sauveur crucifié se voit peint sur la croix.

le livre des Evangiles. A la messe, celui-ci est placé debout CD regard du célébrant ; après la messe , il reste couché sur le milieu de Tau tel » recouvert d'un voile de soie, ou d'une étoffe plus commune, suivant les facultés de Féglise. Un ou deux, quelquefois trois chandeliers , chargés de cierges qui s'allument pendant la messe, et qui sont un peu plus hauts que Tautel , sont placés derrière lui à terre, et le pupitre qui soutient le missel est placé à la gauche du prêtre , mais jamais sur Tautel. En face du sanctuaire, souvent au milieu de la nef, est établi Tambon, que nous appelons aussi jubé , composé de un ou de deux degrés , ronds ou octogones , âevés au-dessus du sol. Là se place le diacre lorsqu'il chante TËvangile ou qu'il récite les prières à l'usage du peuple; en certaines parties de l'office , le prêtre ou l'évêque y monte également pour lui donner sa bénédiction.

Le sanctuaire, comme nous l'avons dit, a trois sorties qui communiquent avec la nef. Celle du milieu s'appelle porU royale , parce que c'est par elle que sort le prêtre lorsqu'il offre à l'adoration du peuple les sacrés mystères. Le prêtre seul y peut passer, ainsi que le diacre, mais ce dernier seulement lorsqu'il tient aux mains le livre des Evangiles, ou lorsque» marchant devant le célébrant, il porte sur sa tête le pain de&tiné à la consécration, et qui, pour la première fois, doit être déposé sur l'autel ' . Les deux portes latérales servent au passage des clercs et du diacre , lorsqu'il sort du sanctuaire pour ré' citer les prières publiques , ou pour encenser les images et l'assistance.

Ces trois portes, ou au moins celle du milieu, sont percée^ à jour au moyen d'espèces d'arabesques plus ou moins riche^ ment dorés , et décorés des images de Jésus-Christ , de 1^ Vierge , d'anges ou des quatre évangélistes. La porte royale i* de plus, derrière elle , un rideau d'étoffe couleur de pourpre #

' Ce qui prouve la confusion des idées du peuple comme du clergé russe ^ sur le sacré mystère eucharistique, ce sont les prosternements du pre-" roier devant les espèces ainsi introduites au sanctuaire , longtemps ayani^ leur consécration; a(2ora(ion , au moins extérieure, non moins profonde que celle que, plus tard, il rendra aux espèces consacrées.

BE L'EMPIRB BE RUSSIE. i35

qui est tiré pendant tont le canon de la messe^ afin d'empécher les assistants du dehors de rien voir des actions^da célébrant' ; ce qui n'empécbe pas les prêtres , lorsqu'il se présente quelque personne à Tégard de laquelle ils se prescriyent de la prévenance ou un courtoisie particulière ( fût-elle même d'une religion différente), de l'admettre au sanctuaire et de la placer à peu de distance de Tautel. Les Temmes seules sont rigoureusement exceptées ' de ce privilège, dont nous avons personnellement et fréquemment joui.

Le sanctuaire y dont le cintre est toujours beaucoup moins élevé que celui de la nef» a aussi beaucoup moins de largeur que cette nef, où se trouvent à peu près toutes les décorations de Téglise. Toute la largeur du mur qui fait le fond de la nef, et au milieu duquel se voient les portes du sanctuaire, est couvert de bas en haut d'images de saints , dont les principaux occupent l'étage inférieur, afin de recevoir de plus près le pieux hommage des fidèles. A la première place d'honneur , c'est-à-dire aux deux côtés des portes saintes, se voient toujours les images du Sauveur et de sa sainte Mère , le plus souvent peintes en pied , et devadt elles pendent des lampes plus ou moins riches de métal et de ciselures , mais dans lesquelles, au lieu d'huile, l'on voit de gros cierges toujours allumés pendant le service divin. Cette immense agglomération d'images est appelée ViconosUige, place des images. L'in-

■ Cette observance D*est suspendue que pendant la semaine de Pâques. Pendant cette octave la porte royale reste constamment ouverte , en ménoire, sans doute, du voile du temple déchiré à la mort du Sauveur. >Q dit alors que le Paradis est ouvert ^ et, par suite de cette idée comnuneà tous les Russes, ils regardent comme bienheureux tous ceux qui Kieurent pendant cette octave. En conséquence de ce préjugé, rons'abstient ^e faire, près du corps, la lecture continue du Psautier, que dans les autres emps de Tannée Ton y fait tout au moins, depuis le moment de la mort Usqa'àrinhumation du défunt.

* La seule exception qui soit faite à cette règle a lieu dans les menasères de femmes, mais elle n*est faite qu*en faveur de celles qui ont »assé un certain âge. Les infirmités mulièbres constituent dans l'Église 'Usse, comme chez les juifs, une impureté légale, à laquelle elle attache ^ne importance si grande , qu'elle n'accorde pas même le viatique aux accouchées.

i36 DE LA SITUATION RELIGIEUSE

lérieur de toutes les églises greco-rflsses est toujours et rigoureusement conforme à noire description ; aucune ne pourrait s'en écarter, parce qu'elle est réputée seule canonique et appropriée aux saints mystères.

Or, il était arrivé, pendant les deux à trois siècles qu'avait duré Tunion catholique des deux rits, et par suite de Tunité de communion dont nous avons parlé , que les Grecs avaient compris qu'il n'y avait rien d'essentiel dans la forme géométrique d'un autel , et que même, si l'on voulait contester sur la valeur intrinsèque des deux usages, celui de la forme du parallélogramme généralement adoptée dans l'Eglise latine semblait plus conforme à la sainte antiquité, parce que, se rapportant beaucoup plus aux proportions d'un sépulcre, elle rappelait mieux la coutume de la primitive Eglise de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs. Ils avaient compris qu'il n'y avait rien de réellement sacrilège à placer des chandeliers sur les gradins d'un autel, ni le missel, où l'on trouve la parole de Dieu , tirée des Écritures et de l'Évangile , sur la table sainte, parce que rien de ce qui sert au culte légitime de la Divinité ne peut offenser sa suprême Majesté. Ils s'étaient persuadés que les images du Christ, delà Vierge et des saints seraient au moins tout aussi convenablement placées dans le sanctuaire que dans la nef d'une église , et que la clôture du sanctuaire ayant eu , dans la haute antiquité, pour objet de voiler la partie la plus sainte du sacrifice aux yeux des profanes , des catéchumènes, dont la foi pe paraissait pas encore suffisamment assurée , cet usage avait pu être fort convenablement supprimé depuis que tous les mystères de la foi et du culte des chrétiens avaient pu et dû être dévoilés aux yeux de tout l'univers. Ces considérations, fort peu édifiantes aux yeux du synode[schismatique, quoique fort raisonnables en elle-mêmes , avaient peu à peu détaché les Grecs-unis de pratiques, vénérables par leur haute antiquité, mais auxquelles aucune importance réelle ne pouvait être raisonnablement attachée , et il s'en était suivi des changements locaux qui excitèrent toute la ferveur du zèle du procureur du collège. De là une proposition de mettre tous ces changements, venus du latinisme, au néant, et de tout remettre à l'instar de

UË LEMPiae DE HUSSIE*

\gUse russe , qui , comme Ton &ait , n'o jamais admis des in~ Uioîis humaines , ni rien laissé périr de ee que , par Tinterliairede sa vénérable mère, TEgiise byzanline, elle avait •u de la primitive Eglise \ ^ Quel le douce consoialion, en eiïet, devoir, nous déviions tr0 d*eniendre chanter la messe sur un autel carré plutôt ^oblong; d'être séparé, et comme exclu du sanctuaire, par [es portes et ua rideau pendant ce sacrifice, dont les cérélanies sacrées pénètrent si vivement le cœur ducbrëtien; l'avatr devant les yeux , au lieu de la croix qui , dans nos ^li&es^ anire b vue continuelle des fidèles, des images bizarmienl groupées et représentant de saints personnages dont lie» noms et les vertus sont ignorés de la plupart des specta- [leors! Tout cela devait paraître fort regrettable au double procureur du synode et du collège, et ce dernier ne pouvait cmiiiquer d'agréer une proposition déjà revûtue de la sanction i jDpériaie, et faite dans les formes courtoises dout nous ver- «"ODS plus tard de très-séduîsanls modèles*

L'empereur pounulaux grosses déjïenses qu'entraînait cette

v-éhabilitation des formes extérieures du culte oriental* 11 y

pourvut avec une muaiScence qui put étonner les paroisses

^-ifôses t souvent si mal pourvues des clioses nécessaires au

^nUe; mais il avait atteint un but important. Les Eglises ca-

mMîquea du rit grec s'étaient assimilées aux Eglises scbisma-

%iqae$f et le peuple pouvait au moins , jusqu'à un certain

p<ïlftl# se familiariser avec l'idée de Tidentité de son Eglise

au'c celle à laquelle on voulait la soumettre.

La lamentable catastrophe approchait ; lissu dans les ténèbreSj rimpitoyable réseau allait être jeté; il allait embrasser ('^ns la prévarication, déjà résolue du collège , les deux à ïroià millions dWmes soumises, par la force, à des pasteurs '!tii en trafiquaient à leur profit Une seule chose manquait ^Ocare : c'était Finiroduction des livres liturgiques de l'Eglise ^s^yù dans les Eglises du rit grec , qui déjà n étaient plus caïbdliqiies que de nom. Une proposition de lardent procureur 7 pourvut* Les complaisants év(!^ques apprirent de lui que leurs

y^* note idtlitionaelJe f^

missels et leurs rituels» soigneusement examinés ( par le sy^ node, sans doute), renfermaient des variantes qu'il rfétaiC plus possible de tolérer. Les altérations que Ton signalait; étaient , en effet , de nature à allumer le courroux d'un officier, aussi zélé pour la gloire de son maître que pour la pureté du culte. C'était, outre l'addition hérétique du FiUoque au symbole de Nicée, celle du nom du Pape, en tête des ekhténii', et avant ceux de l'empereur et des princes et princesses de sa famille. La mémoire du Pape était conçue en ces termes: Le très-saint et universel pontife N..., Pape de Rome.ll fut donc proposé au collège , et résolu par lui , d'exposer au très-saint synode que , par le laps du temps et par suite d'tmpressions fautives, les livres liturgiques dont se servdit sa sœur, l'Eglise grecque-unie, avaient subi des altérations considérables et pernicieuses à la pureté de son culte, redevenu tout oriental , et qu'en conséquence le collège suppliait le synode de lui accorder la délivrance d'exemplaires tirés de sa propre imprimerie , pour plus grande assurance que le texte de ces livres était pur de tout alliage étranger , et parfaitement conforme au texte orthodoxe de la liturgie orientale. Une volumineuse édition était déjà prête , tant on connaissait d'avance l'issue de la proposition du procureur; elle leur fut délivrée avec un empressement facile à concevoir. De ce-niôàiBnt, le schisme put être regardé comme consommé, car là radiation du nom du Pape équivalait évidemment à la renonciation formelle à son obédience. La trahison judaïque du clergé grecuni était accomplie, et l'ennemi du genre humain putparo-

' Ekhténii > sorte de litanies souvent répétées dans tous les offices de TÉglise russe. Le diacre les récite à haute yôix/ placé sur l'ambon, et tenant son orarion (étole) de la inain droite. L'ékhténîé commepce toujours par la longue nomenclature indiTidueUe deLla'famillie. impériale, le nom de l'empereur en tête; viennent ensuite'les invocations en faveur du très-saiui synode, de rordinaire, de tout le clergé orthodoxe, des armées chéries du Christ, de tous les ordres civils',' des constructeurs et bienfaiteurs du temple, vivants ou morts, et enpn pour Ions îês besoins et nécessités publics et privés , dans Tordre spirituel et temporel. Le chœur, au nom du peuple, répond à chacune de ces invocations par le chant du Gospodi Pomyloui , le kyrie eleison , des Grecs.

DE l'eMPIKE de RUSSIE. 439

dier le cri sublime du Rédempteur expirant : Tout est oon* iommé !

Toutefois, et malgré taut de précautions prises par le gouvernement russe 9 d'accord avec les évéques et le clergé prévaricateur, Ton ne jugea pas encore le peuple suffisamment préparé au nouveau joug qui allait lui être imposé. L'attentat commis par l'introduction des livres schismatiques dans les églises grecques-unies date de Pan i834 ; et le synode apostat ne fut convoqué, pour mettre à la lumière sa défection déjà consommée , qu'au commencement de Tannée i839. Cette période de près de cinq années fut employée parle clergé, subjugué à la volonté de ses évéques , à séduire le peuple , en lui persuadant qu'au fond rien n'était changé dans sa religion, puisqu'il conservait les anciennes formes du culte de ses pères, et qu'en se réunissant à l'Eglise russe , il ne ferait qu'une action agréable à l'empereur , et qui , sans compromettre en rien sa foi, le réintégrait complètement à la nationalité russe,' dont il n'était plus qu'imperceptiblement séparé par la situation particulière de son Eglise, à laquelle il ne manquait que de se soumettre au très-saint synode. Au fond ils disaient la Térité; car l'on voit, par l'acte même du synode russe, qu'une Fois cette soumission promise et proclamée, il rCy avait plu9 ^%en à leur demander; et, par le récit que nous venons de faire, ^t qui n'est qu'une sorte de narration mieux circonstanciée I ue celle du synode , l'on voit que , sous ce rapport même , il x'y avait rien de réellement exigible du collège, puisque de- :^uis longtemps son Eglise était, à l'instar de celle de Russie'/ régentée et gouvernée par le' pouvoir politique, avec là. seule ^ ^t bien légère différence que les volontés impériale^Hri'SdfenC notifiées sans l'intervention patente du syn6dé.'|ïn''5màricî- (>ant, pour nous servir de l'expression synodàleV^^PEglise grecque unie, l'empereur n'avait fait que substituer son aù- Torité directe à l'autorité, depuis longtenajïs plus qu'équivoque , de l'Eglise catholique romaine, ëi dès lors il ne restait plus qu'à déclarer, par un acte formel, ce qui, depuis des iinnées, avait acquis la plus déploWble>éalité. *.''*'

Cette criminelle manifestation d'ùiîe'àpdètàsiè déjà consominée fut enfin ordonnée et accomplie. L'acte qui la procla-

i40 DE LA SITUATION RELIGIEUSE

mait, délibéré et rédigé par le collège ecclésiastique grecuni, sous les yeux et sous la dictée de son procureur, reçut d'avance la sanction souveraine, et fut porté , par son président , Tévéque de Lithuanie, à Polotsk, ville de son diocèse , où le collège venait de convoquer ce qu'il appelle le vénérable concile de sa communion , c'est-à-dire ses trois évéqueset la partie supérieure de son clergé. Le gouvernement avait fixé, pour cette convocation , le 12-24 février, premier dimanche du carême, appelé, comme on Ta vu , dimanche de l'orthodoxie'. L'acte synodal lu à l'assemblée qui déjà en connaissait le contenu, fut loué , adopté et signé par elle, avec une si «nomme servilité, que pas une seule voix n'osa s'élever contre lai.

Détournons le regard et la pensée de ce nouveau sanhédrin, où Jésus-Christ fut encore une fois vendu et condamné à la mort , dans la multitude d'âmes livrées , malgré elles , à l'aide de la trahison et de la violence, au schisme, et séparées de la vigne vivifiante qui seule peut donner à nos âmes la sève et la vie spirituelles ! Détournons notre ouïe des invocations blasphématoires par lesquelles la sacrilège assemblée termina l'acte , si cruel envers elle-même et envers ses malheureuses ouailles, acte auquel l'avaient entraînée l'omnipotence de ses chefs appuyés de la terrible puissance impériale. Adorons avec crainte et tremblement la redoutable justice de Celui qui , pouvant tout , n'a pas cependant voulu détourner de sa sainte Eglise ce nouveau calice d'une si grande amertume!

Quelques personnes peut-être , en Russie surtout (si quelque exemplaire de notre opuscule peut y parvenir), trouveront quelque exagération dans nos plaintes et quelque chose de trop amer dans nos gémissements. Elles pensent peut-ôtre que le schisme , pourvu que Viniégriié de la foi chrétienne n'en soit pas altérée, n'est pas un mal si grand qu'il puisse entraîner lésâmes dans le gouffre de l'éternelle perdition. A ces personnes nous répondrons d'abord que là où le pouvoir institué par l'Homme-Dieu lui-même, le pouvoir enseignant et définissant,

' Le lecteur comprend fort bien le motif qui a porté le gouyernement russe à choisir ce jour pour l'accomplissement final de son œuvre de séduction.

DE L EUPIRE B£ RUSSIE.

an matière de foi, ne trouve plus l'obéissance; là où savoiiine peul plus se faire entendre , la foi p manquant a la fois de régu* lateur et de sanction > est sans cesse exposée aux dangers les plus évidents, et que rbérësie devient la conséquence naturelle du schisme. Nous dirons de plus que le schisme lui-même n'est jamais exempt d*hérésie, puisque celle-ci, consistant dans la négation ou dans ralléralion d'une vérité révélée, la protestation opuire le gouvernement légitime de PEgiise, fondé sur des paroks »i daires et si précises du Sauveur du monde ^ n'est pas moins hérétique que tout autre refus de se soumettre à tel ou à tel autre point de la doctrine évangëlique.

li est, d'aitleurs, quant au péril du schisme, une autre cotiëJdéraiion qui n'est pas d'une moindre importance. Dans les Eglises affligées de ce mal cruel, te caractère sacré de Té- (itscopaiet du sacerdoce n'est pas à la vérité éieint, lorsque, par nue circonstance qitelcouque, la transmission apostolique n'a poÎQt éprouvé d'interruption. Mais la jtiridiciiùn a cassé l'exister , puisqu'elle ne peut émaner que de celui â qui les

fsdu royaume ont été mçlmimmmi remises et confiées. Et pour que Ton ne puisse pas se tromper sur la signification Tëttmtile de cette expression figurée, le Sauveur ajoute ; Tout m que tK^m aurez lié sur la terre sera Hé dans les rieujr, et inil m que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cimw^ Be ces paroles divines il résulte que nul ne peul faire usage de la mystérieuse clef du royaume, c'est-à-dire en ouvrir la porte ati moyen de la rémission des péchés, que celui à qui Pierre, dans la personne de son successeur, a accordé la parttcipalion au pouvoir de ces clefs; de sorte que, dans une Kgïise schismatique, il n'y a plus d'absolution valide des péchês, le cas d'article de la mort seul excepté* Or, y a-t-il rien de plus terrible, pour le chréiiea qui a foi au dogme de la rémission des péchés, que la perte d'une si grande grâce, il se trouve privé par le malheur de la séparation de son de Tunique source d'où découle le Qeuve de la miséri* «Drde divine*

Cetie teuvre abominable ayant été accomplie au préjudice dé tant de nos frères, il nous reste à extraire le principe, h ré* êmmtr la marche et h déduire les conséquences d'un li grand mifmu

142 DE LA SITUATIOET EELIGIEtJSE

Tous les souverains hétérodoxes, c'est-à-dire hostiles, à quelque titre que ce soit, à rÉglise catholique, ont Jmagîn& un principe politique qu*ils oppliquent rigourcuseraentà ton S pays peuplé de catlioHques, et qui aie malheur de tomber" sous leur sceptre , soit par la force des armes , soit par la fon des congrès. Ce principe » cette maxime érigée en raison d'Ela { ce qui , comme Ton sait, la dispense d'être conforme, l'autorise in^mc à être opposée à la raison commune )^ consiste h regarder le pontificat romain, non comme un sacerdoce royal, mais comme une royauté sacerdotale qui exerce» au préjudic^^^ de leur puissance souveraine , et par conséquent à leur graa déplaisir et dommage, une autorité qu'ils qualifieoi de pu%$ sance étrangère. Toujours inquiets , d'ailleurs, de l'avenir di leurs acquisitions nouvelles, ces souverains ne croient pi qu'elles puissent s'incorporer à leurs États héréditaires tan qu'ils ne seront pas parvenus à soustraire ces contrées à cette puissance étrangère, soit en attribuant aux ordinaires des pouvoirs exagérés, et en leur inculquant le goût de rindépendance pastorale; soit en introduisant» au moyeu des mariages mixtes, une population hétérodoxe ou au moins indîllerente dans leurs nouveaux États. La Russie, en ce point, ne suit pas une autre politique que sa protestante voisine, la Prusse; et si quelque chose , en tout ceci, peut étonner » c'est d'enieodre le manifeste du synode russe reprocher à la politique, qu'il qimli^ù de funeste et dHnsensée ^ de raucienne république de Pologne j les mêmes efforts, la même violente tendance dont se rend coupable son propregouvernement.Car 51, d'unepart, vous entendez le manifeste synodal expliquer rétablissement de runion en Pologne, par la volonté du gouvernement de séparer de plus eu plus ses provinces orientales de la Russie, eu les soustrayant à l'obédience du patriarche de ce pays, ne voit-on pas, d^autrepart, touslesactesrelaiLisàrapostasie des Grecs-unis répéter à l'envi, qu'au moyen de cette défection ils rentraient entièrement dans la condition de la nationalité russe? Cet aveu, du reste, était parfaitement superflu. On sait assez que les États livrés à la rébellion contre la légitime autorité spirituelle, bien différents de la véritable ÉgUse de ^^m Jésus-Christ, qui ne considère et ne recherche que VunUè de /a ^m

DE L EllFIEB 0E EUSSUp

/&# ei k mlui des âmês^ oe s^occupent , eux « que d'une politique purêmeDt matérielle à laquelle iU sacrifient, ou plutôt devaot laquelle ilsaimuleut toute considération puisée dans cet autre ov^dre de choses qui, suivant la parole du Sauveur, cM la mcmHë nécessaire.

Celle lOi^fiance, disons mieux, celte aversion pour la papauté, bien qu'elle soit dépourvue de tout fondenjent ruisonnoJjlê, renferme cependant, au foud, un hommage très-involo maire, quoique très-réel, rendu au poutiUcat romain. Ces |> veinées sen lent fort bien , quoi qu'ils fassent pour se le dîssivxmuterii eux-mêmes, que le Souverain'Poniifoest^e/JÏiis^ratid ^M h plus avguste des monarquûs de îa terre* Il Test, parce que <i« droit diviu il commande aux inlelligences » lorsque les prino^js temporels n*ont prise que sur le corps et sur les biens de l^tirs sujets. Il Test encore, parce que des centaines de millions dliommes appartiennent au royaume spirituel dont il est lo chefj le docteur, Tapotre- Vicaire de THomme-Dieu sur la l^rre» et successeur ludéfectible du dépositaire des clefs du S'cïyauaie des cieux, c'est par lui que la parole de la croiKparooun la terre et les mers. Envoyés par TApôlre des apôtres, ci*hérolques prédicateurs appellent au salut, non pas h laide «le répée, comme le prétend le synode russe , maïs au prix de leur sang' , les ilesles plus lointaines de Timmense Océan; et, por là, il devieuibieu plus vrai de le dire que ne le disailTor- Kueilleiisê prétention des rois d'Espagne : Que le soleil ne se ^^>iicbe jamais dans les immenses domaines de rÉglise catholique. Le^ deuii liémisplicreSi les cinq parties de notre un i- ^eUr les continents ci lesiles, tout a été abordé par les saintes li&stieo» envoyées desSouverains-Ponlifes- Pur eux s'accomplit -t doit^'aecomplir de plus en plus la prédiction du dernier Oe» prophèies de rancienne alliance : Du lever du soleil jusqu'à •o«c<?wcAer, môtinomesl grand parmi lesnaiionst et en tous ^ux nicst offerte F hostie mjis tache; car mon nom est grand F*3imt leB nations^ dit le Seigneur*

*Aii nomciil où nous ée ri vous caclt la sublime Éf1î»e culboUque ro-

**^ bfilk d'une nouvcUe auréole de gloire à raÎ5ou des triomphes des •^■*?tyi inarIjTS qu'a tiouveikmçDl moi ssotinéâ le glaive de la persécu- '*oo «Q CïuBtt àmn le Tonkin et dans la Cocbincbine.

En face d'une souveraineté si noble, si élevée, si étendue , qui n'a ni ne peut avoir de rivale, et qui , unique sur la terre, défie l'histoire de tous les siècles de rien montrer qui lui soit analogue, qu'elle est petite la souveraineté temporelle; qo'il est étroit cet empire de Russie lui-môme, qui, parce qu'il possède quelques millions de lieues carrées d'une terre dont les solitudes et la dépopulation sont l'effroi des criminels qui y sont déportés ; et parce qu'elle est parvenue à former quelques établissements sur les bords glacés du nord de l'Amérique, prétend étendre ses bras sur trois parties du monde! C'est que cette autre monarchie n'est rien moins que l'empire universel donné d'en haut au Fils de . l'homme , empire qui doit grandir et durer toujours; tandis que ceux qu'a formés h puissance des armes, après avoir passé par toutes les vicissitudes humaines, se briseront en poussière, comme la statue vue en songe par le roi de Babel, Elle est si lucide, si éclatante, cette incontestable vérité, qu'elle domine, malgréeux, les cabinets hétérodoxes qui proclament hautement la crainte qu'elle leur inspire, par les précautions mêmes qu'ils prennent à l'envi pour amoindrir, autant qu'ils croient le pouvoir, U puissance de cette monarchie universelle. Elle grandira toujours, cependant, et ne diminuera jamais, puisque, comme nous l'avons énoncé, elle n'est rien moins que la monarchie donnée à l'Homme-Dieu pour prix de son martyre.

Vienne donc cette Église si stérile de Russie, qui ne sait pa^ même convertir à la foi chrétienne ses nombreuses populatiod^ musulmanes ou païennes' ! Qu'elle vienne, en compagnie cS< toute son Église orientale que la massue de l'islamisme a bri' sée en éclats isolés,* et sans cohésion entre eux; Église à l^" quelle elle décerne le titre, nous dirions volontiers le sobrîquet d'universelle ; qu'elle vienne et qu'elle soumette t^^ jugement du simple sens commun sa prétention à Tunivers^' lité , en présence-de cette vénérable Église romaine , de cett^ véritable épouse de Jésus-Christ, dont la légitime union av«*5 son divin Époux n'a besoin d'autre attestation que celle de ^ fécondité ! Qu'elle essaie de remplacer la lumière placée sU^

' Foy. note additionnelle 25.

DE I.'£HnRE t>Ë EUSSfE< 14^

{le chaDdêlïer pour luire à toutela maison, la cékstecitéMUfî sur la montagne pour être vue de la terre eiuière; elle qui u a commeocéàeKister, pour leresie du monde » que depuis qu'une série d^évëûemenlsdidîcilesà prévoir onl procuré à son souveraÎQ des succès militaires et des acquisitions politiques qui OUI fait trèS'Oouvellt^iBent sortir cet empire et cette Eglise si modernes, de TobscuriLé quelle partageait avec sa chère Église d*Orientp

D'ici nous voyons le synode de Russie se promettre le gain Anal du grand procès qu'il plaide en laveur de cette Église dXJrienl- Le trône des sultans va tomber, et Taigle impériale tie Russie ombragera de ^s ailes puissantes le siège des patriarches de Byzaiice; la terreur du nom russe lui soumetira Ifts aaiiques patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérufcalem, et TÉglise d'Orient, revîvifit*e par tant de gloire, présiniera 'ju monde la réalité d'une Église universelle; sou prcmter patriarche ( qui, comme nous Tavous fait voir, devrait êlre le dernier ), sera le glorieux pasteur d'une papauté d*0rieoi, le chef d'un gouvernement central, rival heureux du (tontificâi romain. Telle sera, se disent les aveugles défenseurs du schisme, le destin final de notre Église. Éprouvée par une lûngoe et dure captivité, comme autrefois le peuple de Juda an rives de l'Euphiate , elle refleurira sous l'aile victorieuse (i^raiglede Russie ; une longue période de gloire rachètera khumiliatioûs qu'elle a subies, sans dévier de la foi de la primitive Égliâa.

Quelque disposé que nous soyons à admettre dans la pensée i^ereropereur des projets de conquête qui, depuis le r^ne de **«»iuêiile, entrent comme priucipal élément dans les vastes <^oceptions du cabinet russe, nous douions, et avec quelque fîWioti, qu'il se joigne à ces projets d'agrandissement de l'em* pii% celui de réaliser un rêve aussi flatteur pour le patriarche ^Coiistantinople^ parce que, pour le transformer en une 'Wit4, il faudrait, avant tout, &e dessaisir de sa suprématie Viï'ilyelle et pastorale dang ses propres États pour en revêtir ^ pape de Eysance; il faudrait, pour cela, lui sacrifier Tu- ^'^établissement de son synode pour mettre sous la dépen- "***€« du patriarche de Constantinople toute la prélature de

son empire» sauf à s'en réserver la nomination et à le maintenir sous son obéissance. Puis , nous observerons que cette organisation » quand même elle aurait lieu , ce qae nous sommes loin de pouvoir admettre, aurait un effet diamétralement contraire au but proposé» puisque le patriarche, loin d'être, comme le Pape» souverain-pontife de son Église» ne serait plus que lo lieutenant de Tempereur ; situation également subalterne et précaire qui détruirait radicalement tout le prestige qoe Ton compterait établir sur ce système. Si» d'ailleurs» lesemjN^i^urs de Russie n'ont pu supporter à côté d'eux un patriarche particulier pour leurs États, comment croire qu'ils conseiltissent jamais à en établir un autre , en donnant à sa juridiction une étendue beaucoup plus grande que n'a jamais ps être celle du patriarche particulier des Russes? Il paraît bien plus probable qu'il étendrait à l'Orient toutentier son système protestant des synodes » en tête desquels il placerait d'én^ ques procureurs chargés de leur notifier ses volontés et de leur en enjoindre l'exécution sous forme de propositions. Mais avec de pareilles institutions» où trouver une place jMNtrtMe papauté orientale^ indépendante et souveraine comme le si^^rém pontificat romain?

Nous venons d'établir nos raisonnements sur l'hypothèse, si populaire en Russie , de la conquête de Constantinople et de la réunion de cette cité à l'empire des Slaves. Mais sans entrer ici dans la discussion d'éventualitésplusou moins prochainesS plus ou moins problématiques» et qui sont du domaine exdosif de la politique, nous oserons, sans aspirer à émettre despr^ visions prophétiques, établir une théorie à laquelle» pour notre part » nous accordons notre conviction la plus profonde.

Le Sauveur du monde, qui a prévu tous les scandales, q>' les a même déclarés nécessaires pour l'épreuve delà foidese* fidèles» a laissé naître et se propager» en leur posant toutdiiH* des barrières dans le temps et dans les lieux , mille hérésie diverses , depuis et bien avant le blasphème arien jnsqn*^^ protestantisme, le complément et la dernière de toutes les bé* résies possibles ; pnisqu'en accordant à chacun le droit de ^

' Yoy. note additionnelle 24.

DE L^EMPIRE DE RUSSIE. i47

forger, à l'aide de la Bible bien ou mal entendue» un système de foi , ou , pour mieux dire, de croyance à sa guise, il a détruit y pour ses sectateurs , tout principe de certitude en matière de foi. Jusque-là, a dit la souveraine puissance aux flots de rOcéan , et pas plus loin ! C'est aussi ce que la sagesse divine a dit àThérésie, et elle ne dépassera pas la limite qui lui a été tracée. Tant que le siège de Pierre brillera sans rivale au centre de la chrétienté, le triomphe de l'hérésie sera impossible, parce que le simple fidèle élèvera son regard vers la cité sainte, d'où vient toute lumière; et, semblable aux tribus d*l8râêl, qui , pour échapper aux morsures des reptiles du désert, n'avaient qu'à jeter les yeux sur le serpent d'airain , élevé par Moïse sur l'endroit le plus apparent du camp, en recourant au jugement du successeur de Pierre, le catholique fidèle n'aura rien à craindre du venin des serpents de l'hérésie. Nous le disons donc hardiment , et sans crainte d'être démenti par l'avenir : Toute tentation est possible, hors celle de Vincertitude de Vautorité légitime dans VEglise, et nous en concluons que l'établissement d'une papauté orientale, le scandale d'un fantôme d'autorité apostolique, qui pourrait égarer la simplicité des fidèles , ne sera pas plus permis au plus puissant des monarques de la terre, qu'il n'a été permis à Tapostat Julien de convaincre de mensonge ou d'erreur la sacrée parole de Jésus- Christ en reconstruisant le temple de Judée, dont la destruction entière et finale avait été si clairement prédite. Si soumis lui-même à la chaire de vérité, le souverain d'une si puissante et si valeureuse nation voulait ou pouvait se donner la haute et bienfaisante mission de ramener au bercail les peuples de l'Orient, peut-être lui serait-il dit, comme à Cyrus, que le Seigneur avait pris par la main : « Je marcherai devant toi, et Thumilierai les grands de la terre ; je briserai devant toi les portes d'airain et les gonds de fer. » Mais de faire des conquêtes lointaines, nuisibles au royaume de Jésus-Christ , puis d'user de ses victoires au profit du schisme , et pour ériger un pontificat rival de celui de Pierre, cela ne sera donné à qui 4^6 ce soit, pas même à l'homme du péché , à l'impie des derniers jours !

Revenons maintenant au principe , à la cause si eificiente

i48 DE LA SITUATION RELIGIEUSE

de la déplorable défection dont nous nous occupons ; disonsle sans crainte comme sans passion , qu'indépendamment de la haine plus ou moins déguisée que porte au gouvernement pontifical, et par conséquent à la sainte indépendance de l'Eglise catholique, le souverain actuel de la Russie, semblable en ceci à tous les princes hétérodoxes, il avait, nous ne sao* rions trop le répéter, il avait un but politique auquel, depuis son avènement au trône, sa pensée s'était fortement attachée. Ce but était (les actes du synode de Russie , ainsi que ceux do synode de Polotsk , en font fui à chaque page) d'écarter, dans Tunion catholique des habitants des neuf provinces démembrées de la Pologne , l'obstacle réputé essentiel et unique , à im entière incorporation à son empire, et la même pensée, le mène désir détermine une conduite analogue de la part des agents impériaux dans le royaume de Pologne, Tout ce que disent à œ sujet le manifeste et les actes synodaux ( celui même que l'empereur a corroboré de sa signature), ne peuvent laisser aoesD doute à ce sujet, et il y a même lieu de s'étonner de la franchise qu'ils mettent à cet aveu. Y aurait-il donc de l'injustiee» de notre part, à considérer comme l'expression d'une odieuse hypocrisie , le peu que ces actes disent de l'intérêt du saM des âmes, lorsque le synode russe ne trouve rien à tenr demander, en fait de foi, après s'être assuré de la soumission des évêques à son obédience , c'est-à-dire après avoir reçu d'eux la promesse de reconnaître la suprématie spirituelle dn souverain? En quoi donc le salut des âmes pouvait-il êtrecoH^* promis, lorsque, de l'aveu clair et explicite du synode russe* aucune erreur ne pouvait leur être imputée? Excuserons-no^ de participation à cette hypocrisie la formule d'approbaU^* donnée par l'empereur, et cette expression d'actions de grâo^ rendues à Dieu du succès de manœuvres ténébreuses, dont 1^ nature , le but et les moyens étaient aussi bien connus du sot^' verain que de son intermédiaire? Sacrilèges actions degrâc^^ qui, au grand jour des justices, pèseront, nous le craignons d'un poids terrible sur la conscience de tous ceux qui osèrent à ce point, profaner la Divinité en la rendant complice d ^ leur forfait !

Ah! si le zèle du salut des âmes vous eût véritablement inspi "

résy quel autre» quel plus beau» quel plus vaste champ s'ouvrait pour vous aux glorieux travaux de la prédication évaogélique! Qu'était-il besoin de donner treize années à d'obscures intrigues, où d'ignobles espérances étaient offertes en compensation de la menace d'encourir la disgrâce d'un maître omnipotent? Des millions d'infidèles, des millions peut-ôtre ( car qui pourra les nombrer) de sectaires sortis de votre propre Église , n'attendraient que le victorieux spectacle des vertus apostoliques de vos missionnaires, pour ouvrir les yeux aux lumières de la foi , ou pour rentrer au sein de votre stérile £glise.

Vous appelez, et avec raison, dans votre langage sacré, TEsprit-Saint consommateur de toutes choses, et il l'est en effet, puisque tout se consomme par la charité dont il est le toutpuissant , l'infini principe. Mais si chez vous rien ne se consomme, rien même ne s'entreprend, en vertu de cette charité, plus forte que la mort, qui a soif du salut des âmes, qui va les chercher au prix des larmes, des privations , de la souffrance et du martyre même ; si vous bornez à faire trafic des âmes , en séduisant leurs infidèles pasteurs, comprenez donc enfin qu'au jour où vous avez rompu le lien de l'unité catholique , l'Esprit consommateur s'est retiré de vous , que vous êtes inféconds par son absence.

Prédicatrice de la croix, cette Eglise orientale, que vous nous proposez pour modèle de foi et de patience, rendait alors, dites-vous, témoignage non par le fer et par le feu', mais par son propre sang à la divinité de la doctrine conservée chez elle. C'est qu'a/ors elle était ce qu'elle n'est plus aujourd'hui.'il/or5 elle était nue branche superbe de l'arbre sorti du grain de sénevé dont elle tirait la 3ève et la vie; alors ses pasteurs recevaient leur mission de Celui qui tient en main les clefs du royaume; alors, fidèles à l'époux , elle était douée

' Nous avons pourtant vu , de nos jours, les Grecs s*armer de fer et de ^eu contre les ennemis de leur foi, et la Russie leur prêter assistance. f^'Occident avait fait des efforts bien plus grands, en portant la croix iusqa*à Jérusalem. Gela doit-il s'appeler un témoignage rendu à la divi- ^^té de notre sainte religion? Ge n'était que se défendre des invasions *^® Hslamisme, en portant chez lui les armes dont il nous menaçait.

ioO DE LA SITUATIOR BELIGISUSE

de la fécondité des époases ! Et maintenant qu*étes-voas? Est-ce donc la constance des martyrs qui vous est demandée! Votre gouvernement est assez fort pour protéger vos jours : les commodités de la vie vous manqueront sans doute parmi des peuples nomades, on fixés sur une terre sans cesse dur* oie par les frimas. Mais cette considération a-t-elle jamais enchaîné le courage de missionnaires dignes de ce beau nomf - C est quUI n*y a pas de missionnaires là où il n'y a pas mtifàHi lêgiiime; c'est qu'à défaut de cette mission nul n'élèvera parai les infidèles ni parmi les hérétiques le flambeau de la foil Jésus-Christ, Dieu coéternel, consubstantiel, en tout égal àsoi Père , n'a pourtant voulu entreprendre son œuvre divine qn*» vertu de la mission de son Père. Comme mon PèrenCa ermgi, je vous envoie, dit à ses disciples le Sauveur des hommes, et sans légitime mission rien de grand'» rien de stable n'a j'amais été accompli dans Tordre de la foi : c'est que , comme ditl'Ecriture, Vhomme obéissant, lui seul prononcera de vieioriemt paroles.

Quoi donc , est-ce à dire que le synode et son clergé maoquent d'obéissance? Non certes, et sa soumission^ qui nen pas, comme celle du Sauveur, jusqu'à accepter la mort sur la croix pour le salut de ses frères, va au contraire jusqu'au meurtre spirituel des siens. Nous voyons avec quelle hnmble ; et profonde soumission il snpplie Tempereur de rendre oo oukase confirmatif des résolutions qu'il avait prises pour recevoir les Grecs-unis à sa communion. Cet oukase ne se fi^ pas attendre, parce que tout ce que le synode venait deré* soudre, à cet égard , avait été , comme lui-même le dit , pf^ paré, conduit et ordonné par l'empereur. Mais si la réuni^^ des deux Eglises n'était pas entrée dans les vues du sou*^ rain , elle n'aurait donc pu s'accomplir? Et si, comme lepr^ tend le synode, elle était nécessaire pour la paix et le sal-^ des âmes, ce moyen de salut et de paix devait être refusé a^^

' Cette vérité est aujourd'hui surabondamment constatée par les min^^ et équivoques succès des prétendus missionnaires, qu'à si grands fr^ la riche et puissante Angleterre envoie de tous c^tés, lestés de Bîb^^ falsifiées, et environnés de femmes et d'enfonls, qui les occupent aot^^ au moins que la prédication évangélique.

ra L ËMPTHE BE RUSSIE-

Tocu^ des malheareux qui l'auraient sollîd lé avec insiance?

Il ^ '

affreuse soumissioD^ cruelle obéissance, qui rend dëpendaoi ; du caprice ou de la politique du souverain ce que Ton regarde tomme essentiel au salut dosâmes! Oh! non, ce n'est pas Fobéis&ance qui manque au synode, c'est taulonté légitime qui muoque k son obëissance !

Eglise de Russie, et vous, son synode dirigeant, votre joie

lesl grande , car une branche de la vigne du Père , fructihant

I Tombre de la vérilable Eglise catholique, maintenant arra-

bbée au c^p vivifiant, vous a été livrée; elle est en vos mains^

el vous IVlevez comme une palme triomphale! Mais où est

pour vous rhonneur de la conquête? încrte, comme toujours,

\ous avez bissé agir rom ni potence impériale et les sourdes

Wenéesdeson dépositaire! Est-ce votre prédication; sont-ce

Ide savants ou d'éloquents ouvrages sortis de votre assemblée,

qui ont porté la conviction aux cœurs de vos néophytes? Non,

e pitiasanl monarque qui vous gouverne, et dont les volontés

ont d*un poids que vous connaisses bien, conçoit la résolution

loi-reHgieuse senii^polilique, derusêifier comptétement lapa-

îation des neuf goiwemements démembrés de la Pologne^ et pour

y parvenir il entreprend de les rallier à son Eglise nationale.

Pour atteindre ce but, auquel il marchait avec cette inflexible

4'nergte qui fait le fond de son caractère , il fait choix d'un sys-

t«*me d'arbitraire, d'oppression, de conuplion dont il confie

rexécuiion détaillœ à celui-là même qui vous régente en son

nom. El d'abord , sous prétexte ô^émaneipationf il brise le lien

de sabord inatîon , ou plutôt de sainte fraternité qui, dites-

"loiis, AOUmettaU TEglise grecque-unie à Vinfîueneû étrangère;

-c'est-à-dire, qu'étranger lui-même à cette Eglise, qui obéit

-an Pontife romain et qui ne lui accorde pas sa communion ,

ils^ingérCt sans la moindre apparence de droit, à prescrire

^ax foi blés évoques de cette Eglise, déjà si affaiblie par son

iiolement » une série de mesures , de plus en plus préparaioi-

tvs d'une défeciiou qui doit s'opérer au prolit de son Eglise

nationale. 11 organise renseignement théologique du jeune

dergé de cette misérable Eglise, de manière à Tentralner ir-

<M»tiblenient à Tapostasie de la M dans laquelle ce jeune

elerg^; atail été élevé? el pour qu^aucnne victime ne puisse

i52 DB LA SITUATION RELIGIEUSE

échapper à ce meurtre spirituel , il charge les gouverneurs et les aulorités subalternes de ces provinces de veiller, avec le plos grand soin, à ce qu'aucun grec-uni ne puisse fréquenter une église latine ni communiquer avec un prêtre latin , bien que les deux églises n'en fissent encore qu'une seule, en vertu de lear obéissance commune au Pontife romain. Toutes ces mesures^ aussi cruellement imaginées que rudement exécutées , ont enfin produit le fruit que , comme vous-même l'énoncez , vous en attendiez; car ni la nature ni le but d'aucune de ces manœavres ne vous était caché, puisque l'instrument de toutes ces énormités était votre procureur suprême. Votre lettre aux évêques prévaricateurs en fait foi : qu'à mesure qu'ils avançaient dans l'œuvre sinistre à laquelle les poussait la terreor du pouvoir absolu du maître, votre attente grandissait. Les victimes étaient arrivées au bord du précipice; un dernier souffle les y a fait tomber! Telle a été l'œuvre d'iniquité à laquelle votre connivence vous a fait participer; mais, encore une fois, où est ^ pour vous, l'honneur de la conquête ?

Toutefois, l'on se tromperait fort si l'on croyait que là se bornait la servile activité des coopérateurs, ecclésiastiques on laïques, à l'œuvre impériale. Nous allons livrer à la curiosité publique quelques échantillons des douceurs d'un gouvernement rigoureusement despotique, et dont le pouvoir est remis aux mains d'agents nécessairement impitoyables, parce que, esclaves eux-mêmes des volontés suprêmes, il ne leur est pas permis d'en scruter le caractère moral, encore moins d'en modifier l'exécution, dans l'intérêt delà justice ou de leur pitié. Des pouvoirs illimités, des blancs-seings sont aux mains des gouverneurs des neuf provinces ci-devant polonaises : ils y exercent le droit exorbitant de faire enlever et transporter au loin , sans que l'on puisse savoir où , tout ecclésiastique ou toute autre personne soupçonnée d'être personnellement opposée, ou d'exercer une influence opposée aux intentions da souverain'. Cet effrayant pouvoir s'exerce et doit même s'exer-

' De pareils pouvoirs ne sont donnés à ces gouverneurs que contre ceui qui sont coupables , ou au moins suspects d^opposition au fougueux pn>sélytisme de TÉglise nationale: Tout autre crime, môme le plus atroce,

DE L'bMPIU BB EUSSIB. 455

cer avec une grande sévérité ; car le gonvernenr qni le laisserait dormir sans empioi» serait bientôt suspect loi-méme et éloigné de son gouvernement. On a soin d'ailleurs de n'y envoyer que des hommes dont le caractère bien connu réponde d'avance aux rigueurs que Ton attend de leur zèle. Il serait superflu d'ajouter que de nombreux agents de police secrète ont soin de leur fournir des listes de sujets à suspecter , à foire étroitement surveiller ou à exiler.

Yenons-en aux exemples :

En l'année i 854% le chef des marchands de Witebsk» nommé Backiewitch, séduit par la promesse que lui avait faite M. Schro&» der, alors gouverneur de cette province , aujourd'hui promu au rang de sénateur, en récompense des services nombreux du même genre par lesquels sa cruelle administration s'était distinguée; cet homme, disons-nous, séduit par la promesse d'être élevé à la noblesse héréditaire et gradué au service civil, se déclara avec sa famille membre de l'Eglise russe, et ayant , par ses séductions subalternes, engagé quelques misérables encore plus bas placés que Jui, à imiter son exemple^ ils se mirent de concert à rédiger une liste de tous les habitants de la ville et de quelques villages voisins , appartenant alors à dcfc monastères de religieuses catholiques , tous Grecs du rit uni. Dans un mémoire qu'ils adjoignirent à cette liste, ils présentèrent toute cette population (sans l'aveu de celle-ci) comme disposée à passer dans l'Eglise schismatique.

Bien que le gouverneur connût fort bien, et l'irrégularité d« la démarche de ses affidés, et le mensonge de leur assertion, l^occasion de faire sa cour, en annonçant un si brillant succès de son zèle pour l'accroissement de l'Eglise dominante, à la-

^st soumis à Fenquéte et au jugement du tribunal criminel, séant dans cliaque capitale de province, à moins qu'il ne plaise au souverain de s'en réserver la connaissance et le jugement.

' Le lecteur reconnaîtra facilement la vérité des faits dont nous lui donnons le récit. Ils nous ont été transmis par une personne infiniment respectable, quia eu la douleur d'en être témoin oculaire, et qui, catholique elle-même , n'a échappé aux désagréments auxquels sa désapprobation , qu'elle n'avait pu s'empêcher de manifester , l'avait exposée , qu'en s'é- '<>igiiaDt précipitamment du théAtre de ces indignités.

i54 DE LA SITUATION RBUGIEUSE

quelle cependant lui-même , protestant qu'il est, n'a pas le bonheur d'appartenir, Foccasion était trop belle pour ne pas s'en prévaloir , et il adressa à Tévéque russe de Witebsk la liste de ses nouvelles ouailles » qui furent immédiatement, et à leur insu, inscrites aux registres des paroisses orûiodoxe$.

Une opposition hautement prononcée de la presque totalité des prétendus néophytes se manifesta bientôt par leur refiis de consommer le schisme, en recevant la communion de la main des prêtres russes et même d'assister à leurs offices. Cela n'empêcha pas de les maintenir au nombre des paroissiens orthodoxes; et comme de leur côté ils persistaient à fréquenter les églises du rit uni et à y recevoir les sacrements, il en résulta des réclamations violentes de la part des prêtres rasses, qui, recevant une rétribution pour la dispensation des sacrements', se voyaient considérablement lésés dans leur intérêt pécuniaire. Ils dénoncèrent, tant à leur évêque qu'an gouverneur , bon nombre d'employés civils , ainsi que la totalité des prêtres du rit grec-uni (leurs frères aujourd'bai)i comme les auteurs de cette résistance, ce qui occasionna la destitution des unset l'éloignement de quelques-uns des autres.

Ces châtiments , toutefois, ne parurent pas suffisants an gouverneur pour rendre témoignage de son zèle ; il institaa une commission inquisitoriale à laquelle il donna ses instnictions, en lui déléguant une partie du pouvoir dontlai-mème faisait un usage si rigoureux.

L'enquête de la commission commençait toujours par ^a^ restation des récalcitrants, et par leur dépôt aux cachots de la ville, chargés de fers\ Us restaient dans cet état pendant

' Cette rétribution leur est due particulièrement pour la conftf^ pascale y et nous le disons avec une vive horreur, mais appuyés de t^^ moignages dignes de toute foi , que le pénitent se présente tenant à » main sa rétribution , dont la plus ou moins grande quotité sert ordiov^ rement de régulateur à la sévérité ou à Pindiilgence du confesseur. G'^ à ce point qu'une Église abandonnée de FEsprit-Saint a laissé dégra^^ le sublime ministère de la réconciliation de Phomme avec son Créate^^l*

■ Ce n'était pas en qualité de récalcitrants , mais comme crimif^^ d'apostasie j qu'ils éprouvaient un si truel traitement. Car leurs no^ ayant été inscrits au catalogue des orthodoxes , ils étaient tels, au ter^ des oukases, et toute réclamation de leur part, loin de changer leur so^ ' ne faisait que Taggraver.

des mois entiers, souffrant avec la faim toute espèce de misères» qui leur étaient infligées dans l'espérance d'abattre avec leurs forces physiques leur courage religieux. On avait soin , dès le premier jour , de leur raser la tête , comme cela se pratique en Russie, à Tégard des grands criminels; car ils étaient censés apostats y et, comme on le verra plus bas, l'apostasie en Russie est considérée comme crime d'Ëtat. Les verges et les fouets ne leur étaient pas épargnés , et ce traitement barbare continuait jusqu'à ce qu'ils fussent revenus à résipiscence. Si au moyen de ces tortures l'on parvenait à arracher an prétendu criminel quelque parole qui pût indiquer le moindre encouragement dans sa résistance, malheur à celui qui se trouvait ainsi compromis !

Les précautions les plus minutieuses étaient prescrites aux autorités locales pour empêcher toute communication des nouveaux convertis avec leurs anciens coreligionnaires et leurs églises. Si dans quelques églises du rit uni, il se célébrait quelque fête , l'on établissait des gardes à tontes les issues de la ville ou des villages ainsi ramenés au bercail de l'Eglise dominante , afin d'intercepter toute communication avec l'autre Eglise. On a vu pendant la nuit de Pâques , en 4 857 , des hommes de police pénétrer de vive force dans les églises catholiques et en enlever violemment, aux cris et aux gémissements de l'assistance, de ces malheureux réputés orthodoxes , et les traîner , parmi les coups et les injures, dans les églises déjà livrées aux prêtres schismatiques.

En 4855, l'on avait déjà vu briser, à coups de haches, l'église d'Oucszag (gouvernement de Witebsk) dans les terres des comtes Plater , appartenant à ces seigneurs , afin d'y introduire une poignée de garnements que l'on avait eu soin de gorger d'eau-de-vie , et qui dans leur brutale ivresse se déclarèrent membres de l'Eglise orthodoxe. Nous ne voulons pas Uous appesantir sur les profanations qui s'ensuivirent', et

' A ce sujet , nous ne pouvons cependant taire un fait dont nous avons ^té témoin et qui fera connaître les fanatiques préjugés du clergé russe.

En i809, une jeune fille, appartenant au rit grec-uni, et donnée en mariage à un paysan schismatique, fut contrainte d'embrasser la religion

nous nous contenteroos de dire que, sur cette déclaration , toute la paroisse fut réputée orthodoxe.

A cette époque les choses n'eu étaient pas encore venues aa point de tyrannique violence où elles sont arrivées, par suite des actes de réunion synodaux de Polotsk et de Saint-Pétenbourg, de sorte que sur le refus formel et constant de la population de ratifier la brutale déclaration faite en son nom , Ton se contenta, finalement et en désespoir de cause, de confisquer leur église, malgré les protestations de la famille Plater, doot elle était la propriété, et de les adjoindre aux paroisses du voisinage du rit grec-uni. On continua cependant d*user de toutes sortes de moyens de persuasion et de coaction , pour les détacher de Tunion catholique; et voyant que Ton ne pouvait y parvenir , défense fut faite aux prêtres grecs-unis de les recevoir à la confession ni à la communion , même pascale. La noble constance de ces pauvres villageois ne se laissa pas encore abattre ; eux-mêmes baptisaient leurs enfants et eoier* raient leurs morts, privés qu'ils étaient de toute assistance du ministère sacerdotal. Là aussi des commissions inqoisitoriales furent mises en œuvre , déployant leurs rigueurs accoatumées, de sorte que, réduits aux dernières extrémités, par suite des continuelles clameurs du prêtre schismatique qu'on leur avait donné et qui, ne pouvant pratiquer son ministère, ne trouvait pas à vivre sur son poste, ainsi que des avanies et vexations sans nombre que leur infligeaient les commissaire du gouvernement, ces infortunés avaient fini par chercher «^^ refuge dans les forêts, abandonnant terres, maisons et méfK^' ges pour échapper à cette persécution cruelle. Quelques-U^

de son futur époux. Le prêtre chargé de la recevoir dans son église, ty^vu qu^elle portait un 8capulaire , Fobligea à l'arracher de son cou e^ le fouler aux pieds , malgré la vénération que l'Église schismatique po^*^ aux images de la Mère de Dieu. C'est que, dans leur superstitieuse igiP rance , les Russes ne considèrent comme images ( iltoni ) que celles ^ sont peintes sur bois, dans la manière byzantine; toute autre n'est po^ eux , malgré la sainteté de son type , qu'un objet de mépris. Le synoC^ n'aurait rien trouvé à reprendre dans le zèle aveugle du prêtre, par^ que le scapulaire n'est qu'une de ces inventions humaines qu'il se moi^ tre si pressé d'extirper du culte oriental.

j>E l'rkpiïie db nussiEi

S^entre eux ayant été découverts et saisis, on résolut de s'en servir pour faire des exemples capables d'iatimîder leurs compagnons. On leur fit donc subir une rigoureuse détention de plusieurs mois, accompagnée de h décalvaiion et des autres torlureâ dont il a été parlé plus haut ; et c*est à ce prîx que l'on a fini par obtenir quelques accessions forcées au schisme, ^ue ces malheureux détestaient au fond de leur cœur. . Les principaux instigateurs de si perfides cruautés étaient, Otiire le conseiller intime Schmâer, alors gouverneur de Wi-

b&k, un colonel eu retraite, du nom àWgafonQf, et un jeune

réire russe, du nom de Paromshj ^ qui , an moyen de sou ede commande, cherchait à couvrir ou h se faire pardon-

er la dissolution de ses mœurs. Telle œuvre^ tels agents, car Ton ne trouvera jamais un seul homme de bien qui consente h

Tvir d'instrument à de pareils méfaits- Maintenant que nous connaissons à fond la marche de Teosemble et les détails de cette œuvre que salue le synode avec admiration envers son auteur et avec d'hypocrites actions de grâces envers celui qui est témoin et qui sera juge et vengeur de tant d'horreurs, que dirons-nous du front avec lequel la iréssâlnte et très-sincère assemblée félicite ses nouveaux frères, les évoques apostats de l'union catholique ^ de la Uhre unani^ miié' avec laquelle cette défection s*est ofjérée? C'est une la-

' OuûdI à la librrté^ nous savons déjà ce qult faut en croire; et quant à Vunanimité^ un calcul bien simple la réduira k sa juste valeur. Le synode d« Polotik a produit 5 en témoignage de Tadliéaion de son clergé , Irchecenl cinq signalurcs, tanl de préiirs que de mmnps , et c'est ce Dûmbrc trop grand de malheureux apostata qui eicita radmiration et la pk du sjaoïie de Hussie. Mais ce nombre équivaut à peine au quarl, ou au liers du clergé grec-uni. On sait que la populallon de ce rit, daDs ïcf oeur provinces polono-russes, allaita deux millions et ilemj d'Ameift el au-delà [ h synnde russe lui-même cû avûuc doux mitlinns. Or, nauû «errons p da«s la Iroisième partie de notre ouvrage, tjue les oukasei fixent, en Russie, les paroisses desservies par un seul prêtre à quatre etnU âmes, cl ainsi en proportion aseendanle les paroîsses desservies pftr plusieurs prêtres ^ mais toujours eu consi^rvartt la base des quatre «eut» Ames pour un prêtre^ Or les treize cent daq signatures étant ré* ptrtits sur Icii deux millions d'âmes avouées par le S)node russe , doaner^ient pour chacun de ces prélrcs rjuin^e cents àmté; encore fauiirait-it pouTolr détiilquer du nombre de ces prâtrçs les moitiés qui n'exercent pas

158 DB LA SITUATION RELtôlBUSE

mentable vérité , qu'une partie trop considérable du clergé grec-uni s*est vendu » lui et son troupeau» aux volontés suprêmes qui lui étaient intimées par Torgane de ses propres chels, les évéques et les membres du collège ecclésiastique ; fatal exemple des inévitables conséquences de premières faiblesses! Cependant le synode n'ignore point que beaucoup de prêtres , et notamment ceux qui étaient plus rapprochés de la frontière, préférant au crime d'apostasie un exil volontaire, avaient , à grands frais et périls , trouvé le moyen de fuir en se jetant sur le territoire d'Autriche, où ils. furent reçiset traités avec respect et charité; que d'autres , coupables éa même crime de résistance aux volontés du souverain et an ordres de leurs évéques, ont été enlevés et expient an fond de quelques monastères russes, des provinces les plus âoignées , leur fidélité à la foi , qu'à leur ordination ils ont jurée au pied des autels; que d'autres , enflammés de la charité des premiers siècles , se tiennent cachés , comme aux jours de la grande persécution , en France , dans les plus obscurs rédiitt, satisfaits de souffrir , s'il leur est donné de consoler, de fD^ tifier , de sauver les âmes de leurs frères ; et quant aux siiiH pies fidèles , pour peu qu'ils soient d'une condition plus éle* vée , ils courent les mêmes dangers, joints à celui de la oonfs* cation de leurs biens', et s'ils sont de la classe des serfs ou des bourgeois, jeunes ils sont faits soldats, et ordinairement envoyés à l'armée anthropophage du Caucase ; vieux , ils sont emprisonnés, battus, ou employés aux travaux de la voie publique. Ces faits sont constants , coQnus du synode , comme

le ministère pastoral. Il est donc évident qu*en conservant , poor base di calcal, Téchelle légale de quatre cents âmes pour un prêtre , il fàndittt pour deux millions d'âmes cinq mille prêtres. D'où il résulte, comme ooas Tavons énoncé, que les treize cent cinq signatures représentent au plfl* le quart ou le tiers des nombres effectif du clergé grec-uni, ce qui e^ loin d*être confirmatif de Vunanimité prônée par le spode.

' Voyez , à la fin de notre ouvrage, le dernier oukase rendu par Pe«npereur sur ce sujet , et qui jusqu'ici , autant que nos dernières Infor* mations seraient exactes , est mis à exécution quoiqu'il n'ait pas été poblid» En Russie les sévices légaux s'exercent d*abord , et les lois sont publiée* plus tard.

t>E L'£HPmB JÏB HC3S1B. ^oO

du publie, ce qui n'empêche pas celte assemblée de cbarit;iblés prélats de s'extâster, dans des actes solennels, sur fa Hbrê unanimité de la soumission de l'Eglise grecque^unie à son autorité, et de la qualiËer de modèle quasi iti imitable, et qui t à ses yeox , c'avait pas d'exemple dans les fastes de TEglise!

Eb qom! vous tt'étes donc plus, vous pasteurs des âmes, é€ eeê prédicakun de ta croix, emblème de toutes les mjsérioordes divines^ qui ét^nd oient le royaume de Jésus-Christ, au prix de leur propre mng. Cet éloge que votre manifeste domie à vos premiers apôtres ne vous est point dû , et vous ne le décernez à d'autres que pour votre propre confusion ! Mais vous aurez pour juge le suprême Pasteur» auquel vous avez ravi ses brebis , et dont vous avez si cruellement ravagé ie sacré bercûïl! Ab! qu'il vaudrait mieux pour vous» comme pour le» atitenrs de toul scandale , qu'une pierre meulière eût été atlacbée i voire cou , et qu'ainsi vous fussiez descendus aux abîmes de la mer«

Pîûus avons vu le manifeste du synode reprocher à rancien gouvernement polonais ta traosforniation d'églises scbismati-

[ qties en églises du rit grec-uni , ce qui , réduit à de plus jus-^ tes expressions , signifie simplement l'adoption successive» de

I la part de paroisses schismatlques, de Tunion avec TEglise otholiqne; accession dont la conséquence naturelle était la

I GonservaiioR de leurs églises paroissiales , et dam ce $em smkmmiy leur transformation en églises du rît grec-uni : mais parcourez maintenant les provinces russo-polonaises , celles même du royaume de Pologne, et nombrez, si vous le poa- ,m, iDDtes les églises, non-seulement du rii grec-uni , mais :Mi6t du rit latin ^ les monastères même « enlevés et confisqués, an |iffoGl de TEglise russe. Des religieux de divers ordres sont prOisés dans un seul monastère, sous prétexte qu'ils étaient trop peu nombreux pour occuper les maisons qui leur appartenaientt et pour desservir leurs églises ; elles lois nouvelles, |>romulguées depuis quelques années sur ce sujet» ont en effet créé mut d'obstacles à la vocation monastique, que le nombre des religieux va toujours décroissant- Cette migration Opérée, les couvents et leurs églises ainsi évacués, riende

plus simple que de le-s pourvoir d'antres desservants » c'està-dire de les livrer au clei^ russe! Ainsi des églises enlevées aux seigneurs territoriaux qui les avaient édifiées dans un tmt pieux » quelquefois pour servir de sépulture à leurs familles, ont été d*abord closes » puis ouvertes au culte de la religion de rÉtat, sans égard aucun aux plaintes des propriétaires. Yods parcourriez la Pologne tout entière, nous ne craignons en ceci aucune contradiction » que vous n'y trouveriez pas ooe seule église enlevée au culte grec et livrée au culte latin. Voos parcourriez de même la Russie tout entière sans y irwwt une seule mosquée» un seul temple protestant, enlevé an calte mahomélan, ou au prêche» pour être convertis en églises russes; Ton a pour cela un respect trop profond pour la tolérance religieuse et pour la propriété. Mais des églises catholiques, auxquelles on a fait cet outrage , villes et campagnes voos en offriront de toutes parts le triste spectacle; et telle est h rapacité du gouvernement et de l'Eglise de Russie» qu'en confisquant les églises , l'on se saisit également , et bien que Fou ne puisse guère en faire usage, au moins dans leur état aotuel, des vases sacrés et des ornements sacerdotaux^ pour peu que l'étoffe en ait quelque valeur'.

Quel est donc le principe moteur de ces spoliations tontes exceptionnelles , de cette criante intolérance^ dont le gouvernement russe et son Eglise nationale font preuve envers uae Eglise qui, comme nous le verrons, devrait être réputée-^ sœur par l'identité de la foi ? Nous en avons donné une pf^' mière explication par la haine politique du pays contre l'i^' vasion polonaise à la fin du seizième et au commencement d^ dix-septième siècle ; mais cette explication serait insuffisant^* si l'on perdait de vue le caractère particulier de l'Eglise C^' tholique. Elle a pour elle la première de toutes les antiquité^ puisqu'elle date son origine de l'ère apostolique, et quesO^ fondement est le Prince des apôtres, celui que le Sauveur lai

' Au grand monastère de Kief , appelé Petcherskaïa-Laiora , nous avo^ vu , dans le trésor de l'abbaye , des calices, des ostensoirs, des ciboire catholiques, ainsi que des chasubles et des dalmatiques de drap d*or qui, enlevés d'églises catholiques, y sont conservés comme des curiosité^

BB Vempïêm dk mvssiB. 161

même a dédaré son alier ego sur la terre. Par son govveraement unique et central , par Taniformité de ses rites et de sa langue sacrée', elle est douée d'une force» d'un principe de vitalité que rien ne peut abattre ni même altérer, et auquel participent toutes les églises particulières qui lui sont soumises. £lle obéit « et elle professe, comme son plus beau titre à nne immuable durée , cette inviolable obéissance au Pasteur suprême , qui seul, parmi tous les pasteurs de l'Eglise, jouit d'une indépendance absolue, au moyen de la souveraineté que la providence du fils de Dieu lui a assignée sur la terre , et que par un miracle toujours subsistant , et que, suivant les lois ordinaires, nul ne peut expliquer, les souverains rebelles à son autorité sont eux-mêmes forcés de reconnaître. Elle se proclame d'ailleurs la légitime héritière de la puissance absolue donnée à THomme-Dieu sur la terre. Tunique gardienne et dépositaire inviolable des vérités révélées, Tarche enfin hors de laquelle il n'y a que les flots mortels de la colère divine. Or, l'Eglise russe, quoique la plus jeune de toutes les Eglises, prétend!, elle aussi , à cette immuabilité de doctrine , et même des rites qu'elle tient de la schismatique Byzance. De là, de sa part , une rivalité insensée, mais haineuse, qu'elle ne peut porter à aucune secte chrétienne , encore moins aux cultes qui ne le sont pas. Par cette jalouse rivalité seule peut s'expliquer l'inimitié irréconciliable qu'elle porte à l'Eglise catholique et dans laquelle elle est soutenue et fortifiée par le gouvernement temporel , que blesse, au-dessus de tout , le frein mis à son omnipotence , au moyen de la soumission catholique à un chef spirituel, placé hors des atteintes du pouvoir politique , et que celui-ci ne parviendra jamais à courber sous ses inflexibles volontés. Il est de la nature du despotisme de s'irriter à la seule pensée de rencontrer un obstacle contre lequel viendrait se briser sa brutale puissance, et lorsque cet obstacle existe dans une sphère^si élevée au-dessus de la sienne, qu'il ne peut y atteindre , son irrationnelle colère devient aussi violente qu'elle est implacable. Tels sont les véritables éléments de cette inimitié exclusive de l'Etat et de l'Eglise russes envers la

' Voy, note additionnelle 25.

i6i DB LA 8ITCATI0II RELIGIEUSE

sainte Eglise catholique, malgré Tidentité de la foi des deax Eglises (celle de la primauté apostolico-romaine exceptée) , ou , pour nous exprimer avec plus de justesse et d'exactitude, précisément à cause de cette identité.

En parcourant , comme nous l'avons fait, et soumettant i une rapide critique le manifeste et les autres actes émanés do synode russe et publiés par lui » nous avons sommairement établi Y toutes les fois que le sujet s'y est prêté , cette identité réelle et inirinsèque de la foi des deux Eglises, et le lecteur intelligent l'aurait déduite lui-même du silence absolu gardé par le synode sur toutes les questions en litige entre le schisme et la catholicité. Il en aura pris une conviction plus entière encore dans la condescendance soi-disant apostolique du synode, qui se déclare satisfait sur tous les points de foi, da moment où les évêques défectionnaires se furent rangés à son obéissance. Toutefois, il nous parait , dans l'intérêt de la vérité, d'être moins discret, moins circonspect que l'organe da synode, et de fournir les preuves les plus convaincantes de rinanité des accusations portées par l'Eglise byzantine contre l'Eglise catholique, et ces preuves nous les déduirons, en premier lieu, de l'historique de rétablissement du schisme, et, en second lieu « de l'examen des motifs du schisme , teb qne nous les avons trouvés énoncés, expliqués, soutenus dans les traités de théologie en usage en Russie. Ce donUe examen formera la matière des seconde et troisième parties de notre ouvrage.

DE l'empire de RUSSIE.

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